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Full text of "Revue des études juives 1920"

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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 




REVUE 

DES 



ÉTUDES JUIVES 

PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES IU1VES 



TOME SOIXANTE-DIXIÈME 



PARIS 

HTTDF \PUT7D 



A LA LIBRAIRIE DURLACHER 



[42, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS /\. U lr i^ CL 

1920 <U* 

4? * 



De 

IOI 
t.7Q 



LA CITÉ DE DAVID 

Compte rendu des fouilles exécutées, à Jérusalem, 
sur le site de la ville primitive 

CAMPAGNE DE 1913-1914 

(suite ' ) 



DEUXIEME PARTIE 
Les fouilles de 1913-1914. 

CHAPITRE I 

HISTORIQUE DE LA CAMPAGNE 

Vers la fin de Tannée 1907, M. le baron Edmond de Rothschild 
décidait de procéder à la recherche de la nécropole davidique 
suivant la méthode proposée depuis longtemps par M. Clermont- 
Ganneau et exposée aux: premières pages de ce mémoire, c'esl-a- 
dire en déblayant intégralement Taire circonscrite, en plan, par le 
tracé de la grande « boucle » méridionale de L'aqueduc d'Ezéchias. 
Par l'intermédiaire d'agents actifs et dévoués, le terrain était 
acheté, parcelle après parcelle, et dès le printemps de 1 000, un 
domaine constitué de manière assez large pour que le chantier en 
projet y pût développer ses organes. La suite tarda quelque peu, et 
avant les fouilles en perspective on vit s'accomplir les travaux de 
la mission Parker, de 1909 à 1911, comme nous en avons rappelé 
l'histoire, dans les limites d'un terrain immédiatement voisin du 
nôtre. Dans le courant de 1913, seulement, en vue des nouvelles 
recherches, un iradé d'autorisation de fouilles fut pris à Constanti- 
nople, au nom de M. Clermont-Ganneau. L'exécution des travaux 

1. Voir Revue des Études juives, t. LX1X, p. 1. 

T. LXXX, n° 139. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fut commise à Fauteur du présent ouvrage, M. Clermont-Ganneau 
voulant bien accepter d'être le conseiller technique de l'entreprise 
et la suivre, informé de toutes choses par noire bureau parisien de 
centralisation des documents et correspondances. 

J'arrivai à Jérusalem le 24 octobre 1913, et peu après vint m'y 
rejoindre mon collaborateur habituel F. Bisson de la Roque. Les 
inévitables difficultés initiales furent résolues très vite, et l'entrée 
en chantier eut lieu le 5 novembre. Dans l'intervalle, j'avais pu réas- 
surer les offices du sheikh du village de Siloân et organiser avec 
lui le recrutement du personnel ouvrier, cependant qu'aidé par les 
services locaux de l'Alliance Israélite, d'autre part, je trouvais des 
contremaîtres. J'étais allé entretenir de l'œuvre en perspective les 
savants travailleurs de l'Ecole Biblique, et auprès du P. Lagrange 
et de tous ses collègues, avais trouvé l'accueil le plus large et la 
contribution toute offerte de leur vaste expérience. J'avais eu le 
temps, enfin, de parachever une carte à grande échelle de la colline 
d'Ed Dahoura et de ses abords, fixant l'état du terrain au moment 
initial des travaux : c'est la carte qu'on troine, réduite au a nnn , 

x -.OUI) 

à la pi. II du présent ouvrage. 

Cette carte n'est pas indépendante des documents antérieurs, en 
ce sens que d'abord les éléments de son canevas général ont été 
empruntés à la carte au -y^j- du Survey de 1865; mais dans la 
région centrale, la représentation de tout le terrain compris entre 
le chemin de fond de la vallée orientale (Sitti Mariam) et le chemin de 
crête de la colline peut être considérée comme le résultat d'un levé 
original. Pour les zones avoisinantes à l'ouest, au nord et à l'est, 
moins intéressantes pour nous, on s'est contenté de reproduire les 
figurations delà carte de 1865, en recourant à un levé nouveau, 
cependant, pour deux aires dont la liaison topographique exacte 
avec notre terrain était particulièrement importante, et dont la con- 
figuration, en outre, a notablement changé depuis le Survey. la 
région des piscines et celle de la source. La source et la piscine 
profonde dEzéchias une fois mises en place, on a reporté sur la 
carte, entre Tune et l'autre, le tracé du grand aqueduc souterrain, 
d'après les relevés de Vincent en 1909-1911 ; d'après Vincent tou- 
jours, la communication souterraine de puisage de l'époque cana- 
néenne, et le passage des murs d'enceinte de la crête au point où 
les a rencontrés Parker. Au voisinage des réservoirs du sud, enfin, 
les constructions relevées par Bliss et Dickie, notamment l'enceinte 
de la période judéenne ancienne, ont éternises en place d'après les 
publications. 



LÀ CITÉ DE DAVID 3 

Noire domaine s'allonge du sud au nord, depuis la pointe de la 
colline au-dessus des réservoirs, et entièrement à Test du chemin 
supérieur, c'est-à-dire, pour la plus grande partie de sa surface, 
sur les pentes du versant oriental; un mur de clôture l'entoure, 
épais, soigneusement construit, signe et témoignage de nos droits 
de propriété comme en ce pays il est nécessaire. On suit le tracé 
de cette clôture d'un coup d'oeil, sur la carte, au trait noir uniforme 
qui la représente. Le versant de la colline est abrupt — plus de 
30 mètres de différence de niveau sur une soixantaine de mètres en 
plan — et particulièrementaccidenté, tout en terrasses superposées, 
aux aires horizontales limitées à des coupures extrêmement nettes; 
cette forme est artificielle : elle provient de l'ancien aménagement 
de cette côte en gradins, pour la culture maraîchère, et des traces 
de murs de soutènement en pierres sèches, analogues à tous ceux 
qui habillent les pentes des alentours, subsistent en plusieurs 
endroits. Les cultivateurs qui firent ces gradins eurent à tailler, 
partout, dans un remblai antique très compact, mêlé de fragments 
de poterie en quantité très grande. 

La plus grande longueur de la propriété est de 205 mètres, sa lar- 
geur maxima, dans le sens de la pente, de 08 mètres. La ligne de 
notre clôture est fort capricieuse par suite des enclaves que forment 
plusieurs parcelles voisines dont l'acquisition n'a pas été possible. 
Ces pénétrations étrangères sont plus ou moins fâcheuses suivant 
les endroits. On remarque, vers le sud, une intéressante terrasse 
basse qui nous échappe ainsi, dans les limites de laquelle passe le 
grand tunnel-aqueduc, au tournant méridional de la « boucle » et 
sur un parcours de 22 mètres ; il se trouve que cette petite section 
comprend le «puits d'aération», cette cheminée-faille naturelle, 
aménagée ou non, peut-être jamais ouverte, en réalité, quia sou- 
vent retenu l'attention des explorateurs du tunnel; et l'on voit que 
nous n'aurons pas la possibilité de rechercher, d'en haut, le débou- 
ché de cette prise d'air supposée, très incertaine et peu expliquée 
en somme. 

Il est une autre petite surface, près de là, dont l'exploration nous 
sera interdite dans les conditions présentes : celle occupée par notre 
maison, dont on remarque la situation exactement sur l'arête de la 
pente de la colline. C'est une vieille construction indigène, à murs 
épais et à terrasse; l'expédition Bliss, jadis, enavait fait un poste de 
garde. Pour le moment, nous ne la démolirons point; elle nous ser- 
vira de bureau de chantier, de magasin et de logis pour les gardiens. 

D'après la configuration du terrain et le tracé de nos limites, il est 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

clair que dans la moitié nord de sa longueur, notre domaine s'étend 
uniquement sur la pente extérieure à la plate-forme de la vieille 
Cité, c'est-à-dire en dehors du mur d'enceinte de la crête; tandis 
que dans la moitié sud, par contre, il chevauche la ligne de crête 
el comprend, le long du bord ouest, une portion notable de l'aire 
intérieure de la place. Le passage de l'escarpe haute est facile à 
restituer d'après le tracé de la crête que les remblais susjacents, 
eu plan, ne déplacent guère; depuis le bec de rocher dominant la 
cuvette des piscines, le mur remontait en ligne droite, passait au 
contact et à l'extérieur de notre maison, et en ce point infléchis- 
sait légèrement à gauche pour un nouvel alignement droit allant 
rejoindre, à une centaine de mètres au-dessus de la maison, le 
die min de la crête. A partir de là, nous le savons, ce chemin mar- 
que presque exactement le tracé du mur supérieur; nous avons 
déjà pris en note ce qui résulte des trouvailles de Clermont-Gan- 
neau, des sondages de Guthe, de la fouille de Parker et de la cons- 
tatation des émergences ou affleurements visibles de la muraille '. 
Rappelons que toutes les indications afférentes, ainsi que le tracé 
du mur du haut en bas de sa ligne, sont portés sur notre plan 
archéologique général au ^-^r ^ e la coll,ne (P 1 - !)• 

Notre intention, pour celte campagne, est d'effectuer l'explora- 
tion par déblaiement intégral jusqu'au roc dans la totalité de l'éten- 
due de la « boucle », abstraction faite de ce que la maison recou- 
vre et du petit triangle que nous ne possédons pas. L'aire ainsi 
définie est une sorte de rectangle de 55 mètres sur GO, avec une 
petite surface supplémentaire à l'angle sud-ouest; cela f a i 1 3 . 700 
mètres carrés à découvrir, et un cube de matériaux à déplacer 
qu'on ne peut évaluer d'avance. Nous essaierons d'opérer la dénu- 
dation par parties ou par échelons, en ouvrant une tranchée sur le 
bord du terrain à explorer, faisant un dépôt de terre à l'extérieur, 
et déplaçant ensuite progressivement la tranchée en rejetant la 
terre, de l'intérieur, dans la zone finie d'explorer. Mais arriverons- 
nous à nous tenir à cette méthode? Il faudrait que, chemin faisant, 
nous ne rencontrions nul objet digne d'être conservé à décou- 
vert, et cela n'est point désirable. Il faudrait aussi que les conditions 
du chantier se prêtent toujours au développement de transports de 
terre aussi régulièrement simples, et par la suite nous serons 
amenés à découvrir que dans nombre de cas, notamment sur une 

1. Voir ci-avant, Première Partie, chap. IV, $ n, ce qui concerne Les murs d'en- 
ceinte. Nous 3 reviendrons, d'ailleurs, au chapitre suivant, ou il est spécialement traité 
de la fortification. 



LA CITE DE DAVID 5 

pente accentuée et avec de grandes hauteurs de décombres, l'atta- 
que par la tranche cesse d'être possible. En l'ait, sur un terrain 
resserré et accidenté comme est le nôtre, les mouvements de terre 
ne pourront que s'adapter aux opportunités qui se manifesteront 
d'une heure à la suivante. 

Pour commencer, toutefois, nous attaquerons le polygone à 
explorer, simultanément, sur deux marges : le bord sud-ouest, 
contre le mur de clôture du chemin haut et l'enclave étrangère 
cou ligue, où nous bloquerons le dépôt de terre de l'excavation 
initiale, et le bord est, le long du mur de clôture du chemin 
inférieur. A cette dernière place, cependant, la zone de bordure 
devra èlre dégagée à fond préalablement à tout dépôt de matériaux, 
car nous espérons y retrouver le canal primitif à flanc de côte, le 
canal //des nomenclatures antérieures que, précédemment, nous 
avons partout suivies. 

Xous donnons le premier coup de pioche le 5 novembre, sur la 
ligne de l'attaque supérieure. Le travail, comme nous verrons, 
sera poursuivi jusqu'aux premiers jours de mars 1914. Du commen- 
cement à la fin de la campagne, le P. -H. Vincent devait être l'hôte 
assidu de notre chantier, collaborateur et ami précieux, nous aidant 
de toutes les ressources de ses souvenirs et d'une documentation 
admirablement précise et abondante. 

Dl' 5 AU 21 NOVEMRRE 1913. 

La fouille sud-ouest, sur la crête du coteau, met à jour de grandes 
carrières antiques, coupées à parois verticales, dessinées en cham- 
bres grossièrement rectangulaires ou en tranchées orientées dans 
le sens de l'axe de la colline; elles sont du type de toutes celles de 
l'époque romaine, et nous verrons qu'elles appartiennent effective- 
ment à cette époque. En certains points leur plan s'enchevêtre, 
dirait-on, avec celui de vastes citernes, soigneusement enduites, 
dans lesquelles les excavations rectangulaires des carrières ont 
pénétré en les éventrant: par où l'on voit que les citernes sont 
antérieures aux carrières. Nous serons complètement éclairés, plus 
tard, sur l'organisation dont ces citernes faisaient partie et que les 
carrières ont détruite. 

La fouille du bord est, le long du mur de clôture inférieur, pré- 
sente un aspect tout différent. L'excavation ouverte dans le plan 
incliné du flanc de la colline a été placée de manière à rencontrer, 
si possible, l'aqueduc du bassin primitif, le canal à flanc de côte ou 



e REVUE DES ETUDES JUIVES 

canal II de la nomenclature connue, qui, au voisinage de la source, 
nous le savons, se présente sous la forme d'une coupure àciel 
ouvert, avec sections en tunnel sous roche de place en place 1 . 
Nous tranchons dans des couches épaisses de déblais en stratifica- 
tion très inclinée, évidemment déversés de la crête des pentes 2 , 
enrobant des lits entiers de poteries d'époque romaine. A 5 mètres 
au dessous de la surface, première rencontre du |roc, au point 
exact où une sorte de porte, ouverte dans sa paroi, permet 
de descendre dans une galerie souterraine en contre-bas courant 
parallèlement à la ligne de la vallée. Plus tard seulement, nous 
verrons que ce tunnel est une section du canal II lui-môme, et 
nous mettrons à jour nombre d'autres de ses regards ou fenêtres 
donnant sur l'extérieur. Celle de ces fenêtres rencontrée en pre- 
mier lieu est x du plan au -^ ; voiries photos de pi. XV. 

DU 22 NOVEMBRE AU 5 DÉCEMBRE 1913. 

Le dégagement des carrières du sud-ouest se poursuit, décou- 
vrant les hautes et régulières parois de chambres en forme de 
puits carrés ou de vastes avenues d'aspect tout à fait monumental. 
La disposition d'ensemble est celle d'une profonde et large tran- 
chée, orientée nord-sud (cavités Q 1-Q2 du plan au -^) ; nous en 
avons l'extrémité sud, qui se présente sous la forme d'une cuvette 
sans issue. Cette singulière particularité s'explique depuis que se 
dénudent le fond et les parois latérales, découpés en longs et hauts 
gradins non horizontaux, mais déversés au sud, sensiblement 
parallèles à la pente de l'échiné de la colline, et dont l'incli- 
naison est celle même des lits rocheux à cette place. Sur les deux 
flancs du ravin du Cédron, les tables calcaires présentent ce déver- 
sement au sud, en concordance ; le travail de carrière conduit à 
dégager de grands plans inclinés, montant vers le nord, et comme 
les blocs extraits, à l'époque romaine, étaient vraisemblablement 
destinés aux édifices de la région du Haram ou de la grande ville 
attenante, il est probable qu'on mettait à profit les plans inclinés 
naturellement obtenus, pour remorquer les pierres vers le plateau 
supérieur. On voit que, dans ces conditions, l'extrémité du sud, au 
point bas, était un fond de chantier, et n'avait pas à jouer le rôle 
d'une issue. 

A la fouille du bord est, le roc a été découvert en grand. A 

1. Voir ci-avant. Première Partie, chap. III, § i. 

2. Ces strates inclinés bien visibles sur la photographie de pi. VIII. h. 



LA CITE DE DAVID 7 

mètres au sud de la porte tout d'abord rencontrée il s'en est décou- 
vert une deuxième (// du plan et pi. XVI), donnant accès dans le 
même tunnel en perçant une paroi verticale très mince ; le tunnel 
lui-même, qui court très près de l'escarpement rocheux dans la 
section où sont les ouvertures, a été vidé et relevé sur toute la 
longueur où ce travail a été possible, à savoir sur tout le dévelop- 
pement de la section en souterrain où le hasard nous a fait tomber, 
et dont la longueur est d'environ 30 mètres entre les deux extrémi- 
tés où l'on voit le plafond s'ouvrir comme si la galerie se prolon- 
geait en tranchée simple. Nous reconnaîtrons, plus tard, que les 
sections de tranchée ouverte où nous débouchons ainsi sont 
seulement des puits, des coupures verticales de peu de longueur 
au delà desquelles la galerie rentre en tunnel tout de suite. Pour 
le moment, toutefois, le dispositif de ce canal à fleur de roche, 
ouvrant sur l'extérieur, parle haut et par côté, à intervalles de 
faible longueur, tout cet ensemble se montre tellement analogue 
à l'organisation du canal II et de ses fenêtres latérales dans la 
section voisine de la source, qu'il est immédiatement probable que 
c'est ce même canal que nous possédons, à présent, sur une section 
inférieure de son parcours. Pour en acquérir la certitude, nous 
procédons aune opération précise de nivellement, en rattachement 
de notre nouveau canal aux escaliers d'accès à la source, lesquels, on 
le sait, sont eux-mêmes exactement rattachés à toutes les amorces 
de canalisations issues de la caverne. Du nivellement effectué il 
ressort que le radier de notre canal en tunnel est en exacte concor- 
dance de niveau avec celui du canal II à la source; ce qui démontre 
que nous sommes en présence du même ouvrage. 

En outre du canal, le dégagement de la fouille basse amis à nu 
un gros mur, B des plans, en pierres mal liées, épais de 1 m. 80, 
orienté dans le sens de la plus grande pente de la côte et assis sur le 
rocher, dont il dévale l'escarpement, d'est en ouest, immédiatement 
au nord de la porte latérale x du tunnel. De part et d'autre de 
l'espace découvert, ce mur disparait dans le remblai. Est-ce un 
organe de fortification? À l'est, vers le fond de la vallée, il nous 
restera toujours inconnu sans doute; vers l'ouest, en remontant la 
pente, au fur et à mesure de l'avancée sur le roc dénudé, nous 
suivrons cette singulière barrière transversale et nous chercherons, 
plus tard, à nous expliquer son rôle. 

Cette opération de dénudation du roc par avancement de bas en 
haut va entraîner le comblement du chantier inférieur fini d'explo- 
rer. Allons-nous bloquer le tunnel et les deux portes latérales qui 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



y donnent accès? Il ne faut pas perdre à nouveau ce souterrain. 
Entre les deux portes, nous faisons choix de y, la plus méridionale, 
nettement découpée dans une paroi verticale qui se prête bien au 
contact avec l'aboutissement inférieur d'un escalier que nous allons 
construire, entre murs de soutènement en maçonnerie supportant un 
toit de poutrelles métalliques et de grands moellons, le tout assez 
résistant pour supporter la pression et la charge des remblais dans 
lesquels cette descente va être noyée. Quant à l'autre porte ./, 
nous la murons simplement, pour préserver le tunnel de l'invasion 
des matériaux meubles. 



DU 6 DECEMBRE AU 23 DECEMBRE 1913. 

Aux carrières de l'ouest, le déblaiement a progressé vers le nord 
jusqu'à hauteur du coude du chemin haut (ligne C2-Q3). La surface 
du roc monte parallèlement à l'aire supérieure des décombres, les 
ressauts delà surface rocheuse correspondant de manière curieuse- 
ment exacte aux ressauts des terrasses susjacentes. La carrière aux 
belles parois droites, qui creuse dans le roc une sorte de large 
avenue à gradins latéraux, se poursuit vers le haut. Les caractères 
de ce chantier antique restent les mêmes : aspect très monumental, 
grandes sections longitudinales nord-sud, grands gradins latéraux, 
inclinaison générale des aires vers le sud, à la commande des plans 
de joint naturels de la roche. En cours d'avancement, d'autre part, 
les données relatives aux installations antérieures de la place se 
sont enrichies et éclaircies. Tout d'abord avait été rencontrée la 
grande citerne Cl au sud de la ligne des carrières, dont nous avions 
pris note qu'elle avait été éventrée par l'ouverture de la grande 
cuvette basse Ql. Cette citerne n'est plus seule de son espèce; nous 
avons à présent plusieurs autres réservoirs ou bassins construits 
semblablement au premier, tous nettement apparentés entre eux 
par le hamra qui les étanchéise, un épais mortier gris, tenace, 
très différent de l'enduit rougeâtre habituel à l'époque romaine. 

Des nouveaux bassins découverts, l'un est une citerne indubita- 
ble, profonde excavation rectangulaire à parois verticales, très 
analogue d'aspect à la citerne Cl du sud du chantier; il s'agit du 
bassin C 2, qui s'ouvre, à une cote assez élevée, au fond de l'angle 
formé par le coude du chemin haut, sur le bord extrême du saillant 
de notre terrain à cette place. Nous verrons, un peu plus loin, les 
importantes trouvailles qui ont été faites dans cette citerne. Men- 
tionnons d'abord deux autres bassins, P5 et P6, cavités de dimen- 



Là cité de dàvid 9 

sions plus modestes, éventrées parles carrières exactement comme 
il a eu lieu pour la grande citerne du sud. Mais ces petits bassins 
n'ont pas la forme de citernes; au fond de leur excavation aboutit 
un escalier ménagé dans le roc, à hautes marches de section carrée, 
enduites comme le reste des parois, et qui semblent témoigner que 
ces chambres étaient faites pour qu'on y descendît. Leur analogie 
avec des piscines était frappante dès l'abord, et l'idée qui en résulte 
s'est confirmée à mesure que le travail avançait; car en divers points 
de la zone environnante on trouve encore des bassins rectangulaires, 
constitués par une paroi périphérique ménagée dans le roc et par- 
fois très mince, et dont la configuration ne s'explique point par le 
seul travail de l'extraction des blocs: ces cuvettes carrées sont, à 
ce qu'il semble, des piscines encore. 

Il devait donc y avoir, à cette place, une assez vaste installation 
balnéaire, qui fut détruite, à l'époque romaine, par l'ouverture de 
carrières le long de certains lits de roche de bonne qualité Nous 
avons signalé certaines des piscines et des citernes qui faisaient 
partie de l'ensemble; par la suite, la fouille en découvrira d'autres 
encore. Aux constatations déjà faites est venue se joindre, en der- 
nier lieu, la mise à jour de ruines proprement dites, de portions 
d'édifices en maçonnerie qui reposaient surle roc et dont il subsiste 
(S 2 du plan) deux ou trois assises de grands blocs de calcaire bien 
appareillés, et en un autre point (SI), une sorte de dallage ou de 
radier en grands blocs, reposant sur un épais lit de béton établi 
sur la surface rocheuse Certains indices porteraient à croire que 
l'édifice dont nous avons ces restes a été construit postérieurement 
aux carrières; mais il est également possible que certaines parties 
deconstructionsaientélé perturbées parles carrières en môme temps 
que les chambres balnéaires, et il faudrait alors reconnaître en 
elles, sans doute, les constructions dont il est fait mention dans 
un important document historique, sorti de la fouille dans les con- 
ditions que nous allons rapporter. 

La citerne du nord dont il était question tout ta l'heure, C2 est 
partiellement engagée sous le mur de clôture et sous le chemin, et 
nous n'avons pu la vider complètement. Pour autant que son explo- 
ration a été faite, elle s'est montrée remplie de gros matériaux par- 
fois jetés, parfois déposés avec un certain ordre, énormes moellons, 
nombreux blocs cubiques à parois bien taillées, quelques tronçons 
de colonnes : on a comblé ce trou avec les matériaux d'un édifice 
démoli. Plusieurs des blocs sortis de là sont décorés, en creux dans 
la pierre ou en couleur sur enduit de plâtre. Une autre pierre est 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un bloc rectangulaire portant une inscription qui nous renseigne 
d'heureuse manière, tant sur les installations balnéaires dont les 
vestiges subsistent aux alentours, que sur l'édifice disparu dont 
les débris ont rempli la citerne môme. Cette inscription en langue 
grecque, rédigée par un certain Thcodotos, sera longuement 
étudiée au chapitre VI ci-après; elle émane, comme nous verrons, 
d'une autorité juive locale du début de l'époque romaine, et 
commémore rétablissement d'une installation pour les étrangers 
de passage, comprenant une synagogue, une hôtellerie et un 
balnéaire : ce sont les restes mêmes de cette organisation et de 
ces édifices qui sont mis à jour par notre fouille. 

Au chantier de Test, durant la môme période, le déblaiement a 
été poursuivi de bas en haut, les terres jetées dans la fouille infé- 
rieure et partiellement, en outre, évacuées au nord. L'aqueduc 
souterrain, comme nous l'avions en perspective, a été doté d'un 
accès permanent, constitué par une descente en escalier couverte 
d'un toit en travure, par dessus laquelle les nouveaux remblais 
montent sans gène. Le roc, très beau et intact, sans trace de car- 
rières, monte parallèlement au terrain; la profondeur de la tran- 
chée se maintient uniformément à 7 mètres. 

Le gros mur mal construit, précédemment rencontré dans son 
cours est-ouest (mur B), se poursuit vers le haut, solidement assis 
sur le roc en pente; il subsiste sur 2 mètres de hauteur environ. A 
son contact paraissent les assises inférieures d'une autre maçon- 
nerie, un mur épais et solide fondé sur le roc, m 6 de nos plans. 
Beaucoup plus intéressante est une autre substruction découverte 
au sud de B, celle d'une tour circulaire dont le dégagement est 
encore en cours. Cette tour (H des plans) est soigneusement et 
solidement construite, assise sur le roc, très incliné à cette place, 
dans les conditions imposées par un plan circulaire d'une régula- 
rité parfaite. Son diamètre à la base est d'environ 7 mètres. Nous 
chercherons à comprendre, plus tard, ce que représente cette 
curieuse ruine, et comment il se peut que le système de fortifica- 
tion ait été développé si loin au-dessous de la crête de la plate- 
forme. Pour l'instant, et dans l'état actuel de la fouille, la date 
même de la tour est tout à fait problématique. 

DU 26 DÉCEMBRE 1913 AU 1S JANVIER 1914. 

La fouille avance tant à l'ouest, du sud au nord, que sur le liane 
oriental, de l'est à l'ouest en remontant la pente. Les deux eban- 



LA CITÉ DE DAVID 11 

tiers se sont joints vers le centre; dans l'angle qui les sépare encore 
an nord, il reste un gros déblaiement à parachever, les décombres 
antiques atteignant une épaisseur de 10 à 12 mètres, en strates 
inclinés sur le flanc de la côte. Au 18 janvier, l'ensemble des chan- 
tiers occupe 200 hommes et une trentaine dîmes, ces derniers ani- 
maux servant au transport des terres, dont nous sommes obligés 
de constituer de grands dépôts en dehors de la zone de fouille, 
n'ayant plus la possibilité de remblayer quelque partie du terrain 
déjà exploré : car il nous faut conserver découvertes, et la région 
des carrières, avec les précieux monuments qu'elle livre, comme 
nous allons voir, et les pentes où sont la tour et les autres maçon- 
neries anciennes, et, jusqu'à nouvel ordre, les escarpements 
rocheux qu'on découvre à l'étage intermédiaire. 

Les résultats du travail, à cette heure, sont les suivants. A l'ouest, 
sur le plateau, le balnéaire de ïheodotos recouvré, pour autant que 
l'ont épargné les carrières de la période suivante, assez bien con- 
servé d'ailleurs du côté du nord; au voisinage immédiat, un groupe 
de très importants tombeaux d'époque juive royale; sur le flanc 
est, depuis la tour circulaire, de grands progrès dans le déblaie- 
ment des escarpes rocheuses dont la muraille de l'acropole cou- 
ronnait la crête. 

Du côté oriental, de toutes particulières difficultés de chantier se 
sont produites. Une fois la tour circulaire dégagée, il s'est trouvé 
qu'elle élait dominée, en arrière, par un escarpement vertical de 
plus de 10 mètres, taillé dans les décombres, et dont l'attaque 
n'élait plus possible ni par en haut ni par en bas, en raison des 
dangers d'éboulement et de glissement sur les strates très incli- 
nés. Il a fallu tourner le front dangereux de manière à l'attaquer 
par côté, en môme temps qu'on entamait le remblai à un élage 
supérieur, pour que le même inconvénient ne se reproduisît point 
par la suite. Cette expérience montre bien le caractère illusoire de 
la méthode du déblaiement « par tranches » lorsqu'on travaille 
sur un terrain de pente accentuée. En réalité, le déversement pro- 
gressif des matériaux sur un degré inférieur n'est pas réalisable, 
même lorsqu'on peut disposer d'espaces finis d'explorer et non 
intéressants. La terre abattue, coulée en grands talus à pente 
raide, est toujours à reprendre complètement; le lieu du déblai 
n'est jamais libre, et le talus de coupe, trop raide, devient dange- 
reux. On est ainsi conduit à abaisser la pente de ce talus de coupe, 
pratiquement, jusqu'à l'inclinaison même du rocher, ce qui revient 
à dire qu'il faut dénuder la pente entière, sur toute sa hauteur, en 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une seule opération. 11 en ressort d'ailleurs le grand avantage 
d'avoir, à la lin, de vastes surfaces bien dégagées, sur lesquelles 
les observations et tous les relevés s'effectuent dans des conditions 
beaucoup meilleures que lorsqu'on procède par petites parcelles. 
C'est ainsi que nous possédons le rocher, à présent, d'un seul 
tenant dans une large zone, où sa configuration est principalement 
caractérisée par l'accentuation de la pente à mesure qu'on s'élève. 
Il s'y présente des escarpements superposés, grands ressauts qui 
délimitent des portions de glacis inclinés, et dont le système rem- 
plit toute la bande comprise entre les niveaux de la tour ronde, en 
bas, et de la maison sur la crête. Tels qu'on les trouve, ces escar- 
pements ne sont pas entièrement naturels; la main de l'homme 
les a régularisés, aménagés, accentués, complétés par places au 
moyen de massifs de maçonnerie, de manière à transformer tout 
ce flanc de côte, déjà naturellement abrupt, en une superposition 
de gradins hauts chacun de plusieurs mètres, renforcés, en outre, 
par le dispositif caractéristique des emmarchements en glacis 
incliné qui raccordent la crête de chaque coupe verticale à la base 
de celle qui la domine. Au chapitre suivant nous décrirons com- 
plètement ce système de défense, dont il semble que les ingénieurs 
antiques aient conçu la forme de manière remarquablement nette, 
simple et efficace. 

Les parois rocheuses découvertes n'ont pas livré, jusqu'ici, beau- 
coup de vestiges archéologiques. Au pied du gradin le plus bas, 
un peu au-dessus de la tour, un petit tombeau, To du plan au —, 
(1 époque cananéenne fvoir chapitre III ci-après). Dans toute la 
masse des décombres déplacés, nombreux fragments de poterie et 
vases entiers d'époque romaine et d'époque juive (quelques spéci- 
mens pi. XXVI). 

Le gros mur transversal B continue de gravir la pente, et nous 
nous attendons à le suivre jusqu'à la ligne de la crête. La tour 
ronde, près du flanc sud de ce mur vers le bas de la côte, n'a rien 
révélé de sa date ni de la fonction qu'elle exerçait dans l'ensemble 
du système des défenses. 

Transportons-nous maintenant sur la plate-forme haute, où l'on 
a achevé de dégager ce qui subsiste des piscines à gradins du bal- 
néaire de Theodotos. On a déjà mentionné, plus haut, la remar- 
quable petite salle P6, et la chambre voisine P 5 en partie emportée, 
à l'ouest, parla grande excavation des carrières; voici maintenant, 
plus au nord, la grande piscine PI et la piscine contigue P 2, aux 
degrés descendant vers l'est, toutes deux entamées, de ce côté, par 



LA CITÉ DE DAVID 13 

l'excavation de la carrière 'Q 3; voici encore la petite chambre P3, 
intacte, opposée dans sa disposition et pour ainsi dire adossée à la 
chambre PI* Par la suite, nous aurons encore à signaler d'autres 
chambres similaires. 

En contact immédiat avec les installations du balnéaire, d'autre 
part, il s'est découvert, et nous avons complètement dégagé ce 
qui subsiste d'un groupe de grands tombeaux: creusés en galeries 
horizontales, Tl et T2 du plan au -5-r-. Ces vastes tunnels, paral- 
lèles entre eux et parallèles, comme il se précisera plus tard, à la 
ligne du mur de crête qui courait à peu de distance, ont été mis 
en place à la commande des contours de l'étroite plate-forme, et 
ils sont antérieurs à l'époque des piscines judéo-romaines, dont 
on remarque immédiatement que les constructeurs ont évité de 
détruire ou de léser les tombeaux antiques 1 . Ces tombeaux, comme 
on verra, sont d'époque judéenne royale; nous serons d'ailleurs 
conduits à voir que s'ils ont été épargnés, ce n'est point par l'effet, 
d'un sentiment de respect. Par malheur, les carriers romains sont 
arrivés ensuite, et, pelant, incisant la crête du coteau, suivant sa 
pente, sur plusieurs mètres d'épaisseur, en même temps qu'ils 
dévastaient piscines et citernes, ont ouvert les tunnels funéraires 
par en haut, à leur débouché, emportant de précieux organes des 
dispositifs d'entrée de ces tombes. Ce qui en reste est suffisant pour 
qu'on puisse reconstituer complètement la forme des monuments et 
l'histoire des singuliers remaniements qui leur furent imposés à 
l'époque judéenne même. Quant à leur importance historique, elle 
ne saurait être estimée trop haut si l'on observe que par leurs pro- 
portions et leur date, ces tombes se caractérisent en toute certitude 
comme des installations princières, qu'elles sont assises sur la 
plate-forme de l'acropole suivant un plan tel qu'on peut s'attendre 
à en trouver d'autres dans leur voisinage, que l'emplacement du 
groupe, enfin, dans la vieille Cité et au contact du mur d'enceinte, 
correspond de manière parfaite aux quelques données que nous 
avons, pàxNéhémie principalement, sur la situation de la nécropole 
davidique. Est-ce bien l'antique nécropole qui se découvre ainsi, 
lamentablement dévastée, à cette place, parles coupes des carrières? 
Nous essaierons plus loin (chap.V) de le reconnaître. D'ailleurs 

1 

1. Observer à l'appui, sur le plan au -^- , la piscine PI mentionnée un peu plus haut 
la haute paroi qui la limite à l'est et la mince cloison de m. 40 ou m. 50 soigneusement 
ménagée, de ce cote, pour séparer la chambre nouvelle du grand tombeau-tunnel T 1 
à sa sortie. 



I \ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'avancement de la fouille nous livrera encore les vestiges d'autres 
installations funéraires sur la plate-forme. 

MJ 19 JANVIER AU 22 FEVRIER 191 i. 

Au terme de cette période d'un mois, la fouille peut être consi- 
dérée comme terminée, dans les limites du terrain envisagé au 
début et où nous nous étions imposé la tâche du déblaiement 
intégral. Ce déblaiement est réalisé complètement, sauf en ce qui 
concerne quelques parcelles encore ménagées sur le bord nord ; 
les chantiers primitivement distincts se sont fondus en une grande 
surface unique, sur laquelle il n'y a plus à distinguer, maintenant, 
que la plate-forme et V escarpement oriental, de part et d'autre 
de la ligne de crête couronnée par le grand mur d'enceinte que 
nous avons découvert. 

Outre ce mur de crête, la dénudation de l'escarpement a achevé 
de nous livrer les éléments du vaste système de fortification dont 
nous avons, précédemment, reconnu les caractères, et dont le mur 
supérieur est seulement un organe. Par ailleurs, nous avons 
découvert l'enceinte archaïque en un autre point de passage très 
remarquable, l'extrémité sud de l'acropole, sur le bec rocheux qui 
termine la colline, au débouché du Tyropœon dans la vallée prin- 
cipale ; le travail est seulement commencé à cette place. Dans un 
autre ordre, enfin, le déblaiement superficiel vient de nous per- 
mettre de poursuivre l'exploration de notre aqueduc à flanc de 
côte, qui, vers le sud, contrairement aux prévisions et de manière 
particulièrement heureuse, se poursuit en tunnel et non en tran- 
chée ouverte; le dégagement est en cours. 

Sur la plate-forme, les carrières romaines poursuivent leurs 
indexations néfastes jusqu'à l'extrémité nord du chantier, et, 
seuls, les tombeaux judéens les plus profondément creusés ont 
échappé à une destruction complète. Nous avons défini, précé- 
demment, la situation des grands tombeaux-tunnels Tl et T2; la 
nécropole dont ils faisaient partie s'étend du côté du nord, où nous 
rencontrons, en T3, un grand tombeau très évidemment contem- 
porain des précédents, mais de configuration différente, en cham- 
bre rectangulaire excavée en souterrain et débouchant à l'extérieur 
par un couloir horizontal. 

Immédiatement au sud de cette chambre funéraire, le roc a été 
creusé, postérieurement, pour faire une piscine à gradins, P7 du 



LA CITE DE DAVID l!i 

plan, et une grande citerne ronde G 4. Piscine et citerne sont 
contemporaines, de toute évidence, des organes similaires de réta- 
blissement balnéaire créé sur la place au début de l'époque romaine 
et dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. L'arcbitecte qui a mis 
en place la chambre P7 connaissait le tombeau T3 et a évité de 
l'endommager, exactement comme il a été procédé pour le creuse- 
ment de la piscine PI dont on a vu la situation plus haut, au 
contact du grand tombeau-tunnel Tl mais tenue séparée de lui 
par une cloison de rocher ménagée. 

Le mur de crête de F acropole, M du plan, s'est découvert à l'ex- 
trémité nord du chantier, exactement sur le tracé prévu depuis le 
début d'après les formes de la colline. Complètement détruit, plus 
au sud, par les carrières, il subsiste au nord sous la forme d'une 
grosse maçonnerie en blocs appareillés, assise sur le rocher, qui 
se perd au delà, sous notre mur de clôture et les hauts remblais de 
Ja propriété voisine. La section découverte prolonge, vers le sud, la 
ligne des repères antérieurement connus, dont le tronçon « Cler- 
mont-Ganneau » est le plus méridional (voir le plan d'ensemble au 
j-Q^j), et elle assure la restitution du tracé de la muraille, dans sa 
partie détruite, jusqu'aux abords de la pointe méridionale où la 
fouille est en train de nous rendre le mur lui-même. 

Au-dessous de la muraille, dans l'étendue de la fouille princi- 
pale, s'étagent les organes du système de défense en gradins dont 
nous avons déjà aperçu le principe. Les descriptions et analyses 
qui s'y rapportent font l'objet du chapitre il ci-après. On y traitera 
des escarpes et terrasses superposées, si remarquablement amé- 
nagées, par endroits, en bastions carrés saillants, qui occupent de 
haut en bas tout le flanc de la colline. On reviendra à ce qui con- 
cerne la grande tour H, si singulièrement enchâssée en plein 
milieu des escarpes étagées qu'on se demande si elle n'est point 
antérieure au système de ces gradins qui l'enveloppent. On 
donnera toute attention, enfin, à cet autre organe dont Tétran- 
geté nous a, précédemment, été sensible, le grand mur trans- 
versal B qui descend d'ouest en est au plus court pour se perdre 
dans le remblai intact, à la base de notre fouille, poursuivant de 
môme allure vers les fonds enfouis de la vallée primitive. Nous en 
tenons à présent l'amorce supérieure, au contact de la grande 
escarpe haute dont ce mur B se détache d'équerre ; il traverse et 
perturbe toutes les lignes des gradins superposés, et nous serons 
conduits à reconnaître que cette barrière transversale, effective- 



IG REVUE DES ETUDES JUIVES 

ment, est postérieure à rétablissement de la fortification du ver- 
sant dans sa condition originale. 

A divers étages de l'escarpement ont été rencontrés des vestiges 
funéraires intéressants. Voici d'abord quelques tombes cana- 
néennes, blotties dans les rentrants ou au pied des escarpes; la 
petite tombe To, déjà signalée précédemment, sépulture intacte 
avec son mobilier très pauvre; la tombe T6, au pied du grand 
escarpement que le mur de crête couronnait, belle caverne taillée 
avec puits funéraire et autres organisations caractéristiques, tom- 
beau vide; T7, tombe analogue, plus au sud au pied du même 
escarpement, deux sépultures de dates différentes, intactes. Plus 
remarquable est la tombe T4, à porte carrée s'ouvrant en façade 
dans le plan vertical de la plate-forme qui sert de. socle au grand 
mur M ; cette chambre cananéenne avait été vidée et réemployée 
à l'époque judéenne. 

Tous ces monuments etles objets qu'ils ont fourni seront décrits 
au chapitre lll ci-après, de même que d'autres vestiges singuliers 
que l'on rencontre à mi-hauteur de ce versant de côte, ceux de 
grands charniers ou fosses communes, sises en T8-K, à peu près 
au centre du bastion m 3, dans la masse de son terrassement d'ar- 
rière On avait jeté et enfoui à cette place un nombre très consi- 
dérable de corps humains, et utilisé, pour un dépôt similaire, la 
vieille chambre funéraire T4, située à l'étage supérieur et dont on 
parlait un peu plus haut. Ces dépôts funéraires sont certainement 
de l'époque judéenne royale. 

DU 23 FÉVRIER DU 8 MARS 1914. 

Le grand déblaiement achevé da-ns l'ensemble, nous n'avions 
plus en perspective que de poursuivre l'exploration de l'aqueduc à 
flanc de côte, comme les progrès du dégagement superficiel 
l'avaient rendu possible, et sur un nouveau chantier, celui de la 
pointe sud, d'élargir la fouille complémentaire dont on a dit un 
mot précédemment et où l'enceinte archaïque nous était .apparue 
dans des conditions particulièrement intéressantes. 

On se rappelle (pie la section de l'aqueduc déjà explorée par 
nous, longue d'une trentaine de mètres, en souterrain à fleur de 
roche ouvrant sur la vallée par des fenêtres latérales, débouchait, 
aux deux extrémités, en tranchée profonde creusée à ciel ouvert. 
Le déblaiement général ayant atteint l'emplacement du débouché 
sud (RI des plans), on put vider, d'en haut, l'excavation de la 



LA CIÎÉ DE DAVID 17 

tranchée, et Ton reconuut alors que cette dernière, très peu éten- 
due en longueur, n'était qu'une sorte de « regard » au delà duquel 
recommençait une section en souterrain sous roche. Il fut aisé, 
dès lors, de dégager ce nouveau tunnel comme on avait fait de 
l'autre section, on le trouva de tracé et de configuration très ana- 
logues, à fleur de roche certainement, puisque des fenêtres conti- 
nuent à s'ouvrir, à intervalles, dans la paroi du côté de la vallée. 
Au bout d'un trajet de 25 mètres, nouveau débouché en tranchée 
ouverte, sous une masse de décombres dont l'excavation est rem- 
plie et qui ne permet pas de pousser plus loin l'exploration sou- 
terraine. 

De même la tranchée du débouché nord (fi 2 des plans), couverte 
de grandes dalles, n'est qu'une chambre de peu de longueur dans 
laquelle s'amorce, vers le nord, une nouvelle section de tunnel. 
En roc plus mauvais que dans les autres parties, de forme irrégu- 
lière et de section réduite, ce dernier souterrain n'a pu être suivi 
que sur la longueur d'une quinzaine de mètres. 

Au total, donc, nous avons dégagé et possédons l'aqueduc sur 
un développement un peu supérieur à 70 mètres. Au chapitre IV 
ci-après, nous décrirons en tous détails l'ouvrage et les particula- 
rités de sa configuration, et nous verrons que la section sur 
laquelle nous sommes tombés se trouve être ('elle même qui avait 
été découverte et reconnue par Schick ', vingt-cinq ans avant notre 
travail à nous-mème. 

Quant à la fouille de \a pointe sud de la vieille Cité, sur L'éperon 
qui domine le Birket El Hamra, ce n'était d'abord qu'une tranchée 
d'exploration de proportions modestes, mais qui donna des résul- 
tats si inattendus et à tel point intéressants que nous nous vîmes 
en devoir de commencer le dégagement en largeur sans attendre 
les moyens d'une ultérieure campagne. L'enceinte archaïque sort 
de terre sur tout le pourtour de l'éperon de la côte, remarquable- 
ment organisée dans le détail et très habilement reliée, par les 
ingénieurs judéens de la période royale ancienne, aux ouvrages 
d'enceinte du Birket El Hamra qui y prennent leur amorce (région E-Y 
voirie plan au ^q^). Le dégagement obtenu à cette place ne fait, 
d'ailleurs, que commencer et indiquer un travail qui devra être 
largement étendu par la suite. 

Les travaux de chantier ne pouvaient, pour ce printemps, être 
poursuivis davantage. Quelques semaines encore furent employées 

1. Voir ci-avant, Première Prtriie, rliap. HT, § i. 

T. LXXX, n° 139. 2 



4 8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

à parachever le levé au — — de la fouille principale — celui qui, 
réduit au ,, oir , fait l'objet de notre planche III, —ainsi qu'à com- 
pléter une documentation photographique dont sont extraits les 
clichés qui accompagnent le présent mémoire. A la fin de mars 
nous quittions Jérusalem, pleins de L'espoir qu'à l'automne suivant 
l'exploration de la colline pourrait être reprise et poursuivie. 
Quelques mois après notre retour en France, cependant, la guerre 
éclatait ; les fouilles de la Cité de David sont en suspens depuis 
cette époque. 



CHAPITRE II 



LE MUR DE CRETE ET LA FORTIFICATION. 

I. Aire de la fouille principale. . 

Pour suivre la description qu'on va donner, le lecteur voudra 
bien garder sous ses yeux le plan de détail au -^- de notre pi. III 
et les profils de la planche IV, ainsi que les photographies des 
pi. VII, VIII et IX. 

A. — Le mur d'enceinte de ua crête. 

Ce mur M émerge, sur le bord nord de la fouille, des hauts rem- 
blais qui couvrent un terrain extérieur à notre domaine ; du nord 
au sud, dans nos limites, il est conservé sur une longueur de 
210 mètres, et au delà, complètement enlevé par le travail des car- 
riers antiques. C'est une robuste maçonnerie en blocs appareillés 
dans lesquels s'entremêlent des moellons taillés de dimensions 
plus modestes, de mieux en mieux conservée à mesure qu'on 
s'avance vers le nord et subsistant, de ce côté, sur une hauteur de 
3 a 4 mètres. Le mur a été construit en juxtaposant, dans le sens 
de l'épaisseur, deux tranches de maçonnerie sans intervalle, 
constituant, ensemble, une épaisseur d'environ 3 m. 50, difficile à 
déterminer plus précisément parce que le parement intérieur se 
noie et se fond, en quelque sorte, dans un remblai compact de 
matériaux non appareillés qui semble avoir fait partie de la cons- 
truction, contrehutant la muraille à l'intérieur et donnant un accès 
en plan incliné jusqu'à sa plaie-forme. Le parement extérieur, au 



LA CITÉ DE DAVID 19 

contraire, est très net (pi. TX a-b], monté verticalement depuis les 
tailles en gradins pratiquées dans la roche et sur lesquelles la 
maçonnerie prend son assise. 11 faut noter que ce parement exté- 
rieur et les blocs dont il dépend sont déjà, au point de vue de la 
technique du travail, de deuxième stade, car on observe que la 
tranche intérieure du massif a été construite d'abord, parementée 
complètement au dehors comme si elle avait dû rester visible, et 
ensuite la tranche extérieure élevée contre le parement de la 
première. 

Il ne paraît pas, cependant, qu'on doive songer à deux époques 
différentes pour la construction première et pour une confortation 
par doublement du mur en avant; car la maçonnerie, extrêmement 
uniforme dans toute sa masse, procède d'un plan architectural 
évidemment unique. A quel moment de l'histoire faut-il l'attri- 
buer? Question difficile à résoudre dans l'état imparfait de notre 
connaissance de l'archéologie de la maçonnerie à Jérusalem. Il y 
a des indices assez forts que la muraille ne remonte pas à l'époque 
préjudéenne. Le fait d'une réfection hâtive expliquerait bien la 
qualité inégale des matériaux, en plusieurs endroits, et surtout 
cette curieuse circonstance que les massifs de l'une et de l'autre 
tranches ont été élevés par pans verticaux indépendants, juxta- 
posés à plan vertical, sans liaisonnement d'appareil, longs de 8 à 
.10 mètres en façade. Cette configuration indique que le mur était 
construit, à la même minute, sur tout son développement, par 
sections délimitées sur le sol, chaque section confiée à une équipe 
qui maintenait simplement son travail en contact avec celui des 
voisines, dominée par le souci d'aller vite, fût-ce quelque peu aux 
dépens de la solidité générale. L'idée se présente que nous pour- 
rions avoir devant nous un élément du travail de Néhémie, ou bien 
l'échantillon de quelqu'une de ces reconstructions souvent effec- 
tuées, sur le pourtour de la vieille Cité, au cours de la période 
royale K . 

B. — Le système défensif en gradins au-dessous du mur de crkte. 

Rapprochée du plan et des profils transversaux au -^-, la vue 
d'ensemble de l'escarpement que donne notre pi. VII fait bien res- 
sortir les éléments des gradins qu'on avait aménagés du haut en 
bas de la pente. Dans l'ensemble, cet escarpement avait été trans- 

1. Ce qu'on sait de l'histoire de ces travaux est résumé ci-avant, Première Partie, 
chap. 1, § v. 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

formé en une superposition de chutes verticales raccordées, cha- 
cune à la suivante, par des glacis de forte pente, quelque chose 
comme un gigantesque escalier dont les marches, très inclinées, 
seraient séparées par des décrochements verticaux de 4 à H mètres. 
Pour former les pans verticaux des gradins, le rocher a été régu- 
larisé et taillé en coupes droites, les escarpes ainsi obtenues, com- 
plétées et au besoin surhaussées par des portions de muraille en 
maçonnerie, et, sur les emplacements où la paroi naturelle ne 
prêtait pas à une taille verticale, entièrement faites en maçonnerie 
construite. Quant aux glacis inclinés intercalaires, suivant un pro- 
cédé dont on connaît d'autres exemples à l'époque cananéenne, 
ils étaient faits en terre, une argile très dure, pilonnée avec soin 
en arrière des murs construits et remplissant tout l'espace de sec- 
tion triangulaire compris entre la crête d'un muret la base du mur 
immédiatement supérieur. Descendons, en partant de l'escarpe 
dominante M, et voyons comment les barrières successives qu'on 
rencontre sur la pente sont agencées. 

Au droit de l'extrémité sud de la section subsistante de M, celle 
muraille est précédée, à sa base, d'une plate-forme large de 5 ou 
6 mètres dont l'arête avant est la crête d'une escarpe rocheuse déjà 
utilisée, aune date ancienne de la période cananéenne, pour tailler 
à sa base une sorte de cour rectangulaire, p du plan, à face arrière 
dressée verticalement pour bien encadrer la porte carrée du tom- 
beau T4 (phot. des pi. Vil et Vill a). Ultérieurement, cet escarpe- 
ment haut de 2 à 3 mètres fut organisé en ligne de défense, m 2 du 
plan, dont on retrouve des éléments construits en maçonnerie, 
immédiatement au sud de la cour/?, fermant une brèche entre la 
façade arrière de p et l'escarpe de roc brut qui la prolonge dans 
celte direction (voir les phot.), et d'autre part au nord du mur 
transversal B, dans une région où les couches basses du remblai 
ont été, jusqu'à présent, laissées en place. Dans cette dernière sec- 
tion du mur m 2, il soutenait un terrassement-glacis dont la ligne 
haute arrivait presque à la base de la muraille M. 

Au pied de l'escarpe m 2 ainsi constituée, étroite plate-forme, 
amplifiée, à quelque distance au sud, en un glacis rocheux naturel 
large de ou 7 mètres. A sa base, grande chute verticale du 
rocher, haute de 6 mètres en moyenne, régnant d'un bout à l'autre 
de la zone dégagée par nous, au sud du mur B, et qui donne à la 
configuration de ce versant de côte son principal caractère. Au 
pied de cette façade naturelle était un angle mort très profond qui 
échappait aux vues des défenseurs de la ligne w u 2; on y remédia 



LA CITÉ DE DAVID 2i 

de la manière habituelle, par la mise en place d'une grande masse 
de terre en talus incliné, appuyée, en bas, au mur m 4 où nous 
allons descendre. Mais avant d'y arriver nous rencontrons,, à mi- 
hauteur entre la falaise naturelle et le niveau de m 4, un ouvrage 
établi assez différemment et comme surajouté, le bastion m'a, de 
hauteur imposante, poussé en avant, entre ses murs d'aile, sur les 
16 mètres de développement de sa façade, présentant enfin cette 
particularité très significative que sa muraille est fondée, non sur 
le roc, mais sur un substratum de décombres épais de 2 à 
3 mètres *. Forcément respecté par nous sous les maçonneries, le 
terrassement a également été laissé en place, en grande partie, 
dans l'intérieur du bastion, où il recèle les surprenants dépôts de 
la fosse commune rencontrée en T8-K, dont la description sera 
donnée au chapitre suivant. 

Au niveau du mur de façade du bastion et approximativement 
dans la môme ligne, au nord du mur transversal B, se montre un 
mur de soutènement similaire, également coté m 3 sur le plan; 
nous l'avons complètement dégagé à la base et constaté qu'il était 
assis, comme le premier, sur un terrassement de hauteur impor- 
tante. Les divers ouvrages m 3, de même alignement et de môme 
niveau, semblent avoir fait partie d'un système de grands bastions 
carrés, espacés à cet étage du flanc de la côte. 

Leur rôle dans l'organisation d'ensemble du profil est très clair. 
Le bastion du sud, que nous avons en entier, délimite deux zones 
d'étendue équivalente dans le glacis, beaucoup trop important 
quant à la course horizontale et quant à la hauteur, qui, sans celte 
interruption, serait tendu entre la crête de m 4 et le haut de la 
falaise naturelle en arrière (voir profil 10-10, pi. IV b). Avec m 3 et 
sa ligne intermédiaire, on a dans cet intervalle deux glacis super- 
posés et bien conditionnés l'un et l'autre, celui d'en haut com- 
mandé par la ligne m % l'inférieur commandé par m 3 et joignant, 
en bas, le dos de la ligne m A. 

Cette escarpe m 4, assez heureusement conservée (voir la phot. 
de la pi. VII), est, vers le bord sud de notre fouille, une coupe 
verticale taillée dans le rocher, haute de 2 mètres, surmontée d'un 
mur en maçonnerie. Du sud au nord, la coupe dans le roc réduit 

i 

1. Avec le plan au -w- , consulter surtout la phot. de la pi. VU, où à 1 extrémité 
sud du bastion, nettement découpée et en bonne lumière, la superposition des assises 
de moellons à l'infrastructure de terre est en évidence. Autour de cet angle de l'ouvrage, 
le terrassement sous-jacent a été coupé à pente raide jusqu'à la base même de la ma- 
çonnerie, pour en permettre une détermination plus sûre. 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

progressivement sa hauteur, finalement disparaît, le mur en 
maçonnerie subsistant seul depuis la base. Ce mur détache per- 
pendiculairement, vers le bas, un éperon ou contrefort très sail- 
lant, et à peu de distance au delà, se replie à l'intérieur en 
saillant de bastion, pour reprendre à 5 mètres de distance, au 
nord, sons la forme d'un autre angle de bastion, en symétrie avec 
le précédent, marquant l'origine d'une façade engagée sous les 
remblais encore en place. On voit que l'ensemble des murs m\ 
parait offrir une ligne de bastions espacés organisée comme celle 
des ouvrages m3 de l'étage supérieur, avec un relief sans doute 
pins modeste. 

Au-dessous du niveau 4, l'escarpe m 5, dont la tour H a couvert 
la ligne, utilisait un ressaut naturel de 1 à 2 mètres de hauteur 
(voir la phot. pi. Vil); de la maçonnerie se rencontre à quelques 
mètres au nord de la tour, sortant du remblai encore en place qui 
couvre le prolongement de la muraille. Plus bas encore, au-dessous 
de l'emplacement de la tour, une dernière ligne de défense nous 
apparaît, qui fut obtenue en utilisant la remarquable petite falaise, 
haute de quelques mètres, dont le front sert de masque au souter- 
rain du canal à flanc de côte; dans la façade de cette muraille 
s'ouvrent les fenêtres latérales dont la rencontre nous livra 
l'aqueduc, nous avons exposé dans quelles circonstances. De la 
ligne ainsi placée subsistent des éléments construits en maçon- 
nerie, m 0, au contact et sur la face sud du mur transversal B, qui 
a recouvert l'escarpe primitive, et à quelques mètres au nord de B, 
un gros élément d'angle qui est peut-être le saillant d'un bastion 
organisé comme ceux de l'étage 4 : les prolongements de ce 
massif disparaissent sous la masse de remblais non déplacés 
encore. 

Rien de mieux expliqué, on le voit, que le principe et le fonc- 
tionnement d'ensemble du système dont il subsiste ces vestiges. 
Quanta l'organisation de détail, nous n'oserions tenter une restitu- 
tion du profil dans les conditions, trop inadmissibles ici, de la 
précision graphique. Indiquons seulement que, très nécessaire- 
ment, la crête de chacune des escarpes superposées abritait une 
sorte de chemin couvert, dont les vues et les coups gardaient le 
plan incliné immédiatement inférieur. Cette fortification était 
« active » en toutes ses parties, et toute son organisation tendait 
à porter la défense aussi en avant que possible, le plus loin pos- 
sible de la clôture haute, de manière à ce que, devant une attaque 
puissante, on pût se replier, progressivement, d'étage en étage, en 



LA CITÉ DE DAVID 23 

brisant, en trois ou quatre fois, l'élan d'un assaillant qui laissait 
de nombreuses victimes au pied de chaque mur d'escarpe. 

Il ne faudrait pas croire, cependant, qu'un système aussi com- 
plexe et aussi développé dans ses parties a été construit en une 
seule entreprise, d'après un pian général établi complètement et 
d'avance : la précision et l'ampleur achevée du « projet » sont des 
caractères éminemment modernes, tout à fait étrangers à l'ingé- 
nieur antique qui, même au cours des belles périodes architectu- 
rales de l'Egypte, de la Chaldée ou de la Susiane, résout les 
problèmes un à un et réalise à mesure, chaque élément s'insérant 
comme il est possible dans le réseau plus ou moins ancien des 
parties préexistantes. Sur les flancs de la petite forteresse jérusa- 
lémite, les gradins étages au-dessous du mur de crête n'ont pu être 
que le fruit d'un long effort de perfectionnement et d'une réalisa- 
tion progressive, un plus ou moins long temps après l'achèvement 
de l'enceinte haute. En fait, dans l'ensemble que nous avons décrit, 
de grands écarts d'époque se laissent entrevoir, par cette circons- 
tance que les éléments de la barrière ?n'd, dont le grand bastion 
dont nous avons remarqué la situation caractéristique en avant et 
en l'air, sont fondés sur remblai, donc relativement tardifs, tandis 
que sur d'autres lignes telles que m 2, m 4, mo, les escarpes 
aménagent le roc ou reposent sur le roc même. Il est extrêmement 
probable que les ouvrages m 3 sont de l'époque judéenne royale , 
et cela nous reporte à certaines indications déjà prises en note 
antérieurement, touchant les travaux d'Ezéchias qui, procédant à 
la restauration de l'enceinte de la ville, éleva « le second mur en 
dehors » (II Chron., xxxn, 5), et de Manassé, qui « construisit un 
mur extérieur pour la Cité de David... et tout autour de l'Ophel » 
(II Chron., xxxiii, li). De telles mentions nous sont maintenant 
tout à fait claires. Mais les rois de Juda n'innovaient point en 
armant la pente de ces ouvrages à mi-hauteur, qui peut-être se 
superposaient à d'anciens murs détruits ou submergés par les 
talus de décombres, et en tout cas s'inséraient dans un système 
étage de beaucoup antérieur, dont les principales lignes, très pro- 
bablement, remontent au stade de la fortification cananéenne. 

On se rappelle, en effet, qu'antérieurement à nos travaux le dis- 
positif en gradins, avec massifs en terre durcie fournissant des 
emmarchements en glacis incliné, a été rencontré sur les flancs 
de plusieurs acropoles palestiniennes, notamment à Jéricho, où 
sous le gros mur cananéen de la crête, devant lui et plus bas, à 
l'époque Israélite ancienne, on établit l'avancée d'une forte 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

muraille en briques, assise au sommet d'un glacis ràide en terre 
bal lue, revêtu de moellons, fondé lui-même sur une couche de 
béton d'argile 1 . Très caractéristique aussi est le dispositif des 
murs et glacis étages qu'on trouve à Megiddo 2 . Les montagnards 
qui aménageaient de pareilles organisations n'étaient point des 
novices en l'art de la fortification, et c'étaient des places redou- 
tables que ces petites acropoles cananéennes, Gezer, Megiddo, 
Jéricho, auxquelles nous pouvons comparer, aujourd'hui, celle 
que David prit d'assaut par surprise. A sortir de terre leurs 
escarpements taillés, leurs murailles imposantes à la crête, sim- 
ples, astucieuses et meurtrières du haut en bas des flancs de la 
colline, on comprend mieux que ces rochers, longs de quelques 
centaines de mètres, aient intimidé les conquérants égyptiens du 
Nouvel Empire, ignorants de la fortification en pierre, lorsqu'au 
xvi e siècle ils s'engagèrent, pour la première fois, dans les régions 
de la Syrie méridionale. 

C — Le grand mur transversal (phot. pi. VII, VIII a, XV c). 

L'organisation que nous venons de décrire n'était pas seulement 
restaurée, confortée ou complétée au cours des âges. On constate 
en outre que, dans la seule étendue de notre fouille, elle est per- 
turbée gravement par deux organes de disposition discordante et 
d'apparence fort étrange l'un et l'autre : la tour H, dont il sera 
parlé tout à l'heure, et le grand mur transversal B. 

Découvert, on se le rappelle, dès l'ouverture de la première 
tranchée à la base de la fouille de l'escarpement (visible, à cette 
place, sur la phot. de pi. XV, c, où le mur est pris dans le sens de 
sa longueur ou par la tranche, immédiatement à droite de la 
fenêtre x du canal en tunnel), suivi, depuis lors, en montant de 
Test à l'ouest, jusqu'à l'amorce de son extrémité supérieure, ce 
mur B prend appui à la base de la grande escarpe M, s'en détache 
exactement d'équerre et descend la pente au plus raide, non en 
ligne droite, mais en dessinant deux inflexions contraires qui le 
maintiennent, par grand hasard, dans les limites de notre fouille. 
Son assiette n'est pas uniforme sur toute sa longueur. En bas, il 
pose sur le roc, et de même à l'extrémité haute, à l'ouest, au 

1 . Sellin et Watzinger, Jéricho (1912), coupe générale de la pi. XIX et détail p. 59, 
■d\< ■'■ correspondance aux photographies des pi. X, XI, XII, Xlll. 

2. Schumacher, Tell El Mulesellim, et d'après lui Vincent, Jérusalem, pi. XIX 
une coupe). 



LA CITÉ DE DAVID 25 

départ contre le grand mur d'enceinte; mais dans l'intervalle, ses 
fondations sont établies sur des couches profondes de déblais, et 
c'est principalement pour ne pas compromettre trop dangereuse- 
ment cette curieuse maçonnerie, déjà déchaussée et fortement en 
l'air, que nous avons renoncé à descendre la fouille jusqu'au roc, 
dans le parcours de la zone comprise entre les niveaux de m A à M. 
A l'examen, il apparaît que la surface de terre sur laquelle le 
mur est assis est celle même des glacis damés insérés entre les 
lignes de défense successives ; en d'autres termes, ce mur suit 
exactement, à sa base, le profil transversal — roc naturel et ter- 
rassements — du système en gradins décrit plus haut, et il se 
manifeste, ainsi, que cette construction B est postérieure à l'achè- 
vement de cette fortification dans sa forme complète. On s'en 
rendrait compte, d'ailleurs, au simple aspect d'incohérence qu'il 
présente parmi les autres ouvrages. Il les masque et les perturbe, 
il interrompt la ligne 2, il mutile l'angle du bastion m3 nord, il 
bouleverse toutes les conditions de défense de ce flanc de côte, 
sans rien apporter de favorable en échange. Matériellement, sa 
construction est mauvaise et très négligée. Haut de plusieurs 
mètres, à section trapézoïdale, il a une épaisseur de i m 50 
à 2 mètres à la base, environ la moitié au sommet, est fait de 
moellons non taillés, liés d'un mortier si hâtif que, presque 
pirtout, Tintervalle entre les pierres est vide et la solidité très 
précaire. 

On doit se demander quel était le rôle de cette étrange barrière, 
qui se perd sous l'énorme remblai intact au bas de la fouille et vrai- 
semblablement dévale beaucoup plus bas encore, jusqu'au fond de 
la vallée dans sa configuration ancienne. Le problème est assez 
singulièrement compliqué par le fait qu'à partir du point où nous 
perdons la muraille, à l'extrémité inférieure, son prolongement 
sous les remblais paraît se doubler du cours d'un autre mur tout 
à fait semblable, de même puissance, parallèle au premier et 
distant de lui, du côté du sud, de 5 ou 6 mètres : de ce deuxième 
ouvrage nous avons seulement l'extrémité haute de départ, B a, 
qui s'est découverte, sur une faible longueur, au point le plus pro- 
fond atteint par notre fouille. On ne peut rien supposer, évidem- 
ment, d'un organe révélé par une aussi brève amorce. A considérer 
les choses, dès lors, comme si le mur B poursuivait solitairement 
sa course, le plus probable est qu'il exerçait la fonction d'un grand 
mur de masque, reliant à l'escarpe supérieure une poterne assez 
ointaine qui gardait, en le barrant, le chemin du fond de la vallée, 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le fond du Cédron, à aucune époque, n'a pu être compris dans 
l'eu rein te de la ville; mais il donne accès aux portes de l'en- 
ceinte salomonienne sur le front est et sur le front nord, et 
Ion conçoit qu'il lût important de pouvoir arrêter l'ennemi sur 
cette route, voire surveiller les simples passants qui défilaient au 
pied de la vieille Cité, de l'Opbel et des palais royaux, montant du 
sud pour entrer dans la ville ou contourner ses murailles 1 . Pour 
cet office, il est suffisant d'avoir, sur le chemin de la vallée, une 
poterne fortifiée faisant corps de garde, et de la poterne, allant 
rejoindre l'enceinte de la ville en escaladant le flanc du ravin, un 
grand mur de barrage. Ce dernier ouvrage couvre par sa seule 
masse, des coups de l'ennemi, les défenseurs du poste de la vallée, 
lorsqu'ils ont à circuler entre ce cbâtelet et l'enceinte haute : si les 
flèches et les pierres pleuvent d'un côté, ils cheminent sur l'autre 
face de la muraille, à l'abri du masque qu'elle constitue. 

D'après les constatations faites plus haut, la date de la construc- 
tion est relativement tardive. Cette grande traverse de la vallée 
est postérieure au système des gradins fortifiés dans son ensemble, 
postérieure même, très probablement, aux surélévations des 
ouvrages du stade de m 3, de telle sorte que la date la plus 
ancienne qu'on pourrait lui attribuer n'irait pas au delà des der- 
niers temps de la royauté judéenne. 

D. — La tour H (phot. pi. VII, VIII b, profils pi. IV). 

Aux époques où le mur B n'existait pas encore, pour opposer à 
l'assaillant, comme nous l'avons expliqué, des obstacles plus effi- 
caces et le frapper du plus loin possible, on dut s'efforcer maintes 
fois de multiplier et d'améliorer les défenses des lignes basses, et 
c'est dans cette intention, sans nul doute, que fut construite la 
grande tour dont les substructions conservées, en H du plan, 
au-dessous de la ligne m 4, accidentent de si étrange manière le 
flanc de la côte. À en juger par ce qui subsiste de la base, c'était 

1. Précédemment déjà, à propos du M Mo construit par Salomon et de son histoire, 
nous avons été conduit à signaler les analogies entre le développement de la Jérusalem 
de celte époque et l'histoire topographique de certaines acropoles françaises, élargies 
e n ville au début du Moyen Age (voir Première Partie, cliap. I, § iv). Ici, de même, 
on trouverait facilement, a notre traverse extérieure B, des analogues dans l'organi- 
sation des mêmes place» du Moyen Agé, où dans nombre de cas un mur en antenne 
ou eu épi se détacbe dune plate forme baute pour venir chevaucher et garder, à la 
base, un ouvrage avancé, quelque chemin, quelque berge de rivière, une ligne d'accès 
quelconque. 



LA CITÉ DE DAVID 27 

un très puissant organe que celte tour circulaire de plus de 
7 mètres de diamètre, avec sa muraille épaisse de 1 m. 20, sa 
forme admirablement régulière, malgré l'incommodité de la pente 
et des accidents du rocher, au parement extérieur incliné et au 
parement intérieur vertical, la bonne qualité de sa maçonnerie, 
1res soignée et revêtue, à l'extérieur, d'un enduit en mortier gris, 
très résistant, qui jointoie curieusement le parement, à sa base, 
avec le roc sur lequel la construction repose. 

L'établissement de cet édifice supprima ou interrompit l'escarpe 
ma. et son couronnement masquait certainement les vues de la 
crête de m 4. La défense n'y perdait guère ; la tour défigurait l'en- 
semble des anciens gradins, mais en somme elle le renforçait. 
Quant à la détermination de la date de cet organe évidemment sur- 
ajouté, on doit observer que la maçonnerie, à coup sûr point 
archaïque, ne ressemble pas non plus aux maçonneries judéennes 
des alentours, notamment aux murs plus débiles et beaucoup plus 
négligés des ouvrages m3; on serait tenté de l'attribuer à une 
époque beaucoup plus tardive, au voisinage des solides et régu- 
liers travaux de la période romaine. Que la construction soit assise 
sur le rocher, cela pourrait sembler en contradiction avec l'indica- 
tion d'une date aussi récente — les ouvrages m 3, de l'époque 
royale, n'ont-ils pas sous eux plusieurs mètres de décombres? — 
si nous n'avions constaté que, tout près de là, c'est également sur 
le roc nu que la muraille B a été construite. Or, cette dernière 
muraille, nous l'avons reconnu, est fort tardive, au plus tôt de la 
fin de la période royale, et, entre le niveau de H et celui de l'es- 
carpe haute, elle repose, sans les entamer, sur toutes les terrasses 
à glacis incliné qui recouvraient l'escarpement. 11 ressort de là 
qu'à la fin de la période royale, tout au moins, les terrassements 
artificiels et les décombres déversés du haut de la muraille supé- 
rieure n'avaient encore noyé le rocher que dans l'étendue d'une 
bande intermédiaire, depuis le niveau m^L jusqu'au dessous de la 
ligne m 4, la surface naturelle restant à découvert à l'étage supé- 
rieur, d'un côté, et d'autre part dans la zone inférieure des pentes, 
à partir d'un niveau voisin de celui de H et de m 5. On voit, d'après 
cela, que la submersion totale de l'escarpement et ce formidable 
« remplissage » du fond de la vallée, tel que dans la forme actuelle 
du terrain on le constate, ne peuvent être l'œuvre que des temps 
postérieurs à la période juive proprement dite ; et cela est extrê- 
mement naturel lorsqu'on considère que le grand développement 
de la ville et le fonctionnement le plus intense de son organisme 



$8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

se placent aux derniers siècles avant 1ère chrétienne et à l'époque 
romaine. 

Il résulte de ces conditions que pour situer chronologiquement 
la lo.ur H d'après les seuls caractères de son assise, nous disposons 
d'une marge assez ample postérieurement à la période royale. On 
hésiterait, toutefois, à assigner à l'ouvrage une date trop basse. 
Vers l'époque romaine, bien probablement, le bas de son mur 
disparaissait sous le fleuve des décombres rejetés d'en haut en 
quantité chaque jour plus grande ; mais pour tout le reste de sa 
hauteur il se dressait debout, signalant de manière remarquable ce 
point du flanc de la côte. Serait-il imprudent de penser que la tour 
ainsi placée pourrait être identique à la «tour du Siloam », ô 7cupyoç 
lv toj StXoxxf/., qu'on voit paraître incidemment dans un récit de 
l'Evangile [lue, xm, 4)? « C'est — aurait dit Jésus à propos de 
faits d'un autre ordre — c'est comme ces dix-huit hommes sur les- 
quels s'eflbndra la tour du Siloam et qu'elle tua... ». Nous savons 
ce qu'est le Siloam aux abords de l'ère chrétienne; rappelons * que 
le nom hébreu de Siloah, Y «aqueduc», était arrivé à désigner 
l'ensemble du système des eaux de la vallée et devait passer, plus 
tard, à la vallée elle-même. 

II. La fortification de la pointe sud. 

La remarquable organisation que nous allons décrire nous a été 
livrée par une fouille d'exploration ouverte à une distance de 
60 mètres au sud du chantier principal, à l'extrémité méridionale 
de la Cité, sur la pointe de l'éperon qui domine le vieux réservoir. 
On y a mis au jour l'enceinte archaïque, conservée dans son infra- 
structure, ingénieuse et intéressante extrêmement par son dessin 
d'ensemble et dans tous ses détails. Il a semblé, néanmoins, que 
l'aire dégagée en fin de compte était trop restreinte pour que le 
levé intégral à grande échelle y pût être fait dans les conditions de 
précision et de clarté convenables ; pour y suppléer, le lecteur sui- 
vra la description de la place sur le croquis au ^ Q u i figure ci- 
dessous, et qu'on repérera facilement sur les plans généraux au 
çjfô et au g-^j de nos planches 1 et II. Voir, en même temps, les 
photographies groupées à notre pi. X. 

Au premier coup d'œil on sera frappé que la ligne du mur 

1. Pour ce qui concerne le Siloah biblique et Siloam du slade gréco-romain, se 
reporter à l'exposé donné plus haut, Première Partie, ebap. III, § h, 



Là cité de dàvid 29 

archaïque ne couronne pas, comme on eût pu s'y attendre, le grand 
escarpement, partiellement en surplomb, qui domine immédiate- 
ment le vieux réservoir. Le mur, dans son tracé général, préfère 
dessiner une sorte de pan coupé un peu plus haut en arrière, mais 
seulement au voisinage de la grande face du Tyropœon, le raccord 
avec l'alignement sur le Gédron comportant un ouvrage de forme 
toute spéciale, organisé pour jouer le rôle d'un éperon d'extrémité 
de l'acropole. On voit l'enceinte, en effet, détacher vers le sud une 
sorte d'appendice ou de grande tour, un massif bastion carré, 
Y des plans, qui descend sur la pente, très loin et très bas, jusqu'à 
proximité immédiate du réservoir, la face orientale de ce bastion 
étant exactement dans le prolongement de la grande face nord- 
sud de l'acropole sur la vallée orientale. 

Nous ne connaissons encore ce remarquable organe que de 
manière très incomplète, notre fouille étant limitée, au sud, au 
mur d'enceinte de notre propriété, laissant en dehors, par consé- 
quent, tout le saillant de l'ouvrage avancé qui descend les degrés 
de la montagne, et au nord, arrêtée quant à présent à la ligne 
que le croquis indique. A l'extrémité sud, cependant, le roc est nu 
en plusieurs places et d'utiles indices apparaissent, et à l'ouest, 
d'autre part, la coupée de la muraille affleure à la traversée du 
chemin qui gravit la colline ; de telle sorte qu'une image d'en- 
semble en résulte assez certainement et qu'une description est 
possible. 

Sur la face orientale, on constate que la fortification de la 
crête, si complètement détruite sur l'emplacement des carrières 
romaines, dans notre grande fouille du nord, est au contraire, ici, 
conservée. Au point où nous le rencontrons \ le mur est double 
(rapprocher, du plan, la coupe rapide h-Ji qui figure en regard et 
voir la phot. de pi. X a), à étages superposés, comme si l'on avait 
resserré en largeur les éléments de la fortification en gradins que 
nous avons étudiée dans la section septentrionale. Il semble aussi 
que nous soyons en présence d'un ouvrage plus développé qu'une 
simple clôture, même construite à deux éléments; car les deux 
murs parallèles font parlie d'un seul massif de maçonnerie, un 
vaste bloc dont notre fouille n'a pas trouvé le bord du côté inté- 
rieur, et qui peut avoir été le soubassement d'une sorte de châ- 
teau, de môle d'extrémité de l'enceinte, organisé comme le serait 

1. C'est tout près de là, un peu au nord, qu'un sondage isolé de Gutlie avait ren- 
contré la muraille jadis, au point GO de nos plans; voir l'histoire des travaux de Gutho 
ci-avant, Première Partie, chap. IV, § i. 



no 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



un ouvrage isolé. Sur son front oriental, nous venons de le voir, 
le mur arrière plus élevé donne un tir qui passe par dessus la tète 
des défenseurs du mur avant, inslallés dans le chemin de cireula- 



rj 



Fouille de la ponde sud 
1 



Echelle de 



600 



3û 

L_ 



UQ 

_l_ 



323 



Mèireff 




El Hamra 



tion d'entre les murailles. En arrière, la maçonnerie du baslion- 
château est très détruite, au-dessus du niveau du gros radier qui 
portait l'ensemble ; on retrouve cependant, çà et là, des vestiges 
de chambres et de couloirs, notamment un chemin en rampe, au sol 



LA CITE DE DAVID 31 

en béton, qui descend du nord au sud contre le mur supérieur de 
l'enceinte. 

Si de là nous passons à l'ouest, du côté qui regarde le Birket El 
Hamra, nous y verrons le rentrant très remarquable que dessine 
la ligne de l'enceinte, pour raccorder l'alignement du pan coupé 
venant de l'ouest avec la face ouest du bastion carré Y. L'escarpe, 
à cette place, est taillée dans le roc, sur une hauteur de 4 mètres, 
la coupe verticale surmontée de maçonnerie, et l'aspect est très 
étrange de ce mur mi-rupestre, mi-construit, établi avec le plus 
grand soin et se repliant vers l'extérieur en parfait arc de cercle. 
A son pied, le roc a été abaissé pour parfaire la hauteur de 
l'obstacle, et dans le glacis de base, juste à l'aplomb du parement 

Coupe kJi du plan ci-contre 
(croquis rapide) 



d'escarpe, se creuse une large et profonde rainure (phot. pi. X d), 
peut-être un simple canal d'écoulement pour les eaux. Cette ligne 
d'escarpe se poursuit à l'ouest, en dehors des limites de notre 
fouille, et elle sort de terre, immédiatement à l'ouest de notre mur 
de clôture, à la traversée du sentier sud-nord de la côte : un 
superbe gradin de roc, dépouillé de la maçonnerie qui l'exhaus- 
sait, mais dans lequel on reconnaît la crête de la même escarpe 
taillée que nous venons de décrire. 

Hors de notre domaine, au sud, le même mur de roche se pour- 
suit sous le remblai, et il forme la face occidentale du bastion 
avancé. Le sentier en échelle abrupte qui a gravé dans le sol, sur 
cet emplacement, un lacet très accentué aboutissant au pied de la 
côte, a fort, contribué à maintenir le rocher, au sud et surtout à 
l'est, dégagé de remblais superficiels trop encombrants, et le bas- 
tion se dessine, à un examen attentif, par les tailles verticales des 
parois rocheuses qui sortent de terre dans les sections décou- 



33 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vertes. Certains plans supérieurs coupés dans le rocher sont éga- 
lement visibles, et Ton y reconnaît la taille en gradins habituelle 
dans l'organisation de ces murailles, toutes les fois que le roc 
devait servir d'assise à un mur construit surélevant la paroi taillée. 
Un peu au nord du baslion Y, notre fouille a mis à découvert le 
dispositif dune descente abrupte, t du plan, sorte de rainure pro- 
fonde ménagée dans la masse du radier de maçonnerie, incisant le 
roc sous-jacent et montant vers le nord-ouest en ligne droite, atta- 
quant la pente au plus court et au plus raide. Extrêmement ruinée, 
presque méconnaissable, cette voie garde trace cependant d'avoir 
été régularisée par des marches. Son extrémité haule se perd 
encore dans le remblai. A la base, sous notre mur de clôture, il lui 
correspond une coupure, fort nette lorsqu'on examine de l'exté- 
rieur le petit escarpement que notre mur couronne, et la superpo- 
silion des relevés permet de constater que cette issue est exacte- 
ment dans la ligne d'une grande porte, P du plan, qui paraît s'ouvrir 
dans l'enceinte judéenne du pied de la colline (enceinte 3), là où 
cette enceinte se soude aux escarpements de la pointe sud de 
l'acropole. Nous avons envisagé, antérieurement, les conditions 
historiques de rétablissement de cette muraille 3, mise au jour par 
Bliss en 1897 ; nous nous rappelons qu'elle est en relation étroite 
avec la création du premier système d'amenée des eaux dans le bas 
du Tyropœon, le système du Birket Kl-Hamra et de son canal II à 
flanc de côte ; nous savons aussi que l'ensemble de tous ces travaux 
remonte au ix° ou môme au x e siècle l . Or, le dispositif de raccord 
de l'enceinte basse avec la vieille fortification cananéenne était 
toujours resté fort énigmalique dans le détail; Bliss s'était bien 
demandé si l'avenue P n'était pas une porte de la ville, mais il avait 
renoncé à cette idée, constatant que les maçonneries qui l'enca- 
drent viennent buter à un mur de roche continu, sans ouverture 
dans Taxe. Tout différemment, aujourd'hui, nous sommes conduits 
à voir l'avenue P en relation avec la vieille descente t, à laquelle 
les ouvrages judéens de la base s'adaptèrent de manière à ce que 
de t on eût accès, sans doute, à la croie des nouveaux murs, et 
non moins probablement, par le moyen de quelqu'escalier facile à 
construire, à leur pied même, au fond de cette avenue en impasse 
dont le dessin autrement serait inexplicable. Dès lors, tout s'éclaire 
dans la configuration du mur judéen aux abords de cette porte. Au 
lieu de venir l'amortira la pointe extrême du baslion Y, comme il 

1. Voir, pour tout cela, ce qui est exposé précédemment, Première Partie, cliap. I, 
§ v et chap. III, § i. 



LA CITÉ DE DAVID 33 

eût résulté de l'intention d'un travail économique, on prît en 
considération, très habilement, la poterne qui trouait la ligne de 
la vieille enceinte, un peu au delà vers le nord, et l'on prolongea 
le tracé de la nouvelle muraille de manière à placer cette issue 
au centre, au fond d'un grand ouvrage bas qui en renforçait la 
protection de manière considérable. 

Pour restituer, toutefois, l'état des choses à l'époque cananéenne 
et jusqu'aux premiers temps de la royauté judéenne, nous devons 
faire abstraction de l'enceinte 3 et des bastions qui encadrent la 
porte P, et imaginer la descente t, incisée jusqu'en la crête de l'es- 
carpe rocheuse de l'acropole et accessible, d'en bas, par quelque 
poterne à escalier organisée à la manière habituelle. Cette porte de 
la ville primitive, et l'abrupt sentier en échelle qui gravit la côte à 
l'intérieur, cet ensemble n'a rien d'anormal dans sa configuration, et 
on lui trouverait de nombreux analogues sur le pourtour des acro- 
poles archaïques en Asie et en Grèce. 

Avant de quitter ce point de l'enceinte, il nous faut encore 
redescendre jusqu'après la fin delà période royale, pour reprendre 
la description de Néhémie, quant à ses rapports avec la porte P et 
les ouvrages attenants. Néhémie, on se le rappelle \ nomme bien 
la porte de la Fontaine, qui est celle de l'angle méridional extrême 
de la graude enceinte, et tout de suite après le réservoir du Siloe, 
au fond du Tyropœon ; mais il passe sous silence la porte entre 
les deux murs y connue par un autre texte de l'époque royale et 
dans laquelle nous avons reconnu l'issue du chemin du fond du 
Tyropœon, au contact même du vieux réservoir 2 . Ignorerait-il, de 
même, la descente t et la porte basse P qui la prolonge? Après le 
réservoir du Siloe paraissent, dans sa nomenclature, les degrés 
qui descendent de la Cité de David, et l'idée s'impose presque, à 
présent, que ces « degrés » sont ceux de la vieille entrée en échelle. 
Cela n'est point en contradiction avec la mention de III, 15, et 
irait fort bien avec la description itinéraire de XII 31 et 37, d'après 
laquelle le cortège, suivant la muraille en venant de la porte de la 
Fontaine, a gravi les degrés de la Cité de David, par la montée 
de la muraille, pour continuer ensuite vers le nord. On voit sans 
peine la procession cheminant sur la large plate-forme du mur 
extérieur, à la traversée du Tyropœon, tournant à gauche sur la 

1. Voir l'analyse de la description de Néhémie ci-avant, Première Partie, chap.III, 
S ni. 

2. Pour la question du quartier d'entre deux murs et de Importe entre les deux 
murs, voir ci-avant, Première Partie, chap. III, § ir. 

T. LXXX n° 139. •! 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plate-forme au saillant de la muraille, et accédant directement au 

bas de la rampe de la côte. 

Il est nécessaire de donner quelque attention, pour terminer, à 
l'ensemble des travaux dont la construction de l'enceinte 3 a fait 
partie, à l'époque royale ancienne, et qu'on pourrait appeler le 
système du vieux réservoir et de la clôture du Tyropo*on. On y 
distingue, en somme, deux catégories d'organes, le réservoir et sa 
digue, d'une part, puis la muraille extérieure. Le tout, nous le 
rappelions un peu plus haut, constitue un ensemble historique- 
ment inséparable ; mais au point de vue de l'exécution technique 
on peut essayer de voir comment et dans quel ordre les divers 
éléments ont été mis en place. Nous avons indiqué hypothétique- 
ment, tout d'abord ', que la muraille extérieure, très fortement 
construite, contrebutée du côté du dehors par des massifs espacés, 
pourrait avoir existé seule dans un premier stade, faisant digue de 
retenue et servant de mur de défense tout à la fois ; mais cette 
explication des choses n'est point obligatoire, et il semble qu'elle 
ait contre elle plusieurs circonstances qui ressorlentde la situation 
des deux murs parallèles. On note d'abord que la digue du réser- 
voir, à une vingtaine de mètres en arrière du mur d'enceinte, se 
dresse à une hauteur notablement plus grande, l'enceinte exté- 
rieure étant, depuis les fouilles de Bliss, réenfouie sous les cultu- 
res, tandis que la digue, sur la plus grande partie de sa longueur, 
reste découverte : ce barrage fournissait donc une retenue d'eau 
bien supérieure à celle qu'on eût obtenue avec la seule muraille 
basse. Considérons attentivement, d'autre part, ce mur de digue 
de construction excellente, élargi en un môle formé de grands 
blocs pour se souder à la base des parois taillées qui portaient le 
bastion terminal de l'acropole. Il prolonge exactement, vers le sud, 
la ligne de la face orientale de cette enceinte, dans une position 
telle qu'il paraît être une extension de la muraille archaïque et se 
présente comme le travail de tout premier stade qu'on aurait 
amorcé à la pointe méridionale de la forteresse en vue de barrer 
la vallée. Très probablement, en somme, les choses se sont accom- 
plies de la sorte ; on a d'abord construit le barrage, à partir de la 
pointe extrême de la tour Y el dans le prolongement de l'escarpe 
de la colline, après quoi l'on s'est occupé de la défense du nouveau 
réservoir el de la vallée en amont, pour quel objet il fallut élever 
la grande enceinte qui les enveloppe. Le nouveau mur portait la 

] . Première Partie, eliap, III, § i. 



LA CITE DE DAVID 35 

défense à 20 mètres en avant de la digue, soit en avant du front de 
l'acropole ; pour rejoindre cette ancienne ligne, il élai! nécessaire 
qu'il se repliât vers l'intérieur, et c'est pour cela qu'aux abords de 
la soudure, la grande muraille basse fut assujettie à ce tracé coudé 
qu'au premier coup d'œil on a peine à comprendre. Quant au 
détail de l'organisation de la porte P et des ouvrages qui l'enca- 
drent, ils ont été commandés par l'obligation de conserver et de 
prolonger une ancienne voie de sortie de la forteresse ; nous l'avons 
complètement expliqué plus haut. 

[II. Le mur de crête sur le pourtour de V acropole. 

Nous avons déjà, précédemment ', suivi avec attention la ligne 
des points de passage, plus ou moins bien reconnus, du mur d'en- 
ceinte sur la face orientale de l'acropole. Reprenant sous nos yeux 
le plan d'ensemble delà colline (pi. I), nous embrasserons d'un coup 
d'œil les indications fournies par les rencontres et les sondages 
antérieurs, avec celles qu'on y ajoute par la simple observation du 
mur en émergence ou en affleurement à la crête des décombres. 
Rappelons brièvement, du nord au sud, la chaîne des points G 7 
(Guthe), P 3 (Parker), v \-v 2 (le mur visible), G 4 (Guthe), u3el 
v 4 (le mur visible), pour arriver, un peu au delà, à la section 
Clermont-Ganneau , dont la situation nécessite une explication 
supplémentaire. On sait 2 que la muraille, à cette place, a été 
découverte en 1871 par un travail de carriers ; construite en grands 
blocs de 2 mètres sur m. 30 d'embase, de m. 60 de hauteur, elle 
était immédiatement au-dessous du chemin de crête, dans les 
conditions mêmes où ce chemin et cette muraille se trouvent 
l'un par rapport à l'autre dans les sections v 4 et v 3 rencontrées 
plus au nord. Gomment se peut-il faire, dès lors, que cette super- 
position n'apparaisse point sur notre carte, où la section Clermont- 
Ganneau, assez différemment, développe son tracé à plus de 
15 mètres à l'est du passage du chemin? On croirait, au prime 
abord, à quelque erreur ou à une discordance entre les relevés ; 
mais rien de tel ne s'est produit : l'écart apparent de l'ouest à Test 
résulte de cette seule circonstance que, depuis l'époque des cons- 
tatations de Clermont-Ganneau, le chemin a changé de place. Sa 
déviation à l'ouest remonte aux années 1907 à 1909; elle a parte 

1. Première Partie, chap. IV, § n. 

2. Clennont-Ganneau, Arch. researclies, I, p. 296. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sur une longueur de 50 mètres environ et, les travaus de la culture 
maraîchère aidant, il est devenu très difficile sur le terrain d'en 
reconnaître les traces '. 

Au sud de la section GlermonfcGcinnemt, on entre dans notre 
domaine, et nous trouvons dans notre grande fouille le mur supé- 
rieur M, tel qu'il est décrit plus haut au présent chapitre (§ I). Une 
grande lacune ensuite — nous avons vu que sur cinquante mètres, 
au moins, la muraille a été enlevée par les carrières — et au delà, 
nous arrivons au point de l'ancien sondage GO (Guthe) r immédia- 
tement au sud duquel (se reporter ici au plan au - - inséré au 
précédent paragraphe) s'étendent nos surfaces explorées de la 
pointe sud, la section d'enceinte El, que suit le bastion d'extré- 
mité Y, de contour partiellement encore hypothétique, puis la 
remontée de la ligne par le tracé E2 dont le prolongement va 
ranger la crête des escarpements de la face ouest de l'acropole. 

Sur ce dernier alignement, nous l'avons signalé, le mur archaïque 
a toujours été beaucoup moins cherché que sur la face du Cédron, 
et il est encore aussi bien qu'ignoré à cette heure. Ce n'est point 
faute, cependant, que l'enceinte se retrouve, le long de cette crête 
du Tyropœon, au moins en quelquesplaces. Le mur est visible, sur 
un parcours de 120 ou 130 mètres à partir du saillant au nord du 
vieux réservoir, dans les diverses sections sommairement indi- 
quées et cotées v sur notre carte d'ensemble ; on suit son passage 
sous la forme d'escarpements taillés verticalement dans la roche, 
où Ton observe, en outre, des portions de muraille construite en 
assises de grands blocs appareillés. Plus au nord, toutefois, ces 
vestiges disparaissent; les remblais antiques ont en grande partie 
comblé, comme on sait, la vallée occidentale de moins en moins 
profonde de l'aval à l'amont, et l'escarpe de crête, qui sans nul 
doute existe encore, est enfouie à grande profondeur sous les sur- 
faces actuelles. L'angle nord-ouest de l'acropole peut seulement 
être supposé par approximation très large. Quant à la courtine 
nord, on la retrouve en G 7, où le sondage extrême de Guthe, nous 
nous le rappelons, a buté, à 13 mètres de profondeur, sur le roc 
portant la muraille. 

'A suivre. 

R. Wê'ill. 

I . Comparer attentivement, ici, nos cartes d'ensemble de la colline des pi. I et II, 
.i .,■<• i;. carte an _ _— . du Survey de I 



LÉGENDES BIBLIQUES 

ATTRIBUÉES A KA'B EL-AHBAR 



SUITE 



(Recto.) 

Nbi Dinasab Nb i^rnat bN ig «bi -paabs ^d Nb yba 333 

NIA ÏT"n3» )12 D73N »ninT23N ">lbN TODbN D3SbN N-nb bNpi T^bb 

">d ^ob pma hdni npioi b*ba n^ainbN 13 inb nbap »■©« rr^b 
"iosab hbyss in DMfcbb -na^n q^=> ma ]nd in Nnb b«p 3 aN?anbN 
□mm-iTN )i2 TabN ybwsb"» tpan q-o ^d n^winb» V 2 V 5 ^" 1 C ^ :J, D ^ 
ntih 'Hayn ->ibN DaatbN "jn ibipn q^an 3 naia373 «■» nnay n"< ^miN 
nvih NbN rrvrçnnb» p 6 iob3 ybNai mp ob pb nbba ]nd in nbbN 
nns }Na in "inb nbNp ^b -pabb Nbi ïooab Nb ysa nnb D"»b ^ibN oss 
nNiwxbN pn nbâ»b "hd^n Nib bNia i^a^a ^jab 7 T,73N:oa ûnia» n^ 
h^d iibN yviii inabN pbabi ynaban «aob« pbab won bN toi 
nbbNi -nnai -»bap aiabNi pi'âbN rrbbw nin nbbai irvaa nbb'Ni 
^Vdn Tnna aboba Nin 17m 8 i7ap *piai Nin *pia N">rmbN r^7aa 
(verso) bi p rma* bN Nina>o ^d nbNp DNaba rrnari nab« îmi bas* 1 
yba \dn inara "jnd vni 9 oniaN n^ ^nbN Ta ia?N fcab jv^nt npi 

1. Voir Revue des Etudes Juives, t. LXIX. p. 86. 

2. -fbn p%-r, b. h. 

3. yniTan rwaa-.vnjn, ibid. 

4. 5]N ""O = "ib^DN, i&id. 

5. nEanon na^Tn "pi, iftîd. 

6. "iTa^y riN b^srn Nb n?ab, iôî^. 

7. "piaio DniaN p ON, ifo'd. 

8. 173'^ • • • 3^733 nbbNI, manque dans B. H. 

9. ûniaN ">pbN T^pbN dn ^0 maa>N Nb 'jbnbi inoe, b. h. 



38 



HKVUI-: DES ÉTUDES JUIYKS 



1 "pfio -pai ^ar wp ïT^ainbN ^a? ipno «53 anaa nïi? ?Np ^JP 
ybb« «ab bip» cn rma* b&* inb nb«p ^d asm "ja ^odd *3tbabr 
H? 3*1 b*aa D^arca D"»pbNn «in '^ ^bip Nïib b«p taa^na ixa ^od: 
man npi bn "ja nn:wbN nb«p ^b s ^d\d •pan im* nnna yiNri 
na* ornas nnsai pn iaoNi pn nbba "jk ihiûni *|aNbaa bips 
«b* rroaw ♦r-micna îtnaa^b» rwi tK.TaabK b&tp 3 pfi in^s faK3 
ipno Na yrçaa ïr^ainb» tfnb wn »j«aai osstbN na^n ra&o "HbN 
b*n b« ib nbapi 6 n3nbaa imaai Daubi* swaybK rnba ^Naai «nb 
-yabb »bi *jb e«b rb: inb ûb fab "jKaai É p 33n -iba «byi rpby 
aifca ^wm p^tp ; naarn bai p^noa b« ^d Nr^va "ja rp:nbi 
- orna» nsbtih iaj" û3"»ïw }a V'-'a^ ainn iib« bia bipm txn? 
DN3 naiœna wi Nab b«nb« «in Kb* av ba ik Taab» b»p 
«a «nb nbapi nnaybb m: boni* bip ba tnn Y 552 -** 3, ' 2D "^ n ^ nD 

tisn ntiay «■» "pb 



II 

(Fol. ■] recto.) 

2 nNanN a*a b«p "pnaya la^i -jnytfD 
b«a 3 m:sD? nasi 73 ba'p "nnTaa "ja 
nsbob» ûmb* pnsi ûiib^b ib* aian 
■»b« ûnn^ai wn ban amaNi fc TT*bfiri 
ibap« a'^y'wsn^N an&n Nabc 5 o"j» 'na» 
b«pi f nbb« p*p pa ^pxi sôa 6 mb« iNin 
Epatebai DbràtbM "ja mbàtab» ySaa n*» 
8 p-isaoba aipbN V3 "aataa "npbN 173 
rpb» 13631 n«aa bâi tj> nba« 3>730s 
'• ri".? bfcPlaa rr^b» nyai nanibN )^yn 
x* ymm ^bnrN Nin N7û nb b^p 
-'rN-: ï-rbb» i« ab^n c^tTa ,0/ NnaN 
r^-:i nKi»7aobKi nnâNbNi s^^Dib^ 



2 T»attn ^!7jn ' .M^niN iiar? nd^uj 

■^t253N Sabn ...^ban ï-iisru: 

rt ^ba inp"»i iNia^'û "manban 

Nianb iab-,1 ' fta |b73n mn3iiN73 

;i Qma»b 

6 i^bN 1N3UJ i3">aNDniaNmN-)ai 

7 a^7juîn ^pbMb pyat-'i 

i:?û": pTn(73) ^^ b-^Ton Nin ^a 

8 dïit3 ^b^sn nnNi 

ni^i inp^n PN Û"«pbN y73^"»1 

^«373 ib nbffl^i TTivan tn 

9 b^-iaa 

,0 -aia rrnN riTji ^Nb?:n ib mm 



1. C^i, iWd. 

2. b. H.*a. en plus: nnnas ^:n dsi rn-j nxm sb ^n Nin n^nTji n^tt73, 
in-a ^ws: naar. 

3. nn^T nnr.73 yn^n b^i b^aw a^auin D^pban in 'nia "•asrs» b;* n^^Ni 
"jai n^"ia3 p»MMi iN^as amuN, <6"/. 

i. naiiona nau:^: n^an na», iôî'd. 

5. naD viafio, ibid, 

6. obstn ©«i b;' nnam rrra la» nnpb, ibid. 
• maimai o^piffia, îaw. 



LÉGENDES BlfeLlQUËS 



MO 



N?3 NTPry N721 p-lN^NI KTD 

im n:a N7û pN V 2 n:N s 1 NDn 

11é În-ij»n an»a "»bj> ^p 2 ^' 3 " 1 -j-pnt: 

12 5in tÏ nbba in -iNancÔN a?a ?Np 



a^p:>Nn "o irtan Nm N-pn n? 

11 -pa^N ba rpw ^ar «wi ipy 

12 ria"pnu; t^ûm nwr< 



(Fol. 1 verso.) 

'n-dn pan arwa aair IN bornas i?ûn 
nbaoybtfi torâba ira» mN NTsba *aNàn 
naNâ a«anb« ^bi ib« "nia N-PûNbNi 

wby "jarnn ip riiN nb -ibNp 2 Tnna ^b» 
npNU «ab NTaa -i^NbN Nin ^by abâm 
ûnb b« pna nâan Nab nt^ svbj 
ibap nb">nb« ^n uj">ni bttyba pb-' tpai 
3 nbabN N-n p: Naa bms mp nb 
bma n;n irnaa onb bNpa «rmâ ->bN 
■hnt nias bTinb» ^ba frràn ri3N an 

rtiNariNi mbao* *a paai "HNin 

b^mbNa arrivai *n*wipi nN-^Ni 

ïwîti ^?a inns -inot - -powbftn 

s pNna>bN a^bpN ^bN hn-i^ni mwâNi 

bonns an-iNbiNi anbnNi BnbNi?3Na 
6 aa> 'n-dn "»bN r>y b*maa bïi T? nbb« 



bansn 153» a^-na barnaab m» 
1 orna ai ira 



2 aab?2 11-17:5 bN naïai ma nna 



r-nabtt» nabai rt^a^ ib i-iïïni 

3 HT 



5 baa nm»b ma» i3>aa"i 

n^pbN — iwan aroa "nriN tpi 



bx^a^ ^abwb 



(Fol. 2 recto.) 

p-nrÊb» a-n ^an nbb» i[b] b«p rr[3N] 

bNl 

iba *bN 11-1723 ^tt* pnbN anâfà] 

1 pN-)j>bN 

rpa banaa *a">an n-< b«*Haab 'n'aN bNpa 

NbnN-i »bi int ij» âbi arum 

1 nNbâ pNTa abi nh^n Nbi \a^à Nbn 

b*n nsNoyban ©T*âb» an^73 am 

b»naa nb b«pB «bn^-ib^i nsibNi n«bo 

«b n;Nn ^b n?j CjNari Nb 'NhaN]N[^ 

Nbi naND3>a «bi nbnNia N[bi iNTa] 

"■p-nN n:ni ^irtât "'br ^inaN fflv>Àa 

NinaNT o'n's» 'N'naN aNpa 3 onb 



^nnN ^b^ ûnnaNb -n?:N ^b 
l baab n-iT^D a^iNn 
nrs "»b pN rr'^N annaN "iVïïn 
Nbi rbr aianb oia Nbi ^-nb 
î n7:nb73 viy niiD^b "na b^n ">^:n 
^nat nnN pN h ]Nb7jn b^naa b'N 
-pib ni^arb Nb nbN?: nai ai\ab 
b*n ^u:3N Nbi aianb oiab Nbi 
na-» aa-i Nbi rsTanb?: -ie? mœ^b 
^2NT aa-in ^ana by ^a a^us-ia 
3 baa i^ 'p^NT ^n^n 

b^ isro br aa-m annaN ap^i 



M 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



■ô* n-jn im [N]ba nxab 
baiN -r bapi ^panarb [b nain rmrnt] 

^73 ibip bip [1 rWHttbK ">Dl 

bwS "d in ■nba 5 nbb« aba [nbba Nb] 



nano nniNa -p* rpna 5N"naa 
1 baa rri52 "njuDa iex? Ni:» 

Nnpm wrcb oaa ^»bttn b"Ni 
"ta^pbNïi Nin 'n bina bipa 



(Fol. 2 verso.) 

lîii »b[o]ôb« y-iNbN ^si N^byba pninwo 
«b nb o^b ^ba i?3sbN vifibN -inabN 

ib«i 
rpaw Nbi ^mti Nbi a^N3 «bi ibi t^bi 

[inji r ms» Nbi 
^:ni »mntt3 ann dhj^j ptoba^bN an 

['na}N nîn 
Sa-ta l i-naai ï— rb->b5-i iibbN na? 

"bN o'N'^'N'naN 
^di NnpNiaN ^d qpn pÉn*b« nm» 

[NnsnjNitë 
*bNpi ms ^bsNa ninsi NnnN-iNn ^di 

ibip 
aaNa: abiNaici ab-iNab ûbjnTrà «:to 
NbN nbb» Nb abnN:ai ab^a abbNâm 

nbba 
■^n ibi]pi ■Mbbtt ^d nb ^iia Nb mm 
[N'n'aN n:n 

a naN an 6 maai nb">ba-i nnay 

mpNi mn ma» tu mi pNioNbN 
h?np Nnaï* t*r bamaa nb bNp 7 pin 

Cpa]«a 
[»b« îibbN Nb] i«a ihpi nr-roM ^laNbi 
■[n'ab» "•©] nb ^"nta Nb mm nb:N 
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^3N N"! T2N N^ 

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•j\n w pNi nnN -ihn n:- pN 

1 tpa i:pni gparr ni7:n ib 



mi:3 ^paNi a^p:>Nn ipa« ami 



3 ima pN3 -na» ama« ^nt 
^ina aaaii n"y rà^aa annaa "pn 
bab atia bipa riarn rtenK'H 
inN D^pbNn Nin 'n nri7a'h "tefN 



8 ...ht by C]!an d^id:n aba ïi^ft 

may on-ja» ^^\a Tr»n a^i 

Yaiïi Nin "«rpi . 6 ima pN3 

Ni:» T^-iD^n mavnai a• 1 p^^a 

DM-ia» ^«bwn ib n72N 7 i?:Ni vaa 

d^ na^M^JO ^^Nbi "j^aNb i»wn 

Tna73 ïinNttî rrta nvi art 

8 iiabîa nr p^ a^pb^n Nin 'rria 

nan n« arnaa ^i7ûiaa *»rn 

"|Nb73n 

9 aan7;a an^b 



Fol. :; recto.) 
5N ^B ^1»"!^ "jNa "173N pJ^bb» m"!733 1« ' lP1i< pU)35 ÛÏTia« buî 17:N Nam 

Nn-nx ^d nn^asi ht:n rr»b« nnND ins ...inTasb.mnr^n ^:a ib iknpi 



LÉGENDES B1HUQUKS 



TPiîaa y^'J "^3N frn m n?Npi ' rtn>3p 
;n ^n n^ Nrsb bap 2 maa }» ewan b*b 
Nna-cib bïn n?a5m Nsan w»a hnd 
-17:5-^ «bi Nrnn kbû^ Nb »1 *)Nn 
^p^ Nb n^tin Kirs NnbrjN »Kïi:wb 
p ambs» C|Nb"' Nbi "jimw^s asrb* 
i-iMNba ï-iwn n^73D s^aba Nnajsh:? 
r>rn r):o n "jnabK "^r 1 ttb nbNp 



nina -in: p "p^a-n 



HN3 p ^^"1 N-m ^WO" 1 n HN!?N .">»« 

imw? mbn Nïroa rinrana TD»a 
marn DNJ»'naN ibjan ^btn wd 

nnis: NtîbD ■p^âSttbK nca ^aN-ina imx wuri p "nriN wi 



2 ttNn paa73 33ttrn 

man Tn»3 idn ^ïïn nb -ittN'n 

w o^pbN u:n Sa» aran nm« 

ibpT »b û^tjI riajpE ira ûb^b 

3 imaab 

...mai ien nyOTubi 

na/i? hpn -iujn a^pbNn -ib m»N 

4 -im722 ©nto ^b"^" 1 Nnn 



Vna tis ^poiDna 



'ipiaNia: 
'ïuaapn 



(Fol. 3 verso.) 

1 Sjfl t^ nbba ^bN -pn» ^b*i ^bN nb'wbB.btf 
[nj^aonbm oipnbNi -pabnbfin b*bnnbNa 
t-iRiKTaob» anb tarïfcynbai *pà»fcbfcn 
b»<Sn fW^oi ronNbN ibNpi yiNbN"i 
t^naa 'naN *pa:n ^paan ^b^ba r<nn 
■^na'Wtt n^ ans 5Npi bïtîn ban TJ> rj33N 
aamN fittNi nanai 'na aab^Na SbbN 
'aN ^n naariNba sra bNp "p^riN-ibN 
p^JûttbN nab ^d bsrn Nïïb dn:> 
^n ana ^n-a âna '-a-NinbN nnkDwi 
rrba Nin s-TD'wnbN rnpbrONa bnu:: 
^b bn '-ibn n^ nb bNpi oj-n baonaa 
ntd Tûan banaa n^ nb bNp *nàNn 
n;N 8 i^bNybN 3-1 iw xb» Nnaba» 
fnNiynbN 3^7di nNàsnbN n itNp 
s-iNnnjbN ^pTDi r-i«anbbN Àii^i 



■»3sb?a B^om n^p3 nnu:n ■'DNbïp'i 
'm-iw: UJN73 nb.7*ïib mib r;"3pr: 



ib -te&oi bN">naa ^«bTsn T^'a» «a^i 

2 "ON!! r!T72 ^b^NH DH"iaN TPÛ 

ittîN a^pb^n ûr!"i3N ib -\nw\ 
a^73u:r5 -pbN 13 nui3 ">sn 
3 si^^i Nin v-inm ^pbNi 



(Fol. 4 recto.) 

b^pT nrv«a ^by î?jn tV nbb.N ybo^s 
1 'na« ">iayb ta^Nrai 'na ^ib ^sbb 
nDU3N -îNab» in nNanNbN 33*a b«p 
"nnrn 8^72 ^n» a«anNbN snnriTNi 



n*D nanan in;ia napn mNnai 
N^nn ®«b "iTaN"! a^rna n^b» 
^nay bs« mbuJT mp (i. n^-' 
1 ann3N 



REVUE DES ET UD KS JU1VKS 



nr-jp ^a r-iram ipniNT '-iNàtaNbN 

nkae *iNb N7aa ban iir bai 

3 nb\xb?abN nài -îfcobN v ?n "pybbN mTaa 

rwnbN *nn3 p ib^a aan:ab 

NE -«ba isâ ba yà-n Ifcttba îetri 

ïP':;::ni ï-rbsN ^b« Jài ny *-aai *;Na 

hitti r**nm?an î-ni« Sa ip-nNï 

t^Sbs fc Hîab« y^-i "J73 e**arn ^nNaba 

bt b«p ^ban ^b« jwba waa nâta 

r-ibaps ;i tarka» iN^no î^i in *naN 

6ta pttbN ÏTK N^ N'ITlbN ya>a ï-ïb 
Fol. \ verso.) 

an nmp NbM nhh N73 nno Nin N7a 

1 "JNlUbN D^SS* "13N HN5N 1ÏT1 pabNjbN 

ïi»b« Nb st pb-<Np inDi iN:a:>05N t*t« 
3 ràÔ72 ^s nb -p-na Nb mm nbbN NbN 
naTaNi .^nb^bai rr^aai ma? 'naN }nï 
rénai aâr 'dnsi bai fa» nbbaa N-rnbN 
■nntoa "ca» ^b*i aka»s s tto mp ny» 
n^ nb b«pi bn> '3Na éohni •paôbe* 
>*arn niNL: ^nn — iNabN nino 'naN 
sçb^i n 1 * 'NnaN ï-rb Snpd sinisa s^naza 
San tj» ï-tbbaa ^ncNb s*r rrbb» p 
ï^îin ribom i-l&raaàa^ rinN-wai 
b«i -îoba aban ^an in ■'an tjiab n'dn 
fibi m NbN riNbN Nb nba Nim *nnà 
a^ybN pbNabN nm naonbN NttONbN 



D^a N?n naas \aNnuj -rajan n»s 
abiai y* i^xn D-ataw 
"ma "jna ya> ba hits wattn 
annaN aa' û'Wn D^wbttm 

3 nainn 



Vta ;^7an irv«a nra i7aa i^aaan aiai 

5 b-na qiuja amatfb Y^n nnïri 
Nb thj-p mn?aa nu? 5a wi 



6 na^a-na 



mb« nbia^ dn ^a sptea ïit vn 

1 amaN ^pbN bna 

2 ht ba» a^-na*» ïanaNi 

■vnbn nnN mbN ^ni 

4 n7aNa inaa» ama» aan 

Tn»a •'n^ba N^rrn rïa>tf>a la^jam 
. 8 art"i3N ipba 'na ito^ ban 



Pol. o recto.) 



:*:j:^ nb» N73T 'nnN n^ ya'bbN -ni 7a a bNpa 

•m^a nb bNp n">7a ,, i ^n" 1 "«an bNp ^nn 

yba-13 KanMi n^Ni ■«rw nsni v^bbN 

pb^NT nriNibN bnpa n>aNT pobN p 

na«i r»""n« np ^d-inh bNp -iaNbN 

onobMa yba^ ^àn oSa> -idn nb bNp 

rruz a-i'aab» ■•s «nani^i picnb» p 

bNps TDNbbN yrbbN mn?aa ^bn iaa> 



t^Fol. 5 verso.) 



LÉGENDES BIBLIQUES «3 

ip;wj t?n ■Hrr ab nbbis •;« on? 'aa 
m»3 -p^nns pttbrôtbN ûipba 

on? 'a« yi2 ttbys"< nto^s ■pjbb» 
■pybb» o^aai ï"H*kp on wo^âi 
ip ^n ^bnb» vrac bapi ni bai 

^e *pby i^tdni «11253731 isnirfcw ^rna 
'ia« naba bnpn Tin nb^sn *U5 



•>b tpai pjbba 111733 nb bap nN730 ^ 

V*1NbN ^D N2N1 N730bN ^D 111 mbN blSI 

^b* -pœat N3N ■pybb» o^baa nb bap 
b» iai aiaa i?3 maNn *|b b?jyn "jn 
ba niai dn"»n *a ûïiJiâ iNaaba -nos 

b« "'D i3>pNi nosba irùfc ib* maNn 

"ptTOI D33'73 liai "pim P3N ni3Nn 

amiai onbba "prraibK maa ">d oisni 

nwa-iNb» noabs ini n?3 bas nosbb 

amban orra Dnbb&n aïw mbso 

■nn nosba irrâ pic b«Tn »bi fcrâF« 

btfl 0ipb«3 "^7318 N73D3N ^N bXP 

ht aS»s ano nj nin 3N1Z53 

!-ni£3- bsoN "»b« n&raiNb&n bî3N 

5N 3>730D "jH^bN *b« lb'T3^ 110358 

■pjbb» o^bas dstbb 17: 111732 

373*1 

Bernard Ghapira 



TEXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS 

DU XI° SIÈCLE ' 
LETTRES DIVERSES ET POESIES LITURGIQUES 

AVANT-PROPOS 

// y a quelques années, j'acquis un grand feuillet de papier 
de coton, provenant presque certainement de la Gueniza du Caire, 
chargé de textes hébreux, au milieu desquels nageaient quelques 
lignes d'arabe. N'étant pas, pour de multiples raisons, en état 
d'éditer ces fragments, fen proposai l'étude à mon vieil ami 
Moïse Schwab, qui voulut bien s'en charger, malgré son âge 
avancé et V extrême fatigue de sa vue. Une fois le déchiffrement 
terminé, il fit, au sujet de ce manuscrit, une communication à 
l'Académie des Inscriptions [séance du 27 juillet 1917), qui 
portait moins sur le contenu des documents que sur leur date et 
leurs particularités paléographiques. Les conclusions chronolo- 
giques de M. Schwab, ainsi que certaines de ses lectures et traduc- 
tions, pouvaient donner lieu à des doutes ; lui-même se rendait 
compte que son essai avait besoin d'une revision sérieuse avant 
d'être livré à la publicité. Une mort douce, et malgré tout préma- 
turée, V enleva au milieu de cette revision. Je demandai alors à 
notre ami commun Mager Lambert de bien vouloir mener à 
bonne fin le travail commencé ; il accepta cette pieuse mission 
avec une bonne grâce qui s allie si bien à tant de science et tant 
de modestie. Je sais tout le temps, tout V effort que ce labeur 
ingrat lui a coûté pendant ses prétendues vacances d'été : qu'il en 
reçoive ici nws remerciements au nom de tous les amis du regretté 
Schwab et de la science juive. Pas plus que M. Lambert, je 
n'essaierai de signaler toutes les corrections que ce savant a 
apportées aux transcriptions, aux traductions, aux commentaires 
(te son devancier Mais moi qui ai tenu entre les mains le manus- 
crit de Vun et de Vautre érudit, je tiens à témoigner de l'impor- 
tance de ces amendements, aussi bien, si j'ose dire, en profondeur 
qu'en étendue, constatation qui, d'ailleurs, n'enlève rien an 
mérite du premier explorateur de ce vieux grimoire. 

Théodore Reinach. 

1 . Notice lue à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, séance du 27 juillet 1917. 



TEXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS 4 H 

M. Théodore Reinach a acquis un grand feuillet de papier de 
coton, de provenance égyptienne, mesurant 44 centimètres de 
largeur sur 46 de hauteur, en assez mauvais état, troué, maculé et 
coupé en haut et en bas. A l'origine, ce feuillet contenait seulement 
au recto le début calligraphié d'un ouvrage arabe. La première 
ligne de ce début manque. M. Paul Casanova, professeur au Collège 
de France, a bien voulu lire et traduire les quatre lignes restantes 
que voici ' : 

tua' uni li ali wadja'ala 'Ikitâba 'lladhî 'anzalahou alayhi 
mouhayminan ald 'Ikoutoubi wakâchifan Hnâyâti 
'chchoukoûld wcCvvaqbi faqâla djâlla thinâ'ouhou wataqaddassat 

[asmâouhou 
hadhd balâgoun lïnnâsi lualiyoundharoû [bihi]* walya'lamoû 

[aimamâ 

... et les sectes. Et il a destiné le livre qu'il lui a révélé à confirmer 
les livres (antérieurs) et à dissiper les angoisses de l'équivoque et de 
l'incertitude. Or (Dieu) — que sa louange soit exaltée et que ses noms soient 
sanctifiés' — a dit : « Ceci est un message pour les hommes, qu'ils soient 
avertis par lui et qu'ils sachent que. . . » 

Puis le verso, qui était entièrement vide, a reçu d'abord deux 
documents en hébreu dont l'un est relatif à un procès [1), l'autre 
est une lettre de compliments (II). Le recto, à son tour, a été pris 
par deux: autres pièces, la première en judéo-arabe, dont l'auteur 
se défend contre certaines accusations (III), et une autre en 
hébreu concernant la rédaction d'un acte d'achat (IV). 

Enfin le possesseur du feuillet a profité du bas du verso, qui 
n'était pas encore occupé, pour y mettre deux morceaux de poésie 
liturgique (V et VI). Ce qui prouve que le verso avait été partielle- 
ment utilisé avant le recto, c'est que le trou qui existe au milieu 
du papier a endommagé le deuxième morceau, tandis que le scribe 
du quatrième document a laissé un espace vide autour de ce trou. 
La marge de droite, qui a de deux à trois centimètres de largeur, 
et celle de gauche, bien plus étroite, ont reçu quelques notes et 
additions. 

Le morceau III mentionne, si nous ne nous trompons, Hay Gaon, 
mais comme les textes I à IV ne sont que des copies, on ne peut en 
déterminer la date. Par contre, les deux poèmes paraissent être 

1. La lecture de M. Casanova a été rectifiée sur deux points : achchoukoûl a été 
substitué à aclichoukoûk et taqaddasat à taqaddasa [M. L.]. 

2. Rétabli d'après le Coran, xiv, 32, cité par l'auteur. 



tô REVUE DES ETUDES JUIVES 

des brouillons, tant ils porteut île ratures et de surcharges, et, par 
conséquent, si Ton suppose que L'auteur, Ephraïm Héhaber, est 
identique avec Ephraïm ben Ghemarya de Fostat, à qui des Lettres 
ont été adressées eu 1016 ', il en résulterait que les plus récents 
de ces documents ont été écrits au commencement du xi e siècle. 
Quoi qu'il en soit, ces textes présentent un certain intérêt, d'abord 
à cause des caractères de l'écriture, que nous étudierons à la un de 
ce travail, ensuite à cause des noms de personnes ou de lieux 
qu'on y relève. 

A. — Lettres diverses. 
I 

Lettre adressée à un tribunal rabbinique , le requérant de procéder 
à la revision d \in procès jugé par un tribunal non juif*. 

nora* ^anan "ipio Tin npn ^ma pn^ ^pma pnsn ^n bs (2) 
a^rn ">£*"p manb a^aia ïTTtfnb n^N pin my ^a*i»ï ï-ra^pb a"Wi]-n 
amiBTia ibna a^ia* 1 a^aa^ matb air: npb msa ars-iba (3) mttjfca 
aaa ijptt)*' a^i rms fcpbbrfla ab ïmaa na> ta^babo» rmyn bibo 
taibie naiEni caaip ïnan "ûbm Tan nvttEip (4) ittjrp aa mmjaat 
mbrra nn^asai mwibiza nn^atfa la^n^r 3 mban(h) nstza^ 

pD'mdei ma^bn nnbatrn mabrra Tïffi'n man^Ta nmttati (5) ma-n nn^aan 
a? dis nîjpm mi nnam pp nTanm ba;a nfirarrai in n^Ljai nan 
iraa '■' ian»b i^nn m^iunn mnoanm 4 manaïii (6) maittti iwa 
ûhaTm an^-:am orwpa ° a^-n «mpii a^bft b[n]p la-mrrtt la-pp^ 
tnawn aaip aaaum a-nar aa:«^ an»? (7) m-iNuai anoa-iai ana-na^i 
TïnwDa ri nia -ir-a7a naïai ûn(N)» cno^ Nb ai aibuîi niuî auaa?: 
anpn a^bnto snair; bnpn (8) natptowi ansaa bnan *pi n^a?: snap 
aaa^ua-p n;aa -nar oaaptzaa a^m aanaïaa a^nttu;n aambua a^uapa^n 

1. Ces lettres, qui ont été trouvées aussi dans la Gnouiza du Caire et sont conservées 
dans la Bodléienne à Oxford, ont été publiées par S. Poznanski dans la Revue des 
Eludes juives, t. XLYlll, p. 44o-17j\ 

i. Nous indiquons entre parenthèses le commencement des lignes de chaque morceau. 

:>. Ce mot est peut-être altéré. 

I. En marge nWip^ nanai nan[a] nittblC» « complétées comme elles et 
accomplies comme elli 

.'i. Lire "ij^nttb. Le yod manque souvent devant les suffixes. Par contre, il est 
employé parfois d'une manière anormale, par exemple dan* le participe J^ain (1. 14). 

6. Ces deux mots sont écrits dans l'interligne. 



TEXTES JUDEO-EGYPTIENS 47 

non dabi 2 maaa ' a*nna (9) "pai un 3 un nnanna ûss^ffla ïaNtu 
«b oa. iau:z:a Nb ia?r^p inbanan îsan-a rama iaia* îaïui «b* b^ 
azamamb ht "Dana naa.a "pan "■m pi (10) iaaao"« rama iaaTa> 
banpi panî &om laba aau: 's 'n 'a 'sa poa»a ia"»aab «npin ntua* 
13^32 mara airm maJnœa w\b (il] maa mbiJD man bas naa naia 
ma ©ixnca moa "imiaai d^apina d^aian da^pî na^nn la aa TOJa 
mma na ^a aminb nmcfi ma ht "o (12) naar pr daip^na fn 
'a aa^an «ba m* b« Tiabn laai maaa ^bia 3 nbn rai a^a 
nu:un ^aa>ap fianaai aau:a (13) ta^aa* amo b« ûa riT a"a prof 
nsa dun mn oaasb -aibsb ineres-inai * npb aaa ntm d^ainr 
^b rrnoniD taa-naaa a a a>ann apT nnan ïrfuna ya^ai (14) na 
©ïnn ba D^anaa mrob oa d*nan m* bazN daasb m[H]an bbaa 
aa^ban imao^a a^aia a-na-m inbîba aa>au:ai tarnanaa (15) « 'nta 
lanara m an laa^pi 6 maa» nwSTa n^N "arsm nabnaa caa "imasrnfi 
by iraea n^n son a: an? 8 mn mabnn pan pror 7 ana aa (16) 
mm (17) mt* nat hy nanai laTia 's ba> 's>b mrobuaa amm prcr 'a 
nna>a rw mtaa>nb -i-ca"" «bi mwb mpm rw "pn naia> -pin rata 
laa pnn ma iaaiu:m (18) amp-< taaa abaa xbi pnt ^a napiaan 
aaaaiu: maa>nb paa b"T 'nan lainabu: naai nau: b^ ara «ma aiaru: 
banun ba> -noNU) vaai 'a>ui baa (19) ^b inn 'wi û^asi^ 'an a^a^*n 
ûra 'sb «bi 'ob 'ab o^\an n^N a^a^an nb^n 'an a^ay "a^ia ynb 
■»5tt naan 'au: eau: mine na^au: ria tana^w (20) aaau:u: V 3721 
niaip ^nN np na^py ^an nn pi '•" ^asb a^nn anb nu:i< n^iaa^n 
-iaNU5 ^a ^ssb û^naia» onN ^a ^asb 1^*7^ vn pnb 'a^ f2i) na^b 
^aaa mar «b a-ra myi a^a^n [^au:j inaa^i a^nai cabirn mm 
nasa ^abuîimn mabna lanab pi 9 Nin a^nb^b (22) ^au:an ^a u:^ 
■»a^b mai a^^nvi rnn bac^ au:T» n^nffl ^nn nmp p riu:in , « 'n 
b« ura ^aaa iman Nb 'au: mby pincb ^nu:-i ia« (23) mi»3>b naim 
^a ^asbi û^ai an ^a nx d^Nin ra^nn vm «:■•« ^asa "j-nm o^aan 
^a d^i a^m^a an ^a na û^yTp d^yn ,0 Nim (24) aa o^a^ dn ^a 

1. La lettre a n'est pas nette et, au lieu de O^ima, il faut lire mima, car on ne 
peut guère penser, d'après le contexte, qu'au verset de Lévitique, xxvi, 6 : ^nnai 

v-ina "pai anaaun y-^a aibu:. 

2. = *pazn "'m p laN- Le n n'est pas net. 

3. Lire HlCn ? 

4. Le ms. porte ici les mots npaa OUÎ HDai DlmblDa "kXO rayés. 

5 = nan inau: ? 

6. Lire W9 '! 

i. = p na- 

8. Le ms. semble porter mn m7abnm 

9. Au-dessus d'un mot rayé, il y a un trait oblique qui renvoie peut-être à l'addi- 
tion de la marge : bDUÎI in N£731 [Pvov.. m, 4). 

10. Le mot est augmenté d'un N pour qu'il ne présente pas le nom divin nm. 



ME VUE DES ETUDES JUIVES 

3^in 'b x 'xn 'anj rrTari ':o ta"»"Pa»?2 an ^73 iab5i ta'H'Wfl an 
■man «b -1731x1 'du)" 1 [û*n|b« 'pa (23) bx myn 3^2 'nbN '731x1 v '^ r sb 

D^BBlWb 173X^1 1731X aDïttTP pi Xin d*nb»b L331D73H ^D tt5*K -«3D73 

^iidDN ^x ^i Um "b 15 itasTan (26) tànsb xb ^a ta^ia* dnx ma ixn 
rwTa pianb «m rrpttx mx ' 'n'3'p'x xbx intp nx "p-ib dnxb 
ib Dr:b *ba» mb (27) "jamai m73 bai3 nxi mbd xb "pw^bi "p-in 
xb Rin p -Oîan nain dx i:nman "«apt nnan d^xtann 173 ansrfbi 
nain ba» ttîsiSDbi (28) bâipn ht "p^a •pi'b dS5 mri ■nx-i drptua» nxs 
dda^ai rnia'73 nirp dnx DTpwn ^p-iai mpm ruznri 's5 tifipbtftt pina 
n-r- -qbidi 'ia b^nbi uisrab (29) tabb ©"n Êa*vraai û^am to*arn 
aamaa ba* ibiri ïamnma flnan nbaàa ms hoinw ma» myn ib^m 
la^an taaaia: mnn idkpn {=2x11373 (30) r^n aa carra* iTa^brrrï b'xi 
a^ipTan marron bba ra un Tiz>a»n aamax D^TÎ^stn amnaai ht ^na 
*xin p ab mrnbœa nsa 'd na âpan '73 ûxi (3i) pysp hnâ iâb£X7a 
bittSdjabi npiab pxt mnn t<bi nirnbian npw min la^asb ^a 
■^333 mm c^bu: tavmn nas ni3 iana>n xb (32) ûi^ri na» ifflnax mm 
i3*n^nid û^ip73 laxœ ^sb isana xb 'az'ia naanaa bx aa iTna bahiEh 
'si ddx-11373 bxanb aab ■nxnrb aanaaa iuij*m (33) hiapaâta ht 1313 
3 pTin'j nar ^d o^inx épnana xin xmriTa ^a aaabx ^nïînb rts-j j*b 
v ib nanxi xm nmna bria bba -o p mmb -uroa^ xbi aabatx 
ninaiD m 's ba> ib ci naTa-ip» ap ht apan '73 ^ -131 Vé ibbdi (34) 
iaban an3"«a ib^m dia»^dn 0^:133 û^apt ûnxi nm733 nbfiïî 173= 
">a 'dd DdriTa»a n^r,^ T?3m nanx uîita"» bx ûd-iiir aa^by bbonnb (35) 
DaDTiDi b&Di* 1 dd"iduji 'n "'d biia^i 173U5 "ii3a'3 173^ nx '"■" iDiai xb 
od^ba» ^i:bi oab n^n^ 3-1 mbuîi (37) 13b mm an aibuîi 5 bsix^ (36) 

£1 ^m pi 
dDnar^a iueid dibtû aD^7ai n73X 

Thadugtion : 

Prononcez des jugements de vérité et de paix dans vos tribunaux 6 . Aux 
maîtres de la justice, qui examinent avec attention 7 , font des enquêtes 
approfondies, repoussent le mensonge, sont dignes de la (Loi) vénérable 

i. = xm mn3 xurnp nTax- 

1. Ajouté dans L'interligne. 

3. Lire pT1HttJ ; 

i. (>< mots depuis p sont en marge. 

5. Les deux dernières ligues, très courtes, sont placées à gauche, en f'.ice <lu versel 
de Zacharie, qui est au milieu de la paye. 

6. Zacharie, vin, 10. Le verset est répété à la fin de la pièce. 

7. C'est le sens que parait avoir ici p*i3 ,, pT13, bien que la locution p«-]3 pis 
signifie plutôt 'lans le Talmud « réparer les donimages ». 



TEXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS 49 

et veulent l'accomplir, délégués de la communauté pour attester la règle 
de vérité, bons pour la réunion, conseillers intègres dans la séance, 
couronnés de préceptes pour ordonner la bonne doctrine \ de statuts 
équitables ils ont hérité par transmission. Ils exaltent la noblesse de la 
Loi, ils ne profanent pas la force de sa gloire. Puissent-ils obtenir la 
délivrance et le salut, en jouir à perpétuité, marcher toujours droit, 
maintenir la volonté de leur créateur, prolonger la paix et étendre les 
prières (?). 

Puissent l'octroi de la santé et la cessation des maladies, l'amoncelle- 
ment des bénédictions et la perpétuité de Tordre, la droiture de la 
conduite et la réussite des démarches, l'obtention de la grâce et l'incli- 
nation de la faveur, la rencontre de l'estime et le rehaussement du 
pouvoir, la sérénité de l'esprit et l'établissement d'un bon renom avec 
tous les autres bonheurs et consolations et les promesses inscrites échoir 
à nos frères vénérés, appréciés, honorés, la communauté sainte de Malig, 
dont sont élevés les experts, les docteurs, les intendants, les guides et les 
administrateurs et le reste du peuple. Que leur Rocher les fortifie et que 
leur Créateur les protège; qu'il les préserve d'une pluie trompeuse et 
qu'une grande paix ne cesse chez eux. Nous désirons un tribunal institué 
dans sa splendeur, implanté par le grand tribunal, délégué par la 
communauté modeste, fixée comme des tentes, (nous) qui souhaitons 
votre quiétude, nous réjouissons de votre bonheur, sommes heureux de 
votre tranquillité. Que le Rocher vous fasse demeurer dans le calme et 
vous rassure contre vos voisins selon la promesse : Et je mettrai la paix 
dans le pays, vous vous coucherez et nul ne vous troublera 2 . Amen, ainsi 
soit-il ! Et c'est à vous que nous devrons la grâce que Dieu nous accor- 
dera et la bonté qu'il nous manifestera. Par sa miséricorde il nous a 
conduits et par sa pitié il nous a fait subsister. Il ne nous a pas aban- 
donnés et ne nous a pas délaissés. Et ainsi soit-il ! Le but de notre écrit 
est de vous mentionner ce qui nous est advenu au sujet d'un tel, fils d'un 
tel, qui est venu devant nous criant, se plaignant, pleurant comme un 
homme en deuil, exposant des actes tels qu'on n'en a jamais entendus. 
Il nous a produit un fait qui s'était passé devant nous et confirmé par la 
signature d'anciens dignes de foi et honorables, comme c'est la coutume 
dans la procédure juridique réglementaire. Il a pris la parole en ces 
termes : « J'ai en main un document constatant que le différend survenu 
entre moi et mon adversaire avait été complètement terminé. Or, lorsque 
je me suis rendu dans la ville de Malig, Mar Isaac, fils d'un tel, m'a 
adressé une réclamation et aussi il m'a attiré vers une société des peuples 
(un tribunal de non juifs) ; par tromperie il m'a fait condamner et il m'a 
pris six pièces d'or et demie et alors qu'il avait reconnu la procuration 
qu'il avait donnée à un tel devant vous, et là il l'a niée au moyen d'un 

1. Prov., iv, 2. 

2. Lévit., xxvi, 6. 

T. LXXX, n u 139. i 



..o REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

serment légal. Maintenant, ô Anciens, je sollicite de votre honneur de 
me témoigner de tout ce qui a eu lieu devant vous auprès des témoins (?) 
des nations, et je vous prie aussi d'écrire des lettres explicites à ce sujet 
au chef — que son Maître le garde ! » Lorsque nous avons entendu son 
discours, nous l'avons apaisé par de bonnes paroles et nous lui avons 
donné confiance ! en vous. Néanmoins nous avons été surpris et saisis de 
ce que nos anciens ont commis un tel acte, alors que nous nous souve- 
nons que le fils d'Isaac Hakohen, qui était élevé chez nous, a également 
attesté devant nous que notre ami Mar Isaac avait chargé de le repré- 
senter un tel à l'égard d'un tel, notre frère. Nous sommes étonnés de ce 
qui s'est passé et de ce que le droit de « celle-ci » 2 a été violé au mépris 
de ses prescriptions. Gela ne devait pas se faire dans la communauté de 
« celle qui regarde » 3 . Vous n'ignorez pas, très estimés et honorables 
(maîtres), la valeur du droit tel que nous l'impose le Créateur des nations 
en son nom et que nous l'ont enseigné 4 nos docteurs d'heureuse mémoire. 
D'où sait-on qu'il faut établir des magistrats et des juges ? De ce qu'il est 
écrit 5 : Tu institueras des juges et des magistrats dans toutes tes cités. Et 
d'où sait-on qu'il est interdit aux Israélites de juger selon le code des 
nations étrangères ? C'est qu'il est écrit 6 : Voici les statuts que tu expo- 
seras devant eux, (donc) « devant eux » et non devant les nations. Et d'où 
sait-on que lorsque deux individus siègent en justice, la Divinité siège 
au milieu d'eux ? C'est qu'il est écrit 7 : Les deux hommes qui ont un 
procès comparaîtront devant le Seigneur. De même R. Akiba, lorsque 
(les plaignants) venaient devant lui pour un procès, leur disait : « Sachez 
devant qui vous vous tenez, devant Celui dont la parole a créé le monde, 
ainsi qu'il est écrit : Les deux hommes... comparaîtront .. Il est encore 
écrit 6 : Ne redoutez personne car le jugement émane de Dieu Nous avons 
également appris dans leTalmud de Jérusalem 9 la sentence suivante de 
H. Josué ben Korha: « Lorsque quelqu'un assis près du tribunal connaît un 
argument favorable au pauvre et défavorable au riche, il n'a pas le droit 
de le taire, car il est écrit : Ne redoutez personne, ne rentrez vos paroles 
à cause de personne. Les juges doivent voir qui ils jugent et devant qui 
ils jugent. De même les témoins doivent savoir sur qui ils témoignent, 
avec qui ils témoignent et devant qui ils témoignent, comme il est dit : 
Les deux hommes qui ont un procès comparaîtront devant le Seigneur. 



1. Le verbe yn~\ est employé ici avec sa signification araméenne. 

2. La Tora, d'après Deul., iv, 4i. 

?>. Israël, par allusion à Gant., vi, 10. Les mots ni*T ^12 et ïlDplîîSn ont été 
intervertis pour le besoin de la rime. 
4. Baba Kamma, 1 6, Sanhédrin, 7 b, 16 6; Aboda Zara, 52 b. 
!.. Deul., xvi, 18. 

6. Ex., x, xi, 1. 

7. Deut., xix, 17. 

8. Ibid., i, 17. Cf. Sota, 47 b; Sanhédrin, 6 6, 7 a, 8 a. 

9. Sanhédrin, cb. i, 1 fin (traduction française, t. X, p. 231-232). 



TEXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS Si 

Il est dit encore ' : Dieu se tient dans une assemblée divine ; au milieu 
des dieux il juge, et il est encore dit : Ne redoutez personne, car le 
jugement émane de Bieu.he même a parlé Josapbat 2 : 77 dit aux juges: 
Voyez ce que vous fuites, car vous ne jugez point pour les hommes, mais 
pour le Seigneur. Or il n'est pas possible qu'un homme juge son Créateur, 
mais le Saint — béni soit-il ! — dit : Moi j'avais décidé que lîuben devait 
avoir cent dinars et Simon rien. Or, tu prends cet argent à l'un pour le 
donner à l'autre. C'est à moi de le payer (à Kuben) et de le réclamer aux 
prévaricateurs. 

Maintenant, anciens estimés, si ladite affaire est exacte, vous n'avez 
pas convenablement agi. Il vous appartenait d'examiner la cause de ce 
plaignant et d'étudier le procès conformément à votre devoir, ainsi qu'il 
est écrit 3 : tu enguêleras et tu examineras avec soin. Grâce à Dieu, vous 
êtes supérieurs à une assemblée (ordinaire) ; il y a parmi vous des inten- 
dants, des savants, des gens intelligents et c'est à vous de juger et de 
sauver, comme il est écrit \ rassemblée jugera et rassemblée sauvera. C'est 
l'assemblée qui juge, c'est l'assemblée qui sauve. Maintenant, ô gens 
estimés, ayez le souci de votre honneur et ne détournez pas non plus 
votre regard de leur Créateur, dont la crainte doit être devant vous. 
Etudiez cette affaire et agissez selon la coutume des justes, vos ancêtres. 
Sachez que l'ensemble de l'affaire confirmée par nous est véritable et 
exact. Si Mar Jacob, fils d'un tel, a nié le mandat dont il avait été chargé, 
c'est à tort, puisque devant nous il a reconnu le principe du mandat, et 
il ne faut pas gue ceci devienne un obstacle et un achoppement 5 . D'autre 
part, nous n'avons pas voulu témoigner là-dessus devant les non-juifs, 
afin de ne pas provoquer le mépris des Israélites. Nous n'avons pas non 
plus écrit là-dessus à notre prince — que Dieu le garde ! — car nous 
espérons que vous étudierez cette affaire avec discrétion et que vous 
agirez pour votre honneur comme il vous convient afin d'être sauvés de 
votre Créateur. Un tel n'a pas voulu retourner auprès de vous parce qu'il 
craint d'autres histoires et qu'il se souvient qu'il a été lésé chez vous. Il 
n'est pas convenable d'agir ainsi, car il y a une grande règle dans la Loi 
à savoir : Tu aimeras [Vélranger, comme toi-même) 6 . Le résumé de 
l'affaire est que ce Mar Jacob a surgi de Karmana (?), et il a parlé sous 
serment contre ce tel, comme il a été rapporté dans l'exposé du fait. 
Donc vous, anciens intelligents, vous les ferez comparaître et vous 
déciderez entre eux. Et il est de notre devoir de prier pour vous : Que 
votre Créateur ne vous délaisse pas et qu'il vous assiste toujours ainsi 



1. Psaume lxxxii, 1. 

2. II Chr., xix, G. 

3. Deut., xin, 15. 

4. Nombres, xxxv, 25. 

5. I Sam., xxv, 31. 

6. Lév.. xix, 34. 



&2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'il est écrit 1 : Car le Seigneur n'abandonnera pas son peuple à cause 
de son grand nom, car le Seigneur (etc.). Votre récompense sera doublée 
et celui qui vous pille sera obscurci. Vous jouirez d'une paix abondante 
et ce sera un ornement pour vous. Ainsi soit-il ! 

Prononcez des jugements de vérité et de paix dans vos tribunaux ? / 



Remarques. 

A. — Cette pièce complète est remarquable par son style fleuri 
qui tranche un peu avec le fond de la question traitée et qui est, 
dans sa prolixité, assez ironique. Les compliments par lesquels le 
morceau débute forment des vers brefs rimant deux par deux et 
présentent en acrostiche l'alphabet. Peut-être même Fauteur a-t-il 
voulu émettre un acrostiche double, mais il n'a pas poussé plus loin 
que le6 deux premiers vers. Dans la suite de la lettre il y a aussi 
par endroits de la prose rimée. 

B. — On relève dans cette pièce deux noms de localités : 
1° Malig (mbtt), qualifié de «ville», devait être situé dans le voisi- 
nage de Fostat et former un centre assez important, puisqu'il y 
avait un tribunal rabbinique. Ce fait est confirmé par d'autres 
documents de même provenance que le présent feuillet et con- 
servés maintenant à la Bodléienne. Dans l'un Mar Kathir, fils 
d'Abraham, répond à la demande d'une femme, veuve de Banias, 
fils d'Abraham, qui voulait entrer avec ses enfants en possession 
d'une propriété sise à Malig 3 . D'autre part, un R. Abraham Halévy 
fils de R. Nassir, de Malig (^pbttba), réclame aussi la succession 
d'un immeuble situé dans le même lieu 4 . Enfin un certain Helal, fils 
d'un Maligite, autorise sa femme à vendre des livres constituant un 
bien commun du ménage s . De nos jours cette localité subsiste 
en Basse-Egypte dans la province de Menoufieh. 2° Karmana 
(Txyvnp), pour lequel nous n'avons pas d'identification à pro- 
poser. 



4. I Sam., xn, 22. 

2 Voir ci-dessus, p. 48, n. 6. 

3. Cowley, Catalogue des Manuscrits hébreux de la Bodléienne, n° 2873a, 3, 
article 5 (t. Il, p. 362 a). 

4. Ibid., n* 2878, art. 10 6 (p. 380 b). 
o. Ibid., art. 08 (p. 391 a). 



TEXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS S3 



II 



Lettre de compliments du « confrère » 1 Abou Yoûssouf 
au « confrère » Jacob, fils d'Isaac. 

manai tta^Bianb r.iTsibiu tpr* iaa nanbb aana (i) 

a^73pi wnaïib a^i&n rw^îib ni73nai nanaiDlnib maïai waanb 
m a? pp na-im a«n ba na«m bNS573 ba "h^m a? (2) nananb 
nann apan J -11*73 2 b« lab bâton ba iib>73 uv maa bT73i maa 
p* ini3 "pi ma [aa] pnar '73 ° 'p l a p * ^"a 
bb73b73 ian Tnimaa ^a ben» mat "non narpTa mayab 7 b^NiN dn (3) 
iran b3N bnajp N3 1335333 "1U5N bibab 8 ba mbnn lab nain pb 
3373 mbisa maïaa an yavaa naa D"m-na 13N narrai (4) biarr la^ba» 

a*aa n;-n?3i aô [ ijambiaa bas 3-11273 nat 

mis* a^73 an m purn a^ia (5) mn3"> mat a^aap -m ab 33» D^taian 
w pi ta^aata [-usa» a^attîb] ■nam mnaai pirta o^owm aa^pin 
•pabi ■••h "p«b an oibia (6) maa 173a aiiann maan nann wa-> "pan 

troin rj7:a73 ^a ^mpi 3?m 9 cpina maa Epiai an^a rpa 

*p aniN t*nm rrrma» naia73rt ptn 10 '73'a 173 taa^ nm ^nana 
erm lanab Tmaimaa* -kbn ïamatb wim ra^aa* bar iniBJi (7) nm-a 

^aba mm aabat» rrrro nain [ 3>73]Taa m an n;ma73 1731a 

T373 ^3N a^ann npiTan pnar-> '73 (8) ana 'aa anama iy maria ma 
-•a ahm mia» mm D3 ^bab Mnn p ba aanma -ncn &373ibia 

1. Nous traduisons ainsi l'épithète de habér ("ian), qui signifie « compagnon ». Ce 
titre s'applique, dans le Talmud, à un homme pieux et instruit. Dans l'époque post- 
talmudique il était accordé à des gens connaissant la Loi, mais qui n'étaient pas 
l'abbins, c'est-à-dire n'avaient pas le droit de décision en droit rabbinique (hattarat 
hora'a). Le destinataire de la lettre a porté le même titre. 

2. Le mot bfc* n'est pas très lisible. 

3. = ^311 -m73. 

4. = -pso 1-13- 

5. Le ms. semble porter '3, mais cette lettre n'aurait pas de sens. Nous lisons 
'3 = TI33. 

6. = isnp. 

1. Le scribe a d'abord écrit bmnfc*, mais l'a corrigé en b^NIN, sans doute pour 
faire un jeu de mots avec b&TN. 

8. Le papier est troué ici de la ligne 3 à la ligne 7, et il manque de sept à treize 
lettres par ligne. C'est en nous fondant sur quelques vestiges de lettres que nous 
rétablissons bfc* mbïin* 

9. Lire rp1N3. 

10. — bNiTata. 



5't REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

enanrïia ira* p im DTOaoban D?n «snb d»j ^-dt dw ibii-p 
Tltnbw mÂia ban û^stob nj SSa fana » maant» ^-naa» yaini 
»»m Tnar.ba a* 3 nawn np« stoa ta an na-pi mai *pEn tanbun 
tiaataii^ Kb bD3i»rti Dasini i"i»sir sbàrnbtBi Êabnâïtai fesbttnbon 

nbo nss 

Traduction. 
Lettre du « confrère « Abou Yoûssouf. 

Que les satisfactions soient répandues, que les bénédictions jaillissent, 
que les biens soient donnes à satiété, que les consolations surviennent, 
que les ennemis soient submergés et les adversaires écartés avec l'accom- 
plissement de tout désir et la réalisation de tout souhait, l'élévation du 
pouvoir avec la main étendue, une haute destinée avec la réalisation de 
tous les souhaits de son cœur. 

Au seigneur et maître Jacob « le confrère » — que sa lumière brille — 
fils de l'honoré et saint Isaac [président] du tribunal — qu'il repose en 
délices ! 

Si j'entreprends d'exposer quelques uns des bienfaits du Rocher, 
j'agirai sottement, car ses exploits sont trop nombreux pour être énu- 
mérés. Donc, c'est un devoir pour nous de résumer [ses louanges], car il 
ne nous traite pas selon notre mérite, mais il a toujours pitié de nous. 
Par sa grâce nous demeurons en sécurité dans une grande abondance, 
mélangée de bonheurs répétés de tous côtés. Cependant, dans notre 
sécurité et qui se détournent du chemin et qui suscitent des que- 
relles sans motif. Le Rocher exterminera les pervers et fortifiera les bras 
de ceux qui chancellent en accomplissant les lois et les règlements, 
comme il est convenable, décent et juste [pour les douze tribus]. Ainsi 
soit-il ! Que le « confrère » puissant et considéré comme un maître 
obtienne une paix grande et sans limite et sans fin avec une abondante 
récolte d'amour et d'affection. 

Sache, mon cher, que depuis plusieurs mois j'ai correspondu 

avec Mar Samuel l'ancien, surnommé Aboudoura, qui t'aime beaucoup. 
J'ai pris connaissance de ses affaires et j'ai rendu grâce à notre Rocher, 
dont les pensées sont mystérieuses. Que son nom soit béni ! En outre, 

on a entendu dire l'affaire qui a eu lieu chez vous. C'était dans mon 

cœur comme un feu brûlant 4 , jusqu'à ce que fut arrivée la lettre honorée 

1. Dans l'interligne. 

2. La lettre 0, écrite dans l'interligne, est douteuse. Le sens du verbe doit <Hre 
« envoyer ». 

3. Lire i:n72ttn. 

4. Jérémie, n, C J. 



TEXTES JUDEO-EGYPTIENS 58 

de Marlsaac, ton chéri, que j'affectionne. Il a fait savoir que vous êtes en 
bonne santé et prospérité. J'en remercie Dieu. Tu sauras aussi que ton bon 
souvenir ne me quitte pas, moi l'humble, et lors des fêtes, lorsqu'on men- 
tionne les chefs — que celui qui les sanctifie hâte leur secours! — ta men- 
tion est avec la leur en tête de la nation. Les étrangers ont été de cetavis 
quand ils se sont réunis avec nous. Je sollicite de ton honneur qu'en tout 
temps tu envoies tes lettres, répandant partout l la mention de ta santé 
et celle de ton chéri, qu'il croisse et multiplie ! S'il épouse une femme, 
qu'elle le réjouisse et (lui donne) tout ce dont il a besoin et ainsi que 
votre santé, votre bonheur et votre tranquillité soient consolidés, que 
votre fortune et votre avoir ne soient pas restreints. A jamais! Séla. 



III 



Réponse à une accusation concernant un règlement de comptes 
et d'autres imputations. 

(i 

• .II) ... . 

•JN KJTN Û WE1 nTfrU73?K \n 1tf "P/pD 3 TON N?3 TOM * 013*0» (2) 
Vn B "1*3» (3) *3..Sb-| Ntt NmrON -|T&Ù72bN JPDNwtt 

t<72i -j«obia fco&ttrn ' mn rnpabNi 6 Nrrafcnn -sbi Rnbsbn ^d abi 
8 non* NnmDWi .—id^niw mboai ï-ïbfr*n r-irrva nais npi t iW3m 
■ï-n:Dtt p nbîo m?3 ^asm "nba fan i^nwa-bH pipnbN (4) pi *i&.. 
■6* nBp»ifflb« ns«s ï«b tpta^» n&naabw nbto rrpabai SjatabK r>yn 
ibar nass onbano -ha -^.npN (5) ûb yn "^ibNp hb'nba Hbw n:x 
an?i"< aa in (6) 9 ]73 n:?û bssn tf?: nbniâ -iinp» rtb o^b i« mm C|3ttb8 
■»33«b nyaroa obya w risîb'à ^ "pr* N73 nbarbi rwata francs nbN*- 
r>mb in n^Dap ^b s'n nt:d i7) nab« mai ^s hd^k i»nb« nbbi 
nanaa ^"N r-ibba m^N -nbipi "iTanba i-ibbi ï-rwan Hiy«»iib« 
inbri ona&n onanoa [9] mnaan ^aa&n rnbab» oam pm*b« a-^nu (8) 

1. 11 manque peut-être un mot après 533 ou bien ce mot est superflu. 

2. Au commencement de cette ligne, il manque une douzaine de lettres. Il y a des 
traces d'une ligne précédente. 

3. Le haut du 3) est enlevé. 

4. 11 manque une vingtaine de lettres. 

s. = nba. 

6. Ms. «n««nvi. 

7. Ce mot est écrit ainsi plusieurs fois dans la pièce pour Ift. 

8. 11 y a un mot enlevé par une déchirure du papier et un autre rayé. 

9. La ligne 5 s'arrête au milieu de la page. Entre cette ligne et la suivante, il y a 
d'abord un espace, peut-être à cause des lettres arabes, beaucoup plus grand 
qu'entre les autres lignes, mais cet intervalle va en diminuant. 



S6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

h*im *pbpb ^fcttiaai T»Vn ana pa» btwnn (io) s^nr: baa ir«o»a 

mbabN oen t*^73N ^bi ^ 3N î^-ni ^ "ian >*?373 o^b nb«j»BN ?pN 
T3[b]nnn ïiam (il) rrs bip nasb tsp n[njsnNa N73 r:N *by br» naNnas 
h:n ■ "«an D*nbb Tantôt znai *pna73 -mnnb "Ha ■pba anrob 
itroâKB (12) a«na vnïwnbH p bfctnfcia 'n 2Nna 3m ^ba ni» ï» bxi 
awiB in sp:n [pi "-1^73 p imbN ans in ma>7:a np t-oai nsa» 
^a»na r-)273':£B mai nbar t^b t^72a ana taa*D nana ip SNtabN 
NnrniBN nsn b^N073 ï-insE'n npibrra w ana 173 bip baaN N73 (13) 
dnbba baN ^ nbNB (]n) nsa in Dipba pm(i) aNnab» Nin -jj>n 
i-ra "jn ba m^i^B ^s nrvoa .rs:«b » nna N73a Diatb» "into -on (14) 
. . . sba p yata&n nai pn«à ■wbitt la'-r a«iàb» *3Nài ïtd ana 
^bip ^bN «ajpài npi NrbN 3na "57:73 «abap N73 bipi anai -r'na(i5) 
b"»N53i (16) onanaa ^riNan73 nsa ibi n»?: ^bi mon *;n anas ms 
bn.73 Naa*» "jn nbbaa iwi anana nNnp np nsab dw ]n arrb« 
-înem anbffib» ^b asNn (i~) abaa hsn nbb« nain nbipi \Vm7a p «in 
—27a dby nbb« 3 N\a "jn N73i r;373 nïi5>7abN mn Nin npiarraba ^d 
bb»aN N73T (18) [b]73nnN N73a abaybN ïibbKi npibroa ap * rata hsn 
•nbNi npibrna bN p pna ma miN mby nasn Nb N73 ^by naxNi ^trn 
■wbija abp ^aus^ pi ^bN ^-man-» p "pm ^a^a ^^ ^iso^ raipN 
■»b« 'nn Dnnaw 'm n:n n^Nbab.N b«n ^br N3a B npi bNnTabxa (19) 
npT a"»-»âtnb« pnb ïi^hni mai rr^c ^ibN atfrob» t^in Si:i ^ 
•jn^i nbyr n:N by bia^ja n:N bàNb p^ba pi (20) ^pnb« p nn«y 
^^b^T -1 iwx Nin Nb n:NT n^73a aanN in ^3:a73 Nb n:N S]bn pn "j^b- 
Nbnsn bN^EN ^bn?ab pDNb rtnrno N73 y^aài (21) "inn paN ■;« 173 
nba^â nansn DïibSMi N?abD (22) mEN: n^a anwri&a n3«a ^nb» DipbN ■ 
■^a» nb-i(24) taitwtbb» H-,N'r^Ni tam«nn v rw\ p^n^b» (23) r<r:D 
N733 naana "b« baf 6 "•37a nann nabp ^y pa^ Nbs n:n N73NT ^N-ibN 
nn'mN ^ibN bn (25) n[s]7a "573 àmbb«a m73N ibi bhnna ^n nn73N^ 
anab» \a mara n?3 aby nain mns ^ai^a bip -»s bap^ w\b "jn 
m-abN bN"jb itfb^a ana (26) bi^i isy BM373 ">-ià n?3 nrno ibi rniTTab» 
naTBT! Tiaai ^ii^d 7 •'bN n'mN nw ^n n br ikkj "i^ "iyi rirm 
^l "wbiM i:r N73 DbTMB (27) Nin ->2Nna aNii 8 ni:n:73 N5>n nianpn 



rir-ai y-iND73 ^în nn ^-i73N"' N73t ">aNn 



1. Le ms. semble porter "^Ntl. 

2. Ajouté en marge. 

3. Lire -TC53N pour N'a IN 

4. Ms. nabt3 ^SN, mais le n est rayé. 

5. Le copiste avait d'abord écrit nplbrnsbNB, mais il l'a eorrigé. 

6. Lire vie. 

7. Lire NbN- 

8. = -ibn373. 



TEXTES JUDEOÉGYPT1RNS î'»7 

Traduction l . 

... il est connu que je ne prends pas de cadeau criminel ou de cadeau 
de répartiteur (?) et il est connu aussi que Les profits du répartiteur (?) 
sont pour la plupart ce qui est enlevé (?). . . . regarder ni d'une manière 
licite ni d'une manière illicite. Pour le reste, qui est Hammàm-al-Far *, 
et ce qui le suit, j'en ai expliqué la situation et copié les plans que j'ai 

envoyés, tu sais [que je reste] au-dessous (?) des droits [pris par] les 

Palestiniens. Ce qui en provient, Ben Sekanya 3 en prend la moitié. Le 
reste, Attabarani* en prend la moitié, car il était convenu qu'il pren- 
drait le tiers; des gens dont je ne pouvais repousser la demande 
m'ont sollicité [en sa faveur] et il est arrivé à prendre la moitié. C'est 
une chose qui n'a pas de mesure. Tout ce dont résulte un cadeau ou 
un acte à écrire, celui qui l'écrit en prend la moitié et peut-être n'y 
aura-t-il pas dans le poids 5 un dinar à la connaissance d'une commu- 
nauté (?), car moi, Dieu soit loué 1 je le dépense en œuvres charitables et 
je ne retire aucun avantage matériel du service de la communauté, Dieu 
merci ! 

Quant à ce qu'il dit — que Dieu le fortifie ! — que j'ai été en correspon- 
dance avec les écoles de la Babylonie et avec l'exilarque, et que je me 
suis glorifié de leurs lettres et qu'ils se sont moqués de mes questions, 
tout cela est une divagation de celui qui t'a écrit et une manière de cir- 
convenir ton cœur, et c'est là le moindre de ses actes. Rien n'est vrai 
dans ce qu'il a rapporté et je te l'expliquerai : Pour ce qui est de l'exi- 
larque, sa lettre prouve que je n'ai pas correspondu avec lui, car il y dit : 
Voici 6 que nous avons commencé à t'écrive afin de rendre constante la 
correspondance. Quant à la raison pour laquelle j'ai écrit au chef Hay, 
c'est qu'il y a un certain temps il m'est arrivé une lettre honorée du 
Habbi Samuel ben Al-Tàherti 7 , lettre à laquelle j'ai répondu. Or, j'avais 
entendu dire que [quelqu'un] lui avait écrit d'Egypte sachant que les 
écoles de la Palestine avaient écrit à votre sujet des lettres d'une manière 
qu'il ne convient pas de raconter. J'ai donc mis dans la lettre ce qui 
détruisait les allégations de celui qui a écrit pour chercher une discussion 

1. M. Casanova a traduit la pièce d'après une transcription qu'il avait faite en 
caractères arabes de la copie de M. Schwab. Il avait rectifié sur quelques points cette 
copie. La version de M. Casanova a été revisée par M. Lambert d'après le manuscrit. 

2. Endroit bien connu à Fostàt. 

3. Nom fréquent dans le second livre des Chroniques. 

4. C'est-à-dire : originaire de Tibériade. 

5. M. Casanova lit tt3"lb&, « qui désignerait la ville de Fostàt. Ab-Baladhouri, qui 
vivait au m e siècle de l'Hégire, écrit Alyoûnah et il faut peut-être ici rétablir un yod 
oublié. Abou-Salih, plus tardif, a écrit Alloûniyah (cf. Bulletin de VInstitut d'Ar- 
chéologie orientale du Caire, t. I, p. 154-155) ». 

6. Les mots soulignés sont en hébreu dans le texte. 

7. Qui est de Tabert (oasis du Maroc) [P. C.]. 



58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et j'y ai mis des questions que j'exposerai après la présente lettre. Et je 
jure par le Très Saint que je n'ai pas consulté sur la question de manger 
de la viande à la fin du jour de jeune, comme il l'a écrit, puisque c'est 
expliqué dans le traité des jeûnes. Mais c'est un autre que moi qui a écrit 
là-dessus et la réponse m'est venue, mentionnant mon maître de la plus 
belle façon, et je suis bien saturé de.. . et il a écrit en disant : « .Nous ne 
l'avons pas accepté de celui qui nous a écrit. » Revenons à ce que tu dis 
dans la lettre : « J'aimerais que tu t'expliquasses là-dessus. » Parfaite- 
ment ! Si je m'étais glorifié de leurs lettres et m'étais incliné vers eux à 
L'exclusion des autres, j'aurais lu leurs lettres. Dieu me garde que de 
pareilles choses soient cachées à mon maître ! 

Quant à ce qu'il dit — que Dieu le protège — qu'il recherche et désire 
la paix et déteste la discussion, c'est ce qui est avéré à son égard et — 
j'en atteste Dieu — je ne sache pas qu'il ait jamais recherché la discus- 
sion. Dieu sait ce que je tolère sans me fâcher et en supportant ce qu'au- 
cun ne supporte, tout cela pour fuir la discussion. Et ce que je dis, c'est 
que le Seigneur jugera entre moi et celui qui cherche à me nuire et qui 
circonvient le cœur de mon maître par des absurdités. Nous étions en 
paix moi et Rab Abraham le confrère. Jusqu'à. ce qu'est arrivée cette 
lettre dans laquelle il est question de lui et le différend a été porté 
devant Hasan 1 . Ren Arraqui et Rel Talioun l'ont aidé, parce qu'il est per- 
suadé qu'il le nommera juge, Hasan ayant juré qu'il ne m'avait pas auto- 
risé à juger au Caire 2 Or, ce n'est pas possible à moins qu'il ne me 
destitue de ma qualité de confrère. Tout ce que j'ai exposé, c'est pour 
expliquera mon maître les actes de ces gens, dont les flèches n'atteignent 
pas le but. Quand mon maître leur fit parvenir ses lettres, ils s'en ser- 
virent pour réaliser leurs désirs et pour susciter des disputes. Or, c'est à 
lui de se prononcer sur moi. Quant à moi, que ton cœur — Dieu le pro- 
tège ! — ne soit pas contre moi. Quand sa lettre me parviendra avec ce 
qu'il m'ordonne, je m'inclinerai môme s'il m'ordonne de sortir du Caire. 
Mais ce que je préfère, c'est qu'il n'accepte pas les dires de mes adver- 
saires. Il sait, Dieu le protège ! — ce qu'ils ont écrit de lettres fausses. Si 
j'exposais tout ce qui s'est passé avec eux lors de l'arrivée des lettres de 
mon maître, l'exposé en serait trop long. Celui qui sait et est témoin*, 
est un témoin véridique à mon égard. Certes, je ne préfère rien à ton 
honneur et Vhonneurde la sainte École. J'attends la réponse à ma lettre 
présente pour savoir ce que mon maître pense à mon égard. Ce qu'il 
m'ordonnera, je m'empresserai de (l'exécuter). Salut! 

1 . Un haut fonctionnaire musulman. 

2. \j- mot 13t73 parait désigner ici le Caire et non pas l'Egypte, 
:;. Jérémie. xxix, 21, 



TRXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS W 

Hemarque. 

Celte pièce en judéo-arabe est copiée avec négligence. Tous les 
points diacritiques sont laissés de côté. Les voyelles brèves sont 
parfois indiquées par des lettres de prolongation. En outre, les 
mots sont mal séparés et il y a quelques fautes de copiste et d s 
omissions. 

IV 

Lettre concernant des actes d'acquisition d'immeubles. 

"■ma ■rçisia p apjn nn rpv 'm'a nariba "'bà usna * nab3 («) 
■ftniai (e) pnoN p pn T'a nrtfa yaiba p bansoa pbym nwd (6) 
p "1END73 p HTaba ^ybœ p prra ^spbfc pi h^s p [a]nnnàÉa 

•mayai harrb *P7:n auîn bbrttt dci ba pjj^atti Dian ba nb^rin (1) 
b&bnttït bNT ntoi (2) iaab ainioa ina;h 3 isci d^ ^-7: -va.x vmtfb£3 
ap r»©rtb fcà E|« manb rmma n in ■^atnbsi bbÊbia bbianfe anriî 
■^zijzp^n t?ji* prra a nu ^a (3) nsobi -pchnb -hiiab -ma ni:p?373 -13^77: 
titrai lais^i laab bsiœ ^batti ibaa nnoi onn ma* np-»b-n irw piN 
a^ ib miinb 3 rr:sn 4 nm:a mxa maabn pb (4) raisin -nn a" 1 ?:-» 
1sJ« (/>) vrinon bl733n maantt t|b« "uu nns nnn tstabi "Pririn tc-p 
$iia TDibT 8 vmpnîia Mniab (/>) 7 dn ^a ob»» vmna biTosa 6 ib 
b^siftb nain pb (6) vmm ^a^au irioia *tk rmb»n mariai v»7ifn 
fe^rr trttbjj nb:72i a^nbyn jh'-ïm (6) D^abiJ* mis naàfc ûwi rnb^b 
">:k l^ npa? b* B|s (7) b^nbi* "ijûbubi tj nyb dbteb ^j-ha» îfctî 

1. Les trois lignes d'introduction sont en judéo-arabe. 

2. La locution Tissa "UiaiD parait imitée de D^briKa ">3iaï3 {Juges, vin, M). 
Mais le D de ■»2"îaï5 n'est pas certain. On pourrait lire un réch. 

3. Le copiste avait d'abord écrit Tay*J. 

4. Nous ne comprenons pas ce mot. 

5. Lire nsSDn ? — Le féminin singulier pour le pluriel de chose est arabe. 
G. Lire jtfb. 

7. Le feuillet ayant un trou, la partie gauche de la ligne 5 est séparée de la partie 
droite. Nous l'indiquons par la lettre b. 11 en est de même des lignes 6 et 7. Par 
contre, les lignes 8, 9, 10 sont écrites seulement à droite, et se continuent par les 
lignes 11, 12, 13 écrites à gauche au-dessous de 7 b. La ligne 14 est écrite partie à 
droite, partie à gauche, la ligne 15 seulement à droite. Avec la ligne 16, la disposition 
des lignes redevient normale. 

8. Ms, rmoTn. 



00 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■aana ab mab ^no"» -no- 1 a*o ims T»an (ô) ^sa n©N vinb irns 
■rçp'tttt M'anaai ■Wfcttan *am lasai (8) ibim ■rçno» ynaa baa (6) 
•mmn naum ■wio wnb ^a (10) ^aain saabai "a-or nans iiwa (9) 
■ab* bi«U3 nmaraa "aaba nn©ai ^nd-i nawa ■a3"©in nanai (il) 
wn ma©na "îonb ^aaipna naa b^anb ■wru mpn rranb (12) 
■roonb omà • tiw« wnbnn ma©nbi m©aïib m-ina d» p'b (13) 
maTnb ba« m©nnb b^snba n^afin bia« maTnb (14) ia©b aip&n 
■pari TT pi m©i Tfiï man bbs« "»bi« m© l^laa nain 
manan ï*3©^ maian (16) * uoav manam i*d©*p maibusn (15) 
ttaan nann Epr 3 m'a 'p n-bvtt maab "îana*» myvûTj i*©?©i 
mawnb naaa bnaa as -naa a? (17) na© ©îanb naanan wr>3 naia: 
©an map n:o3 n*na nm©i rrnp naab bi^sa nrnati a^sba n:pa 
■naarta naïaa nam misn p *bsa nasa ^-n (is) nans ts bab naip 
Dib*b an pib© ib^aw n©^ p* ima apy> 'm'a 5 'p'a'a p naa*< 
■ana aawNi n;mb©a ©© "jaib© ©mi "aaa aanbaa baa Ssia (19) 
n^D a? (20) bbanb aman 'ana©aa rain am-nn ana aiaa am-i^a 
amiai pas") tt pi amï-in ©fin aipaa a"n©"na mmsa o^nann 
7 'a'© taammna terapT (21) a©iaa "pn n*© ^sfi* 6 na ^3 ^nbnn as 
tamwa nriNn mwap^n rrenb© imai pnar 'na ns-< 'ma rn^a: 
■wa aa (22) 8 n©y [n©]D©a m©*b[©]m "»©a> rraana n*a©ïn a^airtT 
^3 m&ap*» , n n©5©n ibfit ca^maa 9 pa'a&H fiwbinfin a^anma a^apî 
anan ^aa tanna? lana aa© nsan n^Dan "»aiba b© -,m maa taan 
ûTinm ana^nn by (23) imaa^pi " mrr *ji©ba «oiaai 10 tann 
mnan n©a?an bj> a^mra 14 '© np^n nann aib©n ynnn nnsa ibM 
p-> bba ■'dtï "«ba la^nai "paai ansa avpn nv nbba ^a na^a (24) nn 
Nirr n;na l»w) ©mpn ^a mn*« (25) nyb nann 'nan ^«sa abra «b 
na^naa mvn «a naa Nin© naa?© ©mnai bon©* 1 b© aaïaa ba> an 
ïTpns ia© ©■'fiïa 26) ,3 Nap ^a rn"»fini on^'p p nma 'a na© ma: 
■fliariim a"»ainT Va n;pan naaa ainaT n Yna nn^ naapa 'a 'ia 

1. Lire mi5»fil. 

2. Ms. ■UJDÏP. 

3. = an ma l^P- 

4. Lire 3533? 

5. = i^atp nmna maa. 

6. Lire N3. 

i . = mata rrbo ? 

8. En marge. 

9. Les deux mots sont araméens. 

10. Les trois premiers mots sont dans l'interligne et se continuent en marge. 

11. Après 13, il y a ^finb ra >' é - 

12. Lire "âl^p "• 

13. = nap. 

14. Abréviation probable de rTT Tinaa. 



TEXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS 61 

nD73-n (27) DipTon ûrwwn * 1na(b ■©) b^on ht nia* ^3 otos» 
2 in iTsnn «bi û^yn b? Tpnap p V7a»3i maoc 

. . . 13PD 3 t|K (29) (28) N3HN3 Dip»3 *3 13n31 

. . • 1»"H» . • . 33 1MC5 

Traduction. 

Copie d'une lettre {adressée) au c confrère » maître et rabbin Joseph, fils 
de Jacob, originaire de Tyr, concernant Siftagal, fils de Arrabî, texte 
qui était aux mains de Hasan ben Ishàq. En ont attesté V exactitude: 
Ben Sagher et Ben Al-Kafsi, Mohsin ben Cham'an, Salama ben 
Musâfir, Ben Asâis. 

Le début de tout écrit et de la parole de toute àme, c'est de composer 
toujours la louange du Seigneur, d'exalter avec empressement la révéla- 
tion de ses merveilles, qui sont trop élevées et trop sublimes pour être 
exprimées. Mais combien est sot celui qui est souillé ! il s'épuise à parler 
et à raconter, quand il s'agit d'expliquer les traits (?) de ses miracles alors 
qu'on ne peut même pas en atteindre une toute petite partie, en faisant 
un chant sur l'un d'eux, pour rendre hommage et le raconter. Leur cercle 
dépasse celui du ciel, ils sont plus grands que les extrémités de la terre; 
ils se manifestent plus que la flamme des lumières du soleil et de la 
lune; ils sont plus escarpés et plus puissants que les vagues de la poignée 
(divine) * ; ils sont plus nombreux et plus multiples que les grains de 
sable au bord de la mer. C'est pourquoi les cœurs entonneront des cla- 
meurs pour le remercier aussi de la droiture de ses procédés et pour 
enseigner sans cesse l'un d'entre les milliers de myriades de ses bienfaits. 
Car il ne rétribue pas ses créatures selon leur conduite, mais veut les 
diriger d'après ses règles. Si sa miséricorde n'était pas aussi grande, sa 
compassion aussi vive, alors nous aurions été pillés par ceux qui déso- 
béissent à ses lois. C'est pourquoi il faut fortifier nuits et jours la 
louange du Rocher des éternités, qui connait ces secrets et révèle ce qui 
est caché — que son nom soit béni à jamais, pour toujours et dans les 
éternités des éternités. — Même pour mes affaires à moi aussi je rendrai 
grâce au (Dieu) vivant, qui délivre constamment mon àme. S'il me châtie, 
il ne m'a pas livré à la mort 3 . Mais il m'a enchaîné dans la meurtrissure, 
et la maladie m'a écrasé. Un instant il m'a mis dans la douleur et par la 
souffrance il m'a angoissé. Mais il s'est souvenu de moi dans des châti- 
ments d'amour et c'est avec ménagement qu'il m'a abattu. Par sa grâce 

1. b^D paraît une répétition fautive de b^3(lZ33). 

2. Le papier étant coupé, on ne peut plus rien lire jusqu'à "|3n3l. 

3. Les mots qui suivent sont écrits dans le coin inférieur de la martre de droite 
sur trois lignes. 

4. L'auteur semble faire allusion à Is., xl, 12. 
y. Cf. Ps., cxvnu 18. 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il m'a secouru et par sa droite il m'a guéri. Il ma sauvé de la fosse et 
retiré des angoisses de la tombe. Car c'est pour lui-même qui] m'a racheté 
el par sa boute qu'il m'a fait revivre, afin de démentir l'espoir de mes 
ennemis, de déjouer le plan de mes adversaires, de détruire les desseins 
de mes persécuteurs. C'est pourquoi si je veux continuellement agir avec 
convenance et noblesse, si je renouvelle ses louanges en chantant le 
Redoutable, el. si je me lève pour enseigner et exposer, je succomberai et 
je trébucherai, ne pouvant suffire à apporter mon tribut. Toutefois en 
présentant un exemple d'une sorte de chant, peut-être serai-je compris 
dans le mérite de (ceux dont il est dit) : « Alors il chanta » '. Ainsi soit-il ! 

Que les satisfactions abondent, que les bénédictions soient déversées, 
que les consolations donnent leur caresse, que les saints jaillissent pour 
la glorieuse grandeur du prince, maître et seigneur Joseph « le confrère », 
qui amasse la sagesse comme un lion courageux, pour panser la fracture 
avec le raisonnement, qui agrandit l'édifice pour y abriter le troupeau de 
bœufs et de moutons; comme celui qui a pelé le peuplier 2 , il lit (la Bible) 
et enseigne (leTalmud): comme celui qui a vu le Buisson 5 , il acquiert la 
première des créations \ Il se tourne de tout côté et débarrasse la voie 
comme Caleb, fils de Yefounné. Il est institué comme chef et désigné 
comme confrère à l'égal des docteurs de Yabné; tils de la glorieuse gran- 
deur du prince, maître et seigneur Jacob — que son repos soitles délices! — 
qu'il obtienne les trésors d'une paix abondante à jamais et qu'il soit pré- 
servé de toute déception. De ma part à moi, qui recherche ton bonheur et 
me réjouit de ta quiétude. Et si mes lettres manquent, une amitié per- 
pétuelle est cachée (dans mon cœur). De Celui qui élève et abaisse, je 
sollicite d'être couronne de la gloire des « confrères », qui sont dirigés 
dans les chemins, là où se dressera le sommet des montagnes 5 . Ainsi 
soit-il 1 

J'informe le très honoré qu'au tribunal, où siègent les anciens respec- 
tables, est venu un messager légal, envoyé de Rabbi Yèfeth, fils de Rabbi 
Isaac, porteur de trois reçus (?), le premier de vingt pièces d'or, le second 
de quinze, le troisième de treize. Egalement sont venus des anciens de 
bonne famille et nous ont déclaré certifier que ces trois reçus sont de la 
propre main d'un tel, décédé dans le village de Ségeb. Ils ont consigné 
leur attestation à ce sujet en écriture sainte^?) et en langue arabe. Nous 
l'ayons légalisée d'après leurs signatures. Ces écrits, après qu'avait été 
publié le payement du « confrère » honoré certifiant l'acte qui y est 
enfermé, et attestant, que son ensemble avec la légalisation est bon, exact 
et digne de foi sans aucune tare. Cependant mon honoré maître et sei- 
gneur " le confrère » qu'il vive à jamais! — n'ignore pas que le Saint — 

1 . Exode, xv, 1 . 

2. Jacob cf. Gen., xxx, 'M . 
o. Moïse. 

4. La Sagesse (cf. Prov., vin, 22;. 
i>. Jérusalem (!«., u, 1 . 



TEXTES JUDÉO -ÉGYPTIENS 



63 



béni soit-il ! — ménage l'argent d'Israël. Or, le mois dernier, qui est Tébeth, 
est arrivé de ville de ïyr un homme appelé un tel, connu sous le nom de 
fils de Kalkas et j'ai vu qu'il a acquis d'un nommé Gedaka, fils d'un tel, 
un logement dans cette région; et il a écrit dans l'acte d'achat quinze 
pièces d'or. Mais des gens m'ont fait savoir qu'il a agi ainsi en faveur d'un 
des Israélites dans l'endroit de la vente Ghefanya. Lorsque j'ai entendu 

cela, j'ai averti les témoins et ils n'ont pas signé et ils ont écrit pour 

moi dans l'endroit ils ont écrit aussi un acte Maremar. 



B. — Poèmes liturgiques. 



rrianaœb "J73ÎD (i) 



a^aa^Ta ao na ^a:>^ na 

a^7a*i mbra pina a^^p 

awa aia uy na;p aair; (2) 

a^Ta^rr N-nab isnpa a^'a 

dw»p d\nn'p uyi-pr a^pnpn 

nas (3) 

ana'7ai nnwa wpn rvapa aizaà 

an aa* tts: iTaa rmiaw ht dvî 

an tdt3 ninna rnawb e-jn naî^r; 

anna ma mac a nuis mnba 

am d"isa> a^ npam ",n^ 

nas (5) 

rr&na?a nntay œbffi wnn nias 

ïrvïaaa inaa rrpnb "p-in "pa 'i^i ">s-p 

mina as paa draina ^aOT aina p 

rrma arn niai paa ht i">aa 

mai» [d]"»»ï5 ^yp (7) 3 rrm 
5 rtnsa nbn wi * narn dinw 



a^aan anjaa naiaTan ^n 

D^7ai^pb bTtas a^a" 1 aih 

a^7a777a îbawn natain anaTa 

û"»73n b«n tdd -inap- in 

a^abia» ^w3 tpan a^aaih 

an^:n dits ht nna-im naiâ 

anp ara a^ma ibm nan 

ana>a bipa ipy- a^asbb (4) 

anr ">:a bai n^anu ibnbih 

i733?b 7ia> v«i inaza "pan 

ma* P"»iaN ^lannb ^ari 

miTam ïnbp rma yivn 

nb?a bnTa riva (6) ara; rrpTa p'Ta 

rrnna 
rm»a son bbab bbai ans pin 
masnb na-an - mab"n ïwi 
ïTiKsm ma a^pnaTa d^tos 



îl- Le copiste parait avoir lu 



1. Ms. "p-j. 

'2. En marge : mDD"n ft«n Ttf. 

3. Lire fiPm. — "H^ia est écrit au-dessus de 
d'abord nnatfî ^ 73 125 !"pm • 

4. Ici le ms. ajoute nmaaa, qui est rayé. 

5. Le ms. porte les mots mian HTaan, qui sont rayés. La radiation entame le 
mot maK, au-dessus duquel est écrit le mot "ja^a (?). 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rmoB "îty i7:=> (8) »imm ïmn ma*nnb in pipn n; nv rmn 

mpm b*E mp Mba dk-i» wap 2 rmwiDi npn*tt nmin npnp'r 

na"h«aab« inb ^b* (?) i»b» ^ 

Traduction. 

Hymne de la Pentecôte. 

C'est moi qui suis cachée dans le savoir des sages, le fruit de mon 
arbre renferme tous les mets. Je donne en partage de longs jours à ceux 
qui m'accomplissent en se fatiguant selon la règle des nuits et des jours. 
Leur part sera belle et ils seront préservés des colères (divines) ; leur 
fortune sera fortifiée avec l'excellence de la raison. Ils trouveront grâce 
devant le Dieu parfait étant désignés comme les enfants du Créateur des 
(cieux) élevés. Ils se réjouissent et jubilent dans les deux mondes, ils sont 
qualifiés de purs et appelés intègres. 

Autre (strophe). 

Ce jour a été paré et couronné; l'Orient et l'Occident répandent le par- 
fum agréable de ses senteurs. Les armées ont frémi et tremblé comme 
au jour de combat ; « le jour est extraordinaire», disent petit et grand 
d'une voix agréable. Les anges crient : L'homme obtiendra-t-il de captiver 
celle 3 qui est plus désirable que l'or abondant 4 . Séir et les Arabes ont 
été saisis de terreur ; l'épouvante les a saisis ; là, leur demeure est ruinée. 
Entonnez un chant, l'Eternel donne la force à son peuple et bénit le 
peuple puissant et nombreux 3 . 

Autre (strophe). 

A celui qui me recherche je mets une couronne : l'explication claire 
de mes treize règles de logique 6 ; le plaisir du raisonnement par a 
fortiori; la beauté du dicton: «11 suffit d'après le raisonnement d'être 
assimilé à la chose raisonnée » ; l'idée du terme égal,, présentant nette- 
ment des mots parallèles. La voici réglée en comparant un texte à deux 
textes comme une construction principale. Elle termine en posant comme 

1. On attendrait 'jmnW "jnn. 

2. Dans l'interligne. 

3. La Tora. 

4. I J s., xix, 10. — La légende des ailles qui s'opposent à la communication de la 
Loi aux hommes se trouve dans Pirké II. Eliézer, ch. xlvii, et ailleurs. 

5. Allusion à Exode, I, 7. 

*>. Il s'agit des règles herméneutiques attribuées a R. Yossé Hagguelili. 



TEXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS 65 

principe la règle du particulier et du général. C'est là une construction 
correcte et c'est ainsi qu'elle est définie. Il l'a vue, l'a décrite et préparée 
pour sa gloire. Elle a embelli les portes du ciel l . Des flambeaux lancent 
des éclairs avec force et majesté 2 . Il a incliné le ciel et l'a réuni à la 
terre afin que ce jour soit fixé pour que se couronne le fiancé 3 de celle 
qui est remise * par son beau-père 5 comme une compagne 6 épurée, 
gravée, parée et gardée, créée au début de deux mille ans, avant le ciel 
et la toiture 7 . 

Remarques. 

Dans cet hymne et le suivant le poète chante, à propos de la 
Pentecôte, la promulgation de la loi. Le nom de l'auteur est donné 
en acrostiche dans les initiales des vers, à savoir -ann ù^dn Ephraïm 
le « confrère ». Le nom est suivi dans la première et la troisième 
strophe du mot pm (sois fort), que fournissent les initiales de 
certains mots. Nous avons indiqué le nom et le mot pm par des 
points surmontant les lettres qui les composent. Sur l'auteur, voir 
ci-dessus (p. 2). 

VI 8 

9 n-i^D3>bN rnaàro (1) 

rwnbo rrD-> rtîmpb n^nnb nnonb m&rbb (2) 

rwn 'mide mciba (3) mmb mpipn m 73 ne i 

10 nD?273 nna mpnb V33 nriT» mia* labtai mwa ww ■nB ! > 

1. Cf. Job, xxvi, 13. 

2. Allusion à la scèue de la révélation. 

3. Israël. 

4. La Tora. 

5. Dieu. 

6. Cf. Gen., 11, 18. 

7. Au-dessous est écrit Wl&WabN jnb *fyy 133ÎWB "ÔK «jusqu'à malkénou (?) »> 
sur la mélodie des Marocains. 

8. Le second poème, qui contenait dix vers, a été malheureusement mutilé. Les 
six premiers vers avaient été écrits dans le bas du cùté gauche du recto du feuillet, 
les vers 7-8 à droite perpendiculairement aux premiers au milieu du bord du feuillet, 
chaque ligne n'ayant qu'un ou deux mots, et les vers 9-10 de nouveau dans la 
largeur du feuillet au-dessus des précédents et entre les vers 8 et 9 du morceau V, 
mais en sens inverse, de sorte qu'on ne peut les confondre. Le bas du feuillet ayant 
été coupé, les vers a et 6 a ont presque entièrement disparu, une partie des mots de 
6 a et de 7 et S a été aussi enlevée. Nous avons essayé de les restituer. 

9. Le titre est en arabe et correspond au titre hébreu du premier morceau. 
10. Le féminin singulier est employé comme en arabe; cf. ci-dessus, p. ;>9. ri. 5. 

T. L\XX, n° 139. 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

b (4) 

[pjbn [vnD]ba [p]:-i3 ohiaian (5) h] 

1 nr:nb 

[r?3]l73N [ip>DK ibn3 [Û^]731T» [rî3]lZ31Z5 [p]!D3 [n]imh 

[n3]anb [T]ttn)3 rsbp [rttjîattib [ijirn [i»frnh 

!wa ûYpn nn«i cttfcfcn ■para rrcahm (7) 

Traduction. 

ffymne pour la Pentecôte. 

Près de lui j'étais prête depuis deux mille ans, pour expliquer des 
merveilles de pensée à celle qui est appelée belle comme la lune 2 , pour 
enseigner des prescriptions gravées et ciselées du haut des cieux. (Je 
suis) armée de la beauté des six cent treize préceptes, dont aucun ne peut 

manquer 3 équipés pour chanter avec une langue qui brûle après la 

grâce. En rangs 4 dans la haie du lys 5 , les convoqués ont hérité des flots 
de la fidélité. Dans mes sillons venez à celle qui est confiante, facile et 
désirable à comprendre. Mes allusions sont un supplément caché et mes 
délices sont la narration et le chant. Mais la sagesse où se trouve-t-elle 
et où est l'endroit de l'intelligence 6 ? 



G. — Appendice sur l'écriture du feuillet. 

Au point de vue paléographique, le présent feuillet, sans 
remonter aussi haut que le feuillet Pelliot 7 , n'est pas dénué 
d'intérêt, puisqu'il est vraisemblablement du xi° siècle. Les diffé- 
rents documents qu'il contient, bien qu'ils n'aient pas été écrits 
ensemble, comme on l'a vu plus haut, et que les uns paraissent 
avoir été tracés d'une main plus rapide que les autres, présentent 
une assez grande unité de caractères. Comme les textes égyptiens, 

1 . Le ms. a înb, mais Tn est rayé ; au-dessous on croit lire i^nb (CpûSrjb), 
mais on attend un mot rimant en HD, c'est pourquoi nous avons supposé rî!P3rp. 

2. Israël, d'après Gant., vi, 10. 

3. Le verbe np3 paraît employé ici comme TpD- 

4. On attendrait D^TIin, mais le ~\ après le T est certain. 

5. Cf. Gant., n, 2. 

6. Job, xxvm, 12. 

7. Présenté à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres par Ph. Berger le 
i" juillet 1910, publié, traduit et commenté dans le Journal asiatique, 1913, II, 
p. 139-175, avec héliogravure en tète du cahier suivant. 



TEXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS, 67 

il appartient au type oriental de récriture, qui s'est propagé en 
Europe par la voie de l'Espagne. Pour la Catalogne, en particulier, 
on a de très nombreuses chartes bilingues, hébraïques et latines, 
dont les plus anciennes sont du x e et du xi e siècle, comme le 
montrent des dates formelles. Dans les siècles suivants on ren- 
contre des textes de 1182 à Lincoln en Angleterre, de 1203 à 
Rouen ', de 1235 à Nantes, enfin à Marseille on trouve les « livres 
des comptes de Mardochée Joseph 2 ». 

De l'examen des manuscrits, il résulte que récriture carrée 
comparable aux majuscules françaises a donné naissance à l'écri- 
ture cursive, qui correspond à nos minuscules. Mais l'hébreu 
carré lui-même est resté assez stable, parce que les scribes, quand 
ils faisaient de la calligraphie, se conformaient ponctuellement aux 
modèles qu'ils avaient sous les yeux. Il est donc difficile de dater 
un manuscrit d'après l'écriture, s'il est calligraphié. La cursive, au 
contraire, a évolué suivant les temps et les régions, de sorte que 
lorsqu'on aura des tableaux exacts et complets des variations de la 
cursive on pourra déterminer avec certitude la date des textes 
appartenant à cette écriture. 

L'écriture carrée étant la base de l'écriture cursive, nous croyons 
utile de donner une étude détaillée des formes des lettres que 
fournit notre feuillet. 

La lettre a présente cette particularité que souvent le trait supé- 
rieur, courbé de droite, et parfois aussi le trait inférieur de gauche, 
incurvé en sens inverse, ne touchent pas la grande ligne oblique, 
de sorte qu'on serait tenté de lire r», si le a lui-même n'avait pas 
une forme spéciale, qui empêche toute confusion. Une fois, le trait 
supérieur est relié à la ligne oblique dans le mot bsa (pièce II, 
ligne 3). 

Le n, ainsi que le s et le n, est muni au sommet à gauche d'un 
apex vertical, qui disparaît de l'écriture carrée seulement après 
le xi e siècle. Cet apex est quelquefois détaché du trait horizontal 
et ressemble alors à un \ 

Le s, dont les deux traits forment un angle droit (>), penché vers 
la gauche, ne peut se confondre avec le 3 dont la base est franche- 
ment horizontale. On retrouve déjà cette différence entre les deux 
lettres dans un graffite de deux mots tracés sur un ossuaire 
trouvé près d'Abou-Ghoëb (Syrie) et dont le second est lu par le 

1. Mémoires de la Société' des Antiquaires de Normandie, t. XL (1846), p. 263. 

2. Notices et extraits des Manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. XXXIX (1913)> 
p, 4G9-502, avec planche et fac-similé. 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Père F. -H. Vincent ' raw. Le trait est oblique dans la première lettre 
(a), il est horizontal dans la seconde (-1). 

Le t possède un apex à chaque extrémité de la ligne supérieure. 
11 se distingue nettement du n, qui n'en a qu'un à gauche et est 
arrondi à droite. L'apex de gauche, incurvé, lui donne presque 
l'aspect d'un » ou d'un n incomplets. 

Lena rarement un apex à gauche, le jambage de gauche est 
souvent remplacé par un simple point. 

Le i est un bâton quelquefois droit (i), quelquefois légèrement 
courbé ou sinueux (n t). 

Le t a parfois le crochet supérieur si peu marqué qu'il en arrive 
à ressembler aui moderne, mais il a la tète plus grosse que le % 
terminé généralement en pointe dans notre feuillet. 

Le n présente le plus souvent des traits incurvés, formant un 
angle légèrement obtus en haut à gauche et aigu à droite. 

Le m û est bien plus ouvert en haut que le a carré actuel et il ne 
diffère guère du groupe n 3 lorsque ces deux lettres se rejoignent à 
la base. 

Le 1 se distingue presque toujours du t à cause de son exiguité. 
lia l'aspect tantôt d'un simple point (•), tantôt d'une virgule (*), 
tantôt d'un accent grave ( ^ ). 

Le d est différent de n (voir ci-dessous). Parfois la courbe infé- 
rieure n'est pas complète, ce qui le fait ressembler alors à un n. 

Le b a le trait supérieur orné d'une sorte de panache retombant 
à gauche et qui est spécial à l'hébreu égyptien, comme le montrent 
les textes de la Gueniza. Le demi-cercle d'en bas, au lieu de 
rejoindre l'extrémité inférieure de l'autre trait, le touche parfois 
au-dessus de ce point, ce qui donne la forme t), pareille à une h 
gothique. 

Le 12 se compose de deux éléments : à droite un angle aigu, dont 
le sommet est en haut ( 4), et à gauche un arc de cercle, qui dépasse 
le premier trait en haut, en bas (T). 

Le û final n'est pas un carré parfait, comme dans l'écriture 
moderne, mais est formé par une ligne serpentine, dont la partie 
horizontale supérieure est munie d'un apex à gauche et se continue 
par un demi-cercle ouvert à gauche et terminé par un trait ver- 
tical (D), que rejoint parfois le trait supérieur. 

Le 3 a le jambage vertical incliné à gauche, tandis que la base, 
tantôt droite, tantôt arrondie, est horizontale. Gomme nous l'avons 

1 . Revue biblique internationale, 1 ( J02, p. 276-277. 



TEXTES JUDÉO-ÉGYPTIENS 69 

dit plus haut, il est plus nettement différent dus que dans récri- 
ture moderne. 

Le ) final n'est pas droit comme de nos jours, mais forme une 
grande courbe ( ( ). 

Le D est une circonférence, plus ou moins correctement tracée. 

Le y est net, bien que le plus souvent le trait gauche oblique 
n'adhère pas au trait de droite et que la lettre ressemble ainsi à 
umoui tracés dans la cavité d'un 3 ; mais le trait de droite descend 
très loin à gauche. 

Le d a souvent la languette médiale séparée du trait horizontal 
supérieur s. 

Le q final à la tige verticale recourbée en bas vers la gauche; la 
languette interne n'adhère pas au reste de la lettre. 

Le s est formé de deux parties qui se touchent rarement et dont 
le trait droit est un crochet ou parfois un point, ce qui fait penser 
à 3"> ou a\ 

Le y final se compose de deux traits obliques formant un angle 
droit, rarement adhérents (y). 

Le p n'a pas la tige verticale droite, mais légèrement courbée et 
concave à droite (p). Souvent cette tige touche le trait supérieur. 

Le n, différent du "i (voir ci-dessus), ressemble au 3. 

Le td est formé d'un trait tourné vers la gauche et de deux petits 
traits qui tantôt se joignent au premier (o\ tantôt ne le touchent 
pas (o ou i2D). Dans le verset écrit en bas du morceau I, le trait du 
milieu se rattache à celui de droite. La disjonction des traits se 
rencontre dans le mot ûbi» des inscriptions peintes dans la cata- 
combe judéo-grecque de Venosa *. 

Dans le n le jambage de gauche n'adhère pas à l'autre trait et 
forme une courbe plus ou moins allongée, ce qui le rapproche un 
peu du p usuel. 

Moïse Schwab. 

1. Voir la Notice publiée par F. Lenormant dans la Revue des Études juives 
t. VI, p. 207, n° 9 de la série d'épitaphes. 



OBADIA LE PROSELYTE 



M. E.-N. Adler a publié, sous ce titre, dans la Revue* un frag 
ment de la Gueniza qui est fort intéressant, mais qui contient 
beaucoup d'énigmes indéchiffrables. 

La plus grosse difficulté réside dans l'identification des deux per- 
sonnages mentionnés dans ce fragment : Obadia le prosélyte et 
Salomon Cohen K*ypn ^n». 

M. Adler trouve une certaine ressemblance entre ce fragment 
et le document sadokite édité par Schechter, parce que les deux 
textes nous reportent à Damas et qu'il y est question d'un Messie 
aaronide. Ces analogies ont déjà été signalées par M. Marmorstein 2 , 
qui a bâti là-dessus des hypothèses en l'air dont je montrerai ail- 
leurs la valeur. Mais s'il en était ainsi, on ne comprendrait pas 
comment Obadia peut affirmer que, prosélyte depuis dix-neuf ans 
déjà, il n'a jamais entendu dire qu'Israël attend la délivrance d'un 
descendant de Lévi ; que cette délivrance, il l'attend d'Elie et du 
Messie, qui devra être un descendant de David. C'est justement à 
Damas, siège de la secte, que l'idée de voir dans le Messie un 
Aaronide n'aurait pu être inconnue d'Obadia. 

La ressemblance alléguée manque donc de base. Il résulte seule- 
ment de notre fragment que la conception d'un Messie aaronide 
avait ses partisans même en dehors de la secte de Damas, et à une 
autre époque. , 

Plus aventurée encore est l'identification d'Obadia avec le sec- 
taire Obadia Abou-Isâ Ispahâni, non seulement parce qu'il n'est 
pas prouvé qu'Abou-Isâ était un prosélyte, non seulement parce 
que, d'après Karkasâni et Chahrastâni, il se donnait comme pro- 
phète seulement, et non comme Messie — car d'après Maïmonide, 

1. Revue, LX1X. 129-134. 

2. Theol. Tijdschrift, LU, 105-106. 



OBADIA LE PROSÉLYTE "71 

dans son Epître aux Juifs du Yémen (vers la fin), il se fit vraiment 
passer pour Messie — mais parce que, dans notre fragment, ce 
n'est pas Obadia, c'est Salomon qui pose pour le Messie. 

L'hypothèse la plus vraisemblable est encore l'identification 
d'Obadia avec le porteur de la lettre de Baruch b. Isaac, publiée 
(malheureusement pas en entier) par Wertheimer '. Cette lettre a 
été écrite à Jérusalem et a pour objet de présenter le porteur, qui 
était le prosélyte Obadia, aux différentes communautés 2 . Effective- 
ment nous trouvons notre Obadia d'abord à Damas, où il a dû 
séjourner assez longtemps, puisqu'il y fut nommé collecteur d'au- 
mônes (gabbaï !) et recueillit des dîmes parmi les Juifs de Damas 3 . 
De Damas il se rend àBanias, oùil se rencontre avec Salomon Cohen, 
puis, par Tyr, en Egypte. Mais d'autre part, le porteur de la lettre 
est sans doute identique, comme Wertheimer l'a déjà indiqué, avec 
le correspondant de Maïmonide, lui aussi originaire de Palestine, 
homme savant et pieux 4 ; rien d'étonnant que la Ville sainte l'ait 
choisi pour missionnaire. Le nom d'Obadia n'est pas des plus fré- 
quents et, quand nous le trouvons porté par des prosélytes, il est 
de prime abord naturel de conclure à l'identité de ceux-ci. Le frag- 
ment édité par M. Adler date donc très probablement de la seconde 
moitié du xn e siècle 5 . 

Maintenant, qui est Salomon Cohen? On ne le saurait dire pour 
le moment. Tout ce qu'on peut se demander, c'est s'il était caraïte 
et j'incline à répondre à cette question par l'affirmative. Certes, le 
terme de « Baalé Mikra » est appliqué dans la littérature post-tal- 
mudique à des non-caraïtes, spécialisés dans la connaissance de la 
Bible c , mais cest seulement à propos de Bible et d'exégèse bibli- 
que; autrement, l'expression désigne toujours des Caraïtes. Il est 
vrai que c'est aussi un dogme caraïte que le Messie sera un des- 
cendant de David; mais de même que le judaïsme a pu voir naître 
une opinion qui fait du Messie un Aaronide, de même une opinion 

1. Guinzé Yerouchalaïm, II, 16 a-il a ; cf. Adler, p. 130. 

■2. Voici, en effet, le titre de la lettre : nNTH maNH DN ^VD 1S31 3irri 

Drrbs -pin N 1 ^ "i'^n barw 1 mbnp bu bsa n^n mns ts rrrïtb. 

3. -2^7! ^m "i7a">b:p iaa n>r: majb "iTrpr: pia7ai "^n n^na^n D:n 
"l«3>ja naia nwaiû d*p baa û^nayn *p 3 l 1 - 22073) poa. 11 ne faut pas 

s'étonner qu'on ait ramassé des dîmes à cette époque, car on pratiquait cette loi pins 
tard encore, même en Syrie 'voir Kaftor va-Férah, XIII) ; mais il reste à expliquer 
pourquoi Salomon ne faisait cette collecte que le jour de la Pentecôte. 

4. Voir Kobeç, I, n°» 158-160. 

5. Le style du fragment a, à la vérité, une couleur archaïque, mais il pourrait s'agir 
d'archaïsmes artificiels, dus à des raisons que nous ignorons. 

6. Les passages en question ont été reunis par Marmorstein, l. c, p. 120, n° 65. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

semblable a pu se faire jour chez certains Caraïtes. Voici peut-être 
une considération qu'on pourrait faire valoir en faveur du caraïsme 
de Salomon. Obadia lui ayant demandé une preuve de son carac- 
tère messianique 4 , Salomon répond que la preuve en est qu'il ne 
mange pas de pain et ne boit pas d'eau, mais se nourrit seulement 
de fruits et de lait. Or, on sait que la plupart des Caraïtes, à com- 
mencer par An an, défendent l'usage de la viande et du vin à partir 
de la destruction du Temple et même ceux qui le permettent l'in- 
terdisent en Terre-Sainte 2 . Salomon, lui, s'abstenait même de pain 
et d'eau, qui trouvaient aussi leur emploi dans les sacrifices 3 ; 
peut-être voulait-il montrer par là que le Temple allait bientôt 
être reconstruit et que ces interdictions alimentaires prendraient 
vite fin. 

Nous aurions ainsi en Salomon Cohen un représentant du 
caraïsme en Palestine au xn e siècle 4 . Pendant près de deux siècles 
et demi (vers 920-1070), les Caraïtes avaient eu dans ce pays une 
certaine suprématie et une brillante floraison littéraire. Ensuite, 
sans doute à la suite de la prise de Jérusalem par les Seldjoucides 
(1071), ils perdirent toute importance en Palestine et disparurent 
presque complètement' 5 . Cependant, nous y trouvons encore plus 
tard quelques Caraïtes isolés. C'est ainsi qu'au xiv e siècle vivait à 
Safed un poète caraïte, Moïse b. Samuel, qui fut ensuite secrétaire 
(kdtib) du vizir de Damas et fut contraint de professer pendant 
quelque temps l'Islam . Salomon Cohen peut donc avoir été, lui 

1. A la ligne 18, il faut restituer sans doute : ^121 by [mN *jn] nnan. 

2. V. Hadassi, Eschkol, Alphabet 236 T (l'interdiction du vin est implicitement 
contenue dans celle de la viande; je reviendrai prochainement sur cette question dans 
une autre étude). Un caraïte, Samuel b. Abraham ha-Lévi, qui quitta, en 1742, Damas 
pour Jérusalem, raconte que ses coreligionnaires en Palestine s'abstenaient de viande 
et il composa un ouvrage spécial intitulé pis TiaT, pour établir qu'on pouvait en 
manger; v. Jérusalem, éd. Luncz, VI, 252. 

3. Comparer le dialogue de Josué b. Hanania avec les ascètes qui, après la destruction 
du Temple, s'abstenaient de viande et de vin; à ce compte, leur objecta-t-il, on ne 
devrait pas manger non plus du pain, puisqu'il n'y a plus d'oblations, ni boire de 
l'eau puisqu'il n'y a plus de libations d'eau (Baba Balra, 60 b). 

4. Il est vrai que Salomon pourrait avoir été originaire d'un autre pays, car le 
fragment dit de lui : "p btt "DT773 N3; il venait donc d'ailleurs. 

V>. V. mon étude en hébreu sur les premiers établissements caraïtes à Jérusalem 

(a^'wiTn D^tnpn matovin miaan), p. 33, et Encycl. of Rei, vu, 670. 

6. V. J. Mann, dans J. R. A. S., avril 1919, p. 155 et suiv., où il a publié un poème 
de Moïse sur sa conversion forcée et son retour au judaïsme. Mann met en doute le 
caraïsme de Moïse, mais il lui a échappé que ce poème est contenu aussi dans le 
manuscrit caraïte de la Bibl. de Berlin, n° 198 (avec la date de 1354) et que d'autres 
recueils d'hymnes caraïtes renferment des pioutim de cet auteur, tels les mss. British 
Muséum 724, 728, 729, ainsi que le ms. Bodl. 2378. 



OBADIA LE PROSÉLYTE 73 

aussi, un Palestinien et même avoir trouvé dans le pays un certain 
nombre de partisans. Que si Obadia pouvait considérer un Caraïte 
comme un Messie possible — puisqu'il lui demande ses preuves — 
on se l'explique de la part d'un prosélyte. Un juif de naissance 
n'aurait sans doute même pas accepté la discussion et aurait com- 
mencé par récuser le prétendant au messianisme à cause de son 
caraïsme même. 

Varsovie. 

Samuel Poznanski. 



CATALOGUE DES ACTES 



DE 



JAIME I", PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 
CONCERNANT LES JUIFS 

(1513-1291) 

(suite 1 ) 

ACTES D ALFONSO III (1285-1291) 

PIÈCES JUSTIFICATIVES 



1224, 19 août. — Calatayud. 

Confirmation de droits en faveur du balle Perfeit et de la veuve 
d'Azach Alfachim (Catalogue, n° 2). 

In Christi nomine notum sit ceteris quod nos Jacobus, Dei gratia rex 
Aragon um, cornes Barchinone et dominus Montispessulani, desempara- 
mus et laudamiis, concedimus et confirmamus vobis fidelibus nostris 
Perfecto, bajulo et uxori vestre Tolosane et Mire, vidue uxori quondam 
Azach. Alfachim nostri, omnibus diebus vite vestre solummodo et uni 
vestrum post alterum illam partem de quartaria et quintarium et emo- 
lumentum eorum, sicut ea actenns pacifiée possedistis et tennistis, et 
alter vestrum in hoc succédât alteri et, vobis tribusmortuis, nobis et nos- 
tris successoribus libère omnia revertantur, ratione aliqua non obstante. 

1. Voir Revue, t. LX, p. 161 ; t. LX1, p. 1 ; t. LX1I, p. 38 ; t. LXIII. p. 245 ; t. LXIV, 
pp. 67 et 215 ; t. LXV, p. 61 ; t. LXVI, p. 252; t. LXVII, p. 53; t. LXVIII, p. 198 p\ 
t. LXIX, p, 135. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I pr , PEDRO III ET ALFONSO III 75 

Nos igitur Perfectns, bajuluset Tolosana, uxor ejus, ac Mira prctlicta oni- 
nia predicto modo aecipimus, promittentes vobis domino Jacobo, régi 
Aragonum, nos ita fideliter servaturos, sicut superius continetur, ita 
quod nobis mortuis statim predicta omnia ad vos et successores vestros 
libère revertantur. Datum apud Calataiub, xinjo kalendas septembris, 
anno domini M<> CG° XX quarto. 

Signum (losange flanqué de quatre croix pallées) Jacobi, Dei gratia 
régis Aragonum, comitis Barchinone et domini Montispessulani. 

Hujus rei testes sunt : G. episcopus Tirasone, Nuno Sancii, Petrus Fer- 
randi de Albarrazino, Petrus Arcez de Aguilar, Petrus Lupi de Sadava, 
Aznarius Layni, Ferrandus Pétri de Pina, Petrus Pétri, justicia Aragonum. 

Ego Guillelmus Rabaza, notarius domini régis, firmavi {seing manuel). 
Sig {seing manuel) num Berengarii de Panetibus, qui mandato domini 
régis et Guillelmi Rabacie, notarii sui, hec scribi fecit loco, die et anno 
prefixis. 



1254, 7 juillet. — Valence. 

Engagement de la bailie foraine de Huesca à Salamon Saragossan 
(Catalogue, n° 50). 

Noverint universi quod nos Jacobus, Dei gratia rex Aragonum, Majori- 
carum et Valencie, cornes Barchinone et Urgelli et dominus Montispes- 
sulani, recognoscimus nos debere tibi Salomoni Cesaraugustano, Judeo 
Osce et tuis mille solidos jaccensium, quos nunc nobis mutuasti ad opus 
quitationis familie nostre in Valencia, pro quibus mille solidis et aliis 
debitis, que tibi debemus cum cartis nostris, obligamus et tradimus tibi 
totam bajuliam extra civitatem Osce ad bajuliam Osce pertinentem et 
pertinere debentem cum omnibus caloniis, homicidiis et aliis juribus, 
que nos in dicta bajulia habemus vel habere aut percipere debemus qua- 
libet ratione, ita quod tu sis bajulus dicte bajulie et teneas ipsarn baju- 
liam totam intègre et recipias dictas calonias, homicidia et jura et quos 
volueris loco tui, de quibus caloniis, homicidiis et juribus dones intègre 
et dare teneatis, sicut inde exierint, medietatem Abrahim Avindino in 
solutione debiti quod sibi debemus et assignavimus in dicta bajulia et 
aliam medietatem retineas in solutione dictorum mille solidorum et 
aliorum debitorum que tibi debemus tam din, quousque de dictis mille 
solidis et omnibus aliis predictis debitis que tibi debemus sitis tu et tui 
plenarie persoluti. Datum Valencie, nonis julii, anno domini M° CC° L° 
quarto. 

Signum (seing manuel) Jacobi, Dei gratia régis Aragonum, Majorica- 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rum et Valencie, comitis Barchinone et Urgelli et domini Montispes- 
sulani. 

Testes sunt: Alvarus Pétri, Bernardus Guillelmi de Enteça, Artallus de 
Focibus, S. de Antilione, Ato de Focibus. 

Sig (seing manuel . entrelacs) num Pétri Andrée, qui mandato domini 
régis hec scripsit loco die et anno prefixis. 



III 

1257, 15 novembre. — Barcelone. 

Le quartier juif de Barcelone placé sous la sauvegarde royale. 
(Catalogue, n° 71). 

Carta guidatici illius honoris quem P. Arberti émit a Maria, uxore 
quondam G. Jordanis. 

Quod nos Jacobus etc., considérantes grata et devota servicia que vos 
P. Arberti, Barchinone canonicus, devotus et fidelis noster, erga nos 
semper exhibuistis tam fideliter quam dévote et vos ex hoc benigno 
favore et congruo prosequentes, licet jam vos et omnia bona vestra sub 
speciali guidatico nostro constituerimus, adhuc tamen de gratia speciali 
per nos et successores nostros imperpetuum recipimus sub nostro guida- 
tico, custodia et deffensione atque tirma emparancia nostra totum illnm 
honorem quem vos emistis a Maria, uxore quondam G' Jordanis et filia- 
bus suis in burgo Barchinone, substus Gastrum Novum, sub alodio et 
dominio Barchinone canonice et vestre prepositure mensis novembris, 
quem quidem honorem dedistis in emphiteosim quibusdam Judeis ibi- 
dem comorantibus et in illo honore callem in vestro usn constituistis, ex 
utraque parte clausum ad usum tantum Judeorum ibidem habitancium 
et illorum quosvos et habitatores ipsi volueritis. Predictum itaque totum 
honorem cum calle et domibus ibi factis et faciendis et cum domi- 
bus quas Bartholomeus de xMesclans ibidem tenet, pro vobis et omnes 
habitatores loci ejusdem cum rébus et bonis omnibus suis et que in ipso 
honore et domibus sunt vel fuerunt, auctoritate regia guidamus et asse- 
curamus et sub nostra speciali custodia et emparancia ponimus et pro- 
hibentes ne aliquis de cetero audeat predicta in aliquo invadere vel 
violare, dampna, injurias seu rapinas habitatoribus ejusdem loci et qui- 
buslibet aliis personis ibidem inferre, ne cloacas, aperturas, fenestras, 
prospectus vel aliquas alias servitutesin ipso calle vel domibus predictis 
imponere, sed ea omnia habeatis libère sub vestro libero et francho 
dominio et ecclesie Barchinone, sicut ante concessionem dicti callis et 
donacionem emphiteosis habebatis et tenebatis vos et hii quorum locum 
habetis absque alicujusturbacione et contradiccione adjecto specialiter ut 
habitatores dictis nonoris possint ad usum et deffensionem suam clau- 



CATALOGUE DES ACTES DE MIME I or , PEDRO III ET ALFONSO III 77 

dere et aperire quando cumque voluerint de die et de noete portas callis 
predieti, quarum una respicit ad orientem, habens ingressum et egres- 
sum ad viam publieam que est sub Castro novo, alia vero habet similiter 
egressum et ingressum in alia via publica versus oecidentem ; mandan- 
tes vicariis, bajulis, curiis et universis aliis officialibus nostris, presenti- 
bus et futuris, quod contra hoc guidaticum nostrum non veniant nec ali- 
quem venire permittant aliqua racione, imncio ipsum observent et taciant 
firmiter ab universis et singulis observari. Quicumque igitur contra pre- 
fatam concessionem, guidaticum, securitatem seu emparanciam nostram 
venire in aliquo attemptaverit vel contra predictam prohibicionem ves- 
tram aliquid fecerit, iram et indignacionem nostram ac penam quingen- 
torum rnorabotinorum absque remedio se noverit incursurum, dampno 
illato primitus [ac] plenarie restituto, quam penam per predictos vica- 
rios et bajulos ab illis qui eam comitent repeti et haberi ; mandatnes 
[nostris et] successorum nostrorum usibus aplicandam, quociens comita- 
tur. Datum Barchinone, xvij kalendas decembris, anno domini M CG° 
L» VII°. 



IV 

1262/3, 13 février. — Saragosse. 

Les Juifs de Perpignan sont exemptés de l'obligation de loger 
les membres de la famille royale (Catalogue, n° 178). 

Per nos et nostros dam us et concedimus vobis universis et singulis 
Judeis Perpiniani, presentibus atque futuris et statuimus. . . quod aliquis 
vel aliqui homines, sive sint de familia nostra et tiliorum nostrorum, 
sive non, nunquam de cetero hospitentur in calle judayco vel in aliqui- 
bus domibus vestris, que sint tam intus dictum callem quam extra, nec 
teneant ibidem sua animalia sive equitaturas sine vestra licencia et vo- 
luntate et quod possitis claudere januas calli vestri et omnium domorum 
vestrarum predictarum et tenere clausas quantumcumque volueritis, nec 
teneamini nobis nec filiis nostris nec familie nostre et ipsorum nec ali- 
cui alii extraneo vel privato pannos vel aliquas alias res acomodare, nec 
ipsi sint ausi predicta inde extrahere auctoritate propria aliqua racione; 
promittentes vobis in nostra bona fide quod super predictis nos nec filii 
nostri vos nec aliquem vestrum non compellamus nec distringamus ali- 
quo tempore nec compelli vel distringi faciamus aut permitamus. Prete- 
rea damus et concedimus vobis universis et singulis Judeis predictis Per- 
piniani et omnibus eciam aliis Judeis villarum et locorum ad commune 
seu collectam vestram spectancium, presentibus et futuris, quod, si de 
cetero nos vel nostri faceremus vobis vel vestris aliquam peticionem vel 
demandam ultra tributum quod nobis datis vel dare tenemini annuatim 
vel illud tributum exigeremus a vobis vel vestris ante terminos quibus 



*8 KEYUE DES ÉTUDES JUIVES 

illud nobis dare consuevistis, possitis stalim venire super hoc ad nos et 
intérim non capiamus vel compellamus vos nec aliqnem ex vobis nec 
aliqna bona vestra, donec illi ex vobis qui ad nos venerint t'uerint 
reversi in Perpinianura et nos super hoc fecerimus mandalum, ita tamen 
quod in veniendoadnos vel inde redeundo non faciatis moram fraudulen- 
ter. Preterea volumus et concedimus vobis universis et singulis Judeis 
predictis, presentibus et futuris, imperpetuum quod, si aliqui vestri capti 
fuerint ratione tributi vel alicujus exactionis nostre, singulis diebus 
veneris in sero absolvantur et dentur ad manulevandum usque in 
sequentem diem dominicain in mane et ipsa die dominicain mane rever- 
tantur in capcionem et eodcm modo absolvantur in aliis festivitatibus 
vestris et dum fuerint capti, nolumus quod prohibeatur eis comestio ; 
mandantes vicariis, bajulis, curiis et aliis officialibus et subdictis nostris, 
presentibus et futuris, quod predicta omnia et singula firma habeant et 
observent et contra ipsa non veniant, nec aliquem venire permitant ali- 
qua racione. Datum Cesarauguste, idus februarii, anno domini M CC° 
LX° secundo. 



1264, 11 novembre. — Barcelone. 

Confirmation de créances à Vidal Astrug de Porta, juif de Villafranca 
del Panades (Catalogue, n° 303). 

Laudamus, concedimus et confirmamus vobis Astrugo de Porta, Judeo 
de Villefranche Panitensis, absenti, et loco vestro Vidalono, filio vestro 
presenti, omnia débita que vobis debentur aliqua ratione usque in hune 
diem, tam nomine patris vestri Vitalis de Porta quondam quam nomine 
Bemvenist de Porta, fratris vestri, quam etiam filiorum vestrorum vel 
vestri, a militibus, clericis vel aliis hominibus terre nostre cura lucro 
ipsorum debitorum et obligacionibus ratione predictorum debitorum de 
hereditatibus vobis factis, ita quod ratione elongamenti a nobis concessi 
dictis debitoribus vestris jus vestrum in aliquo amittere non possitis. 
Immo volumus quod in fine dicti elongamenti omnia dicta débita tam a 
caslanibus Villefranche Panitensis Arberto de Turre et pâtre suo et 
Huguato de Fonte llubea et uxore sua et Petro, filio eorum, quam eciam 
ab omnibus aliis debitoribus vestris, dicta débita petere et recuperare 
possitis, non obstante transactione triginta annorum, in quibus quili- 
bet sua débita débet recuperare. Volumus eciam quod omnes illi milites 
qui habent a nobis elongamentum ratione servicii quod nobis facturi 
sunt in guerraquam habemus et habere debemuscum Sarracenis, tenean- 
tur solvere débita que vobis debent statim cum fuerint reversi de servicio 
antedicto; et illi qui non fuerint in dicto nostro servicio, volumus quod 
incoatjnenti solvant \ obis débita que vobis debent, non obstante dicto 



CATALOGUÉ DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 79 

elongamenti, cum ipsum elongamcntum concesserimus rationo servicii 
antedicti. Item concedimus vobis quod pignora que in possessionibus vel 
redditibus pênes vos tenetis ratione predictorum debitorum vestrorum 
de illis creditoribus vestris, qui a nobis sunt elongati, retineatis et reti- 
nere possitis in solucione dictorum debitorum vestrorum, non obstante 
dicto elongamento, cum non sit intencionis nostre elongare aliquem debi- 
torum vestrorum de pignoribus antedictis. 

Quare mandamus vicariis, bajulis, curiis et universis aliis officialibus 
et subditis nostris Barchinone, Villefranche Penitensis et aliorum loco- 
rum ad quos présentes pervenerint quod predicta observent et faciant ab 
omnibus inviolabiliter observari, ad solvendum vobis dicte débita vestra 
super predicta forma omnes debitores vestros compellant. Datum Bar- 
chinone, iij idus novembris, anno domini M CC° LX° quarto. 



VI 

1272, 16 août. — Montpellier. 

Nomination de tuteurs royaux touchant la succession de Salomon Bafiel, 
Juif de Perpignan (Catalogue, n° 531). 

Quod nos Jacobus etc., intellecto pro certo Salomonem Samielem olim 
vocatum aliter Bonisac Samielem de Carcassona, Judeum Perpiniani, 
decessisse et assignasse Mosse, filio suo impuberio in suo testamento 
seu ultima voluntate tutoris seu administrationis vel negociationis bono- 
rum ipsius Buriciam, uxorem suam, matrem dicti Mosse, et Vives Vitalis 
et Astrugum de Belcayrc, Judeos, et intellecta predictorum tutorum seu 
administratorum industria et quantitate patrimonii impuberis predicti, 
idcirco volentes indempnitati dicti Mosse impuberis ex nostro officio pro- 
videre, ne bona ipsius ex tutorum seu administratorum procuratione 
insufficienti devastari valeant seu eiiam deperire, assignamus et consti- 
tuimus et dictis tutoribus addimus et associamus ad regimen, adminis- 
trationem et gubernationem bonorum dicti impuberis Samielem, filium 
quondam Gresche de Biterris, et Bonafos Mosse deNarbona, Judeos habi- 
tatores Perpiniani, ita videlicet quod predicti Samiel de Biterris et Bonafos 
Mosse habeant curam et potcstatem exigendi computum et rationem a 
dictis tutoribus nomine dicti impuberis et mandata nostro, videlicet quo- 
libet anno semel; statuentes quod dicti tutores quantilatem et vires 
patrimonii dicti impuberis habeant manifestare, denunciare, dicere et 
etiam declarare pcr juramentum Samicli et Bonafos predictis et quod 
ipsa bona sive patrimonium aministrent sive habeant aministrare iidem 
tutores cum consilio etassensu dictorum Samielis et Bonafos et non aliter 
ad utilitatem scilicet ipsius impuberis, donec dictus Mosse impuber sit 
etatis decem et octo annorum, ut in testamento dicti patris sui continetur. 
Predicta autem statuimus et mandamus sic iieri et observari, ut superius 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

continetur, non obstante confirmatione per nos tac ta de testamento dicti 
Salomonis quondam, nec obstante jure etiam aliquo vel lege in contra- 
rium faeientc vel alia ratione, mandantes firmiter dictis tutoribus, 
bajulo, etc. 



VII 
1273, 16 juin. — Alcira. 

Concession à Jucef Avinxaprut de V entreprise des bains royaux 
de Murviedro (Catalogue, n° 556). 

Per nos et nostros damus et concedimus ac stabilimus tibi Jucefo 
Avinxaprut, Judeo Muriveteris, et tuis imperpetuum balnea nostra que 
sunt in villa Muriveteris cum caldaria et aliis apparamentis ipsorum bal- 
neorum, affrontantia in tribus viis et cuni domibus Pétri Nunez, militis 
et cum domibus dlen Guitart, ita scilicet quod tu et tui teneatis ipsa balnea 
condirecta et in pedibus et faciatis ac tribuatis et facere ac tribuere tenea- 
mini nobis et nostris ducentos solidos censuales pro ipsis balneis in uno 
quocumque festo sancti Johannis mensis junii quolibet anno et possint 
se balneare in ipsis balneis quicumque se voluerint ibi balneare et tu et 
tui percipiatis et habeatis inde ea jura que in ipsis balneis habere ab eis 
qui ibi se balneabant consueverunt percipere et habere, et sic habeatis tu 
et tui dicta balnea cum affrontationibus suis et cum aqua sicut eam habere 
consueverunt et cum introitibus et exitibus et melioramentis ac suis per- 
tinences universis ad dandum scilicet vendendum, impignorandum, alie- 
nandum et ad omnes tuas et tuorum voluntates inde cui et quibus volue- 
ritis tu et tui perpetuo faciendas, exceptis militibus et clericisac personis 
religiosis et salvis nobis et nostris predictis ducentis solidis censualibus in 
dicto festo quolibet anno, ut superius continetur, et omni alio pleno jure 
nostro et laudimio ac domino ac fatica. Datum Algezire, xvj° kalendas 
julii, anno domini M CC° LXX° tercio. 



VIII 

1275, 5 octobre. — Barcelone. 

Confirmation de créances aux Juifs de Barcelone, Villafranca del Panades 
et Tarragone (Catalogue, n° 643). 

Nos Jacobus, Dei gratia etc., rccognoscimus et confitemur debere vobis 
secretariis et aljamis Judeorum Barchinone, Villefranche Penitensis el 
Terrachone ac omnium aliorum locorum ad comune sive collectam ves- 
tram spectancium tria millia et nongentos solidos Barchinone, quos 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDKO 111 ET ALFONSO III 81 

vobis restituimus et emendamus, eo quia malgorenses, ([nos nobis de 
tributis annorum transaetorum debebatis, computavimus in computo 
quod super ipsis tributis nobiscum fecistis ad rationem V solidorum pro 
libra cum barchinonense et tempore quo nobiscum apud Cervariam com- 
putastis et quo jam partem ipsorum tributorum solveratis, crant quasi 
equales cum barchinonensibus. Quos quidem denarios assignamus vobis 
habendos et percipiendos in tributis, que nobis et nostris annis venturis 
dare et solvere tenemini. Et est certum quod non satisficimus vobis de 
pannis quos mutuastis de mandato nostro nunciis Tartaropum, quos vos 
amisistis, ut asseritis, nec etiam de illis quos in nostro palacio asseritis 
vos amisisse. Datum Barchinone, iij nonas octobris, anno M CO LXX° 
quinto. 



IX 

1275/6, 22 mars. — Valence. 

Lettres de rémission à des Juifs de Gïrone, inculpés d'homicide. 
(Catalogue, n° 653.) 

Quod nos Jacob us etc., ad preces dilecti nostri Arnaldi de Capraria, 
gratis et ex certa sciencia indulgemus, diffinimus et imperpetuum remit- 
timus ex gratia nostra speciali Jucefo Franch, Judeo Gerunde, et Vitali 
filio d'en Fares, Judeo Gerunde, qui vocatur alias Aymel. et unicuique 
eorurn insoliduin omnem pecunariatn, civilem, criminalem et oinnes 
peticiones et demandas et actiones reaies et personales, quas contra ipsos 
et eorurn quemHbet possumus infligere, ponere vel etiam intentare 
ratione seu occasione vulnerum, que dictus Jucefus Franch intulit Eura- 
torio, filio Maymoni de Juyhano, Judei Gerunde, quorum occasione 
decessit, ad que inferenda dictus Vitalis interfuit et ratione etiam omnium 
dampnorum et ynteresse, que subsecuta fuerunt occasione vulnerum 
predictorum quocumque modo, sic quod vos vel aliqua persona, ratione 
nostri vel ratione vicarie seu bajulie vel ofticii quod a nobis teneat, pre- 
dictos Juceff'um et Vitalem vel eoruin alterum occcasione vulnerum pre- 
dietorum et homicidii et dampnorum et interesse, que inde subsecuta 
fuerunt, non conveniamus neque capiamus neque capti vel captos deti- 
neri vel etiam conveni deinde faciamus, facientes de predicto homicidio 
et vulneribus et de aliis supradictis prefatis Juceffo Franch et Vitali filio 
d'en Fares et bonis eoruin et unicuicumque eorurn insolidum bonum et 
irrevocabilem tinem et pactum de non petendo, prout melius et utilius 
ad eorurn et unicujusque eorurn comodum potest intelligi atque dici. 
Mandantes vicariis etc., quod predictos Juceffum Franc et Vitalem filium 
d'en Fares non capiant nec in aliquo agravent neque ab aliquo capi, deti- 
neri vel agravari permittant, set presentem nostram remissionem et 
indulgenciam observent et eam a Judeis et christianis faciant inviolabi- 

T. IAXX, n° 139. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

liter observari, ei quod, si aliqua firma vel manuleuta vel pena facta est 
de predictis vel bon is eorum, visis presentibus absolvatur. Datum Valen- 
cie, xj k aie n dis aprilis, anno Domini M CC° LXX° quinto. 



1276/7, 24 janvier. — Mm viedro. 

Concession de franchises à la communauté juive de Caiatayud. 
(Catalogue, n° 674). 

Nos Petrus, L)ei gracia rex Aragon uni, per nos et nostros laudamus, 
conccdimus et confirmamus vobis aljame Judeorum Calataiubi quod 
teneatis, exerceatis. tencre, exercere positis in Gâlatainbo tendas cambii 
et draperie et mercaturas quarumlibet aliarnm rerum, quas actenus 
consuevisti et volueritis de cetero exercere sine contradictione et impedi- 
mento alicnjus persone, dum tamcn in hiis vos bcne et fidelitcr habeatis 
et quod judex, justicia et jurati seu concilium Calataiubi nulluin possint 
super emendis victualibus vestris vel super aliis, nisi secundum forum, 
bannum aliqod sive cotum imponere vel statuere aliqua ratlone. 

Item confirmamus vobis quod nunquam teneamini nobis vel nostris 
dare aliquid seu aliquod servicium facere pro aliquibus bobus, vacis, 
arietibus, ovibus, edis, agnis, ircis et quibuslibet [aliis] animalibus, quas 
in carniceria vestra occideritis vel in domibus vestris, vos vero teneamini 
ponere, stabilire in carniceria vestra de Calataiubo imam competentem 
quantitatem peccunie singulis annis et recipiendam pro lezda in ipsa 
carniceria ad opus retentionis castri et aliarum mission um, quas vos 
facere oportuerit, ita tamen quod sciatur quanta est dicta quantitas sive 
lezda et quod ponâtur in opère seu retinentia seu missionibus dicti castri 
et super ipsa lezda seu retinentia dicti castri teneamini computare cum 
bajulo nostro Calataiubi et dare sibi loco nostri quicquid restabit de dicta 
lezda. 

Item confirmamus quod jurati seu aliqui officiales nostri Calataiubi non 
possint imponere vobis aliquod cotum sive bannum super vino vestro 
non vendendo christianis nec super eodem vino vestro emendo a chris- 
tianis nec super officiis vestris, que usque modo exercere consuevistis. 

Item confirmamus vobis quod nullus christianus audeat vel possil 
capere aliquem Judcum vel Judeam racione debiti vel alicujus querimo- 
oie quam de vobis babeat, nisi hoc fecerit cum officialibus nostris Cala- 
taiubi vel cum aliquo ipsorum et nisi portarii et officiales nostri hoc 
facere haberent. 

Item quod nullus christianus audeat mittere seu tenere aliquam chris- 
tianam in aliquo domo Judei vel Judée Calataiubi nec forciare aliquas 
Judeas nec jacere cum eis, volentes et concedentes quod quemeumque 
christianum inveneritis forciantem aliquam Judeam vel jaçentem cum ea, 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO 111 ET ALFONSO 111 83 

eu m duobus vel pluribus testibus legalibus convocatis, retineatis et signi- 
ficetis justieie ut ipsum capiat et ah co penam GCCorum morabotinorum 
habeat et exigat.' 

Item damus, concedimus et confirmamus vobis donationem vobis fac- 
tam a domino Jaeobo felicis recordacionis, patrenostro, cum instrumenta 
suç de lurri vocata Tura Martha, prout in ipso ingtrumento continetnr. 

Item confirmamus vobis omnes foros *estros et bonas consuetudines, 
quas usque in hanc diem habuistis et racionabiliter possedistis, sicut in 
cartis vestris a nostris antecessoribus vobis concessis coniinetur. Omnia 
supradicta et singnla contenta in vestris privilegiis vobis et vestris landa- 
rmis, concedimus et perpetuo confirmamus, prout superius sunt notata. 
Alias vero gracias et concessiones vobis concessas in predictis privilegiis 
vel aliis a domino Jaeobo felicis recordacionis, pâtre nostro, vel a prede- 
cessoribus nostris, exeeptis predictis in presenti privilegio contenais, vobis 
non intendimus in aliquo confirmare. Datum in Muroveteri, i\° kalendas 
februarii, anno domini M CC° LXX° sexto. 



XI 

1277, 17 août. — Au camp, devant Montesa. 

Indemnité aux Juifs louchant la conversion de leurs esclaves sarrasins. 
(Catalogue, n° 687.) 

Novèrint universi (|uod accedentes coram nobis Petrum, Dei gracia rege 
Arugonum, quamphires Judei de terra nostra pro se et tota universitate 
Judeorum terre nostre proposuerunt quod ipsi servos sarracenos haben- 
tes, ut se a servitute eornm eximant, ipsis ignorantibus et invitis baptis- 
iniini suscipiunt, eisd^m pro eis statuere, ne servis careant et precio 
eorumdem, super qua supplicacione utrum esset adniitenda aut non \el 
quelibet essent admitenda nostrorum, communicavimus consiliuni 
sapiencium, qui nobis dixerunt quod jura civilia et canonica conveniunl 
etlicet jus canonicum quendam casum addit, in quo certa summa pro 
servo babti/ato Judeo domino solvatur et enim jure civili tantum est 
quod, si servi Judeorum nondum catolice tidei inbuli, desiderant ad orto- 
doxam id est eatliolicam tidem venire, postquam catholice ecclesic sociati 
fuerint, in libertate modis omnibus eripianturet judices provinciarum et 
sacrosancte ecclesie deffensores et episcopi deffendant ne domini eornm 
pro precio ipsorum aliquid accipiant ab eisdem, jure civili vel canonico 
statuitur quod servus baptizatus vel volens babtizari, quam eito ejus 
voluntas l'uerit palet'acta, in liberlatem modis omnibus venduntur, nisi 
sit emptus causa mereimonii, in quo casu datis pro eo duodecim solidis, 
ab illius Judei servicio protinus subtrahatnr. Sin autem infra iij menses 
servum emptum causa mereimonii venalem non exposuerit vel sibi 
ad servienduni emerit, eumdem nec ipsum vendere née alins audeat 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES 

corn par are, sed nulio dato precio eo servo eidem babtizato vel.babtizati 
volente, scilicel ejus volurîtate patefacta, producatur ad premia libertatis, 

nam eo ipso quod non exposuit eum venalem infra très menses, presumi- 
tur quod non causa mercimonii ipsum emerit, set ad servienduui sibi. 
I iule nullo precio dato producetur ad premia libertatis nec in contrarium 
probacio admitetur, de quibus xij solidis apiid canonistas, quantum, de 
qua moneta intelligatur et respondetur quod de viliori loci illins quod 
non videtur de jure vero, nain decretalis dieit xij solidos et non dicit nec 
exprimit numéros; sic aliud videtur dicendum, nam secundum jus civile 
septuaginta duo faciunt libram auri. Ad liée nos Petrus, Dei gracia rex 
Aragonum, su péri us memoratus, securiorem viam eligentes, statuimus, 
volumus et ordinamus quod, si contingat aliquem Judeum vel Judeam de 
terra et juridictione nostra presentem vel futurum emere in futurum 
Sarracenum vel Sarracenam vel alio justo modo vel titulo adquirere et 
ipsum infra iij menses a tempore empeionis vel adquisicionis numeran- 
dos venalem exponere, quandocumquedictum sarracenum vel Sarracenam 
contigerit babtizari vel velle baptizari, teneatur solvere vel pro eo vel ea 
solvantur Judeo domino ejusdem duodecim morabotinorum aurei alfon- 
sini, cum plus valeant aurei Alfonsini, de quibus supra mencio facta est, 
quam morabotinorum. Idem dicimus et si infra iij menses a tempore 
empeionis vel adquisicionis babtizarentur vel vellent babtizari, se asserent 
quod eadem solucio fiât Judeo domino dicti servi vel ancelle et si dictos 
morabotinos baplizatus vel babtizari petens habere non poterit, in eo 
casu mandamus quod Christian o vendatur per bajulum vel justiciam vel 
portarium nostrum dicti loci, qui eum vel eam cupiat emere et de ejus 
precio dicti xij morabotini, si tantum erit ejus precium, Judeo domino 
persolvantur. Si vero minus fuerit, illud solum solvatur eidem domino, 
quo precio sit contentus. Geterutn, si Judeus dominus servi vel ancille 
eum vel eam infradictum tempus venalem non exposuerit et ipsum vel 
ipsam babtizari vel petere babtizari contigerit, extunc ad libertatem 
nullo precio dato penitus producatur. Que quidem omnia per nos sic sla- 
tuta etordinata ab omnibus bajulis nostris et çalmedinis et aliis officiali- 
bus Cesaris Auguste perpetuo precipimus observari. Datum in obsidione 
Muntesie, xvj kalendas septembris, anno Domini M° CG° LXX° septimo. 

Similis fuit facta aljame Valencie et alia aljame Ilerde et alia aljame 
Barchinone, alia Gerunde. 

XII 

1280, 15 juillet — Lérida. 

Lettres de représailles à Abraffim Abingalel, Juif de Valence. 
(Catalogue, n° 810.) 

Universis officialibus. Cum nos rogaverimus per litteras nostras illus- 
trem regera Gastelle quod faceret reslitui Abraffîm Abingalel, Judeo 



CATALOGUE DES ACTES DE JAlfoE )' r , PEDRO III ET ALFONSO III 8 r .i 

nostro Valencie, merces et al in s res, quas quidam pirate dicti régis abstu- 
leriint dieto Abraffim, qui veniebat de rege Granate, ad quem ipsum 
miseramiïs, et super liiis in ipso rege repulsam iuvenerimus, idcirco 
eidem Abraffim Licenciam dedimus pignorandi res el bona hominum 
régis Castelle, excepto quod nolumus quodTin terra nostra possit pigno- 
rare aliquos mercatores Castelle venientes cum merci bus apud Valencie, 
ne redditus nostri tabule pesii Vale.ncie diminuantur, ipso etiam assecu- 
rante quod pignora que fecerit tornet in posse vcstro et postquam ea 
tenueritis, teneatis per unum mensem de manifeste, infra quem mensem 
citetis et moneatis légitime dictos homines Castelle quod satisfaeiant dicto 
Abraffim in predictis rébus sibi ablatis et in dampnis que inde sustinuit, 
et nisi infra ipsum mensem sibi satîsfecerint ac restituerint res predictas, 
vendatis et de ipsis pignoribus que sufticiant ad restitucionem predicta- 
rum rcrum ablatarum predicto Abraffim et expensarum quas juraverit 
se fecisse pro predictis, taxatione per vos facta et omnium etiam dampno- 
rum que pro predictis sustinuisse probaverit et quicquid superfuerit de 
ipsis pignoribus hominibus quibus facta fuerint restituais. Datum Ilerde, 
idus julii, [anno Domini M° CC° LXXX .] 
P. Marques. 



1282, 24 avril. — Valence. 

Lettre de Pedro III à l'infant don Sancho de Caslille touchant le recel 

par le Juif Açach Axarquin de sommes dérobées cm roi de Castille. 

(Catalogue, n° 909.) 

Inclito et karissimo nepoti suo infanti dompno Saneio, illuslris régis 
Castelle majori filio et heredi. Exposuit nobis Sicardus Folquini, merca- 
tor Narbone artem exercens mercatoriam in terra nostra, quod quidam 
officiales vestri emparaverunt in fira de Alcala pannos et denarios, quos 
P. Fillol et P. de Monpesat, nuncii ipsiiis mercatoris, tenebant in dicta fira 
pretenta occasione quod Açach Axarquini, Judeus de terra nostra, quem 
dictus mercator miserat cum dictis juvenibus sive nnnciis suis pro eis 
instruendis, cum ipsi essent extranei et non haberent noticiam terre 
nostre et gencium, tenebat sive tenere dicebatur bona aliqua Davidis 
Amascaran, Judei, qui se cum peccunia vestra sive illustris régis vestri 
predicti dicitur affngisse et quia etiam dictus Açach in albaranis, quos 
recipiebat a decimariis sive peatgeriis terre vestre, faciebat scribi nomen 
suum et Abraphim fratris sui. Unde, cum constet nobis per officiales nos- 
tros, perceptores pedagiorum Valencie et Muriveteris, quod dictus mer- 
cator et juvenes sui predicti solverunt eispeagiuin pro octo pannis tinctis 
in grana et uno tincto in roja et quinque pannis de ipsa tinctis et viginti 
octo pannis albis Narbone, quos nuper dictus mercator misit ad partes 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Gastelie per diclos nuncios, ex quibus viginti oclo pannis albis dicti 
juvenes habuerant denarios predictos eis cmparatos, ul dictus mercator 
proposuit coram nobis el dicti Jadei ntillam haborent in eis partem, 
licet eos juvaret dictus Açach vendere ol expedire ut curritor nec constet, 
iitintelleximns, quod dictus Assacb nec dicUis Abraphim, f rater ej us, 
babeant sive téneant aliquid a David Amascaran predicto, super quo 
etiam nos juramentum recipi fecimusa dicto Abraphim Hogamus dilec- 
tionem vestram quatinus mandetis absolvi et desemparari predictis nun- 
ciisjamdicti mercatoris et pannos et denarios eis emparâtes et dictum 
Açacb Liberari a captione, qua rationibus predictis dicitur detineri et res 
suas, que si mil i ter sibi fuerunt emparate, ei restitui et absolvi. INon 
enim videtur conveniens quod ex solo suspicione mercatores, maxime 
extranei, impediantur et eorum mercaturc emparentnr absque certa el 
justa ratione. Nos insuper quiquid in hoc feceritis ob preces nostras gra- 
tmn habebimus et acceptum. Datum Valencie, viij kalendas madii, anno 
predicto [ M CG° LXXX 1 secundo]. 



XIV 

1284, 6 juillet. — Téruel. 

Reddition de comptes demandée aux commun au l<' j s juives. 
(Catalogue, n° 1172.) 

Secretariis et aljame Judeorum Illerde salutem et graliam. Cum vobis 
per nostras litteras mandaverimus quod- veniretis duo vel très ex vobis 
coram nostri presenciam, die per nos vobis assignata, cum omnibus 
libris, quaternis seu quibnslibel scripturis aliis factis super talliis, col- 
lectis seu quibuscumque exactionibus inter vos a quindecim annis citra 
et ut infra tempus pretixum possitis deliherare plenins quid nobis 
aportare debeatis, volurniis et vobis mandamns quatinus veniatis, parati 
nobis reddere rationem de omnibus peitis, tribu tis, serviciis, cenis et 
omnibus aliis exactionibus regalibus, quas a vobis exegimus a tempore 
citra, quo dominas rex, pater noster, prima vice exegit a vobis instru- 
menta debitorum,que debebantur illis qui ultra cotum editum peripsum 
aliquid mutuaverant, et etiam de numéro personanim qui aliquid solve- 
runt in qualibet peita, tribu to , servicio atque cena et alia exact.ione 
regaii separatim de qualibet exactione pro se et quot injecistis in una- 
quaque vice pro libra mobilis vèl immobilis et quot pro joliis et quot pro 
supellectilibus domus et etiam de predictis exactionibus absolvistis seu 
fecistig franchos a dicto tempore citra. Certificantes vos de ipsis exactioni- 
bus, que fuerunl taexata et soluta per vos per alatmam et que per sacra- 
mentum el que per arcam vel per tallam qualibet vice pro se, aportetis 
etiam vobiscum tacanas, juramenta el alatmas per vos factas ratione 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ALEONSO III 87 

predicta et etiam omnia statuta per vos et-adelantatos vestros facta quo- 
libet aniio et banna et ordinaciones super maleficiis et delictis corrigen- 
dis, aportetis etïam vobisctim librnm judiciorum per vos judicatorum 
contra quoseumque in cuisis civilibus et criminalibns et cujus modi 
posse judicandi habebatis, a quo extnnc vobis concesum ; nichilominns 
cum intellexcrimiis vos tacxare exactiones régales inter vos fraudulenter 
et in prejudicium nostri ac minorum ex vestris, volentes fraudes hujus- 
modi evitare, volumus quod aportetis vobisctim in scriptis facilitâtes 
cujnslibet vestrum et de mol)ili et sedenti, ut unusquique solvat de 
cetero secnndum quod sue suppetunt facilitâtes. Mandamïis etiam vobis 
qualinus ponatis alatmam super illos qui sciunt aliquos Judeos querelam 
proposuisse coram nobis vel curia nostra de factis civilibus et crimina- 
libns a dicto lempore citra, qui postea tacuerunt ex compositione vel 
alias quam alatmam, una cum vcritatis testimonio quod inveneriljs de 
predictis nobis similiter aportetis; certificantes similiter de numéro 
illorum, qui in predictis exactionibus solverunt per tabercias a dicto 
tempore citra et de absolutis ac exemptis per vos et de quantitate expen- 
sarum et dataruni cujusque exactionis, quot restabat pênes vos de 
unaquaquc et etiam aportetis omnes patronos, libros. capudbreviarios 
per minutum omnium predictorum et etiam albarana, cartas et omnia 
alia légitima documenta, et aportetis etiam cartam sindicatus seu pro- 
curacionis vobis factam ab aljama predicta, ut computa que nobis 
reddideretis per dictam aljama m ratum fore intendamus. Datum Turolii, 
ij nonas julii, [anno domini M GG° LXXX quarto]. 

Similis aljame Judcorum Barcbinone. Gerunda et Besuldunum. Similis 
Aljamis Judeorum Aragonum. Tirasona. Daroca Tortosa. Valcncia. Gala- 
taiub, Osca, Exea. Turolium, Jacca, Alagon. Gesaraugusta, Basbastre. 

Addita tamen ista clausula in cartis Aragonum : similiter mitatis nobis 
illos Judeos fidèles per vos et alias aljamas Aragonum electos, quos 
misistis pro unaquaque aljamarum Aragonum pro scienda facultatem 
uniuscujusque et quantum invenerunt. 

(.4 suivre.) 

Jean Bécnk. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES LEXICOGRAPIIÏQCES ET EXÉGÉTÏOUES 



I . izinn (Is., iïi, 7) « chef » 

Alors que le contexte exige le sens de «chef» dans la phrase 
éan rpnN «b, les exégètes et les lexicographes persistent à expliquer 
éah par « chirurgien ». Cependant on reconnaît que dans r|Nîi 
tBinrr ^d^:?: «nia -(Job, xxxiv, 17) le verbe imn signifie « gouverner ». 
Le dictionnaire de Gesenius-Buhl veut trouver un jeu de mots dans 
l'emploi de ce terme. Il n'y a qu'à admettre simplement dans le 
passage d'Isaïe le même sens que clans celui de Joh. On peut sup- 
poser que îznn a pour complément sous-entendu le mot nas « coif- 
fure de luxe », qui se trouve dans Ez., xxiv, 17. « Ceindre la coif- 
fure » équivaut à « porter l'insigne du commandement ». 

2. -r (Exode, xxix, 17, etc.) « soutien ». 

Le rapport que la pièce de bois appelée « main » ("r) doit avoir 
avec la poutre (iznp) et le socle (pa) a beaucoup embarrassé les 
commentateurs. Le plus souvent on a vu dans y ad un tenon, c'est- 
à-dire une extrémité de la poutre qui serait emboîtée dans une 
mortaise ou cavité du socle de la manière suivante : 



nupi 



Pou tre 
Tenon 
.Socle 



Mais pourquoi le texte traite-t-il comme une pièce détachée un 
morceau de la poutre et pourquoi parle-t-il de deux socles et de 
deux tenons pour chaque poutre? C'est ce qu'on ne voit pas du 
tout. 



NOTÉS ET MÉLANGES 89 

Ce qui, à notre avis, a induit en erreur les exégètes, c'esl qu'ils 
croient que le mot t/ad, au sens propre, désigne la main, alors qu'il 
faut entendre par là l'avant-bras avec la main '. Cela étant, il est 
impossible que yad, en menuiserie, s'applique à un tout petit mor- 
ceau de bois tel que le tenon. En réalité, y ad doit désigner une 
pièce de bois posée en oblique et généralement double, comme les 
bras par rapport au corps. Il s'agit donc, dans la description du 
tabernacle, de pièces qui étayent les poutres à droite et à gauche, 
c'est-à-dire à l'intérieur et à l'extérieur du sanctuaire. Ces bras ou 
étais joignent les poutres aux socles d'argent qui maintiennent les 
poutres de part et d'autre, comme le montre la figure suivante : 



1 



I Poutre 

V Main 

1 Soc'o 



Notons en passant que mabiBtt, épithète de nm, signifie proba- 
blement « opposées obliquement l'une à l'autre. » 

Le mot Y> a exactement le même sens dans la construction des 
chariots portant les bassins du temple de Jérusalem (I Rois, vu, 32). 
Les mains sont des barres obliques qui joignent l'essieu des roues 
aux supports des bassins 2 . 

3. np3 ^Ex., xxxiv, 7 ; Jér., xxx, 11) « anéantir ». 

On traduit dans Jér., xxx, M *jp5« «b npri « mais pour l'inno- 
center je ne t'innocenterai pas». Cette déclaration est un peu inatten- 
due après ce qui précède : « Car je suis avec toi, dit le Seigneur, pour 
te secourir. Car je ferai une extermination dans toutes les nations 
où je t'ai dispersé, mais toi je ne t'exterminerai pas et je te châtierai 
selon le) justice » On ne voit pas l'intérêt qu'il y a à rappeler dans 
ce contexte que Dieu n'absoudra pas Israël. La même difficulté 
existe déjà dans Ex., xxxiv, 7 : le Seigneur y est proclamé « Dieu 
clément et miséricordieux, longanime et plein de bonté et d'affec- 
tion; gardant sa bonté à la millième génération, pardonnant la 
faute, la transgression et le péché » ; puis viennent les mots : npn 

1. La main sans l'avant-bras s'appelle Cp. Le yad, qui sert à l'officiant pour la 
lecture du se fer tora, représente bien l'avant-bras avec la main. 

2. Voir la description qu'en a donnée Stade, Zeitschrift fur ulltestamenlliehe 
Wissenschaft, 1901, p. 111-172. 



90 ItEVUE DES ETUDES JUIVES 

ttpr ab, que Ton interprète là aussi : «mais il n'innocente pas » 
On est surpris qu'après avoir déclaré que Dieu pardonne, le texte 
ajoute qu'il n'innocente pas. 

Il semble que dans ces deux passages le mot nps n'ait pas son 
seus habituel « innocenter », mais doive être expliqué par « anéan- 
tir ». Dans le passage de Jérémie la phrase devient très satisfaisante, 
car la tin du verset est : «Je te châtierai selon la justice, mais je 
ne t'anéantirai pas ». Dans le passage de l'Exode, cette interprétation 
ne laisserait non plus rien à désirer, s'il n'y avait pas ensuit» 4 : 
« punissant la faute des parents sur les enfants, les petits-enfants, 
la troisième et la quatrième génération ». Ces mots sembleraient 
indiquer que npr> ab signifie « il n'innocente pas ». Mais il est 
permis de se demander si la fin du verset est primitive et si elle 
n'a pas été empruntée au Décalogue par un rédacteur qui aurait 
mal interprété les mots npT mb rrpn. C'est ainsi qu'une parole 
proclamant l'indulgence de Dieu aura pris une signification 
opposée et aura attesté sa sévérité. 

Déjà Maïmonide, comme me l'a fait remarquer M Julien Weill, 
a expliqué dans le passage de l'Exode np3 par « déraciner » ; 
voir le Guide des Egarés, en. liv ^traduction Munk, I, p. 222; texte 
arabe, ïïtia). Il est regrettable que les interprétations anciennes 
soient trop souvent ignorées des modernes. 

4. bao (Is., i\, 3; x, 27; xiv, 25 1 « crochet ». 

Le mot ibap ne peut venir de bpb quoi qu'en disent certains 
grammairiens, mais doit avoir pour absolu bap, et il ne signifie 
pas «fardeau», si on s'en réfère au parallélisme, mais doit dési- 
gner un instrument servant à porter le fardeau, un crochet. En 
effet, dans ls., x, 27 et xiv, 25, le terme parallèle à ibno est b? 
«joug». Le joug est sur le cou, le «crochet» sur le haut du dos (Data). 
Dans ix, 3, les mots ibap bb peuvent s'interpréter par «le joug que 
forme son crochet ». Le complément équivaut ici à une apposition. 

;;. j-ïan = mi « être désaltéré ». 

T T T T 

Ualef paraît avoir remplacé le waw dans quelques formules du 
verbe *n. Duhm ' a déjà proposé de lire rrn pour tian dans Job, x, 
15, ou l'on doit traduire r^r ïiçni pbp ynb « rassasié de bonté et 

l, Kurzer Hand-Commentar, .vu. p. 59. 



NOTES ET MÉLANGES 91 

abreuvé do misère x. Dans ls., lui, 1 1, îttp au lieu de Wï», donne 
un sens 1res clair « (le serviteur de Dion) sera abreuvé de la souf- 
france de son âme, et le parallélisme de yytà* (dont le complément 
îrunn est peut-être à corriger en mjna « sa misère ») confirme cette 
interprétation. Dans Job. xxxm, 21 , n«n doit certainement être expli- 
qué comme vn et la phrase paraît signifier : « les tubes (?) de ses os 
ne sont pas humectés ». Enfin, dans Ecclésiaste, n, I, il est probable 
que Ton doit comprendre a-iaa nçm comme anaa rrrn «et sois 
abreuvé de bonheur ». Il n'est pas nécessaire de voir des fautes de 
copiste dans ces divers passages; car il est possible que la graphie 
avec alef ait remplacé parfois la graphie avec waw, le son étant 
presque le même dans une forme telle que hn-i ou rr-j, wi ou m. 

6. nî'iœ&n (ls., lxv, 7, el Jér., xvi, 15) « d'un coup ». 

Le sens de « en premier » pour nrnDtn dans ces deux passages 
est peu satisfaisant. Gomme dans l'un il est dit que Dieu punira la 
faute des pères avec celle des enfants et, dans l'autre, qu'il punira 
la faute (des Israélites) au double, on peut supposer que naiizj&n 
veut dire ici «d'un coup». 11 est possible que ce mot ait signifié 
d'abord « du premier coup » et que de là on soit arrivé à l'acception 
nouvelle « d'un seul coup ». On traduira donc le premier verset : 
« Et je mesurerai d'un coup leur salaire à eux-mêmes » et le second : 
« Je paierai d'un coup le double de leur faute et de leur péché. » 

7. ai\a (Jér., iv, I ; vin, 4) « se révolter ». 

L'idée de « rébellion » se rencontre dans le pVél de aiia, l'adjectif 
aaiia et le substantif naitzi». Peut-être doit-on l'admettre aussi pour 
le qal de aiia dans deux passages de Jérémie. Dans vin, 4, aiur un 
aiu) 1 » aVi est peu clair. Mais si l'on explique le premier par « se 
révolter » et le second par « se repentir », la contradiction disparaît 
et l'on a un très bon parallélisme avec le précédent hémistiche. 
On traduira le verset ainsi : « Est-ce qu'ils tomberont et ne se relè- 
veront pas ou bien se révolteront-ils et ne se repentiront-ils pas? » 
L'opposition des deux significations du mot a-ita est bien marquée 
dans le verset suivant : « Pourquoi ce peuple-ci, Jérusalem, s'esl-il 
révolté d'une rébellion perpétuelle? ils ont saisi la tromperie et 
refusent de se repentir ». 

Le verset Jér., iv,l, porte : « Si tu reviens, ô Israël, dit le Seigneur, 
vers moi, tu pourras revenir». Telle est la traduction conforme aux 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

accents. D'ordinaire on explique : « Si tu reviens, tu devras revenir 
vers moi*». L'une el l'autre version laissent à désirer. Le parallé- 
lisme il n premier hémistiche : « Si tu enlèves tes abominations de 
devant moi et n'erres pas » fait croire qu'à la fin du second il devait 
y avoir : awri «bi. En donnant à ce verbe le sens de « se révolter », 
on obtient la pensée très nette : « Si tu reviens vers moi et ne te 
révoltes pas ». Il y aurait la même antithèse que dans vin, 4. Il est 
possible qu'un copiste, ne comprenant pas la phrase, ail cru devoir 
supprimer abi pour supprimer ainsi la contradiction apparente. 

8. p"na «siffler (par compassion)». 

Les dictionnaires prétendent que le sifflement dont il est question 
dans Jér., xix, 8 et ailleurs est un geste de moquerie. C'est une 
erreur singulière. Quand on examine sans prévention tons les pas- 
sages où il est question du sifflement, on voit que le passant, devant 
le spectacle horrible dont il est témoin, est saisi de stupeur et de 
pitié. Le sifflement qu'il fait entendre n'a aucun rapport avec les 
coups de sifflet du théâtre, mais c'est le bruit involontaire que la 
langue et les dents produisent sous l'impression d'une scène terri- 
fiante. Dans plusieurs passages p^na est joint à du» « souffler», c'est- 
à-dire haleter. Ce geste est du même ordre que le sifflement. 

9. Exode, xx, 24. 

A. Geiger 1 a montré que le Sifré (sur Nombres, vi, 23) paraît 
avoir lu "i^Tn au lieu de TOïN. Il aurait pu invoquer également la 
Michna Aboth, m, 6 (cf. Berakhot, 6 a), où R. Halafla dit : «Lors- 
que dix hommes s'occupent de la Torah, Dieu réside parmi eux. . . 
D'où sait-on qu'il en est de même pour un seul? C'est qu'il est dit: 
« Dans tout endroit où je mentionnerai mon nom, je viendrai 
vers toi et je te bénirai. » Cette déduction est incompréhensible 
avec la leçon *ïotn «je mentionnerai». Mais si on lit T^Tn « tu 
mentionneras », la sentence de R. Halafta devient très claire, car 
celui qui étudie la Torah mentionne le nom divin. 

(A suivre.) 

Mayer Lambert. 

1 . Nachgelassene Schriflen, iv, p. 28. 



BIBLIOGRAPHIE 



Jean Justek. Les Juifs dans l'Empire Romain, leur condition juri- 
dique, économique et sociale. Paris, Geuthner, 1914. In-8°, 2 vol., xn -j- 510 
et vin -f 338 pages. 

L'auteur de ces deux forts volumes * a été, me dit-on, une des innom- 
brables victimes de la guerre, moissonneuse d'espérances. On ne saurait 
trop regretter la disparition prématurée d'un travailleur aussi bien doué, 
historien doublé d'un jurisconsulte, alliant l'érudition la plus intrépide 
à la critique la plus aiguisée. 

Le sujet assurément n'était point neuf, et, dans certaines de ses parties, 
pouvait même passer pour rebattu. L'auteur l'a renouvelé par l'ampleur 
et surtout par la pénétration avec laquelle il l'a traité. Il a tout lu, tout 
dépouillé, tout classé, et quand, par hasard, un document, un livre ou un 
recueil lui est demeuré inaccessible, il le dit bravement. Sa curiosité 
insatiable, loin de chercber à simplifier une tâche déjà immense, l'a 
encore élargie en explorant les à-côté de son thème, en fouillant les 
moindres recoins d'où il espérait voir sourdre un filet de lumière sur la 
condition juridique, économique et sociale des Juifs de la Diaspora. 

L'Introduction, consacrée à l'étude minutieuse des sources, constitue 
déjà par elle-même une monographie considérable (200 pages) et d'un vif 
intérêt. On lira avec fruit le chapitre piquant où M. J. montre quel parti 
peut tirer l'historien du judaïsme de la polémique chrétienne des pre- 
miers siècles et même de la liturgie catholique : rituels de conversion, 
formules d'abjuration, etc. La précieuse petite collection d'actes officiels 
grecs et romains conservée par Josèphe donne lieu à une analyse appro- 
fondie, qui réussit à fixer plusieurs points de chronologie, à ébranler 
certaines opinions traditionnelles (p. 132-158), entre autres, je n'hésite 
pas à le dire, quelques-unes que j'ai professées. 

1 . Déjà connu par une dissertation sur la condition des Juifs sous les rois Visigoths, 
publiée dans les Mélanges P, F. Girard, 



UKVUE DES ETUD1ÎS JUIVES 

Les chapitres suivants du premier volume traitent de la liste des com- 
munautés juives dont l'existence est attestée, des privilèges des Juifs, de 
leur culte en tant qu'il intéresse leurs relations avec l'Empire, de lcin* 
organisation centrale, régionale, locale). L'auteur explique avec clarté el 
lovante la politique de l'Eglise envers le judaïsme et les judaïsants, son 
système de catéchisation, la transformation qu'elle a fait, subir aux fêles 
el aux rites des Juifs. Il montre dans la fameuse novelle 146 de Jns- 
tinien une intervention de l'Empereur dans les querelles entre Saddu- 
céens et Pharisiens. La théorie de Momuisen,qui voyait dans les commu- 
nautés juives depuis l'an 70 de simples collegia, est, avec raison, écartée. 
Les archéologues se réjouiront de trouver ici un catalogue complet des 
synagogues juives connues par leurs restes, y compris celle de Délos 
p. 1-98) ; les théologiens n'auront pins besoin de chercher dans le volume 
rare de Srheehter les statuts de cette curieuse secte, la « nouvelle 
alliance » de Damas, révélée par le manuscrit de la Gueniza du Caire. 

Le tome II débute par un chapitre, — cà mon avis le moins satisfaisant 
de l'ouvrage, — sur le status civitatis des Juifs dispersés. L'auteur exa- 
gère la réaction contre le scepticisme que les plus récents critiques ont 
opposé aux affirmations intéressées de Josèphe : il croit, par exemple, au 
droit de cité complet des Juifs d'Alexandrie et va jusqu'à invoquer quelque 
part (p. 17Ï le témoignage d' « Aristée ». J'accorde que Mommsen a eu 
tort d'assimiler les Juifs (après 70) à des dédilices, mais il ne faut pas, en 
sens contraire, prétendre que les Romains ont continué après cette date 
à tes traiter comme une véritable « nation ». Ce sont, au contraire, des 
peregrini sine çivitate; leur cas est si spécial, si sut g eue ris, qu'il est inu- 
tile de vouloir le faire rentrer dans les cadres juridiques ordinaires, 
dont l'esprit systématique des savants allemands a d'ailleurs exagéré la 
rigidité. 

En revanche, je ne puis qu'approuver les principes posés au eh. vi sur 
le degré de persistance du droit privé juif avant et après Caracalla, avant 
et après Constantin. Si paradoxal que cela puisse paraître au premier 
abord, il est parfaitement compréhensible, et, à mon avis, exact, que 
l'octroi du droit de cité romaine à tous les Juifs par Caracalla obligea de 
leur accorder plus de tolérance dans l'observation de leurs coutumes par- 
ticulières qu'il n'était de mise alors que seulement quelques privilégiés 
jouissaient de ce droit. Les empereurs chrétiens ont mis ordre à cela. Et 
cette thèse générale est développée et vérifiée dans les chapitres suivants 
consacrés aux principaux aspects du droit civil : mariage, divorce, 
tutelle, contrats, propriété, esclaves, testaments et successions. 

A ce problème se rattache étroitement celui de la juridiction juive, 
traité à fond dans le ch. xiv. Les conclusions de l'auteur relatives à la 
juridiction civile, qui évolue de l'autonomie complète jusqu'à un simple 
arbitrage exécutoire loi de :"J ( .)8), sont conformes à celles que j'ai esquis- 
dans l'article Diaspora du Dictionnaire des Antiquités. Mais j'aurais 
d'expresses réserves à taire sur son interprétation de la juridiction pénale 



BIBLIOGRAPHIE 95 

laissée aux Juifs sous Le régime des procurateurs et notamment sur 
l'étendue des pouvoirs qu'il attribue au Sanhédrin, même en matière 
capitale, au mépris de textes explicites, qu'il torture ou écarte arbitrai- 
rement. On sait l'importance de cette question pour l'appréciation de la 
valeur historique du récit des Evangiles ; ici l'exposé de M. .1. me paraît 
marquer une régression de la critique. 

Dans les chapitres suivants je relèverai surtout l'étude très complète 
des noms des Juifs à l'époque gréco-romaine (eh. xvi) et celle de leur 
participation aux charges publiques: fonctions administratives, service 
militaire, impôts (ch. xxi). Toutefois, je crois que l'auteur atténue déme- 
surément l'importance des édits de Lcntulus et de Dolabella exemptant les 
Juifs d'Asie du service militaire, édits qu'il considère comme des faveurs 
passagères: rien ne permet de croire que cette mesure ait été rapportée 
par Auguste ou par Tibère. De même, les textes allégués pour établir que 
les Juifs d'Occident ont été enrôlés jusqu'au v c siècle dans les armées impé- 
riales me paraissent ou mal interprétés ou dénués de force prohante. 

Le dernier chapitre (xxii), où l'auteur esquisse la situation économique 
des Juifs hors de Palestine, groupe avec soin et, ce semble, d'une manière 
complète les trop rares renseignements que nous possédons à ce sujet. Je 
ne crois pas que parmi les Juifs de la Diaspora (à l'exception des colonies 
militaires) l'élément agricole ait été «prépondérant » (p. 294), mais il est 
bien certain que ce sont les circonstances, plutôt qu'un penchant natu- 
rel, qui ont développé tardivement chez eux le goût du commerce, et en 
particulier du commerce d'argent et du commerce d'esclaves. 

La préface de cet ouvrage, datée de mars 1914, annonçait un troisième 
volume contenant la «Table des textes et des matières». Ce volume n'a 
point paru : nous souhaitons vivement, si l'auteur en a laissé la rédaction 
inachevée, qu'une main pieuse le termine et le livre à la publicité; c'est 
ainsi seulement que l'excellent travail prendra toute sa valeur et rendra 
tous les services dont il est susceptible. Un pareil livre, en effet, s'il peut 
se lire avec un intérêt soutenu, est surtout fait pour être consulté ; c'est 
un véritable répertoire, une Somme de tout ce peuvent nous apprendre 
sur le judaïsme de la Diaspora les textes hébreux, profanes ou chrétiens, 
les inscriptions, les papyrus, les monnaies, les lois, les commentaires de 
toute époque et de toute nature. Mais il faut un ri 1 d'Ariane pour se recon- 
naître dans cet immense dédale, et, si bien faites que soient les Tables 
analytiques partielles à la tin de chaque volume, elles n'y suffisent pas. 

Je voudrais pouvoir ajouter que ce livre si savant, si intelligent et si 
probe possède un mérite littéraire comparable à sa valeur scientifique. 
Tel n'est malheureusement pas le cas. 

L'auteur, malgré ses titres universitaires, possédait une connaissance 
incomplète et surtout un sentiment défectueux de la langue française. Si 
l'expression est parfois vive, à l'occasion même savoureuse, la phrase est 
ordinairement lourde, empêtrée d'incises, d'allure quasi-germanique, et, 
tranchons le mot, souvent incorrecte. Il n'y a guère d'alinéa où l'on 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ne puisse relever îles solécismes grands ou petits; une ponctuation fan- 
taisiste, une disposition typographique mai aérée, des notes débor- 
dantes, surchargées de renvois, de citations, et même de « notes de 
notes», achèvent de rendre la lecture difficile, parfois rebutante: com- 
bien de ces petites dissertations auraient pu être abrégées ou fondues 
dans le texte ou, au contraire, reculées, sous forme d'appendices, à la 
fin des chapitres qu'elles concernent ! Au risque d'être accusé moi-même 
de pédantisme, je dois aussi signaler l'extrême incorrection des citations 
grecques (particulièrement l'accentuation) ; de nombreuses bévues attes- 
tent une maîtrise insuffisante des langues classiques : c'est ainsi que 
les STpwjwTeïç de Clément d'Alexandrie sont invariablement cités sous le 
nom de Stromata et la Constitutio Antoniniana d'Antoninus Caracalla 
sous celui de lex Antoniana. 

Ces défauts pourront nuire au succès matériel du livre de M. Juster ; 
ils n'en diminuent pas, aux yeux des érudits, le mérite et l'utilité. Nous 
avons là, pour longtemps, le standard work sur la matière. Tous ceux qui 
aborderont désormais, dans son ensemble ou dans une de ses parties, 
rétude de la Diaspora seront, qu'ils l'avouent ou non, les tributaires 
du jeune et regretté savant *. 

Théodore Keinagh. 

1. Je relègue en note quelques observations de détail, choisies parmi un grand nombre. 
Dans la bibliographie générale ou dans les bibliographies partielles je n'ai vu figurer 
nulle part l'ouvrage de Manfrin, Gli Ebrei solto la dominazione romana, 4 vol., 
I, p. 134 (commentaire de Josèphe A. J. XIII, 9, 2). Toute l'hypothèse de M. J. manque 
de base : le § 263 Niese dit formellement que les ambassadeurs juifs demandent des 
lettres s ; .; àffçdXeiav tr& sic oikov èuavôSou. Cf. XIV, 8, § 147. — P. 148. Mardis fils 
d'Alexandre, qui propose le décret d'Halicarnasse, n'est sûrement pas « un fonctionnaire 
romain ». mais un citoyen grec affublé d'un nom romain, comme cela commençait 
d'être la mode au I er siècle avant Jésus-Christ. — I*. 349. Il est parfaitement certain, 
quoi qu'en pense J., que ni les Hérodiens ni les procurateurs n'ont frappé monnaie 
en or ou en argent. — T. II, p 3. Je ne vois pas où l'auteur a trouvé dans A. J., XII, 
3, 4, que Josèphe attribue à Antiochus le Grand la concession du droit de cité grec 
aux colons juifs d'Asie Mineure. — P. 9 et 15. J. trouve « piquant » (pourquoi?) que 
j'aie modifié eu 1904 une opinion émise en 1902 dans mon commentaire du C. Apion. 
Voici un autre exemple de mes repentirs qui lui a échappé. En 1895 je croyais, avec 
l'opinion commune, que la Diaspora de Rome ne datait que de Pompée. Dans l'article 
Judaei du dictionnaire j'ai corrigé cette opinion, en me fondant sur le Pro Flacco, 
c'est-à-dire précisément sur l'argument invoqué par J. ! Dies diem docet doit être la 
devise de tout érudit sincère. — P. 140. Toute la critique du fameux texte A. J., XX, 
8, 1, sur l'exécution de Jacques, frère de Jésus, me paraît une logomachie sans fonde- 
ment. Le texte est irréprochable, en particulier les mots à8e).<pô; 'ïy]?ov tov ^eyo^évou 
XpiffToO, que J. déclare « sûrement» interpolés. Il m'est impossible de comprendre 
quel intérêt avait l'Eglise à éliminer du texte de Josèphe « tout ce qui aurait pu indi- 
quer une autonomie judiciaire des Juifs sous les procurateurs ». C'est précisément le 
contraire. — P. 242. J. m'accuse à tort d'avoir dénié aux Juifs citoyens romains le 
droil de vote. .!»• les ai qualifies expressément d'électeurs [Judaei, 627 a), — 
l\ 298. Taricliées n'es! pas un district, mais unj ville sur le hc de Tîbériade, très 
souvent mentionnée par Josèphe. 



BIBLIOGRAPHIE 97 



Poznanski (S.). — Babylonische Geonim im nach-gaonaeischen Zeital- 
ter, nach haiidschritflichen und gedruckten Quellen. Berlin, Mayer et Muller, 1914 
(Schriften der Leliraiistalt fur die Wissenschaft der Judentums. T. IV, i'asc. 1 et 2) : 
in-8° de x -f 144 p. 

On croyait, sur la foi des historiographes du moyen âge, qu'avec la mort 
du Gaon Haï ben Scherira avaient pris fin pour toujours la dignité et 
l'existence du Gaonat en tant qu'institution : les recherches et les publi- 
cations des deux dernières décades ont obligé de révoquer en doute cette 
opinion. Les destinées d'une nation ou d'une institution ne se laissent 
pas lier au sort particulier d'une seule figure, si éminente soit-elle. Insti- 
tutions et nations dépérissent lentement ; elles se flétrissent quand 
déclinent les forces qui les soutenaient et les vivifiaient, mais elles ne 
sauraient dépendre du sort d'un homme. Ceux qui philosophent sur les 
changements et les transformations qui jalonnent extérieurement l'his- 
toire du peuple juif se trouvent généralement dans la même situation que 
les philosophes et les chroniqueurs du moyen âge. Les anciens historio- 
graphes se contentaient de noter des noms, qui passaient ensuite d'un 
livre à l'autre. Mais aujourd'hui, il nous est absolument impossible de 
nous contenter de simples noms et de dates ; nous voulons, sous la 
sécheresse des noms, voir s'animer des figures vivantes. C'est un avan- 
tage important de la littérature talmudique et halachique qu'elle ren- 
ferme sur les personnages qui s'y trouvent mentionnés mille détails 
pouvant servir de sources historiques de premier ordre pour la vie sociale, 
économique et scientifique. Une source analogue s'est révélée avec la 
découverte de la Gueniza du Vieux-Caire. Mais même indépendamment 
de la Gueniza, il existe encore d'autres fonds qui ne sauraient être 
négligés. , 

Poznanski, avec la science scrupuleuse qu'on lui connaît, a rassemblé 
dans le présent ouvrage, en les tirant de sources tant imprimées qu'iné- 
dites, des matériaux pour l'histoire du Gaonat à Bagdad après la mort 
du Gaon Haï (1038). Il a aussi utilisé le Diwan d'Eléazar ha-Babli, qui est 
entre les mains de M. E.-N. Adler à Londres (on peut lire sur la façon dont 
ce Diwan a été acquis le vivant récit de son possesseur, /. Q. M., t. XI, 
p. 682 et suiv.) et un décret sur la nomination de Daniel ben Elazar Hibet- 
Allah. On ne saurait surfaire l'importance de ces matériaux si l'on songe 
combien de centaines de particularités parfaitement obscures jusqu'ici se 
sont éclaircies. La comparaison de ces données avec les informations déjà 
fournies par la littérature de l'époque permet d'en contrôler l'exacti- 
tude. Poznanski a réuni ainsi les noms et les œuvres de dix gaonim 
post-gaoniques qui ont été jusqu'à la dernière décade du xiii* siècle à la 

T. LXXX, n« 139. ' 



08 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tête des vieilles écoles et organisations de la Babylonie, ce deuxième 
foyer du peuple juif (p. 1-49). Et ce n'est pas seulement entre le Tigre et 
L'Euphratej mais en Palestine et en Egypte que l'autorité gaonique s'est 
maintenue; elle a môme conquis dans ce dernier pays une nouvelle patrie 
à l'institution. Ici l'auteur, qui dès le débuta pris une part active à l'étude 
des documents fournis par la Gùeniza, a parfaitement utilisé tous les 
matériaux imprimés qu'il a eus par devers lui, encore que ses conclusions, 
comme nous le montrerons, ne puissent être acceptées. Mais, en dehors 
même de ces trois pays, d'autres savants, exégètes, rabbins ont été dési- 
gnes pai" le titre sp?" 1 *pN3 n^C 1 t'Nl ; c'est la première fois qu'on nous 
en fournit ici la liste, qui ne prétend nullement d'ailleurs être complète 
(p. 79-111). 

L'histoire de l'exilarcaf a eu le même destin que celle du Gaonat. 
Les anciens s'imaginaient bien que, sans gaonim, il ne pouvait plus y 
avoir d'exilarques, ceux-ci ayant, pendant des siècles, représenté paral- 
lèlement avec eux le judaïsme, au dehors comme au dedans. Mais les 
exilarques n'ont pas cessé d'exister après l'an 1040. Nous les trouvons 
encore à Bagdad et même, plus tard, à Fostât, à Mossoul et à Damas. Il 
faudrait ici examiner la question de savoir ce qu'il en était du pouvoir 
temporel en Palestine. Cette question se lie d'ailleurs à l'histoire ancienne 
de la dignité de Naguid. — Une étude complète de l'exilarcat chez les 
Caraïtes clôt ce chapitre (p. 111-135). 

Des appendices nous donnent les témoignages manuscrits à l'appui des 
considérations exposées p. 1-52. C'est ainsi que nous avons pour la 
première fois au complet le texte si souvent allégué de la consultation 
de Samuel ben Ali à Moïse de Kiev. Plusieurs pièces sont reproduites du 
Diwan d'Eléazar ha-Babli. Enfin, un poème d'Ali II, des notes et un index 
complet terminent ce précieux travail. 

Nous diviserons nos observations en deux groupes. Le travail de 
Poznanski est, surtout dans la seconde partie, le premier ouvrage d'en- 
semble qui synthétise les différents travaux qui ont p*aru sur l'histoire 
des Juifs en Palestine depuis la découverte de la Gueniza. Comme 
P. n'a pu malheureusement utiliser qu'une petite partie de tous les 
matériaux, il est fort à craindre que ses conclusions n'ouvrent la porte 
à beaucoup d'erreurs. Nous voudrions donc commencer par élucider 
quelques questions générales, que nous ferons suivre d'un certain 
nombre de remarques et rectifications. 

A propos de la première partie, il faut observer qu'il y a eu non seu- 
lement à Bagdad après la mort de Haï, mais aussi à Soura après la mort 
de Samuel ben Hofni, des rabbins qui ont continué les écoles de leurs 
prédécesseurs. Nous pouvons désormais tenir pour certain que le gaon 
Samuel ben Hofni eut un fils qui hérita des fonctions de son père. Comme 
la question ;i été souven! débattue sans cependant conduire à un résultat 



BIBLIOGRAPHIE 99 

définitif, je veux indiquer ici mes sources (pour la littérature sur cette 
question, cf. Revue, LXII, 120; LXIII, 318; Ginzberg, Geonica, p. 61, et 
J.Q.R , N. S., IV, 403 et à présent aussi B.G., p. 107). Dans le ms. Adler, 
no 2.557, on lit: 

bttî (m^a* 1 ) na*^ izjan ban^aia p nbia bus na^ur ©en pan bant»"» 

.pis pa p (ribis bu: rwia*») na*»^ ican wn p nbii 

Dans une lettre fragm. Adler, n° 2.557, se trouve ceci : 

-nnb&i ovm mbKift» on m Tiwbn ^an nnaN msspi n&CD-i nbn 
D«-n rianab tôt "W^ba ïwnn b» o&n Tiûb ib « -uxaaNbNa -nbe* n-w 
baniz^ m72m ^sn p ban»© rta^n?: ba oam ïianab.roï "Nn swnnba 

.na-iab û^ts -dt na-^n \»an 

Le fragment or. British Muséum, n° 5.538, n u 1, qui date de 1003/4, est 
écrit par m^TJ ta en p bxtrw*. M. A. Cowley a publié dans la /. Q. R., 
t. XVIII, p. 404, une consultation de Samuel ben Hofni adressée aux com- 
munautés de Fez, où on lit : 

-pn7:rï nrmna tta^ta^n hdio |ben]ii^ iwi "'37372 aibta irriN Nta^ 

..tarmo ^ttîNn ïtti " n mina 

Bien qu'il ne soit pas expressément dit ici que cet Israël fût le fils du 
Gaon, les mots « notre bahouv zélé dans la loi de Dieu » n'ont de sens que 
si la personne en question était en relations particulièrement étroites 
avec l'auteur de la lettre (voir /. Q. R., N. S., VIII, p. 6-7). 

Nous trouverons plus loin encore le môme cas d'un gaon ayant revêtu 
dans ses jeunes années les fonctions de notaire ou de secrétaire. Peut-être 
ces fonctions constituaient-elles le premier des grades qui conduisaient 
au Gaonat. On peut se demander aussi si le R. Israël mentionné chez 
Abraham ben Isaac Vafi* de Narbonne dans son biaiDNH, éd. Auerbach, 
p. 50 et 53, n'était pas le même que le nôtre (v. déjà Poznanski, Revue, L c). 

Nous trouvons un deuxième gaon à Soura, T-S, 12, 109, où Josia, dont 
P. (p. 99; fait un gaon à Fostàt, signe : p "pan imtu^ "pfro imw 
mon» m y b» na"»ta"' îca-i pan. Il faut d'ailleurs laisser en suspens la 
question de savoir à quelle époque se place l'activité d'Azariahou à Soura 
et s'il y a quelque parenté entre lui et le gaon Ezra (Azaria ?) ben 
Schemaria (v. Kérem Hémed, IX, 39; Babyl. Geonim, p. 110). En tout 
cas, il est constant que nous ne pouvons voir en lui le premier Gaon de 
Fostât, ainsi que l'a fait Poznanski (B. G., p. 99). Il n'est pas vraisem- 
blable que cet Azaria ait été le père du Gaon ultérieur, Daniel, car, dans 
une lettre, ce dernier se réclame des exilarqnes ses ancêtres ; "nba «bn 
ïamna» nvban wan ^a jypi (ms. Adler, n° 3.765, 4). 

1. Voir Isr. Friedlander, Nathan hababli,p. 10, note 3. 



100 KKVUE DES ETUDES JUIVES 

La liste des Gueonim de Bagdad, elle aussi, a besoin d'être complétée. 
Un des premiers Gueoni m après la mort de Haï parait bien avoir été Daniel 
ben David, en fonctions vers 1057 (Revue, LXVIII, p. 41). P. m'écrit (lettre 
du 20 juin 1915) qu'il l'identifie avec le Daniel ben Azaria dont il vient 
d'être parlé. Cela n'est pas possible, car la ligne 25 dit bien expressément : 
« David l'engendra etc.. » et les 1. 36-37 font clairement allusion à la 
Babylonie. Voilà qui ébranle aussi, comme nous l'exposerons plus loin, 
la filiation, fréquemment mentionnée par M. P., de Daniel ben Azaria par 
rapport à David ben Daniel. 

On a admis jusqu'à présent que les listes commémoratives nous pré- 
sentent la série des plus anciens Gueonim palestiniens. Ces listes ont induit 
à diverses eombinaisons plus propres à embrouiller les choses qu'à les 
éclaircir. J'ai découvert dans la collection d'Adler (ms. n° 2.559) une liste 
commémoralive qui nous a conservé les noms des Gueonim palestiniens 
depuis la tin du ix e siècle. La liste sera publiée au complet par M. Adler 
lui-même, on n'en donnera ici que la partie qui nous importe. Nous n'y 
découvrons pas moins de cinq Gueonim avant Abraham, le prétendu fon- 
dateur du Gaonat palestinien vers 943. La question de savoir si Ben Méir 
s'appelait Abraham ou Aaron est définitivement réglée. Ces Gueonim 
sont : 1° Yehouda, 2° Méir, 3° Moïse, 4° Aaron et 5° Josia I. Nous voyons 
donc que ni Abraham, ni Aaron n'a pu être Ben Méir. Voici ce texte: 

'm fiatt nu)72 'm "pau tkb m^m "paw rrnrr /itf-Hprt îaw nnc^û 

.paw Dn-i3N 'm "pau w»fin 'm "paw p-ina* 

Sûrement, Méir et Moïse qui figurent dans cette liste sont les mêmes 
que nous rencontrons à nouveau, T-S 13 j, 16, 16. Le père et le grand- 
père de Moïse n'ont pas porté le titre de Gaon; c'est pourquoi ils ne sont 
pas mentionnés dans la liste. Le père de Moïse était Isaac et son grand- 
père Salomon, le véritable Ben Méir. Isaac est peut-être le Isaac T* 7 rna 3N 
nommé dans les lettres de Ben Méir. Que père et fils se soient ainsi par- 
tagé les dignités, c'est ce qu'on voit par l'exemple de Scherira et de Haï 
(voir Revue, LXVII, 181 ; LXVII, 50) 1 . Pourquoi Salomon ben Méir a-t-il été 
omis dans la liste, on ne le voit pas clairement. Cependant les descendants 
devaient avoir de bonnes raisons pour ne pas rappeler trop souvent à la 
postérité un ancêtre suspect. Toujours est-il que cette famille fut à la tête 
du judaïsme palestinien de 890 environ à 1015, car vers cette époque nous 
rencontrons Josia ben Aaron ben Abraham (v. Revue, LXVIII, p. 47). 

Nous trouvons cependant une autre famille de Cohanides dans les 
emplois gaoniques. Il se peut que les Hillélides aient eu leur siège à 
Ftumleh et les Cohanides à Jérusalem. Ramleh était à cette époque le 
siège des autorités; c'était donc, au point de vue politique aussi, une ville 

1. Voir à présent mes conjectures, ./. Q. /;., :\. s., VIII, p. 3-8, et Ra-Ibri (New- 
York), JX, n° il . p. 9 sij. 



BIBLIOGRAPHIE 10! 

fort importante. Comme les informations sur Joseph ha-Gohen et son tils 
Samuel sont de conséquence, tout un fragment Adler mérite de trouver 
place ici. Les quelques lignes qu'on lira d'abord font partie d'une lettre 
que Scherira et Haï avaient écrite à un certain Gaon, qui est désigné 
dans la lettre sous le titre de m" 1 ^ Uîên *. La lettre suivante est adressée 
à Samuel ha-Cohen apan -p^ na^ ttî&n ben Joseph yiNa. navrer lONn 
apa>\ [/auteur est Joseph ben Isaac ha-Sefardi, c'est-à-dire Ibn Abitour. 
En voici le texte avec quelques annotations : 

irraaa ianna rayaa yao ia*aeb tsm imn npi a nia m naaai 

rnafnD na>b '^m [na^b^n «jn-i "jtû mapaa i;n a^aim imanaTH aai 

nam mai y?ays aia na-maNb rima p ^a. a^ana nna«n anpnb 

TOa^ pi Nnpvi 'ni 'taa [n3^]^ ;aan rniana ^a lanwaa laian^D 

1^5 nnaem riwsnpa ^ai ysnn crbuin ^aa lam» an^rm nn&r b^i 

yam mp" 1 dnt ïa^n^D niaisa mTaïaa iapa n. . . . a ^ai aa>n ba 

a-na -ma pi û*nb»m la^b* nm naina ia Ti7aa»a p?ab -,ab tjp 

&W3"i 'ia^n »«n ia *pn n^a dn "^nti ^s ^3/a?a aan TTann 

in'naa [yen] ^aa aa anbuî maan w ^m na^iDT: tcni ";n^:n yn«n 

npan yen bai i»nb» "•aanmnb narn tavr maaa nbinaa &nm 

■nn^ ûmba» ■nans* a^aian pi iTaa im?» jyjab inanobi ib niaN 

rpv 'nb 'œn naia asa '*•< 'Dibç naio 

na^unn ïïni b ni Tara ira-n "lama [b»]n«^ "WiEa ^iaa maab 

3 biaan i2nia72 nns — îaaa-i m«Dn ana» «arp nain apjn yiNa 

tp» baa ynnaiTa ^anaa "pan a^ana naa ûbv ma: na»n nasbab 

ya^an •;»{« aipTaa nanpn nn" bbrro ba "jna ybaoam mnrs 

Epa* ns^ baniD"' m-)73 n-a snaa biaso m ^Taaa mnb a'aia 

»bc iiac-i tp T*nb pin7a mai njsinonb aia n ba> "ibas bat» 5 t»mm 

^nan bin^ «bi nbyn bia^ abu:i ywan anm »bci (•) nm TBiTan 

6 'im ina>a in-» ma nias a^Ta rabs ba> binuî y^a Nim n^an nttîNa 

n"-»in apan itn^ 'u:^ "jdnh qoT» an 'n?2 na^am n^na 

n\anprr ma^ur 'biai Tn?an 'bu:n in-nn 'biai 'm 'aa 'ujtj u:nh aibra 

n^ipn ina^c^ 'bai i-i7:n 'b»i 'nn 'aa 'u:^n va^-i 'b« 

VWttîa ^aai a* 1 ?:"' bina nran" 1 T'b-N c^iban bai vb^ai vrii i^mx 'bttîi 

1. Même si l'on était tenté de rapporter le mot C]OT» 'nb à la lettre qui suit, celle-ci 
attesterait du moins l'existence d'un Joseph Gaon. Et de plus notre datation n'en serait 
nullement dérangée. 

2. Sur le titre imNn, voir Schechter, Saadyana, p. 122, 1. 30, et J.Q.H., VI, p. 222. 

3. Cf. Isaïe, xi, 1. 

4. Jos., xxn, 23. 

5. Ez., xxxr, 3. 

6. Ps.. i, 3. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pni:^ ia bjûv *aaa iy nbo D"atam ûtt© "»b*m amisa mai 

irn ^ p©na paim înanN nna©a "sai©H irrabn m*x "m son 

©©m imb©a na©m ïaib©a man b»i©m -naa "immm ©anbm 

'm 'ai nn*©vi ©ni ami» .nnna» nam û^ita* 'b© ■ina'nzr apiuaa 

r;* baa y»anba «mna» naayrm -nsb anaa ^ana -nnsm dn ^a 

or ibbnai np maai ttbvwn -mb^a n-.asn ■ma-na^ na>© bs 

»bn asba na* 1 »b û'ma&y ■■maatam û^inc " | 3b3 inanK a*i 

naib©a ysmn *pnnn i^a nb«©n a^npN mam "W "73273 "naw 

nriNi ia>a©a ©^©ri t :d;i ia naia "*ab© r;-: ■aanm ina"^ ap©*i 

m«nn la mannbi mb©n ib minnb "i^ion© man rropaKi mba» b«b 

'ni 'saa na^©">n ©finb ym" na^b© "inna©a Nnm na">*an i\asr ma©bi 

nxp maa ipab maïnb na»n "aaiatm aaa mn anp"atn un *a 

mnTaa "jn3 "aa p«i ^c ba» tmaa»nb yen «an maînb "nen p\*© "nai 

©paaai 1-1313 nmn amaa dn ^a maïaa «bi mataa Nba 

b« lananai ibat» anmn i\ans3 la-iafpb "j-pb? 'tasa in3"in ^t nNirb 

©enan «im 13 "nbn ban ■»©« nrn «■«©a asb îmnon© cas©an aipa 

n©s«© ba 'ni 'ca '©^n ©an mabna mna> "i©&*a mnab ima ^a vba* 

■*©3N b* ima ••©:*< br ©sn3 nma îaw nma i©3Na mnab ib 

rima a^fco ibY'a abun b* "im^ ^3» ba» ©cm nnaa na , w -)-i n a? 

Naba» T?"i3wN "»©sna Nmba ©*n ">ai am nss an '„* ibna obiari ba» ©sna 

lawan D"n© dn 'i3i iaa> apî ûa> N3^ oBtDaa 'n 3^nai "««a «aan n naN 

'a^a© ni^ rmn 13 ba pi ."a^œa irra «b© a^3pr «b» itian na D^3pT 

«nianai Kin^na ^dd mn snams naibi ababb i^ban mca 

Nin Nin-'Ni ■'^ann^N «ba bp^ab mb n'^D^N tài NiicNa ^dd 

BO^a^a» rina lana» «b ■«« b«n©^ ba ^323 ^snn^b «bi mbj» bapi 

©a©aa a«i * 'bian nb «iam nb «isn naiapnja na^N dni 

lanT" 1 Nb «a© ^3N ©œim 1-ababan n« a^tonb na y^b i^abi "j^ab 

■^ay^mnbi ^b ainab "«naa as ©pam lipna D ,, n3'in n-p^y ^ob 

N^iaa b"0©firi ra«© "i3in np^ mn m«m nT nanb an;» ■»» 

^■^ayanb "ja bai ïaxa* pn lav 133 im-i nsn i^ai» p ^nnD -jai 

aay b«i ! d© ,, 72n-,3 oiuîn ncbpa ^ba» i^aiffin ibna© ^by qtn 

1. Les contributions à l'Académie étaient appelées pin. Ce terme se lit dans la 
mosaïque récemment découverte près de Jéricho (I. 9 : pn an 1 et pnpin>. Voir aussi 
Ihn Daud, M. J. C, p. 67, 1. 19-20. 

2. Schabbat, 54 b. 

3. Ici il manque environ quatre pages. 
i. Voir M. KeLoubot, VI, i. 

:». Voir Bechorot, ."8 a. 



BIBLIOGRAPHIE 103 

HN"1^ Wl îabatf) ri3HN3 "pbj> ">38 "1T^ HT "1313 13P3 "pNa 

incarna iiNaa ^n pTm73 "O 133-11731 amman» "mb û">33 

nai "'a^a^» piba "psa. ba> nari ban *p ba> b«b m-nin naviTa 

*pa anv dip»m "ifi«P npiai 33n?3i p«m dm» nb» lbia ia 

rijn ij> rmania av» iiéus vohn '•sb ">b irrb batajari "'373731 

^rmaia ivrsn misa ^ dn pTmuj "pau "113373 ^a* \3p373 nan 

inT3 nujy^j birn ba> TnTannnta nwnnn nmaui y©") ima* na* 

■*b •pyEiaan p« ^33 nsp7a ^aa a>iaa>ab ^b nvnb banu)"» bnp ^333 

■^maîma mabn pian «mis ""sa pw mmbi ^i3ib "pmarsi 

œp37a mn dbia>a mmb *nann aô nr raro ^3 ï-it p3J>3 b^b 

ima* prroi73i ...a ima* ^r a^Trran ba ba» a-nnnb nnarb 1113373 13a* 

-iTaibi [?.owbi] (?) n^bi bib-n mis ba> nâpbn bapb 'bioi rniapnnb 

npb-< aa«vj] 

D^obîai D^pb73 pa*a aaa>rn bai man m3inb na^a «ar u^nh ima* 

131 Tpn73 n3n p373 'm 'aa pam naia ma bi3^pb "ianm ba» d^tf'aw 

VT733 nns tb mnab 1 n" , T73ï3 3073 ^ssb (?)prp37a aa* ib ^bn 1331 

dnt piuîyw ^7a "'b nb^bn inaan p">aa»b pa^ia oapa natpbnn p masb 

pE-in ^wirrai pT373 i3N rotai rota baai tad3 Tiaa 137373 ["jbn]i 

pa vas n« pna>7ai ïianb v-p ppTrnan ba na* nua» mban ptap 

«m ib h p' n D"natna npib i3^a* aan a^?3ta pia ban vmb anTata» 

bab pranai saa* mai ba» mata-'b bai oipTab aip7373 iban babaTa 

dibtai an nt3U) "jiwx^ ^aa hd^ nann pn lan^-a *>nm nn^i nnN 

n^ 3P33 3na«5 n73 111333 [?ni73Nni] biuî^n in iT«sn ■':N"^p• , 

^?33 Nai^3yia n^bn3Nbi n^ipb«b ■'73a irr« 3^n ,, 73 n^ipn 

173ip "1331 ^73UJT ^5^733 p«5 bai p^l ^3^31 nb^733 ^Hl *J3M 

i->-i3i 3ia ba» nain ni3ia pwb ip^nm ^-1^3 ps ^33 ^333 3na 
ûib^: ba ni3^n idbia a^nuî iixa ib 3ina"< aibœi on dni i^b^Ta Dyi3i 

11133 HN ^11731 ^1 !P733nb T73H1 ^313 lb^3D H3 n^p73 

n3^3 bnpn ^3^3 2 ^lanb iim ib snattî qbp na»^ap fcrafcin 13313 

•p^a nyi [?"»sb] i^n73N -ii73N "^3 riwS[?iNi]n"» bia ib n^rt 3[iai] 

ht 3na ib 3n3i 13 p-»Tn^iD.i îmboaan xû^n imx b^a inrj^a 

la^nbwN nyb rby p^3\3 n73 n-mi -1313 ...d">as T^Nim 

nnm-i ^a373Nb riTann iiNa bia imaisab «3inb ^^ ^733 pn 173i 

o^bNi d^ababTan ^333 aibvji om p3^is ^T<b ? ^373 '73 aw *»mb 

1. Sur Scheinarya [ben Elhanan], voir maintenant les sources dans S. Eppenstein, 
Beitrâge zur Geschichfe und Literatur hn geonaischen Zeitalter, Berlin, 1913, 
p. 200 et suiv. 

2. C'est-à-dire Hanocli ben Moïse. 



104 REVUE H ES ETUDES JUIVES 

pp'rôb a^n ■>» îsbia ^aa ï"ifcw ©"OT© ûwbi anx* w 

Wï pT ^a maa rm na a^nna luran imw&nai rrb* 

•pa 'ira 'pa vmbjE "panbi nncoa nc^pn m nmn n^ b« Dîan-p 

«b© n?o N^nsONa mmw 1 o^p eom bar ba ihn na"i3 

Dwnn n«pbnb ai© n^nia awbi y-iNb yirm "inbiTb pm 

npbi Turn.Tis *:c3 rpn nawb ht -Dm «33» ai© "vntnp 

nw W nihid vssb naab ^"natno nw ara ^sab not i"i«a ia;an 

ram» n« laab mcanb aibtan ^a^bw nw ib« aibianu; ^1 

, l, m©on pnar la qor bb b« bto main Nbwn msF pi T-pnbm 

L'importance de ce fragment pour l'histoire de la querelle entre 
Joseph ibn Àbitour et Hanoch ben Moïse sera mise en lumière ailleurs ; 
contentons-nous ici de faire remarquer que leGaon Samuel ha-Cohen ben 
Joseph, lequel porte, comme son père, le tilre de ap:^ "pata na^ïF ffiNn, 
5 a joué un rôle notable. Il est hors de doute que Samuel a résidé a 
Jérusalem, car nous possédons aussi un contrat où Samuel Gaon est 
mentionné (fragm. Adler, ms. n° 2557). 

Il faut remanier complètement la liste que P. nous donne des 
Giieonim palestiniens. Les Hillélides remontent jusqu'à la dernière décade 
du ixe siècle. Josia, le dernier, vivait et florissait vers 1015 (v. Revue, 
LXIII, p. 46 et suiv.), Josia II est mentionné dans une lettre adressée par 
Aboul Haï à Hanania, fils du Rosch Yeschiba (ms. Adler, n° 2556). Nous 

I . Toute la narration contredit la relation suspecte d'Uni Daud, comme je le mon- 
trerai ailleurs; qu'il suffise de faire remarquer ici que l'étude du Talniud florissait en 
Espagne avant le temps de R. Moïse; voir aussi Eppenstein, dans Monatsschrift, LVI 
1912), p. 81 et 83. En second lieu, il semble que Hanoch, et non Joseph ibn Abitour, 
alla de ville en ville pour obtenir l'annulation de l'excommunication. Le ms. du British 
Muséum Or. 2.833, p. 17 a, rapporte une histoire analogue à celle d'Ibn Daud; il semble 
que l'histoire était racontée d'une manière assez différente dans le Nord de la France 
dans la première moitié du xm e siècle; on remarquera enfin l'explication du nom de 
Satanas, rattaché à ^3N £31113, ce qui écarte tous les doutes exprimés par Steinschneider, 
Calai. Bocll, p. 1438 et J. Q. R., XI, 616. Voici le texte en question : 

•ja-Ti ib -nu» poiattp^D dn ï-rrsoa mnia nna* nana ira?» 
ipna ,&abra s-ibna [lire : ^b^] «btt ynb it3N (?) ji® (!) t*r»»pns 
D^oo^b tzn^y iboa T>ba> a^pniaTû ïaTinn aiba inltt: Nbi nrsoa 
r>tb canb srn t-<:> s-roaib ins" 1 ï-r^Doae nz ^a ibasi ibbio o^a 
n :a ifinoa ©mi a©-» omîa'n fnab — ann Y rn ,©iab t**bi tanb 
yrmsn tanna "»b ipoDi ana 1133 innaa naiitt mm 13 nm^n 
1K3 poionp-ron narras ib«»»ai im^a ^b^b Hsnpn ■'bvra nbwin 
■^ob îwa» i/abi 137:? nia? ^7:7: mapaa iiapai 127:73 id^di ibitN 
onb -i3ii nrco3 moem 12b n^n [n />] ri7o m^ nr«© nvn ^a 
onb i/2N aana moi sbi n*n:i ire *pnb ^ma ainra nains b« 
^tci n-!3N aaabffi esabw» nbma ""bu? '"<t373p"iBta aab -^nn^N «bn 

*'a ai^ npb iin rw^p 



BIBLIOGRAPHIE 105 

renvoyons un surplus à nos éludes (dans ïlDiMOÏt, 1914, n os 19, 20, 25. 
26) sur les troubles sous le Fatimide Al-Zahir et les Juifs de Palestine 
sous l'Islam (je n'ai pas les numéros à ma disposition en raison des 
événements), où nous avons réuni les matériaux pour l'histoire de 
Salomon ben Yehouda. Les matériaux inutilisés et inédits qui se 
trouvent encore dans les bibliothèques feront de l'histoire des Juifs 
en Palestine et dans les pays voisins, entre 950 et 1250, une période plus 
claire que d'autres périodes de notre histoire. C'est ainsi, par exemple, 
que s'enrichit l'histoire de l'exilarcat caraïte grâce à T. S. 13, J. 25, 91. 
Dans ce poème ou cette lettre, la liste des ascendants de Sar Schalom, 
qui a le n 9 17 chez P., est indiquée comme suit : Sar Schalom, fils de 
Pinehas, fils d'Azariahou, fils de babbïT, fils d'Azariahou, fils de David. 
Tous sont gratifiés du titre de fcOttJsn. C'est à eux que se rapporte aussi, 
selon toute vraisemblance, T.-S. 20, 179. Il serait très désirable que nous 
possédions le texte imprimé et légèrement corrigé du tableau dressé par- 
feu Ernest Worman. Le catalogue Adler doit paraître au début de l'année 
prochaine ; il contiendra mainte surprise. Contentons-nous de donner 
encore ici quelques brèves remarques. 

P. 1. L'existence de David ben Hizkia est maintenant assurée par 
plusieurs témoignages. Dans une liste commémorative (ms. Adler, 
n° 2592), il est dit expressément que Hizkia eut un fils, David. Ce Hizkia 
était un contemporain du Gaon Haï. Dans une lettre (ms. Adler, n° 2557), 
on lit : ronnb d-dt wvir> -m Taao s.rppTm m?M b« o&m. Un 
David ben Rosch-Gola est mentionné dans un fragment de Paris qui 
mériterait un nouvel examen (v. Revue, LXIV, 120, probablement de 
Pan 1365 Sél., soit 1054). Ce David était donc un fils du Mar Isaac 
Yehizkiahou signalé par nous (Revue, LXVIII, 41, d'après ms. Adler, 
n° 1731, 2). Nous avons cependant un autre fragment, plus étendu, qui 
nous donne la liste suivante des derniers exilarques : 

ïmrp th rmrr "wdt nrr rmm impîm -m "îrrpTïT *m 

David, Yehizkiahou, David, Y'ehizkiahou, Juda, David, Zakkaï, Juda, 
David, Juda. D'après quoi on peut dresser la liste suivante : 1) David I 
ben Juda; 2) Juda II ben David I ; 3) Zakkaï ben Juda II; 4) David II ben 
Zakkaï; 5) Juda III ben David II; 6) Hizkia I ben Juda III; 7) David III ben 
Hizkia 1; 8) Hizkia II ben David III, et enfin 9) David IV ben Hizkia IL 
Ibn Daud, à ce qu'il semble, ne possédait plus de relation digne de foi sur 
les derniers exilarques. Il se peut que la branche espagnole de la famille 
des exilarques ait répandu la nouvelle que la maison des exilarques était 
déjà détruite et qu'on devait les considérer comme les seuls survivants de 
l'exilarcat. — P. 3, n. 2. Voir maintenant B. Lewin, pN^ N-pntfî m. 
p. 27-31. Cependant aucune des explications ne paraît satisfaisante; voir 
par contre Midrasch Abchir, sur Gen., i, 2, où la phrase "rn ">3"»TW mbntîî 



106 HKVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

ina est. employée dans le même sens que dans la Chronique d'Ibn 
Daud, si nous lisons onn» ■'Ta KTntl) 31 ïlbrûl. — P. 5. Sur quelques 
disciples de Haï originaires de pays chrétiens, v. Schechter dans 
Festschrift Berliner, II. A., p. ni, 35, où sont donnés aussi quelques 
noms. — P. 6. Isaac ben Moïse fut probablement le successeur du Daniel 
ben David mentionné ci-dessus. Ce Daniel était le père de David ben 
Daniel, maintes fois cité dans le livre de P. Bâchera déjà supposé avec 
raison (/. Q. i?., XV, 86, n. 6) que David ne pouvait être un fils de 
Daniel ben Azaria. L'objection de P. [Revue, XLV1II, 166; Schechter 's 
Saadyana, p. 10, n. 3; B. G., p. 99 et Marx, /. Q. R., N. S.,I,p. 75] tombe 
maintenant, puisque Daniel ben David avait aussi le titre de Rosch 
Yeschiba (v. Revue, LXVIII, 41 et suiv.). David vint en Palestine vers 1082, 
probablement peu après la mort de son père. On ne voulait pas l'avoir à 
Bagdad, peut-être n'inspirait-il pas assez de confiance aux autorités. Le 
l'ait est qu'il avait épousé une Caraïte. — P. 20. Sur la communauté 
palestinienne du Caire, voir Schapira, Mélanges H. Derenbourg, p. 121- 
130; R. E. J., LXIV, p. 119. — P. 37. De Samuel ben Ali Halévi, il s'est 
conservé des lettres (T.-S., 13, T. 23, 7 et Or. British Muséum, n° 5542, 2 1 ). 
Dans la dernière lettre, il demande du secours. Samuel avait un frère, 
Jacob, qui portait le titre de "paTa Uîfin 1 . Il nous reste de lui environ 
dix consultations (ms Adler n° 84, p. 127 a à 131 b). L'adresse est 
ainsi conçue : apj" '-n 'ntt "irDttT Dan irnn SPïian irovitf mkw nw 
b'T tdj '-i na pa 1 -) ->n ©an; cf. E.-N. Adler, The Persian Jews, Oxford, 
p. 7. Il y a aussi dans ce document un R. Salomon, nommé na 1 ^ ©fin, 
que nous ne pouvons d'ailleurs identifier. Ce Jacob avait un fils, Joseph, 
qui porte le titre de Va'i'-^ mais aussi celui de "HOÏ1 ©fiO. Ses consul- 
tations, en arabe, sont datées d'environ 1527 SéL, c'est-à-dire 1216. Il 
fleurissait dans les premières décades du xm e siècle. Il est hors de doute 
que sa patrie était la Babylonie, car, dans l'introduction d'un grand 
ouvrage sur le Talmud, il signe ^ba3H apsn ^ana tp-p '»m '73©a 
[ British Muséum, n<> 5554, A, 18). Au n° 55 de la même collection, on lit : 
©sn spT -Barra spban Tasba rn©b« yiz matrCD ,*«sn ^ fosn 

b"ST 1331 ^3 ©Kl 37?3n 13^3T7« TlttH 3p^ )1W m^ (cf. Z.f. H.B., 
XVI, p. 92-3; P. y conteste mes assertions sans fondement, car nous 
savons que ce titre était courant en ce temps -là). Les fragments 
ms. Adler., n° 1267, sont des consultations et divers commentaires 
de Joseph. Les consultations commencent habituellement ainsi : bip-* N73 

I. La lettre commence ainsi : n3" , © ,, n ""13>©73 3"i Olb© "N© et se termine par 
ces mots : na*©":! ^330 13T1N731 naïab mN 1373J> tt©:n. 

1. Sur d'autres rabbins <|ui ont porté ce titre, voir Marmorstein, Midrash Hasérol 
we-Yelérot, p. 76; ajoutez-y Abraham ben Nathan, v. Ms. Gaster, 1772, 7 : ïiniirt 

©•n ï-ïmoi J-ra^n -j 10 ^ ïmïtï ann dhidn ni 'in ip Ï3 maa 
3wS fna ni73 np Hy '33 irain» p rnn tarr» -non asm 133-1 ^a 



IlIBLUMiRAPIlllï 107 

Sin mn taiT "mon tzî&m Snw a-in tpr lama 'm '173 
1 Si:T pan ^a ©n-i pnaittH mn apjn '-in 'm 'n73 Ti«n ma; 

P; 36. Sur Elazar ben Hillel b. Fahd, un fragment de la Gueniza nous 
donne de nouvelles indications. Il y a environ deux ans, M. E.-N. Adler 
nous a montré un fragment qui commence de la façon suivante : 

aa^a dnt nmrrn 2 usinai a^san i^tnhi a^prn dnt i^tsid 1 
13» "p-ina n-nb 3 i-ison 1273b oa^ab v-iaa mb* .DSTna» ■»wa a&n 
3TDi npioa rrum 4 1173173 "HB3N ^idti bbn 'm '-in p -nbïi -jîyba 
■nna-n nvnnrpj 5 ^b la-o^. rrmttaa "^eai laT^ ban '1 n«-pi 
V"iNb laaun Tnn 6 y-wb istvi yaa 331:0 ■nwiîri j^Top ^pînb 
mma ont n?3y ^nsaom ~ maa"» 11:3 om ri3i73N a^r3>aian ttï» 
ixsna ""b û*W3p73n û^prm amnm s a^marra nspTs ma-ni mna^ 
ara -înatti ara a-np73 ^3Ni baniz^ b^ 9 na-^im ta&n ^niN ma»b 
.„"»3ab n73iai ../tniDan o*m a-wpnb i&wm 10 na^n© "»sjd373 nu;p3Ni 
oyn nN la^i» i&m aibrt i? ^niN^r! ^a wa ^Tai ^33N "73 11 
■w hy inwn ^b73n b« ^3 ib^Tn iabn tin 111373 b ismi ïéwt 12 

wk -noNb ms -p 721 " 1 ^ "" I" 1 " 13 ^^ ^ ' 5:y (? ) ^ TN rN ' w -^ 13 
b^n 15 my-i ^nmNi 373112:73 -naïai mn -mn nN •wiuai ;ai3JÔi 14 
{is.; xxvi, 20) '1^1 "p-nna «a i»y ^b -n»Nb ^ab bat ^ ïm mbi-o 
^3D dn nscNi anï d-'ïints ûri73 icpia-n maya a-»3^ "nos 16 cannai 
np3«T -oai ab hatui] aisa D^isnm ï-rban cpab trnbNn 17 ■" ba 
bnsn ban ■« n:n i73N1 "1273:1 p pyrao naya ^3d nx 18 tabaNi 
■»n«an VP^ N ' 5 ' 1 nT3 N5<1 isnyii nban ba :13a 19 amsm ma^n 
.iïïs'3 i^ap b« f&n b» .♦. , o ri* K3!i ba hy p-nir rirai Tivn 211 nia^n 

A présent, nous sommes en situation, grâce à la découverte de Gold- 
ziher, d'identifier cet Elazar ben Hillel avec le b. Fahd nommé dans le 
décret. — Le successeur d'Elazar fut Daniel b. Elazar ben Hibet-Allah 
(Nathanel). Celui-ci semble bien ne faire qu'un avec le fameux Aboul 
Barakat Hibet-Allah qui vivait vers 1160-70. Dans la Monatsschrift 
(L, 591-2), nous avons publié une poésie satirique contre un Gaon qui 
est aussi appelé min Tm et qui a composé un écrit sur la lecture du 
Schéma. Ghajes a supposé que le poème visait Maïmonide (v. liivista 
israelitica, 1907, p. 245; cf. aussi Kahana dans Hagoren, VI). Dans la 
Z. f. H. B., XV, p. 159, nous avons cependant appelé l'attention sur 
ce fait qu'Aboul Barakat avait aussi le titre de "inn TTP, en arabe 
auhad alzeman. Dans le ms. Adler n° 2862, nous avons même trouvé les 
fragments d'un ouvrage dont Fauteur s'appelait Natanel. Dans ms. Adler 
2862, 2 6, on lit : btf3n3 ÉOKbipK. L'auteur cite les Halachot Guedolot 

1. Cf. aussi ms. Adler, 2622. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

el Haï Gaoo et finit par les vers suivants : Ntn ,ttpi:£a -pnr yfcuî n« tmpi 
npbn3 n?an nwa yan nya ,nppin ">d ...7a-2np^i opinai anro -iibn "par. 
C'est contre quoi pourrait bien être dirigé ce reproche dans la pasquinade : 

.nrntDiaa wii 3>niB namp nani pinn la-oiNa mai 

D'autre pari, il est vrai, nous connaissons aussi un Natanel b. Moïse 
Halévy, qui vécut aussi en Egypte et fut également appelé nVlïl mm 
v. /. Q. R., XVIII, p. 15, D. M., n° 5554, 34; ms. Adler 3441, H ; cf. 
aussi Merx, Documents, p. 30 et suiv.; M. G. W. J., XLI, 214 et 425; 
/. Q. R., V, 555). Il est cependant plus vraisemblable que le poète vise 
l'apostat prétendu. Il en résulterait que Hibet-Allah aurait été aussi 
liaon '. Cependant il ne semble pas avoir pris au sérieux sa profession 
de foi islamique. Mais c'est une simple supposition de notre part. — 
P. 41. Joseph b. Guerschom était originaire de Narbonne et correspondit 
aussi avec Méir Halévy ben Todros, v. les Consultations de Meir 
Aboulatia dans D^iib ms, Salonique, n" 293; voir aussi D. Simonsen 
dans Festschrift zum 70. Geburtstage Jacob Guttmanns, Leipzig, 1915, 
p. 218 et s. — P. 79, n. 1, le titre '"•'y* 1 U3CO apparaît aussi dans les 
miDnn mm», p. kb. — P. 81. L'origine du Gaonat palestinien doit 
être reculée beaucoup plus haut, d'après nos considérations ci-dessus. 
Seul un lecteur parisien pourrait décider si le fragment de la collec- 
tion du Consistoire de Paris s'applique ou non au premier Juda Gaon 
(\.R.E.J.,XLIV, p. 119, n° 27). Les explications précédentes et le fait que 
Josia fut Gaon vers 1015 prouvent clairement que Josia a dû être l'« Ab » 
de Joseph Gaon vers 990 et" peut-être aussi celui de son fils Samuel. — 
P. 85. Les Aaronides ont, ce semble, interrompu la lignée des Hillé- 
lides : Samuel signe un document en troisième de concert avec Aaron IV 
et son père Joseph (fragm. Adler n"2557). Ce Samuel doit être distingué 
de Samuel berrabi Hosanna, qui porte aussi le titre de troisième {v. Revue, 
LXVIII, 47, et riDir73ïi, 1914, n° 25) 2 . De même, il convient aussi de 
distinguer Samuel ha-Cohen i"a nanu; , < UJ&n de Samuel ha-Cohen ben 
Hofni, dont le père n'est jamais nommé Gaon, mais «am "pan (ainsi, 
p. ex., ms. Oxford 2827, 27). — P. 87. Sur Salomon ben Yehouda, v. 
maintenant mes observations, /. Q. R., N. S., VI, p. 160 et suiv. 

1. Pour le litre, cf. Nachmanide, a~îN!l min, p. 16 d, d'après une consultation 
de Haï Gaon : yn-Q mm mina b*n:n "POT! DINb p miZJ3>b Tnm, et aussi 
Isak ibn Schuweiscli dans ins. Adler, n° 881, poème 214. Le titre de mn mm 
apparaît encore dans une lettre de Haï à Abraham ben Nathan, voir Hacefira, XXVI, 
484 c; J.Q. /*., N. S., 1, 233 : ^V mm nN "HH ; chez Samuel ha-Naguid 
appliqué à R. Nissim : D'HTT mai "TIVÏÏ TÏTaRI (éd. Brody, p. 17); dans un 
fragment de diwan, ms. Adler 2163 (Samuel ha-Naguid) : 1N13 VBttn m* ?aa 
-mn mm by îaa; chez Gabiroi : mn mm 'pn "3 :m (rmnnn, p. 47). 

Pour Nathaoel Halévy, cf. Ms. (Îasterl353, 13. 

■i. cf. aussi Dipn, i, p. 64 : «a-y^nn 'n p iwraia 'b ■ntrna». 



BIBLIOGRAPHIE 409 

Cf. J. Q. R., N. S., VIII, p. 1-29, et mes additions et corrections dans un 
prochain numéro. — P. 87, n. 4, pour imi -non, cf. ms. Oxford, 
n° 2634, II; Abot R. Nathan, ch. xiv. — P. 88. L'assertion que Salomon 
a créé la hiérarchie ^ïï^bïï" "'ananï-j, etc., paraît mal fondée, puisque 
nous voyons que déjà Samuel ha-Cohen et Aaron ha-Cohen portaient ce 
titre avant Lan 1000, ainsi qu'Ahiyahou ben Hilkiyahou, appelé « qua- 
trième » vers 1013 (v. Harkavy, Altjùdische Denkmàler aus der Rrim, 
1876, p. 245) et vers 1007 Samuel ben Hosanna (v.T.-S., 16, 14 ; tf.J.Q. R., 
XIII, p. 364 et 365). — P. 88 et suiv. Ce qui s'est passé sous Salomon 
devient plus intelligible à la lumière des données produites par C.-B. 
Becker dans ses Beitrage z-ur Grschi<hte Aegyptens, p. 174 ; cf. notre 
étude en hébreu citée plus haut. — P. 89. Sur l'interdiction du gouver- 
nement de publier l'excommunication, v. Catalogue de Cowley sur le 
n° 2807, 18. — P. 87. L'Ab de Samuel ha-Cohen n'était pas Aaron ben 
Josia, mais Josia lui-même, car il n'est devenu Gaon que vers 1015. 
Salomon ben Juda n'a probablement été Ab que sous le prétendu 
Salomon ben Joseph. Nous disons le « prétendu » Ben Josepb, parce 
qu'il est constant maintenant qu'Elia était fils d'un Salomon qui avait 
le titre de 3p:P "paw ro*^ twr!. On ne peut plus contester qu'il a du y 
avoir deux Gueonim entre 1015 et 1040, dont l'un s'appelait Salomon ben 
Juda ; le second n'est connu sous le nom de Salomon que par ses fils; 
il a dû être en fonctions avant le premier. Voici nos sources relativement 
à cette question : dans le document Adler, n° 2557, on trouve la signa- 
ture d'Elia, comme Haber de la grande confrérie, fils de Salomon 
b"S£T "pfc«; la présence de l'eulogie b"i!T n'est possible que pour un 
défunt. C'est seulement chez les auteurs espagnols qu'on trouve b"£ï pour 
les vivants; v. Reifmann, mu nstlN, 1881, p. 40. Dans le document T. S. 
13, J. 1, 11, daté de Jérusalem 4805, c'est-à-dire 1044/5, se trouve la 
signature Eliahou b"T *paw "p rmam "in. Dans les deux cas toutefois, 
nous avons aussi la sous-signature de Salomon, c'est-à-dire ben Juda. 
Il faut donc renoncer définitivement à la supposition que le prétendu 
Salomon ben Joseph aurait occupé le gaonat après Salomon ben Juda, 
donc après 1046. Là encore la liste doit être modifiée, comme plus haut 
pour Josia. Cependant, Salomon ben Juda paraît avoir été déjà en fonc- 
tions dans sa vingtième année, car ses lettres a Sahalon renferment 
d'importantes allusions et particularités relatives à la révolte des princes 
bédouins contre le Fatimide Al-Zahir. Il est toutefois difficile de décider 
quelles lettres émanent de Salomon I et quelles de Salomon II. Peut-être 
l'épithète T^^iin est-elle employée pour le distinguer de son prédé- 
cesseur? Salomon affectionne d'ailleurs d'autres épitbètes encore, comme 
par exemple rsDTj". On peut aisément se représenter que les débuts de 
Salomon dans ses fonctions n'ont pas été sans difficultés; il n'avait, en 
effet, aucun rapport de parenté ni avec les Hillélides, ni avec les Aaro- 
nides ; il avait, de plus, la malchance d'être un étranger. Il eut d'ardents 



i 10 REVUE DES ETUDES JUIVES 

adversaires el des candidatures s'opposèrent à la sienne. Comme nous le 
voyons par pes lettres, l'incident rapporté dans le D^Ton 'o et sur lequel 
Abraham Epstein a le premier appelé l'attention, n'est pas purement 
imaginaire. Le candidat de l'opposition aurait été un certain Ebiathar, 
de la famille aaronide. Ebiathar était Ab sous Salomon II et mourut 
comme tel; le « troisième » prit sa place (cf. là-dessus n-D^/jn, 1914, 
îr» lit. -2o . — P. 91. Joseph ben Salomon ha-Cohen est aussi appelé 
n3" , 'J ,, r: a« par son tils n"p-i7j ; ceci n'advint pas « en présence du fils de 
l'adversaire de son père » p. 92), car il aurait pu appeler tranquillement 
son père Gaon. La note 4 induit en erreur, en ce que dans le colophno 
il est question de Joseph I ha-Cohen, et non de Joseph II, qui n'est connu 
que comme -ruT! 3N (il en est de même dans la liste commémora- 
tive de Greenstoneï. Il en résulte que c'est Josia ici qui est Gaon 
vers 1015. — P. 92. Daniel ben Azaria était déjà en fonctions en Tébet 
363 (1052). lia aussi confirmé dans son poste et ses dignités Joseph, fils 
de Samuel Hanaguid (mort vers cette époque), ainsi que nous l'apprend 
un intéressant texte d'Ali Héhaber ben Amram. C'est ainsi qu'on trouve 
dans la lettre le passage suivant : 

K-œan wsytn irtt^Di inanp mz5« a^naDm unnn "paon Dtan oa 
T»aan ïvran by imba d»"^ "tyb '">rr apa"> psa m^ «en bilan 

Daniel semble avoir considéré comme une tâche particulièrement lourde 
l'obligation de répondre aux questions halachiques et rituelles; il dit 
une fois, en effet, ambtfsn Tj^ba» irm^i (les deux lettres dans le ms. 
Adler, n° 3765). — P. 94. David ben Daniel n'était pas fils de Daniel ben 
Azaria, mais du babylonien Daniel ben David, comme nous l'avons 
montré plus haut. Daniel ben Azaria fut gravement malade depuis 1059 
jusqu'en Eloul 1062, où il mourut. Il est donc bien invraisemblable qu'il 
ait encore eu un fils cette année-là. De plus, il est impossible qu'après 
le repentir et la pénitence de Daniel, son fils soit retombé dans la même 
faute. Ce n'est guère concevable non plus, car la Meguilla d'Ebiatar 
n'aurait certainement pas été muette sur ce point. —P. 95. SurElia Gaon 
on ne sait rien d'autre, sinon qu'il eut un oncle nommé Abraham, d'après 
T.-S., 13 !., ZB., 12. Si cet Abraham ha-Cohen est identique avec le Ben 
Joseph I dont nous avons fait plusieurs fois mention, son père s'appelnif 
donc aussi Salomon ben Joseph. Toutefois cette hypothèse demande 
confirmation. — P. 98. Jacob ben Joseph Y'a signe avec Saadya ben 
Meborah des documents à Fostât, dans les années 1018, 1017 (T.-S., 13 J. 
t, 4, et ibitl., I, 30;. — P. 100. Sur Samuel ben Abtalion, voir maintenant 
Heviif. LXIV, p. 69; cf. 2TJ liriN, IV, p. 20.— P. 106. Abraham de 
K.ibès est appelé .'uissi Gaon dans biSttîNtt, éd. Auerbach, p. 64. — 
P. 108. Ajouter : Joseph lob Elem, d'après Luzzato, Béth hu-Oçar, l\0<c, 



BIBLIOGRAPHIE Hl 

Maçliah b. Paltiyahou, dans Yescliouroun, IV, 191. — I'. 110. Manquent 
ici Azaria (v. plus liant), Jnda Gaon, Revue, LXVIII, H9, n° 27, et un 
Matityahon Gaon de Paris, v. Or Zaroua, p. 138 b ; Magazin, 1877, 
p. 3; M. G.W.J., 1885, p. G8, 2; Ms. British Muséum, Add. 11, 566, 
p. 12 b. Pour le titre de Rasehi, voir encore Luzzatto, b"T^ ^5D, p. 280. 
Au terme de ces observations, nous exprimerons notre reconnaissance 
à l'auteur pour l'apport précieux dont il a de nouveau enrichi l'histoire 
de notre littérature. Son travail va pour longtemps aider aux recherches 
sur ce domaine et attirer l'attention de beaucoup de savants sur un 
chapitre négligé de l'histoire juive. 

Londres, 28 juillet 1915. 

A. Marmorstki.x. 



Hirschfeld Haktwig. Qirqisâni Studies. Londres, 1918, in-8° de 59 pages. 

Dans ce travail M. Hirschfeld publie le texte d'un fragment dn 
commentaire du Caraïte Qirqisâni sur les parties non législatives du 
Pentateuque.Ce fragment contient le commencement de l'introduction, 
où l'auteur exposait trente-sept règles concernant l'interprétation de la 
Bible. Le morceau s'arrête dans la vingt-quatrième. L'écriture du texte 
est arabe, mais M. Hirschfeld croit qu'elle a été substituée à l'écriture 
hébraïque. 

M. Hirschfeld a donné une préface, où il ajoute quelques observations 
à ce qu'on sait de la vie et des œuvres de Qirqisâni, et où il considère 
l'écrivain comme philosophe, exégète et grammairien, en utilisant le 
texte nouveau qu'il publie. Gomme Saadia, Qirqisâni veut concilier la 
tradition et la raison, mais en insistant encore plus sur la nécessité de se 
conformer aux exigences de la raison dans les questions théologiques et 
religieuses. 

Gomme exégète, Qirqisâni montre la môme largeur d'esprit. S'il admet 
que Moïse est l'auteur de tout le Pentateuque et que l'hébreu est la plus 
ancienne langue, il pense que l'on ne doit pas s'attacher à la lettre de 
l'Ecriture, quand la raison s'y oppose, et il accepte le principe rabbanite 
que la Tora a parlé en langage humain. 

M. Hirschfeld revendique pour Qirqisâni le titre de grammairien; il est 
porté à croire que c'est chez les Caraïtes qu'est née la grammaire 
hébraïque, et, contrairement à l'opinion de Bâcher, il nie que Saadia soit 
le créateur de cette science. Il dit que l'on possède maintenant une note 
grammaticale écrite par un Garaïte et antérieure d'un siècle h Saadia. 
M. Hirschfeld oublie qu'on appelle grammairien celui qui étudie la gram- 
maire comme science particulière, et non pas celui qui fait telle ou telle 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

observation rentrant dans le domaine de la grammaire. Déjà les docteurs 
du Talmud ont énoncé des règles grammaticales, réunies par Berliner. 
Ce seraient donc eux les premiers grammairiens ; mais ni eux, ni les 
Caraïtes, ni Ben Aeher, ni Ben Koreich n'ont rédigé de grammaire, tandis 
que Saadia en a composé une.Qirqisàni, en notant dans un autre fragment 
du British Muséum que l'hébreu elh est employé plus largement que 
L'arabe iyyâ, ou ici que le passé est changé en futur par le waw, que 
le fié intcrrogatif peut manquer et que parfois il est suivi du tachdid, 
que l'on emploie le singulier pour le pluriel et réciproquement, reste sur 
le terrain de l'exégèse et c'est pourquoi ces règles sont mêlées avec les 
autres. Bâcher — après Ibn Ezra — a donc bien raison de considérer le 
Gaon comme Le véritable fondateur des études hébraïques. La publica- 
tion de M. Hirschfeld n'en est pas moins intéressante et mérite d'attirer 
l'attention des historiens de la littérature juive. 

Mayer Lambert. 



Le Gérant : Julien Weill. 



VERSAILLES. — -ÎMI'KIMERIES CERF, 59, RUE DU MARKCHAL-FOCH 



LES « CHAPITRES » DE BEN BAJOI 
ET LES RELATIONS DE R. YEHOUDAÏ GAON 

AVEC LA PALESTINE 



Comme beaucoup d'autres œuvres de notre littérature médié- 
vale, les Chapitres de Beu Bâboï ("naaa p*i ■np-ps) sont une 
aubaine de la Gueniza. L'auteur était un disciple de Râba, qui, à 
son tour, fut à l'école de R. Yehoudaï, le fameux Gaon de Soura 
(vers 760 de l'ère vulgaire). Ben Bâboï fleurissait donc au début du 
ix e siècle. Il serait oiseux de rechercher pourquoi l'intéressant 
traité de cet auteur, dont on reproduit ici une partie essentielle, 
est entièrement tombé dans l'oubli, tandis que d'autres produc- 
tions littéraires de la période gaonique primitive, comme les 
Scheèltot et les Halachot Guedolot, ont été préservées pour la 
postérité. Le fait est que le nom de l'auteur est tombé dans un 
oubli d'où il n'a été tiré que récemment. La manière dont ses 
« Chapitres » ont été retrouvés est instructive pour l'histoire de la 
dispersion des manuscrits de la Gueniza. 

En 4903, Harkavy publiait dans Uaggoren (IV, 71-74) deux feuil- 
lets d'un ouvrage talmudique où l'auteur prétendait avoir exposé 
les vues de son maître Râba, lequel était un disciple de R. Yehou- 
daï Gaon '. Ces feuillets sont donnés plus loin sous le n° II (p. 139 
suiv.). Harkavy inclinaitày voir des Responsa gaoniques deR.Hilaï, 
père du Gaon R. Natronaï 2 . Trois ans après, Ginzberg publiait à 
son tour deux feuillets de la Gueniza, collection Cambridge (Tay- 
lor-Schechter = T. S.) qu'il attribuait à un « docteur palestinien, 

1. infra, p. U2, i. il suiv. "mabnE «b dd"ôk "»naroia "ibbn □■nanrr bai 
...nafin mwtz) ^a^i mrro ...mç ■wnbn: -1212 NbN ^PEarra »bi 
*pN3 "wnrp a-i -1» T»»an mmo. 

2. L. c, 71 ; voir aussi Hakkédem, I, partie hébraïque, 64. 

T. LXX, N° 140. 8 



114 REVUE DES ETUDES JUIVES 

un élève, ou du moins, un contemporain plus jeune de Yehoudaï 
Gaon » (/. Q /?., XVIII, 109-12 = Geonica, II, 50-53). Dans la 
Hoffmann Festschrift (partie hébraïque, p. 262), Schechter a parlé 
d'un ms. en sa possession contenant le début d'un ouvrage appelé 
« Chapitres », de Ben Bâboï, disciple de Râba, disciple lui-même 
de R. Yehoudaï. Il supposait avec raison que les feuillets publiés 
par Harkavy formaient une partie du même livre. Dans la J. Q. R. 
(n. série, VII, 473, note 17), j'ai été plus loin, en présumant que les 
deux feuillets publiés par Ginzberg appartiennent aussi à ces 
« Chapitres ». Dans la suite, en fouillant dans le fameux fonds de 
la Gueniza à Cambridge, j'ai trouvé deux autres feuillets qui se 
placent au bout de ceux que Ginzberg a mis au jour. Ils mettent 
hors de doute que tous ces fragments sont des portions d'un seul 
et même traité. J'ai, en outre, identifié deux autres feuillets. On 
les trouvera tous reproduits ici dans leur ordre véritable. 

Le début se trouve dans le ms. Schechter. Nulle indication n'est 
donnée concernant son étendue. Il faut espérer que ceux à qui il 
a été confié le rendront bientôt accessible au public savant. Voici 
le commencement, tel que Schechter le donne : 

.b"3CT "pé« wim 3173 -p»bn Katm «aa-n rrmabn rnasa p "Hp-no 
oa-naab yn-itti ' rr.bsn yp^ai aiû }"naïa Damna -pste Tiare 
min ûnb ■jnai mTaia û^au:?: ana -ina bfinrç* na * '-pnn nanjrai 
la-no» hd b^aia nnm vii anaaia nmm ns [bya] rmm anaa 
na by rrnm a?» anaa min : ans hd by min bba anaa rmm 
.* lai a^ ^m narrn ma ynsoj na-ia 3 airo ^aia yp *pK t* nam 

Ben Bâboï paraît avoir écrit son traité en l'honneur de quel- 
ques uns de ses amis. Il appuie sur la tradition comme l'indispen- 
sable complément de l'Écriture. Il a en vue les Caraïtes, qu'il 
dénonce vigoureusement dans la suite de son ouvrage. 

La portion des « Chapitres » reproduite ici contient en premier 
lieu 4 feuillets continus (sub I, m/m, p. 129 et suiv.). Ils abondent 
en détails d'intérêt historique, parmi lesquels il faut souligner 
particulièrement, pour son importance, l'indication des rapports 

1. L'auteur assure ses correspondants qu'il les mentionne dans ses prières. Pour 
mbsn ]Vy cp. Sabbat, 127 a 'iDT a"HaT "ibtf, qui font partie maintenant de notre 
office du matin. 

2. = BipttH. 

3. Job, 11, 9. 

4. Tout le passage ressemble de façon frappante à Midr. Tanhouma, n? 'd, 
comme l'a fait remarquer Scliecljter, 



LES «CHAPITRES» DE BEN BAB01 115 

entretenus par R. Yehoudaï avec les sages de Palestine. Le Gaon 
de Soura s'élève contre un certain nombre de pratiques en vigueur 
en Terre-Sainte. Ben Bâboï les énumère en détail, ajoutant en 
même temps des arguments de son cru à l'appui des opinions du 
Gaon. Le squelette de la relation est conservé au milieu des digres- 
sions par les en-tête bmum, c'est-à-dire, R. Yehoudaï écrit à la 
Terre-Sainte « au sujet » des cas en discussion (voir plus bas, 
pp. 136-137 (1. 6-7, 12), 139 (1. 25), 140 (1. 15 suiv.), 143 (1.12 suiv.). 
Le sujet traité à la fin de I montre clairement que le commencement 
de II en est la vraie suite, sauf seulement une légère lacune. Il y a 
aussi des lacunes entre les deux feuillets de II, entre la fin de II et 
le début de III et finalement entre les deux feuillets de III. 

Venons-en maintenant à la discussion détaillée du contenu de 
nos fragments, en considérant d'abord la partie qui traite des rap- 
ports de R. Yehoudaï avec la Palestine. Ce Gaon a été un des plus 
éminents parmi les présidents d'écoles babyloniennes. Son autorité 
commandait un tel respect que les générations postérieures accep- 
tèrent ses décisions comme obligatoires, malgré tous les arguments 
qui pouvaient être produits à rencontre ^. Ben Bâboï, en particu- 
lier, parle avec beaucoup de déférence du maître de son maître 
(infra, p. 135, 1. 26 et suiv ., et 142, 1. 1 et suiv.). Il déclare que 
R. Yehoudaï appuyait toutes ses décisions sur le Talmud ainsi que 
sur des pratiques traditionnelles, mais sur celles seulement qui 
lui avaient été transmises par son propre maître. Il prenait comme 
exemples à cet égard R.Yohanan b. Zakkaï etR. Eliézerb.Hyrcanos, 
son disciple (infra, p. 135, 1. 23 et suiv.). Et Ben Bâboï, en vérité, 
marchait sur leurs traces en proclamant avec emphase n'avoir fait 
état dans son traité que des opinions en accord avec celles dont il 
avait été imbu par son maître Râba, qui, à son tour, n'avait pas 
dévié des instructions que lui avaient données R. Yehoudaï {infra, 
p. 142, 1. 17 et suiv.). 

R. Yehoudaï est le premier qui ait déclaré terèfa toute bête 
présentant une îoto quelconque, ne permettant point d'examen 
(np"H3) en vue de rendre la bête propre à la consommation 
{infra, p. 135,1.7 suiv.). Ben Bâboï rapporte comment R. Yehoudaï 
réussit à convaincre ses collègues, qui s'opposaient à ce rigorisme. 
Et, ajoute notre informateur, toutes les autres décisions du Gaon 
emportèrent généralement l'adhésion de l'école. C'est ainsi que 

1. Cf. le passage caractéristique dans Ittour, II, 2 «, ^TON iN-PÏT 2") "173T 

abDi7: ■wnm m ntt Nnmntttt "miûi mipa rrmnb (122) ^bitaab 
nowB n?3 -\*prù na "13a Ttf Dipw b3E "jn^bn $w^b v^v ^"sy^y pîiaw, 



116 HKVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

ses règlements concernant la «a-pD restèrent en vigueur en Baby- 
lonie et dans d'autres régions pendant des siècles après lui. Une 
lois, le Gaon Jacob ben Mordekhaï de Soura (801-18) voulut per- 
mettre T « examen » pour «abi «an^b, mais les autres membres de 
l'Académie s'y opposèrent résolument, si bien que l'interdiction de 
R. Yehoudaï prévalut 1 . Ben Bâboï nous dit aussi que R. Yehoudaï 
tenta de persuader les docteurs palestiniens de prohiber tous 
ensemble ndto np^a. II combattit de plus un certain nombre de 
pratiques usitées en Terre-Sainte comme étant illicites (nabïia abro) 
et dues uniquement aux persécutions (7nw) dont le judaïsme pales- 
tinien avait souffert sous le gouvernement byzantin avant la con- 
quête du pays par les Arabes vers 640 de l'ère vulgaire (plus loin, 
p. 136, 1. 6 suiv.). Ben Bâboï s'étend sur ce fait, déjà allégué sans 
doute parR. Yehoudaï dans sa lettre, que les docteurs palestiniens 
ne pouvaient avoir une chaîne de la tradition sans solution de con- 
tinuité, puisque, en raison de cette oppression, l'étude de la Tora 
avait dû être souvent interrompue et que les écoles n'étaient pas en 
état de continuer leur activité. D'autre part, Ben Bâboï revendique 
pour les Académies babyloniennes une connaissance intégrale des 
lois et des pratiques transmises par tradition, parce que Edom (la 
Byzance chrétienne) n'avait jamais réussi à étendre sa domination 
au delà de l'Euphrate (plus loin, p. 139, 1. 5 et suiv.) 2 . Ainsi notre 
auteur emprunte à l'histoire des arguments à l'appui des autorités 
babyloniennes demandant que leurs décisions soient reconnues 
par le judaïsme palestinien. 

Si plusieurs des coutumes et pratiques de la Terre-Sainte ont été, 
en effet, le résultat des persécutions subies sous Byzance, elles se 
prolongèrent plus d'un siècle après que l'Islam commença de tenir 
le pays sous son sceptre. Vers 760, R. Yehoudaï protesta contre 

1. Voir l'important liesponsum dans îTPj} fnfan, n° 15, et Geoiiica, II, 29-31 : 
cp. aussi J. Q. H., a. s., VII, 482. Nous lisons, en outre, dans D"^n mïTIN 

éd. Schiesinger, il, 415, D^swan "înbcw b"T mbima ann a ta a mna ^nN^Ei 
N3bn ÊflCB-itab (nm-iDH) nsin -rn» nrNtt; "pb* naycisi b"T rmm n»b 
KWiaaiB abna mpia'n manama ar m^i rvns ^n V'n b"T a-in a^iam 

7!T31 &OTD 3T13 13N£tt N31 OTIKn 173 plia 1P1N J*p"WM 15K1 «351 
bab «b» {i-e. Barceloni) ^« ittlN"! DWÏttfl ib limi -piaa»1 Tntt ^N 

snaai (lire rmm) ^iin 1 n?j n:n ^an ia*»b D^an in» ^a viwn din 

'131 ÊOTJ K3"|. Ce \\. Yehouda (ou Yehoudaï) peut avoir été le grand-père de 
Scherira et Gaon de Bagdad [Poumbedita, 906-18). 

2. Tout le passage concernant les écoles babyloniennes ressemble beaucoup à ce 
texte du Midr. Tanhouma, m 'S (éd. Jozefow, 1860, 13 6) : nriS^ '3 imN"! 

D11N «bl \V Nb p3 ob\a Nbl -J£^ «bl ^3t3 1ÎCI Nb. 



LES « CHAPITRES » DE HEN BABOÏ 117 

elles et entreprit d'amener les docteurs palestiniens à les changer. 
Mais il n'y réussit pas. Les autorités palestiniennes, toujours 
jalouses de l'indépendance de la Terre-Sainle, ne voulurent se 
soumettre à aucun ordre des docteurs de la Diaspora. R. Yehoudaï 
reçut cette réponse, probablement des membres de l'Académie de 
Jérusalem \ que, quelle que pût être la Halacha actuelle, la cou- 
tume (rctDtt) avait le pas sur elle 2 . Ben Bàboï est forcé de recon- 
naître que le Gaon ne put l'emporter, mais qu'il dut se contenter 
de faire sentir à ses correspondants l'autorité de la tradition afin 
qu' «ils ne fussent point hérétiques » (c'est-à-dire, ressembler aux 
Garaïtes. Voir plus bas, p. 1*37, 1. 8-9). 

Nous apprenons ainsi que R. Yehoudaï était en discussion avec 
les autorités palestiniennes touchant les « différences de coutumes » 
(D^rwM ^sibTi) entre la Babylonie et la Terre-Sainte. Un des points 
en litige était la tt2rpo. Or, il ne fait point partie de la série 
des « différences » connues jusqu'à présent 3 . Au contraire, nous 
lisons que les Babyloniens permettaient 1' « examen » unique- 
ment à l'égard des poumons, tandis qu'en Palestine, il se faisait 
pour les dix-huit sortes de mena '. Il est évident que cette col- 
lection de « différences » remonte plus haut que R. Yehoudaï, sans 
quoi mention serait faite des importantes limites apportées à 
1' « examen » des poumons en Babylonie par l'élimination de tous 
les cas de Nimo. Gela nous donne une indication importante pour 
la date des û^naw ■'DibTi. 

En Palestine, la êot»o np^n était pratiquée en dépit de la 
prohibition de R. Yehoudaï, ce qui provoqua un commentaire sévère 
de la part de Ben Bâboï : « Savez-vous, écrit-il, pourquoi les gens 
en Palestine mangent (la chair d'animaux qui ont contracté une) 
ao-po ? C'est parce que ils ne possèdent aucune Halacha du 

1 . Voir notre The Jews in Egupt and in Palestine under the Fatimid Caliphs, 
p. 57 (sous presse). 

2. robnb bl2 372 5n 272 • C'est un principe qu'un trouve dans jer. Yebamot 2 e , 
M. 22-23 : rtDbnn PM bî337a 5!T37am (voir aussi jer. B. A/., VII, au commencement, 
au nom de R. Hoschaya). Ainsi les docteurs palestiniens répliquaient à R. Yehoudaï en 
citant un principe du Talmud de leur pays! Très significative à cet égard est renon- 
ciation de la Mas. Soferim, probablement aussi palestinienne, ch. xiv, 18 (lin) : 

I12 m«n Nb ■parc sn372 ?2N T^m ana» t-obn boa» aron -n 7a arc m*\ 

mHn bip^im n^n^D Nbtf "irN minn (cf. les remarques de Miiller sur la 
p. 202 de sou édition). 

3. V. Miiller, Haschahar, vol. VII et VIII ; Finkelscherer, Lewy Festschrifï, 
254 suiv. 

4. Miiller, l. c, VII, 583, n° 18 : ^m J-ftma tfbfc* Tp^2 "pN mT72 '•tïîaN 



H8 RKVUË DES ÉTUDES JUIVES 

Talmud concernant les lois de Schehita (c'est-à-dire Houllin), ni 
rien non plus du Seder Kodaschim, tout cela étant tombé dans 
l'oubli chez eux, ainsi que la totalité du Seder Tahorot (plus 
bas, p. 137, 1.9-11). Quoique non entièrement exacte, puisqu'il 
existe un Yerôiischalmi pour une partie de Nidda, cette assertion 
est extrêmement importante. C'est jusqu'à présent la plus ancienne 
référence aux parties manquantes du Talmud palestinien. Elles 
n'existaient déjà plus au début du ix e siècle et ne furent probable- 
ment jamais mises par écrit 1 . Nous avons ainsi une preuve de 
plus, s'il en fallait, que le soi-disant Jer. Seder Kodaschim, dont 
S. J. Friedlaender a publié en 1907 les parties relatives à Houllin 
et Bekhorot, est une falsification, ainsi que l'a péremptoirement 
démontré Ratner 2 . 

Pour en revenir au cas de &ot>d spécialement quand il s'agit 
d'adhérence avec «nVi nibd-im, la coutume a varié dans les pays 
de la Diaspora. A Kairouan et dans toute l'Afrique, nul exa- 
men n'était autorisé, mais à Fez et dans une partie de l'Anda- 
lousie, une telle &otd était soumise à l'examen 3 . Il est difficile 
de déterminer jusqu'à quel point c'était dû à l'influence pales- 
tinienne. Il se peut que cette pratique soit le résultat de la permis- 
sion qu'on suppose avoir été accordée par le gaon Jacob b. Morde- 
khaï de Soura, qui, toutefois, nia qu'elle émanât de lui quand on 
l'en accusa (cf. plus haut, p. 116). Quoi qu'il en soit, nous compre- 
nons mieux à présent pourquoi les docteurs palestiniens, consultés 
par les Juifs de la région du Rhin (onm "«H»») vers 960 de 
l'ère vulgaire sur la question de Nnbn éotd, répondirent en 
reproduisant le Responsum attribué à R. Jacob, où l'examen avait 
été autorisé (voir particulièrement Revue, XLIV, 237 suiv.). Ce 
fut fait avec diplomatie pour montrer que, en dehors de la cou- 
tume qui prévalait en Terre-Sainte, même un gaon babylonien 
avait adopté une attitude conciliante dans ce cas. 

Le second point dont R. Yehoudaï s'occupait dans sa lettre aux 
autorités palestiniennes concernait l'usage d'une espèce de par- 
chemin mince, appelé en arabe rakk, pour les rouleaux de la 
loi. Le Gaon interdit cette matière et protesta contre l'usage qu'on 

1. Voir particulièrement Frankel, Mebo Hayerouschalmi, 45 a suiv. Sa démons- 
tration de l'inexistence du Jer. sur le Seder Kodaseliim est corroborée maintenant 
par l'assertion de Ben Bàboï. Les remarques de Weiss (i"m, III 5 , 205) ne font pas 
avancer le problème. 

2. Dans le périodique hébreu Ha'olam, 1907, et dans Hakhédem, 1, partie hébr., 
89 suiv. 

3. Voir J. Q. R., a. s.. VII, 482. 



LES « CHAPITRES» DE BEN BABOI 119 

en faisait en Palestine (plus bas, p. 137, 1. 42 suiv.) Ben Bâboï 
appuie l'opposition du Gaon de la preuve historique que ce par- 
chemin n'avait jamais été employé pour les copies primitives de la 
loi faites en Terre-Sainte. L'usage du rakk s'y établit par suite de 
la persécution byzantine, lorsqu'il fut défendu aux Juifs de lire les 
rouleaux. Il fallut les cacher pour leur éviter d'être brûlés. Lors- 
qu'à l'arrivée des Arabes, les Juifs palestiniens recouvrèrent leur 
liberté religieuse, ils n'avaient ni rouleaux, ni scribes de profes- 
sion expérimentés capables de préparer le vrai parchemin et 
d'écrire les rouleaux conformément à la Halacha. Pour faire face 
à cette situation, on se procura du rakk destiné aux livres non 
juifs et on s'en servit pour les rouleaux. Depuis lors, la coutume 
prévalut en Terre-Sainte de considérer le rakk comme convenable 
aux écrits sacrés. Ben Bàboï, qui répète très vraisemblablement les 
arguments de R. Yehoudaï, proteste que non seulement les rou- 
leaux de la loi, mais même d'autres livres bibliques et ne fût-ce 
qu'une seule lettre de la Tora, ne doivent pas être écrits sur du 
rakk, au lieu du parchemin préparé selon la loi. Dans l'ensemble, 
lesGueonim postérieurs adhérèrent à la prohibition de R. Yehoudaï. 
Seul R. Moïse, Gaon de Soura (832-43), permit le rakk pour les rou- 
leaux, mais fut critiqué par ses contemporains *. 

R. Yehoudaï s'élève aussi contre la coutume palestinienne qui 
permettait de laisser couler sur le sol le sang de la circoncision 
(plus loin, p. 139, 1. 25 suiv.). En Babylonie, on accomplissait le rite 
au-dessus d'une cuvette d'eau. Cette différence de coutume est 
déjà mentionnée dans les û^rritt ^"ibTi (voir Millier, /. c, 583, 
n° 17). Ben Bâboï combat énergiquement la pratique palestinienne, 
mais toute son argumentation ne nous est pas parvenue, car il y a 
une petite lacune entre I et II. Il conclut en citant l'usage des 
écoles babyloniennes consistant à mettre sous l'enfant pendant 
l'accomplissement du rite une cuvette d'eau chaude, où l'on répan- 
dait des aromates. Un peu de cette eau était versée ensuite sur la 
plaie en manière de précaution. On trouve une indication analogue 
dans un Responsum de R. Kohen Cédek (soit le Gaon de Soura, 
845, ou de Poumbedita, 926 2 ). A l'égard de la protestation de 

1. Voir Haeschkol, II, 37, et Teschoubot hagueonim, éd. Harkavy, n° 432. Là, 
R. Scherira et R. Haï identifient rakk avec le talmudique tlD^n, mais Ben Bâboï 
(plus loin, p. 137, 1. 17-8) établit que c'est la même chose que NinDI. Voir aussi 
sur ce sujet l'important fragment halachique de la Gueniza publié par E.-N. Adler, 
J. Q. R., IX, 681-2. 
2. Voir p-j£ -n^ra, 22 6, n° 11; lltouv, II, 21c, et b"mi2), éd. Buber, p. 373. 



120 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

R. Yehoudaï, un Responsum qui permet la circoncision sur le sol, 
quoique attribué à lui, doit avec plus de vraisemblance être attri- 
bué a R. Yehoudaï Gaon, le grand-père de R. Scherira '. 

La coutume palestinienne de jeûner le Nouvel An et le Sabbat 
mira déplaisait aussi à R. Yehoudaï (plus loin, p. 440, 1. 15 et 
suiv.) 2 . Cette question a aussi été agitée par les Gueonim babylo- 
niens postérieurs. R. Natronaï, Gaon de Soura (853-56), interdisait 
uniquement le jeûne du premier jour du Nouvel An, mais le per- 
mettait le second jour ainsi que le Sabbat suivant. Mais R. Haï 
s'opposait à ce qu'on passât le Sabbat dans le jeûne 3 . Il est inté- 
ressant d'apprendre que la Palestine était la patrie de cet usage 
et qu'il remonte au moins à l'époque de R. Yehoudaï, qui le 
combat. A l'appui, Ben Bâboï s'oppose à ce qu'on fasse une diffé- 
rence entre les deux jours du Nouvel An, à l'égard du jeûne. On ne 
peut le permettre en aucun des deux et encore moins le Sabbat*. 
Il discute au point de vue théologique la valeur relative de l'abs- 
tinence volontaire de nourriture et de l'accomplissement d'un 
devoir (dans notre cas, le devoir de célébrer le Sabbat dans le 
bien-être, nau: 53"# m*tt) . La récompense de la première est 
acquise en ce monde seulement, tandis que l'autre possède un 
pouvoir de protection aussi pour le monde futur (plus loin, p. 141, 
1. 20 suiv. ; cf. aussi p. 146, 1. 22 suiv.). 

Le feuillet 1 de II s'interrompt ici et il y a une lacune entre les 
pages. Au feuillet 2 (plus loin, p. 141), notre auteur exalte grande- 
ment la loi orale et dénonce ceux qui lui refusent toute force obli- 

1. Ibid. (£"1D, n° 12) : *\r>y 133 by b"l7ûb IHE W1ÏT an ^Eptt lb"W1»1 
''73*1 "PDU5 H7350. Cet exemple réfute l'affirmation de Mùller (Maftèah, 65) que 
tous les responsa attribués à R. Yehoudaï sont du Gaon de Soura. 

2. Cf. b"na©, p. 267, § 284, ^nN£7Û V'itT lia a ^amrp an Dttai 

uv^ -iwdd an "nnpia diid» n"n bia D'ma tt*n n "Oiea maamnb moN 
nwnnb moat *p maynnb tion D^arj dw -inimœ duîdi... a^aia 

n""lb\D D^aiCJ D■ , 73■ , '33. R. Saadya est donc d'accord avec le Gaon. 

3. V. Ibn Giat, ©"©, I, 43, et cf. b'HSÏÏ, 286. 

4. Millier (Maftèah, 6;j, n. 12) cite un certain nombre de décisions, appelées 
"WTirn '"H niDISp mabn, contenues dans le ms. Prague des Responsa de 
li. Héir de Rotheubourg. Tandis que la plupart sont attribuées à tort à R. Yehoudaï, 
l'un contient un passage qui ressemble de très près aux arguments de Ben Bâboï 
dans le cas ci-dessus : ^31D naïaa naym bfiWJ *P 3 * a H3TinNn ïiaïTBnm 

pi» marn «ba rmi»n i»pa?3 n"Dpn Kb« m ainat D'anTi ïi""i 
-»nw "pnaTi?a en» naiian «a Dan robn pi mrî ^i»3«a îarfcE 
■»» »b» nwnnb a^n ana «b s":nn n"n *pai» naïaa maynnb 
naïaa oiasb ma^ 'a laniM wn [tfb] Dan na*m nwnnb nam» 
...Tijabnn pi n:u:?arî pi «npttri p arma naina nwb aata 'ta brn» 
nar«an ^ nwn ©"a. 



LÈS « CHAPltRÈS » DE BEN BADOI iii 

gatoire, en adhérant seulement au texte biblique. Tout le passage 
est nettement dirigé contre les sectateurs d'Ànan, et c'est jusqu'ici 
la plus ancienne polémique d'un Rabbanite contre ces sectaires. 

R. Yehoudaï proteste aussi contre la facilité des Juifs palesti- 
niens à prendre des mets et du pain préparé par des non-Juifs 
(plus loin, p. 143, 1. 42 suiv.). A l'appui du Gaon, Ben Bâboï pose 
comme règle que le pain pétri par un Juif et même cuit dans son 
four est tout de même interdit, si un gentil a chauffé le four et en 
a assuré la cuisson. Le cas est encore aggravé, si la maison où 
Ton cuit (^tid) appartient à un non-Juif. Là s'arrête le frag- 
ment II. Nous lisons ici que les Juifs de la Terre-Sainte n'étaient 
pas stricts à ce sujet. Cependant, de l'une des « différences de 
coutumes » (Muller, /. c, 747-8, n° 30) nous recevons une impres- 
sion inverse, car on y affirme que les Babyloniens permettent le 
pain des non-Juifs, à condition qu'un Juif mette une bûche au four 
et participe ainsi à la cuisson, tandis que les Palestiniens prohibent 
les miches cuites de cette manière. Gomme le texte de ces -"D-ib^n 
est souvent corrompu, on peut hasarder la conjecture que l'attri- 
bution des coutumes qui y sont rapportées touchant le pain doit 
être intervertie. La pratique moins sévère de la Palestine est de 
date incertaine. Le « pain des non-Juifs » ("nsa bœ ns) était encore 
interdit à l'époque du patriarche Juda 11 (moitié du in e siècle) '. Il 
est impossible de déterminer quand le changement eut lieu. Très 
probablement la partie manquante du traité de Ben Bâboï contenait 
une indication à ce sujet. On peut ajouter que dans la première 
partie du x e siècle, le Caraïte Sahl b. Maçliah, dans sa lettre polé- 
mique adressée à Jacob b. Samuel, accuse les Rabbanites en 
Terre-Sainte d'acheter des vivres à des non-Juifs 2 . 

On ne sait combien de points étaient encore traités dans la lettre 
de R. Yehoudaï aux autorités palestiniennes. Somme toute, on 
voit qu'il était un rigoriste, et Ben Bâboï adopta la même attitude. 
Ce dernier est opposé à toute innovation, conséquence logique 
du principe qu'il ne faut pas aller au delà du Talmud et des 
pratiques traditionnelles transmises de maître à disciple. C'est 



1. Voir Graetz, IV*, 224. 

2. Dans Pinsker, IAkkouté , appendix 28 (en haut) nnpb imWTZJ 1"1?JN1 

■pto (32, i. n suiv.) Di-D3n D^np-in -na D^mitfi chpnnEi trpœM 
-pwn D^ipi ûTibiio ûbnpja dwi ban»-' *udiu: râpai aana «b 
...iznpn y-iT nspwi aipio» -pai ...Drpmb»i ûrrpibizn Dttnbw D-nan 
ba nr>n ù-^ipi irian piu; b» (à Pourim) ribaan «np -nriK dtosti 
Dmbaai an^niTOD apntttm û3?3u:3 û"W3n D^pntta -o*». 



112 KKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ainsi qu'il est hostile à toutes les insertions des paitanim dans les 
prières et particulièrement dans la Telilla (commencement de I, 
p. 429-30): Il n'est pas admissible qu'on intercale dans celle-ci 
aucune composilion liturgique concernant Tffi tidn, Agada ou 
Merkaba. Ici Ben Bâboï a évidemment dans l'esprit les liturgistes 
palestiniens comme Yannaï, Yosé b. Yosé et Kalir. Cependant sa 
proteslation n'a pas été suivie d'effet. Le Piyout a été accepté dans 
la plupart des pays, y compris la Babylonie. R. Nalronaïde Soura, 
qui fleurissait un demi-siècle après Ben Bàboï, a dû en autoriser 
l'introduction dans la Tefilla, quoique sous certaines réserves '. 
Notre auteur combat môme la récitation de û^nb "inaT durant 
les dix jours de pénitence. Elle semble avoir pour origine la Pales- 
tine, car l'auteur de la Mas. Sopherim affirme que la récitation 
n'en fut pas autorisée sans résistance 2 . Fidèle à son attitude 
générale, Ben Bâboï a dû être défavorable à toute innovation in- 
troduite en Terre-Sainte. Mais les Gueonim babyloniens postérieurs 
appuyèrent et préconisèrent l'intercalation de is-ot 3 . De même, 
l'insertion de nmnttb mna© bnam rxsr\ dans la première béné- 
diction de la Tefilla du Sabbat est combattue par notre auteur 
(plus loin, p. 133, 1. 11). R. Amram semble avoir eu cette formule, 
mais R. Saadya se serait, paraît-il, prononcé contre elle*. 

Particulièrement intéressant est le passage concernant l'intercala- 
tion du premier verset du Schéma (Deut., 6, 4), ainsi que la conclu- 
sion dans la Kedouschaque nous récitons actuellement au Moussaf 
des sabbats et des fêtes (plus loin, p. 134, 1. 5 et suiv.). Ben Bâboï 
fait valoir contre cet usage qu'il revient à dire le Schéma, dont le 
morceau Deut., 6, 4, est la partie essentielle, au milieu de la Tefilla, 
ce qui est tout à fait contre l'ordre. Bien plus, insister, comme 

1. V. TîTIja m^n, n° 50. Cf. Ginzberg, Geonica, I, 122, note 1. 

2. Cf. 198 : t|NT s"Dm^1 7l"n blB HT '33 Nb« ...13-DT 17218 *pN1 

"i-pnrr "'taipa "ib^a. v. éd. Muiier, p. 270. 

3. HTIjH mttn, n° 112 ; b"r53T23, p. 268, § 286. Cependant Barceloni, dans 
^< : l>her Haillim, p. 252, en bas, cite au nom de R. Haï : *p3") ^bl5"l &ÔT 

tpmb 12-dt D"Dnvn n"-n ïijqi ...ïirrô l'mE *p~ n "i^^b rt3-<tt">3 
in 3 ^;^rm inr: a"<3-i -o-isi ^n "pbn uni a^nb 3ina"i T1723 ">?2i 

...*T)an«b nm^a ^3W» "pD"n 73^73 3 bNliai DIT D'après cela, 

quoique ce lût accepté par la majorité du peuple, néanmoins les sages de l'école de 

Poumbedita (= Bagdad) s'abstenaient de réciter l2"nDT et les insertions analogues 
dans la Tefilla (cf. ibicl., 288, en bas). 

4. V. Sutdour, éd. Frumkin, H, 19 : t|01733 "p31 rmmB fm mai* *pai 

nm:?3b parais bfin©i "rçab bn:m nxm *p pra -para nm73a "pai 
m-n b"T m-iro an -n-o-nwa ab» . ..rîarî&o ïot ï*»b. (il y a ici une 
lacune. H semble qu'il y fut hostile.) 



LES « CHAPITRES » DE BEN BABOI 123 

c'est le cas dans cette Kedouscha, sur ce qu'Israël récite le 
Schéma « deux fois par jour avec amour » (narwo tyws), c'est 
se rendre coupable de vantardise et d'arrogance en présence de 
Dieu (plus loin, p. 134, 1. 11 et suiv.) '. Au nom de R. Yehoudaï, 
Ben Bâboï fait une relation de l'introduction de cette Kedouscha 
en Terre-Sainte (plus loin, p. 133, 1. 28 et suiv.)- Pendant la période 
byzantine un décret défendit aux Juifs de dire le Schéma et la 
Tefilla; le premier, probablement à cause de son insistance sur 
l'unité de Dieu, que le christianisme dominant regardait comme 
un blâme de la doctrine de la Trinité, la seconde probablement 
aussi parce que sa douzième bénédiction contenait une allusion 
directe aux chrétiens 2 . Les Juifs eurent cependant la permission 
de se rendre dans leurs synagogues le samedi matin pour réciter 
et chanter des passages bibliques (rmayn) 3 . Au lieu du Schéma, 

1. C'est à cause de cette objection, semble-t-il , que l'expression D^Wa-'D 
ï"nnN3 était omise à l'école de R. Haï (c'est-à-dire Poumbedita-Bagdad). Voir lbn 
Ghiat, 1L5"\D, T, 64, où il traite de la Kedouscha de Neïla du Jour de Kippour 

rrnmaa bna tpi»a 173a mnaa û'wd rrcnpa Ta-,8 ditû* an teni 
û-nttiî^ -pa tta^icna iNn an -173 -172N1 nmRb "jnas f» nnD?3i 
-ip^a* ba 510173 nbara abi mnrna nbsna Nb d-^d ùbub. La 

même déclaration, sous une forme un peu différente, se trouve dans le Sépher 
Ha'ittim, p. 281, en haut : Û^JD T31NO *73 "Ott f'HWb NpOD3 "{nO^NI 

no^N na vni "W "para a"tt)"im n"-n &"v\ nau; --soiTaa ûab rrnnb 
W^a bat* "ims D^aiNtE brins mEip» ïTEOai dsd »bi mans Nbi 
«bn ca w va »bn naïaa «b m»Nb a'ma^ isna sb iran b» o w 33maai 

nnblTa. Bareeloni remarque : «b Vim«b 15715 Nbl "pco "Ntl arDT WP 
C3"73 Tl3>-P. Mais R. Haï visé évidemment la seule expression ti3HK3 D^E^D, 
qui, nous assure-t-il, n'est pas du tout passible de désapprobation. Cependant, dans 
l'école de Poumbedita-Bagdad elle n'était pas usitée. La leçon du D^naTI '0 peut 
être corrigée en nanfiO D^S^D. H semble à peine vraisemblable que tout le passage 
depuis D^fta'D jusqu'à ûrob nvnb, comprenant ainsi Deut., 6,4, ait été omis dans 
l'Académie, à moins d'admettre que les arguments de R. Yehoudaï, Ben Bàboï et 
et leurs disciples contre la conservation du Schéma dans la Kedouscha n'avaient pas 
prévalu à Soura, où R. Yehoudaï a exercé comme Gaon, mais à Poumbedita, d'où il 
venait. Voir aussi plus loin, p. 125, note 1, d'où il apparaît clairement que le y73"!2J 
crans la Kedouscha était miT'â;" 1 VUS 5~37a. 

2. Cf. le texte palestinien de la Tefilla publié par Schechter, J. Q. R., X, 656 suiv., 
et Elbogen, Gottesdienst, 51. 

3. L'expression est dérivée des lectures des 1725*73 "'UÎSN dans le Temple (Taanit, 
c. 4). Sur les m"7733>73 dans le rituel, v. Mùller dans son édition de la Mas. Soferim, 
p. 239. Notre auteur raconte (plus loin p. 133, I. 2) que le samedi matin les Juifs 
palestiniens avaient coutume de visiter les synagogues quand on disait TEa'73 
^01733 3*73^1 Umpi. U semble que TE 3*33 soit ici = ÎTTW, c'est-à-dire la 
Tefilla. Comme elle ne contenait point d'allusion au christianisme, les autorités en 
permettaient la récitation. f|0173"2 doit signifier ou bien « en supplément », comme 
Ginzberg le suggère (Geonica, II, 420), ou bien les mots tfb b3N sont tombés. Plus 
loin, Ben Bâboï appuie particulièrement sur le fait qu'en Terre Sainte le verset de 
Deut., 6, 4 n'était pas récité dans la Kedouscha du Moussaf du Sabbat. 



124 KÈVUE bES ÊtUbES JUlVËS 

ils auraient donc eu celte Kedouscba avec l'insertion de Deut.,6.4< 

Mais depuis lai rivée des Arabes, dont la venue signifiait pour les 
Juifs la restauration de leur liberté religieuse, chaque partie de 
l'office put être récitée dans l'ordre normal. Ici (voir plus loin, 
p. 133, 1. 7) semble s'arrêter la relation de B.Yehoudaï.Par consé- 
quent ce Gaon protestait déjà contre la conservation de cette 
Kedouscba. 

Ben Bâboï ajoute une information intéressante concernant la 
Palestine, à l'appui de l'opinion que l'insertion de Dent., 6, 4 dans 
la Kedouscba en Terre-Sainte était un expédient temporaire pen- 
dant les persécutions byzantines (plus loin, p. 135, 1. 17 suiv.). La 
coutume subsista en Terre-Sainte de réciter cette Kedouscba seu- 
lement à Y office du matin (rmm:) des sabbats et fêtes. Mais les 
Juifs babyloniens qui s'établirent à Jérusalem et dans quelques 
autres endroits furent cause de certaine friction en insistant sur la 
récitation quotidienne de cette Kedouscba. Mais pourquoi cette 
attitude des compatriotes de Ben Bâboï? Evidemment ils s'ef- 
forçaient d'introduire en Palestine la pratique de leur pays natal. 
En bon controversiste, Ben Bâboï accuse les Juifs de Terre-Sainte 
de conserver le.TOD rastt sans nous dire qu'il en était de même 
dans son pays natal, si bien qu'on répétait celte Kedouscha non 
pas simplement les sabbats et fêtes, et seulement pendant l'office 
de rmrnû, mais à cbaque office de chaque jour. Toutefois, il 
semble indiquer d'une façon générale que seuls de scrupuleux 
docteurs (l^m), tels que R. Yehoudaï, prenaient garde à « ces 
choses » ("ibbn û^nai), c'est-à-dire à l'origine et à la cause de cer- 
taines portions de la liturgie (plus loin, p. 135, 1. 25-20). 

Une relation historique donnant la raison de l'insertion du com- 
mencement et de la fin du Schéma dans la Kedouscba en Babylonie 
nous a été conservée dans les Responsa des Gueonim. Non seulement 
elle n'infirme pas le témoignage de Ben Bâboï, mais elle le rend tout 
à fait intelligible. Le roi de Perse Yezdegerd \y dit-on, avait interdit 
la lecture du Schéma (probablement aussi à cause de l'affirmation 
solennelle de l'unité de Dieu semblant dirigée contre le dualisme 
des Mages). Pour que le Schéma se conservât dans la mémoire des 
enfants, les savants firent en sorte que le début (Deut.,6, 4) et la 
fin to-'nbN '"i r3K) fussent entonnés dans la Kedouscha dans tous les 
offices de chaque jour. C'était fait de manière à ne pas attirer 
l'attention des autorités, qui ne semblent pas avoir empêché les 

1. Yezdegerd, Il 138-57) ou 11J. Voir Graetz, IV », 370 suiv., 384-5. 



LES « CIIAHTKES » DE BEN BAB01 12b 

Juifs de se réunir dans leurs synagogues pour la prière. A la mort 
de Yezdegerd, quand le Schéma put de nouveau être récité en 
public à sa place normale dans l'office, les docteurs voulurent 
retrancher cette insertion de la Kedouscha. Cependant, par une 
réflexion après coup, ils décidèrent de la laisser dans la Kedouscha 
de Mousaf comme un souvenir de la persécution endurée sous le 
défunt roi de Perse. Ainsi s'exprime le plus complet récit conservé 
dans b"nsio, éd. Buber, p. 38, § 45 ». Il est à présent confirmé de 

1. manions ^nasttt .riionps asb nn^mbn û'Wd nanb i3m r-nabn 
aab nn^nbn ûi»jb L]"m nnnsio ^son733 "p-iEnais rra b"i c^naan 
Nbio (i. ■nnrO mam *,w (awnn ns) pn: sn nnnsio ^sb nionips 
r mnn nmasio o^an ni03> n73 -inbab (i. 3>73io) N7310 rwnp i^p-* 
cjonTas v 2 n^nnios v 3 ('• niomp) niomp ba "ps nanbanb napn 
,ri3^bsr: ^tum .t:"n^s "pan nsios "psn bnns ps rmana "pa 
mwnNb m^n nttbn .oa^nbN 'i ^n nd^o baniû^ 3*7310 NiO'n 
■pa d"*7':rp! niopsn .mpn^nm ■'de 97atj nanion «bio ma ,rr^bsms 
nbasn naai073 msn "ib73rt (1. nimp) twp ybsn *p" n ^sn a^ior: 
tramas nap^na 3*7310' by na-psn Tran bs» "pbbsn» n^nn .mûri 
nnnssio anjbn nnttN m?3nab toio nnbab (nionnpn 17a) npbob niopsh 
aba nninnb a:rt aanamw ma bba mni«b «bio rima ban: Nb -\*\i- 
pn 3*7310 nKmp ûio "paio nb^a nbscnsn ■paanErn nb^sns nm« 3>spa 

nn3" 1 lD' 1 ">ni0 3 3r!j73. Un court récit, qui n'indique pas le temps de la persécution, 
est fourni par le Gaon Sar Schalom dans un Respousum cité par le Siddour de 
R. Amram (éd. Frumkin, I, 278) et répété dans Or Zarou'a, II, 22 a (voir, en outre, 
blSlONH, éd. Albeck, p. 39, note, où les autres parallèles sont cités). Sar Schalom 
seul mentionne l'insertion du 27310 dans la Kedouscha de mnniO, tant le sabbat que 
la semaine. Mais Or Zarou'a, ibid., cite du m3 , £p73n '0 que : 133") Ij^pnn 
Nnnblin «mbs bas ïi^bsns "n^TSb, c'est-à-dire même pour Minha, d'accord, 
par conséquent, avec b"!lS10. Le Schéma fut introduit dans la Kedouscha en Palestine 
et en Baby.lonie à différentes périodes de leurs persécutions respectives, comme on 
verra au cours de nos observations sur le texte. Dans le Pardes (éd. Const., 56 6), on 
trouve un récit combiné des deux persécutions qui obscurcit la suite réelle des événe- 
ments et embrouille tout le problème. Le Respousum de Sar Schalom est cité, mais 
au milieu se lit une glose qui provient évidemment d'une autre source. C'est ainsi 
qu'après !-!3'bsm m73nN mn THE mblO (cf. le texte du Responsum dans le 
Siddour de R. Amram, etc.), nous lisons : NblO lOnbs D"H73nN n^H mS^iin bsi 
■HXnan (comme le suggère Albeck «niji inns*nn) "'mwnn On *pj"<73n n^S" 1 

trbnai th Nb inan brniean nsb a^an-iE vni o^n^n û3» nnannaiu 

nnyio lobio i* ûio trrnTas n^rr a-aman -a bips s-73io nnab?3 m3nb 
vn 3»sin nn&n nnnpb n:73T m3»io y aie* 13* 13m- *s m^io 3»sini 
a-nma toi nnssn nnos in- D-soan» banio'n n^abnn o^snnNm 
a"73yD a^iTsn» vn niompn ^insn nionp D^-i73iNn ^bbcnan niomp 
mion-ips n^ioar D" i -i73iN n2Nio H73 ^ra ban mai msriN3. La suite : -jvsn 

ÎTnT3rj mbu33ia diffère encore du Responsum ci-dessus. Le passage inséré s'oc- 
cupe des édits des Byzantins eu Palestine, tandis que Sar Schalom, en réalité, 
vise la persécution de Yezdegerd. Du témoignage de Beu Bâboi il apparaît que les 
Juifs en Terre-Sainte avaient la permission de se réunir le samedi matin pour 
réciter des morceaux bibliques. Mais, d'après le texte ci-dessus, les réunions reli- 
gieuses avaient lieu secrètement. Nous possédons ainsi deux versions dont chacune 
peut refléter les conditions du moment à des époques différentes. 



126 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

façon frappante par le témoignage occasionnel de Ben Bàboï que 
les Juifs babyloniens, en s'établissant à Jérusalem et en d'autres 
lieux de la Terre-Sainte, insistèrent sur la récitation de cette 
Kedouscba avec mention du Schéma cbaque jour, évidemment 
parce que c'était la coutume dans leur pays d'origine. Ces Juifs de 
l'autre côté de l'Eupbrate vinrent très vraisemblablement en Pales- 
tine après que les deux pays eurent été réunis sous le gouvernement 
des Caliphes (à partir de 640). C'est ainsi que, plus de deux siècles 
après Yezdegerd, cette Kedouscba quotidienne était récitée en 
Babylonie. Le Responsum de b"mu5 cité plus haut nous dit, il est 
vrai, qu'après la mort de ce roi, « les docteurs de cette génération » 
décidèrent qu'elle ne serait plus récitée qu'à l'office de Mou- 
saf. Mais cette affirmation ne peut pas être prise à la lettre. Les 
persécutions religieuses continuèrent en Babylonie, avec intermit- 
tences, un temps considérable après Yezdegerd jusqu'au règne de 
Hormiz (579-89). On peut admettre que, jusqu'à la fin du règne 
des Sassanides, le fanatisme religieux des Mages parvint à 
maintenir en vigueur l'interdiction pour les Juifs d'affirmer publi- 
quement dans leurs synagogues leur foi dans l'unité de Dieu. Il 
n'y eut de changement en Babylonie, de même qu'en Palestine, 
que lorsque l'Islam, avec son strict monothéisme, devint la religion 
dominante. Le Schéma put dès lors se réciter librement, et les doc- 
teurs de Babylonie s'efforcèrent de limiter au seul office de Mousat 
les insertions du Schéma dans la Kedouscba. Le nouvel arrange- 
ment n'a dû être accepté que graduellement. Lorsqu'un certain 
nombre de Juifs de ce pays s'installèrent en Terre-Sainte, proba- 
blement dans la deuxième moitié du vu* siècle, ils connaissaient 
encore l'usage dédire cette Kedouscha journellement et l'introdui- 
sirent même dans leur nouveau milieu. 

En Palestine, les choses prirent une autre tournure. Un décret 
édicté par un empereur byzantin (probablement Justinien 527-65, 
connu pour avoir entravé la liberté du culte synagogal, par exemple, 
dans la question de la deiiterosi$ K ), interdit la récitation publique 
du Schéma et de laTefilla, qui passait pour provoquer des réflexions 
sur la religion chrétienne dominante (voir plus haut, p. 123). 
L'office à la Synagogue n'était permis que les samedis matins, 
pour y lire et chanter des passages bibliques. On peut aussi 
admettre que la Tefilla du Sabbat était également autorisée comme 
M contenant aucune allusion au christianisme. Les docteurs pales» 

1. Voir Graetz, V\ 21 el suiv. 



LES « CHAPITRES » DE BEiN BABOI 127 

tiniens se servirent du stratagème employé en Babylonie depuis 
les persécutions de Yezdégerd, à savoir d'introduire dans la 
Kedouscha le début et la finale du Schéma, et, agissant avec 
logique, ils en usèrent ainsi dans la Kedouscha de rrnnui pour 
remplacer le Schéma récité dans la prière du matin. L'arrivée des 
Arabes et, par suite, l'abolition de ce décret enlevèrent à cette 
coutume toute raison d'être. Néanmoins, elle ne fut pas abolie, 
mais resta en usage jusqu'à l'époque de R. Yehoudaï et Ben Bâboï 
et au delà. 

Tout cela ne concerne que l'insertion du début et de la finale du 
Schéma dans la Kedouscha. Le problème de l'origine de la 
Kedouscha reste en dehors de l'objet de notre discussion ici 1 . 
Ce qui est bien clair, c'est qu'elle était connue en Babylonie au 
milieu du v c siècle, lorsque, en raison de la persécution de Yezdé- 
gerd, elle s'augmenta de la mention du Schéma. Etait-elle aupara- 
vant récitée chaque jour, ou seulement le Sabbat, c'est ce qu'on ne 
peut préciser. C'est un problème aussi de savoir si, en Palestine 
avant les édits de Justinien, la Kedouscha, sans l'allusion au 
Schéma, faisait partie du rituel. Un Responsum des Gaonim, cité 
par Tosaphot, Sanh , 37 b' 2 , déclare qu'en Palestine la Kedouscha 
n'était pas récitée en semaine. D'après l'information que nous 
recueillons dans les « Chapitres » de Ben Bâboï, on ne peut décider 
sûrement s'il s'agit de la Kedouscha complète avec le passage 
'•oi nanaa itejd ou de la forme plus courte. Cependant l'Aggada 
qui est citée à l'appui de la pratique palestinienne fait croire 
qu'aucune Kedouscha n'était dite en semaine. Ici encore se pose 
la question de savoir si cette Aggada est la cause ou la justifica- 
tion de cette coutume. L'auteur de Soferi?n (16, 12, fin) parle de 
rrrw b© rcnp avec le commencement ^12)^:1 ^smya comme d'un 
élément quotidien dans la liturgie 3 . Mais il peut avoir vécu à Jéru- 
salem postérieurement à l'arrivée des Babyloniens qui réussirent à 
l'introduire dans l'office journalier. Enfin, on peut ajouter que 



1. Voir, pour cette discussion, Ginzberg, Geonica, I, 129 suiv., et Elbogen, 
Gottesdienst, 61-2 et 520. Les arguments du premier sont, dans l'ensemble, plus 
convaincants. 

2. nianp onttiN v 'n ^23 |pNiz) D^i&wn paiera aipa (5)3a?3 n"i) 
ïtpib n?3"iN îrn rpa bai -inab n^asa cïï rrnn ^aa a^pai paiau «ba 
Dipttn "2Bb nrnn a^n^iN parc ymoai binn yn^ pœqa ara ptin 
■toinib irtN q:a ti* "ô ©■* 3*^73 n'apm rpa w nab f^ 3>"um 

13273U3 PTT73T y-\&rt tpa» 'N310 nTlB ->3Db. Cette Aggada se rencontre 
dans le Midrascb ibia^l [R. E. J., XIV, 110). 

3. V. cependant ibid., ch. 20, 7, qui est obscur (cf. Miiller daps son éd., p. 229-30), 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'auteur des PirkédeR. Eliézer paraît se référera cette Kedouscha 
et il semblerait qu'il la récitait lui aussi chaque jour '. 

Les deux derniers feuillets conservés (III, plus loin, p. 443 suiv.) 
n'appellent qu'un bref commentaire. La lacune entre la lin de II et 
le commencement de III doit être considérable. Le premier feuillet 
de III est une sorte de Midrasch fait d'un choix de passages talmu- 
diques. La note dominante est l'enthousiasme pour l'étude de la 
Tora, même quand elle impose le sacrifice de soi-même et l'oubli 
des besoins de sa propre famille. 

Il y a une autre lacune entre les deux feuillets de III (plus loin, 
p. 146). Le second feuillet (fol. 6) consiste en une longue prière. On 
ne peut préciser à quelle occasion Ben Bàboï l'a composée, si elle 
est vraiment de lui et non citée au nom d'un autre auteur (car on 
voit que le début manque). Il se peut que cette prière ait formé la 
conclusion des « Chapitres». Mais il y a une autre alternative, c'est 
qu'elle était destinée à être insérée soit au commencement, soit à 
la fin de l'office (probablement celui de chaque matin) 2 . Dans le 
cadre du Schéma et de la Tefilla aucune intercalation liturgique 
des Païtanim n'était licite selon l'opinion de notre auteur. La doxo- 
logie avec l'accent spécial donné au Nom divin (plus loin, p. 147, 
1. 9 suiv.) offre un certain fond de mysticisme. Cependant le pas- 
sage en lui-même n'indique pas suffisamment jusqu'à quel point 
Ben Bâboï s'est avancé dans ce vaste domaine de l'imagination où 
les vrais mystiques de la première période gaonique ont régné 
souverainement. 

La discussion qui précède sur le contenu de la portion des 
« Chapitres » que nous sommes en mesure de reproduire ici atteste 
l'abondance des informations intéressantes que notre auteur a 
incorporées à son œuvre. Espérons que les sections de son traité 
qui manquent seront bientôt retrouvées dans les restes de la 
Gueniza. 

Londres. Jacob Mann. 

1. Cli. ni, lin, en traitant de la sanctification du Nom divin par les anges et les 
animaux de la Merkaba, tT3*l* 3T 1 5D3 T«»n V2V D"Hm73 DH\D btnUJ-n 

DD"*nba 'n ^:n sbiw "Wb n^wn Nim -ma... b&nur ynv D"n»ien 

m~)£ 3D73 DDnN b" , ^73n. Déjà R. David Louria, dans son Commentaire (p. 11 b, 
note 62), indique que la phrase de conclusion est une allusion évidente à la persécu- 
tion religieuse qui empêcha les Juifs de réciter publiquement le Schéma et qu'ainsi, 
par un subterfuge, le début et la fin étaient récités dans la Kedouscha. Tout le 
passaire des Pirké est évidemment conforme à cette Kedouscha. 

1. \\. Saadya a composé, lui aussi, une liturgie pour l'office du matin (nbsn 
-.TT^Ït, v. le Siddour d'Amram, éd. Frumkin, I, 127 et suiv.). 



LES « CHAPITRES » DE BEN BAB01 129 



[T. -S. 8, F. 2, papier, écriture carrée, dimensions : 17 c/m.5X14c/m 4.] 

(Fol. 1, reclo) 

3>3iz5[a ni*] nahnjx ninKia na-ia ^-1373 "n"»an yjaitûn baa 

«à uni imiab a^na npa nsnaio 'irn bp «Ta ruiac 

watt y[3tai3ïT] by naujttn ba s bTa[h] irai *^td3 ton nït in^a 

ncab -i[-ia]« fb^Ki P"'' 3 *^n w 1 DU: i^^in ^t ar^ »b bran 

«i7 2 [.«-i s-»] rmiaa bbxn ■»» nai \x» wb« h -ien[-j] hapbia vnarca 5 

D^bia"' D3?« rnïïn haab]?: ib'WiD inbTin ba y*mrù •bw© 

"U7373 **mn [*j]bm p-» "wa 7 bîan i^-idi mbnn ba y^artb 

8 bîan 1DU5T nn-»72 a^n nna m» ib^a» an h]yaara yn'ûun 

*\p^y «ba bbn nmwïi bai Epa»i tpn» ht "nn spoittn ba 

i-iENta ■ttsa «ba hap'bia -inara ton bbm tpjwn tprra rn -nn 10 

m ni? roo»b bbonrro ^tqtq nN-n «a 9 àfai rro m "hn irro »b[a] 

-pâma b^aïaa aann T-ntt -raîm naai rponn mwa 

"iT*im tibsn inb^sn "p» an i[3jpn «bu: nya in» -m spoim 

io ny «ba m» nan tpoimz; b^aaa mna nb^sn abonni 

rtans rir^ia na-ia »bi ûan n-Oïn «b ïw«i bran lapna 15 

"ipn -paTnu: ^asn MbN ûtaan wib n'aprn aiasn ima «b« 

73N 10 bran i3u: *pa main ">t air «b bon iapna ny «ba 

"I72N ims ■pTjnn va ninn a^ran nn» nnnn mnm «ran an 

*nn«h] pnv n fa» ton -13 na »an "-inen in» 11 n?a ûiuan T'hin 

1. = nmm. 

2. Cf. Ber., 33 a, lia, et Teschoubol hagueonim, éd. Lyck, a 36. 

3. Voir Ber. 40 6, Tos., 4, 5, où on lit : yn^nn rfllOnn. Mais j. Ber., 106, 1. 9 
du bas, a : 'En by H31D7:rr. 

4. V. Af<?£., 18, Makk. 10 a. 

5. = anniCV Ps., evi, 2. 

6. Suppléer D"TN. La pensée est interrogative : a Peut-on proclamer toute la 
louange due à Dieu? » Les mots *|P?nn . ..ib^DNttî semblent une glose explicative 
de notre auteur. 

7. C'est évidemment une interprétation gaonique du passage Meg., 18a (note 4). 

8. La première partie de cette sentence se trouve dans Kidd., 49a, en bas, Tos. 
Meg. 4(3) 41, où toutefois cela se reporte au Targoum. 

9. = spam q-in73. 

10. Taanit, 3 6. 

11. = "p-pTntt. 

12. Suite de Meg., 18a. V. Dikdoukè Soferim {= D. S.) ad lue. 

T. LXX, n° 140. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

iapm« rn272 -inv apbb marca -iE073n ba nT*bK n n ' -inaan n*»b 20 

ainau) rmz 2 Sri naiN *a -isio'h n:uî N^n abirn 17a "ipya Vrân 

***paa nca utn nnrp h unm 'arbam n* 1 ? dn y-ian nrsm 

nbiab 6 dïî B in nbvrn rrnïi ^b haï \xt3 bTi naa nsa iû\s mb *i73«i 

npintatt yboa «b^» nan*7aa *n73« 7 wi ai nhn ">a Np-iniatt 

VN'w bai ir.x na\a ib 'pâma nrrya nrna n/ia^an bai û^rnaa 25 

e {mn "i-iaoa a^bsa îb "pâma ib pso «mia pTa nana -pa» 

in nT*?ri ïam an bilan b»n iwn wan Si rrâp mnai 

ina'ca nnN ms ib^DN Epoinb -naaiB 173b nn[x p]-»» 

bwwb "nos© p« bai "bran lapn «bsj n?a73 hap['b]b 

pïï bai I0 mavin« tiibicai maiizjen rabiaa v[anisa] onx 

i»b\»ai " lioNi «jbwa ïrnjm Tnm -nos n?3ib tionib 

■voxa teiî -nowa n'ja-173 nu:y73 pio bai main[n»] 5 

-nowa pra bai Twa naa-itta «bi 12 [bn ia;a *pi8 "rma] "îb^DNi 

"173T73T b[-n]n73i ha'p'bia inau: p^odtdt 13 iam an an b«n "1731b 

irn bp 173b nnai ia Nima bai u naa« na^i pb*D3> nsm 

,s ^ïï? nai73^ -pria 27312:1 1H ^-iu:y nai73\z; bbenttffl dtnts 

ib -nowa «ai n^zv &rr in tzmp 16 -1731*0 nias n^bta 10 

nan fat» t*n^ in \anp nnaatn ay ittibi inb">an p"»osnb 

arnu: inb^an -ii»;pii: iy iion jnwiabi pimob ib*s«i 

1. Contracté de inaa an. 

2. Job, 37, 20; le verset finit par yba" 1 "O (cf. Rasclii). A partir de 'aïs ~73a, 
c'est évidemment une glose de notre auteur. 

3. Nombr., xvi, 32. 

4. Lire : -n»Ki. 

5. Ps., lxv, 2. 

6. = DO- Pour cette lecture, cf. aussi R. Hananel, ad. lue. 

7. SuppJ. 173». 

8. A partir de TnaTSn bai, notre auteur donne une nouvelle explication de 
l'opinion palestinienne rapportée par R. Dimé. 

9. Ici est cité un nouveau passage, lier., 336. 
10. V. Ber., 34a. 

h. = maiia»-). 

12. Hag., ±, i. 

13. = jniîm niaam bilan, c'est-à-dire le premier paragraphe de la Tefilla 
fi iiissant par 71371X3, après quoi sont insérés des Piyoutim. 

14. Ces compositions liturgiques sont inconnues. La première était évidemment 
destinée à Pourim, tandis que la seconde était [tour le 9 d'Ab. 

15. Lire : m©*. 

16. Lire : 172 1N"^. 



LES « CHAPITRES » DE BEN BABOI 131 

«mb p^osnb Min rtv mb mya"»N '"bon laiD *]ru5 »*pby nain 

••rinabrn "p^Ett hi rrfim h 7:n •p 2 *"' 2 " ,D " 1 *b«j ^ n ns-i fwaé 

na-i rpïïia «mba ym v^oon r N ^^b [iJ-ibn pnr pn b\a 15 

:, naa*i73 abri y\ny vrvn "j^ra naa-)72 mp*[».a] paiy braira 

«m nttibi inb^gn p?acnb -nowo 6 mma arobin mbi pois 

7 mbiaa to"» ira? n« ^paar: -itttn vib'w -nni'MD n* nan ïtoid 

p-'cs?: mas rrbuj bat* p">DD?3 irwa Trr naiN nna ont 

mawn -rrna ttp pb^sn "je -irrp mai: mbtii nb^sn mb-m 20 

V2 "înain im û^ann pn marnai 8 n*p -nass mbron 1731:? na 

mari» *p tia -»pa irwa V2 n« manaia ntaai *pa irwB 

*ib mom yn rrwan nnu) disia aurais ^pa mrna ^» 

pN mw insn insm •bât mbia -ina* 17212 mm bbantib 

manpb nm bp ^b anm 'Mnann i*r mm 9 bât mbua nns 25 

û*nam rrwttbi *pnnbi moab p^ac» ira nan marc Nmbi 

nmïï dinïï ma-ia ib[->N] 12 'birman "îaiD 11*1 " 'pp^oa.a a^nriN 

[T. -S. Loan 07, imprimé dans Geonica, II, 50-53, à placer entre les 
feuillets 1 et 4 de T. -S. 8, F. 2, étant les feuillets 2 et 3 du même 
manuscrit.] 

(Fol. 2, recto =1. c, p. 50.) 

un rrai 'im bpi »*'an gpoi nb^nn ta-maa qiai nbTin maaa im 11 
'bT73bn rtb ian3 D'an maTîi sbi na-p rrb rrrma nmnrnan 

1. fier., 216. 

2. Suppl. Tlfit 

3. Lire probablement : YmTabm. Au sujet de cette lecture, v. D. S. sur Ber., 
p. 102, note 70, et Halakhot Geclolot, éd. Hildesheimer, p. 42, n. 81. 

4. Lire : ib^BNlB. 

5. Depuis '{73T3, glose de notre auteur. De même à la ligne suivante, depuis "nattia. 

6. Le singulier paraît se rapporter à Rabin, qui rapporte cette opinion. Mais le 
pluriel irpma serait plus logique, ainsi qu'on lit, en effet, au ms. Munich [D.S., l. c). 
Sur la question de savoir si le nabn est comme Rabin, voir particulièrement 
nbsio ^yn sur les Scheeltot, mioana ; D, n° 1, n. 26. 

7. En qualité de Babylonien, notre auteur cite naturellement la fin de cette béné- 
diction comme la formule courante dans son pays. En Palestine, la conclusion était 
dlblDÏI nttJiy durant toute l'année. 

8. Lire : TTP. 

9. = mai:. 

10. Cf. le dire de R. Natronai (cité dans Millier, Maflèah, 104, n* 11) : NnabïTl 

mm "jnain *m -mata ba ns-> j"amaa mnaan Nmbiû bTintra p-o 

•J72K (L : ^$yi) "3*m mnjH ^13731. 

11. A prendre au sens iuterrogatif. 

12. Ber., 36 « en bas. 

13. Les notes de Ginzberg sont indiquées à chaque fois par la lettre G. 

14. Notre texte lit Ï1N11H3 au lieu de Q1TI723; cf. D. S., a. L G. — Tos. I, 10 
(éd. Zuckermandel) lit comme le texte ci-dessus. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n»D r>riN ba> ro^nx rârov na-n *pa7an nms -i^aai my^ïï 
'bran ib i3P3 anaana rt73i û^3a>373 Ma^n 'Vîbh 131a m an nTaan 
■nom) n?aa-i n?3a nnt* b* »bn a>au73 b* nnM m» Bponaïi ma^ia 5 
rown n»M pnaF na pna an "bran laia m an nnN pin iponîib 
■'"•om n;ma Na *vp?i ^3N "pensa hN T,3nn nm» a*«n ^73ia n">aa 
vna ib b« D^saobn -303 ^aisya ^naaoi *am n^a 6 'ana nnnpb 
nana Mb 7 na •;-« bbn ma "nan ba> nnaa>ia njTasya annb nm-n 
a^sm bbn ma "^a*! ba> na*Tû ^73 nn^ a^n aian nnaTn Nbi iû 
haprrâ tabla 8 nMun nnriaa va^aoi airo -pia bbn mas nsa>n ïrapiz; 
'an -nan ba» spavan baia 9 mansn anna ib*DM ra^ao ûa> pnpn?a 
Kiôia bab ll aTSh iaiai ,0 nm:a a^n n^a>ia ama "ib-^N nms in 
m» ib^aN hap'nbia -inaia ba» tponwE ynn a^as h'a'ph 
Mtt*' Mb nttJM i3m an an bxn ina ■pœ û^aa ph ib Ntaia ^m«5 nns 15 

ainsia nbia minn baa 13 N-iri?3 nnN -w "imœ np^Mbi d^3d 

ni* pi hapbsî inaia &onia "»:s7a nT piosa NbN û^3d Nia-> Nb ni»» 

•pab moM Tinbna ns-wa nsna ba nanab u ài na nsî nrnrp 

njbttin n?3"ib l8 *Ka inbi «a nn« mM spoittb moMi nmM 

bran -yapia iy na ipbna 'an naa ,6 iampn *pt n73Mb ffi-npn 20 



1 . Soukka, 37 6. G. 

2. = n-nasn. 

3. Ber., Ha, en bas. G. 

4. == irmn. 

5. — ^'jm. 

6. = -nais. 

7. Lire : na "pN125 PNT SWl. G. Mais la seconde moitié du ")73im bp 
manque. Lire plutôt na *pNlS 5)N. 

8. Lire 1N73, Ps., l, 3. 
9 B. K., 50 a. G. 

10. Cf. Sanh., 88 ô. G. Mais ce passage est de peu de secours. 11 est évident 
qu'à partir de trai73n bail) , c'est l'interprétation de notre auteur du texte de 
B. /C. 

11. Un passage semblable se trouve dans le ms. de Midrasch haç/gadol sur 
Deut., x, 17. G. Cf. l'Aggada sur ce verset dans R. H., 17 a ; Nidda, 70 6. 

12. Deut., x, 17. 

13. Lire N2t173 • 

14. = 133lwN^l -I3311N. 

15. Lire ou Na ou "^a. désire. 

16. La lecture iDTIpn est exacte, car, aux termes du texte de Ber., 12a, cité ici, 
il semble que I'.. Joseph el Dab.) pensaient tous deux que, pendant les dix jours de 
pénitence, les conclusions de la bénédiction devaient être modifiées. Mais le premier 
était d'avis que "1573 devait être au construit, « le roi de sainteté (lÛTipn) », « le roi 
du jugement ». L'article défini avec le mot ^bja va bien dans U3*npn *p73n où 
ia"Hpn est un adjectif. Mais dans le cas de t3DU373n "p73n, °" ,e secon(1 lllut ,st 
un nom. la construction est difficile. Cependant la nabn est comme Raba. 



LES « CHAPITRES » DE BEN BABOI 133 

ta a-n n-TOOT too «arn na nai ntta ' "bibn i^-ci: njaœ nabn 

rjsia-oi S7pns nnifi* -jbro umpri b«n a*"fi* bbem nbia naujn 

^bjjrt bbem a"msan ovb naian îacn "paia D'^ n~iiay73 ym 

■wnpn ^b» i73fi* qDT» 2-1 ttb* "nn ■■«» rjsia'ori -fb73n lainpn 

»nabm us-xîbïi "jbjan 3 unpn ^bart -)73fi* «a-n astûan *-fba 25 

anana nnaia "bon iapnia na-im nana ba pi «an mma 

NbN nanai nain ba -jb *j«i nabn i^apia ny na ipbna 'an naa 

"i-i nia bï ww 173 nafi* pi Tiabria nmN fcnma nneraî 5 

ibboh? «bi yaia n^np i^np^ «bu: bN-na-> ynfi* ^aa t>y mv 

vni] 

(verso = l. c, p. 51.) 

n-naya naîbi naib nasa n^nnu; oaa*ô )mN yn-<aa 
cioitta yaun unnpi naya nauja n^inïïa a^naifi* vm 
maba ha*ph nb^aio ■nœayi oaifi«a ibbn o^n::*- o*-iaiy «pt-n 
mina pioyb ain-om û-ôyau;- 1 isai mmnn bradai dit» 
laipaa nan nan fi*ba naib mot* bbsnnbi y arc n*np snpbi 5 
n^npi nb^m 7 'paa nnm -no fin naipan nmn 6 Man -.îp^na 
'paa bran pp^na 12*71 -lan bai nanai nann bai 'ipaa y au? 
n^-ipa nb->DP ifi* nbsna 8 'tu n^np naib iionïï wn laatai 
nanni naip^na rata nana «bat maitafin tabtaa nata -us yata 
9 '733 air: ai" 1 ifi< para nata n"OTa nnfi* Dtn laip-^na air: ai"» 10 
nniaab mnaiD on-orab bnam n*:n anaiNt» n;nna paa 
nana *paai nai« nira maitatfn tabtaa nata ,0 -narn naa 
*>ata nnt* nan ik nata n-ornb bran iap^n fi*bi naip-^na yata 
nT -"in nbsiai yata n^np &mpn ba u b'îan lata *pta o^ayc 
naib nmfi* o^aita 'ifi* mm^ 'n "im^y n->bi rrb ia« ib^sfi<i naia» 15 
-)73ifi<n ba fi^n^r ai 'fi< «m ia->fi< pDib inb fi^^pi 13 'py n-bi n^b i3N 
mb 0^173 rrb iaa n an fi^i a^p-isTai o^ni73 B"hito ynv ynv 

1. fier., 12 6. G. Cf. D. S., ad loc. 

2. Vocaliser lân'pn. 

3. Vocaliser IDlpn . 

4. Lire *pN1. 

5. Suppl. n». 

6. Il est probable que les paroles de R. Yehoudaï s'arrêtent là. 
1. = 0731P733. 

8. = 3^73^. 

9. Les deux premières lettres de la ligne suivante. 

10. = -va-n. 

11. Ber., 33 6. Nos textes lisent 3*73)125 ni* fiOlpn. G. 

12. Soukka, 53 6. G. Cf. D. S., a. I. (p. 176, en haut). 

13. — ia*a*^. 



I$4 REVUE DÈS ETUDES JUIVES 

rnapa n^uî "pfca o^nb la-nait n»ib ptt bai mbm» "i^i> 

N3 dn ''bibn nnwa mr»yatn«a V^sen trïi nana •p* 73 **bï 

rmm n?:a 'Tans na-m nana ba "py» nanai rtana ba tpoa nanb 20 

riNiDn bnN û^aia na-iaa rjoanai ndti nanan ïr&ODn d-titon 

nn arn nana ^yn iNbn n«iD"i naïaa rtwrai a^ian nanaa 

nioNia pta bai hapbia msTOan lûbusa pïî bai rwia» ht 

■•Sa» np^y bai mmrtN tablai maittîNi ttibraa rais biKob 

ftrnna narai nVwDa nma an*b ib^BNi nauja nb^Ria a-i3>73Uî 25 

ht ^nr: ïbna rm*sr»Na swnm mapaa ntmm naun fisnm 

nm« •pjïaa amnbn rtsnp-na rtanai naia ba naia NbN rmaia 

■p*»a Nb^a annnbi nana nna pytta «btû nttib bat* iiana 

*3sb osaau: ûint: nabi «a -hon "para «im» nana nms 

(Fol. 3, recto = Le, p. 52.) 

bas TOpai rapai "lam -ian- &tba -ittib bia^ ■parc am -naa ^b»?a 

mattjwta rryraa in nai imN "p^aa ^bra naia anynnb «a a&* 

[im]N van-n nana nan in nbaïaa naïai naraa nbaia 3-1^73 ^b?ûrr nx 

■paie- ba edu im« a^ic^n ims tjnaro im»3 an** *5D'b a*iN -ib^D&o 

i72"ip73 sbi in^ «b «in "para Tibwnb ump pa 27:12? pn^iNia rrr 5 

mima aba y?3iz; m"ip N*npb bran nap^n abia ■'as» bran «îsp^nt» 

s, ;iu:n-i piao ^72^5 nznNnnN aa m7:bnn ]w\ naran p naba ma-isn 

tek rmm an 8 tek *Kin "piaNn pioa ynv mnp Tpv »iK Nirruî 

BntDatt ïtoït "a-ibiB ytjie mnp wn iï hhk w bK *'•* fr yw baigna 

tek "pkw h 3*1 abn nDia ton it nnx w bk ^ b"< ^73Uî pan i3n Tun 10 

nan^a û^ys anaiNu: ht pau: ba 11^1 -i^ntj "ona nabn Nan 

a^-i7i"iN i3Nttî 6 ï7û-ito a^nn73i nbyw "sba nn^i o^»a Ninw 

p 3Maw 'n 7 b«i nby» isba in^i o^Taa Nirt^a ai" 1 baa a^w^a 

0^72 an?: nriNi a^n373 pi ma mmpw rj^n-iNT pn^aya -^nb 

«an abnyn ^n N^nia nmna "ppo!* isn ib^ENUî nb^w ^sba in:>T 15 

naniN hapn Nia «bts la^as^b narj pnnb nab -no» nb->bm BT«a 

1. A6. Z., 8a. G. 

2. Le copiste avait d'abord écrit "piaNI, il l'a corrigé ensuite. 

3. = 1731N. 

4. Les mots Nin "J1UJN"! p!02 sont une dittographie de la ligne précédente. G. 
Giozberg n'a pas saisi ici le but du raisonnement. Notre auteur critique l'insertion du 
273'a dans la Kedouscha : « Mais tu peux arguer que seul le premier verset est récité. 
Soit! Ce verset est la partie essentielle du Schéma. » C'est pour cela qu'il cite le 
passage talmudique, Ber., 13 6. 

5. l. nttsn. 

6. L. -|tt"IN1. 

7. Ber., 19 a. G. 



LES « CHAPITRES » DÉ BEN BAB01 13S 

nip T rn ton pis *p 3>ln ' " l ^ 1 ^^ ^pin ba aina 'pia ■maab îôn 

nbisna N2N "pb^b onp 2 p 3>73ia o^n^iN *pNia nti "77:1a 

rrnriTD] 

■p« nacn m 73"' bai n-na^aai "p 50 " 1733 bas naba n:u; bis 

abs 3*7311:1 smp b&nia^ y-iN3 d^-iwin pN t^d? ny 20 
in n a ;a a] 

baai D , »b«TT'73 yin T3b3 nnnïïD naba caita o^Ts^a 
rra^nTa] 

amby iba"»p;a n? np-ibn73i fta-nE itt)*;» p^abaa nn îz^ta 

yietaia mi^i mj^M n«i»a ba« ai^ baanump "1731b 
b»n»^] 

a^Tj^ai ri3Uî3 «:« îanp D^-i73iN p« pNbaa ona paie 

Nb« ona pipi73i Dm» 1^y73 pN "ibbïi û^iam laba a^ai:: 25 

D^aiz) rtTja 173 im»3 !r»n Nbia '«nn 1 3-1 ht: "pas pp^mn 

urn^ai mnbnai n3iz;733i N-ip733 b*na ï-rnia viaay iy 

-1731K mn «bi n«3y733 nabnai rmanai niDOinai 

Nb«3 nan] 

(ueî'50 = /. c, p. 53.) 

majyai nvonai m nu ai rns , npa bna mm 13-1 1073 a? ?a 123 

TToirr nN • moN73 mm ibia maitttt ba3 pipiTû mm 
D^n'ttb] 

t|M imwa mati »bi rmatwbi mnnb rn.nan ns anp73 mm 

■n*aïn ans oraam *araia n...a« ir»am manb ■oyiann an« 

«ba n73bn ima »bi rabna pia 5 pn ibbn a^-mn baœ nai ^"in?3 n3T 5 

rmn ^pTip^l a^pbi -13*1 *pn73 nai panbi ïtb^bai a*pa 13 manb 

ïiamo ba M ^»mm 3-1 -172 "jnb ioniz: p3Tai ma:» ■'pnpm 

ib^SN] 

*p-ion pan na^bi nain 'pncn pa rrp^ia ib p« manarr a in a 
6 ^nt rDnmna 'pnai pa sw-n na^3 'pncn pan nsm ^siaa 
iMib 137373 iiapai 7 73an n:bn vbr iirspns «112:33 'paon «pm 10 
mttbnn v^ ïnb 173» mis fnb ioin Nin p-»rs73 imb 

3-1 -I73N 8 1PD13] 

1. Ps., XLIII, 7. 

2. Lire ^3. 

3. Le participe araméen *|DN73 au lieu de 10173. G. 

4. Lire probablement 2^73123 ntttT ^b^]3125. 

5. = p. 

6. = ■ïiian. 

7. = a->73an ■>-i- | 73bn. 

8. Houllin, 48 a. G. Ginzberg, dans sa note (p. 53, n. 2), parle de la lecture 
t]0^■ , N3N, mais dans le texte il imprime , ^0^' , K3N. 



136 EtEVUE DES ETUDES JUIVES 

mu» nnamo ' pnn nap">ato ntj"n f^na 3-1 7:n ^?j^D^?a na rpr 
njtsjjû waanb *av «a« rrb '»« tmaaa -paon eom w^i -i»«i 

\sna n^N n3p^a "piratt mabs ïrona \X73 ^no «b xn "paol 

biôa Sp^a "jan 3 n?73 na m« nap^a p^-paN ^?a3 ^paoi as a* t|« 13.1 15 

bons ain nn vbttj «mia lawa nioa anoai nm» «in*»» ^ac73 

■•awjb Kbi an lûvrjb i«b ■•a» ■'qiïab m ^Ttaanb nrtma 

aa\xn «a^n ba ■p -»?aib k nn« a*ip7373 rwna na73 n»n« nb^ta a-np 

-paon Npim mibv ■*»£ pn ta^-iaNi ^aiso na-rm «a-po 

na7: n73n73 nb*œ ûnp sjot an bai 8 qo-n amn m* fcnuraa 20 

trn ns^-tf ano73i an br t|« apm )vdi avip ia^N nxna 

3*aip fEa "hitfyn abn pria an fa en 6 a-n?a m an bois ap^a larHTa 

•«m» ûjn.baie Nb abu^ia b'ï ^anin^ «a 73 »n m:n ûmo aa*»» 
^mTaçn nai] 

rà^Tab nabn imabi mttbnn p n^sn ab p"na nat son aab 
Rbi nnabnn 172 n^an ab u^ro nan ba» ia-i7a ^an ^a-173 25 
nabn i-na ïttt] 

7 «b ^n 13173 ntB*»b nabn ^"ra n^nœ in ^3-173 n;aj»b 
Tittbnn i» rp.Ki] 

rfm -nnbntt iw nabn ab œ^ia nan abat aab *»n-i7aN «b 
72b 'nabn -n^al 

naœw ^S7a nabn «ba Nnp7a non nabn amw "pa N^arn «a^pb -»a-i7a 

(Fol. 4, recfo.) 

-iWN âa nia3>72 niaa^a n;a:>72b bn ab ana^ia 19 irabn -«373 nabn aba 
ta wb n">b en nia 3*73 T»a*a nabn p n*a72N ^a prm nb -«on h n^b 
•jan-n ia-i[n]73 nayn «b »b"»Ni nu:?73 na^ n©^7ab nabn nab nd^ek 
Mois ^7a^ Nb^i nan nTaN «b^î ^éot p v an by 9 rby -nTa^n •'NaT p 
abna an"»by ibapi ,0 mnN ama m^obn iîr»b« h n^n ^ai ia-i 5 
nai ba iai] 

b^aœa nu:"" yn^b ana «in qxi anb -1731» n->nu: "ian 
ba b^aœai Nan^o] 

1. Lire pnnV 

2. Le copiste a corrigé les deux lettres fautives 72^ en mettant au-dessus "n, ce 
• lui l'ait p-n72N. 

3. Lire «bm. 

4. ini< aip7373 n'est pas dans nos textes. La glose rie notre auteur commence 
évidemment à partir d'ici. 

5. Houllin, 47 6. G. 

6. Houllin, 49 A, en bas. Nos textes ont y^iaa. G. — *j73a = f *a3- 

7. Lire -|b "p«1 ^3173. G. 

8. Suppl. fitn. Voir B. B., 130 6. 

9. Voir Soucca, 28 a. 

10. Ici se termi rient les paroles de R. Yehoudaï. 



LES «CHAPITRES* UK BEN BABOI 1 37 

**bi twuî snsaa NbN nabna «btû }na pâma» nu»a 

137373 îbap] 

omb* pTnnnb rap^ai nabnb boa» an3?3 ib inbiDn 

■nm ab.» pïnnm] 

no-t^o pbaiK rs?3 ^odts "p ann im« n^m ' ponp^DN 

m o?a «bi nt^mz: nab.m mabna nn» nabn oi^a "pana io 
o^iaip] 

mnnca no n»bn ibia a^iznp no dhto nanœs nbia 
'iDDT ibia] 

•jmN Yiav «bi» nnua 3 p"na mis pomoiD mm -iso b^anm 

*ia «•*« ïibtas mina init» «b v>idoj> nan mm ido ansb ^22D3>a 

rmn nao aiiab pa">y 8 x'yvb inai r*D3>a pa** »bw nn» "p-no 1 »» 

6 in»73 -in&o ma ama «b^j -rnao -usa "«as *b* ama «bus "in&o 15 

ûinapbpai oiapai a-ipoai aoa ana 7 b\bh naio *pi praa priori 

N[nnsi -^73 9 an i3\ai 8 N]-inDin b* ma ama^o i* main ^t n*" 1 «b 

nb->a3 rrnnn [ijNir» «b viaa* -ian y»©? «bi mapii nbm p"n "paa 

■•nn anT m-OTK ns ns^nuî in ma «bu: oana 10 "»ib p anairr h 73&n 

-jy ia nmpb -naa mm nso vwa "H 3 nnpb -nowB itaç ib^N 

&nm n^u: iaa b* rrat»b -latoja paana m-iua im« avcra 20 

prc "p"paa im« nsn^i ibia ma ipn aina^ ir noo ttîvro 

ama ^03*0 nb«n D"nain ba n« *»b« «np^ vdts ^rnna onb 173N"h ama 

Drainai o^aras pi mm brc D^^in niUTon pi . 1! ma nson by 

•pwa nb^aa ib^oai marip» ia id^ mfbn aa ib-oai mnra pi 

13 "bran «» ■pro 12 ht nabna nm« ama^ na» mruja mv& du; na 

1 . Cara'ites ? 

2. Les trois premières lettres de la ligne suivante. 

3. Lire pna, en arabe pi, mince parchemin. Cf. Mùller, Maftèah, 76, n. 20, qui 

cite le ji-de, ch. iv : pn 13-1* "pioba Nnpir: pnn iwn rr«rj iiwa rr^a 'n 
n"o 137373 "piDw mabna Bjbp N-ip3n Nim n^oa ^wy wm. Voir aussi 

r. i/., éd. Harkavy, p. 226, n. 3. 

4. Suppl. H730. 
S.' Lire «bllî. 

6. Comme nous disons « un sur mille ». 

7. Je n'ai pu situer ce passage qui doit se rapporter à mm ISO- 

8. Evidemment erroné. Lire bnan py. Voir plus bas. 

9. Cf. Sabb , 79 b ; Gittin, 22 a ; Meg., 19 a, en haut ; pi*| *paa est une glose de 
notre auteur. Pour p*n, lire pi. 

10. Cette opinion est donnée dans Sabb., 103 6, en bas, sous l'anonyme, comme une 
partie d'une Baraïta. 

11. Jér., xxxvi, 18. Voir Meg., 19a en haut. Pour les règles générales concernant 
l'écriture des rouleaux, voir jer. Afe^.,71 d, 1.9 et suiv.; cf. aussi Sckeèltot,bH'p^'\ 'D,fin. 

12. Lire riNT- Cf. aussi Scheèltot, l. c, et np? 'B, n° 145, au commencement. 

13. Meg., 17 b. 



i'è% hÉVufe bES ÉtubEs juiVks 

-no** mmn lua nn« ms ib"«Ni il oiBipa Knpoa aoa naina nn^n âS 
ïiajiaa «ba snp "nan •pâma, "pato isd» nb^aa ^aa. a» airob 
nm« "pâma «pa naio nb"»a» ib^sai nb^aa min 73 inîfi ixpja 

(umo.) 

ama 

n?n -s^arr b* «ai mbn ^a: br, n? ia\x ! bîbh laia *ptB nabna Nb« 

«bi dinapbpa «ai oiTaipa «b ama îa^ai iDoa b'n nb?a»n a* 

Ni™ nan baa «ai 'bran vton na NbN dizîti Nima nan baa 

^aa nana [maari] an iam nh ^nrrflb *K7a ■nn-Nb Diam 

•pâma p»© rprabb k rrma «nsb^n mai -p©a «ssan 3 n^-iid s 

ma^)' ^rnaa bn "pi rrabna 5 baK êon fnmn p nn ^ nia 

•n©D3? -tan niaw niTa^TaiD D^rc^n o^anaNi D"nso baai 

*3D73 a ■* a an 73 D^aTD?: ab^N ht e p*na amab iana «b 

n73Π371373123] 

iN-ip" 1 Nb'a n\a^ y^N a* ttûuî ruimn on» 7 n t^m: nih 
mina] 

iKatasi "jmN "pa-ma nrua ->3D73 min "nso ba iT33i 10 
D*» a *»"«■» J 

nabn a"na u^ia û"nsio onb «bi nnn "nsû dnb vn «a 

■'iso "pâma ns nT"»Nai mn?n pn 'pi a y 73 is^a nia a* 73 b 

■nao "jna amab na^ic nnan 1,73 8 p-«n "prtpib i*m nnn 

[mi]3>] 

m^a t*ïi «arc ^asTa ï-nnn ^nao ona "pâma vm hit 

nw3MDb nabn] 

D*nnN in 73 a ta xb\x lia? «ai *p |iam] an vuîaa> Tan 15 

baaia] 

bp D73 "p-)iTrt73i rmn -nso pâma om a[m]m[7aip]73 

nsoa [man]pa ton bVbh Ti73N lanaai i7a*ra an.... iTaim 
■pann bai va y *pab mo«i ^ots n;a7aa nabna a[naa] «a© mm 
l©33 pwa ^3D73 nanaz nra» na-ia maTa ht "«"in i^by 
Tan bon laraia n737a nrtN -iaT 9 nbn ib->DwN^ ia ni&npb 20 

1. Sota s 17 6, en haut. 

2. Ceci ne se trouve pas dans notre texte de Sofa, mais se lit Sabb., 104 6; 
ef. Gittin, 18 b. 

3. Notre texte a N"ntt- 

4. Ceci est une glose de notre auteur. 

;>. bas est mis ici pour nana3 3N NbN. 

6. Lire pnn. 

7. Lire m«B. 

8. Lire p-). 

"• == -io"«n. 



LfcS « CtlAlMTRÈS » DE Bttâ lullot 139 

«3 in via «bi» iana *nb p yuj'iïT' h ban "nb p aniDTTF 1172 

fr^pb NP[«n] N-inrna ' n?i iw ibK -«-in anT nvpra dn ns^nia 

MTnbf/na m]bsb Tianaii) 8 mn -iso bia nm* m? faK "ittaam 

•pN nwttsb «biû pa^p ">an bba^a n-rma*^ snwb «bu: 

•jn-na an T[-o]^biD7a"i ■pbittio b^aïaai : pa manpb -iiod 25 

«jbra Dma« iraN aa> ha'pn maia rrna an p 372 " 1 "> D * ' 5 ^ 

■>nn ns* b* "û^b©?^ n^na an man bran iia-is mn-na *"ni»y 



[Ms. Petrograd, Antonin, n° 195, publié par Harkavy, 
Haggoren, IV, 71-4.] 



(Fol. 2 (en réalité 1), recto = l. c, p. 73, 1. 13 suiv.) 

[rmn npos Nb baa-i] [bfin]iavrvoîa . . . . nanarj i^p....* 

i:nv /ta i 7 n?2tn 6 rrr[tzJ va n]7ansa fjbj nbm -ie&wib bantiPTa 
9 va^bn» irn» nyiznrr mn 8 tntabs a-wsuj 'passai a^-rn pn it 
Dm» TH-nuv û^o-id p*a ÎW pubis trttysi ibbn rwiaa 
baa b* n*imn mab» nabia «bi dtik by a^ons rabB "publiai 5 
Nbi ns byaia mm inaia «bi . obi*» ms ,0 na? «bi 
nïjy»b nabn] 
rtaian xb tD 'na *pizî vïïsy Tan abir mttva ma->i2P tib 

■^r ona "pâmai "p»n n^ja "paraTs • na^nna niajjab nabn *jai . 
,s ..D^aoa] 

baïai mis "pbittiB nyiaa piaTin nnn bsoa D^wn pn ^amai 

mm me a ND-ptt) ^d pia*nbie nbva b* rraTai , p' 3n *piNb b»n 10 

1. Gîttin, 54 6. 

2. Lire mm. 

3. Fém. pluriel de b*na. 

4. Lire miB*. V. Ned., 31 6. 

5. Les notes d'Harkavy sont indiquées par la lettre H. 

6. Dan., vu, 5. H. 

7. Kidd., 12 h. H. La leçon pn dans nutre texte s'accorde avec la géographie. 

8. Lire p*bl3. H. 

9. Lire ■pabl». H. 

10. Lire ma?. H. 

11. Deut., xxxi, 21. H. 

12. H. insère ici [*p], mais cela ne donne point de sens. Il est probable que 
quelques lettres de la ligne suivante ont été placées là pour remplir la ligne. 



i 40 KEVUE DES ÉTUDES JUlVIiS 

nxrnrn nb*n nasmn ''»an "aa)\o nn . naao ">t>? Niai «bis b^ataa 

• toh -m* n;a n;aiy -is'Wzj bai . nb-ro intôi nb"»n ■cab q-un ba 

rbi»W nr:: nat by -pjan •pn'O» r*"B naao 01^73 nn« m-pa* 

bmaâ nrna «irra nnNi . rwa ai nT373 an ma nnsi , ims 

b^awm : nb^po imby •pa^nt» msab» niaws "jm naraa io 

rratoa [«]mb« d^vj d - ^ ^atpai aia ava "psarnarc 
na»an] 

inan xmvn aia dv in« .dmsDn n-pb naian îoen para 

poarnnb «b« jupfcnb ^aia am av pa yxw 131a aia ai" 1 

nt* nmr: m*nan maa bna 5 '73an ia;a "jdtb naba n73a 

i«b Nana a-n rrnp 6 NDa an n^mm minaw niayn «b 20 

ip["ik lapn] 'Taan ^aia aica avta 7 -«aD73 . nain \n mon »'ai 

non «n «isb n&< nnn «in» nman maa aiiD73i 

(verso = l. c, p. 74, 1. 6 suiv.) 

obva mp?aa bn 8 [nnapbi n^a poynrrb nm»] 

obiya 9 n?:[v m»] mbbnfà] [nnwitt Nart abiyja «bi ntn 

na^a roab» maa> snmB ■nj !rbb[ntt 10 ^] . Nan obiyb n»Tn nîn 5 

rrbbroa bas nnnaai na^b?: nuîm ba pioa imsa 'na iim 

ny;an73 'im 'ip nwb nnsi , u bina rtiayi ll [tfaut) irm 173 Nba nr« 

b»w ba ira iba^pi D^iaénn 'nsm a-^aa nma iyapia a^a 

mo«i o^msarî pi*a any na» an^Ta o^ax fm abia barrai ba 

maa ^3373 ia rsxnn p a«a nation 13 i73TaTi;ai . mnioai nb-ONa 

rrawnbtt v*%p miean . }■" ia "pnnai -ii»a ia "pbaïai naian 

1. Le ms. a probablement bîbh, comme aux pages précédentes, que H. lit 
comme '73an et parallèlement dans tout le fragment. — Sabb., 132 6. (Miscbna). H. 
En réalité, c'est 134 h, et notre auteur se réfère aussi à la Gemara, ibid., Nrobm 

*iai y"a&na. 

2. Lire ^b^. H. 

3. Lire finïTl. H. 

4. Lire ^3U3a, c'est-à-dire les deux jours du Nouvel An. 

5. Ber., 19 b. H. 

6. Nos textes ont NaU) "ia. 

7. Ici notre auteur donne une nouvelle explication de ce passage. 

8. n est douteux. H. 

9. Kx., xxxi, 14. H. Cf. Sabb., 70 a. 

10. H. insère 'na. Mais la marche du raisonnement exige clairement l'insertion 
ci-dessus. 

11. H. lit [n]:"lJ»73, ce qui est juste le contraire de ce que notre auteur entend dire. 
Lire [5]2*iy73 « celui qui ne jouit pas (du sabbat), mais le tient comme un jour de 
semaine •>. 

\ï. Lire bina. H. 

13. Lire ^ilT^ai. H. 



LliS « GIIAI'ITRKS » DK BEN BABOi 141 

Va «ai riaisan i» «bi finpafi ja »b pa aisb p3**n barnzp •pa 10 

■nba* "p» yen ir«tD bai [njaaria yiEmuj ■'a NbN mabnn 

musa* "j^nps "pNi "paipa naiian v^ nntaa'œ ^asa maa'n nain 

naittsn «ba aïs maa tapaa ■ p» [Dijpan fwo nwn ta" 1 

'ai iana la'ito 'na 'pta ama a^ayai nâiton ttpsa &6n 

s 'aan 131Z31 . nanian sba ma*n «b 2 ai ava îaïasn «b 'nai 15 

nT" Dbia»V» mabia» ^aia bmai naiT na;an na aa#an ba 

"'aan ia\ai .♦'ai " |S ba» aaa>nn tn 'aia rriaan mwn Nan bbwm 

îbana nvaama lûibiaa bara naïas nrmo rabia crnpnn ba 

naen 'na "pia oa"»nabŒ na"nai aiaai aia manbaai nnaabia 

Nb« aiN ba* "pa^aa "pN n^aarn Bis bas . 'ai 6 avn imbaN nœa 20 

maanp qba a"npaa nmi irw na^a aaia» binai nm obira 

aiN ba» 9 •paa 8 misai nain nnia aaïa^ia 7 n*>ayn B|b«m 

a[ai] nain 10 Nb maa»™ biis bax aar» abia'bi nTn abia»a 

n^ayna] atzpb naib Na uni . nrn abua Kbtt din ba> ï"Wa "px 

(Fol. 1 (en réalité 2), recto = l. c, p. 71.) 

[lumen ba jnav ni* wi an naNpna aama n ] bu: ibn èttod 

[bnpa baian *pna nann dtn naawia aanj^aa bsia nnn -nana laara* 
[n?abai] nab dtnïî nmn -nabn &*b« bayon [yn 13 •pai 12 ma** b\ndi] 
■*nnv KbN Di«en bnpa ■pari û^aia narrai nmn ^na-m [poian a^pai] 
■■xi n*?n pmn p n;b "pan , u 'ai au: a^n^sn ^a yp [sbi na^au; aajma 5 
nna 'ksv bip na ai^ baa 15 ^ib p yiui^ h -1735*1 [mina] poia» Ninia 

1 . Redondance. H. 

2. Ez., xxxiii, H ; Is., lviii, 4 H. 

3. Sabb., 118fl. H. 

4. Is., lviii, 14, H. 

5. Sabb., 118 a. H. 

6. Ex., xvi, 28. H. 

7. Lire nva^n. De même dans Tanhouma, sur Gen. (éd. Jozefow, 1866, 7 a) 

•jaa-n n->a*m Nn^m&n naïïî imai nra^n £|b«a qna» na«3 naai. 

Ce passage de Tanhouma vient d'un Responsum des Gueonim commençant par 

Nna^naa it rtbwo naiicm. 

8 n est douteux. H. Lire mitai, c'est-à-dire : l'observance du Sabbat dans le 
bien-être est un devoir et un commandement. 
9. Lire *paai, le masculin se rapportant à saia'. 

10. aa^N serait mieux. 

11. Restitué d'après B. 6., 79 a. H. 

12. Prov., xxi, 16. II. 

13. A partir de là, glose de notre auteur. H. 

14. Prov., ix, 18. H. 

15. Abot, vi, 2. H. 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nc^ tXîTVB anaarc n-nn it hd^ hsn » [brin] itbt'DI . 'ai ann 
'na i p» -pmb rran Dimaibi '*aanb [a^izjpja ^â aiwa ■jwîai anTa 
n"»Tn »ba baa r» 3 ' 7 -- n PnûîVbi • 2 ai û^nb» -p» iab3 baa 173N 

PN 5337312?] 

mm i»bœ ■»» «b» * mm pai . nmio baai hni23 i?:iry io 
1C31 3pd:ïï] 

•pai . oya niai na^ n»N '7j:n3 icai ne byalû mina 
«b« cnbat] 

'oi n^ moN '^ana isa ->73i . 5 bbpn Nb d\-ib« 'ni 'pu; oan 
iej-vmdi 'y a] 

min i»b dinœ ïatai nc^ kvtb apaau; nwrw !H»« '73an 
anaara] 

nimbus nusn^D n^hû ne bynv mm 1Wlb la^Ki 

ntCK nu anaattî] 

'3i 'D^nb» nus*» mnbni 6 i73iNi diba pan la*««ï ara moi ïib^ 15 

Nip-'P b«] 

pia? Kinia n 73 Nb« û3"tm bto na^iE imn p *p *pKi . pii^n abat min 

«b os^b» manaizs ibbn a^iain bai . mvi nttbna 
KbV ■ , n?3bP73] 

nvatnb nabn^i n^bn» ^3173 mi»bœ n7373 Mbtc mwama 
■»ai nmus] 

ai 173 insbn n^nus «an abi3> ■•-nbi naïab 'aï na*n wnw 

«an obi* ->">nbi naïab 13311» '3T iiN5 ^tfnrr 20 

(verso ±= l. c, p. 72, 1. 19 suiv.) 

131 11733© ^D73 '01P31 1173bP3[l 13^7331 Nip733 3113 STO© 8 ] 

10 '3?3i ttW73[b piabm] ^3->o73 nwab nabn 9 ^a[a nusr»b mab]n 
nabn inus] 

itdbo ïfbbtoi o^pn D3[pn] Wîab nen 1! 'ni *piB ^o» mzsttb 

1. C'est évidemment une interprétation des Gueonim. 

2. Ps., xiv. H. 

3. C'est probablement encore une explication des Gueonim. 

4. Allusion au début du verset. Prov., xi, 22. H. 
.'i. Ex., xxn, 27. H. 

6. Aboi, vi, 2. H. 

7. Ex., xxn, 16. H. 

s Ceci a été inséré en conformité ;ivec le texte ci-dessus, p. 135, I. 27 suiv. 
9. Celte reconstitution du texte est plus vraisemblable que celle de H. 

10. H. n'a pu rendre compte de ce mot. Il faut lire probablement '">373 = 'pjtt s 
« Comment savons-nous que les lois traditionnelles en usage remontent à Moïse? » 
.Notre auteur va prouver cela par des versets. 

11. Dent., iv, '». H. 



LES «CHAPITRES» DE BEN BAB01 143 

id-pdi naa yafco p7n pn ' ['na] Tan ne ba» Nba anaa «b WN 
-nos 'aan] 

prn ytaii-r na *pnVa hùpn o^aa^s ïimdtd ne waiD mmn *jiat 5 

ya^nai pinna dn «b« ne byatïî min 173b dtn Jtod "usa YJztiï 

Dbia»b '?arn t^i . ns» baai nissa bsai 12b baai ma baa -iraatai 

inaT 'ra *p\D nb*ab« no?w»a na b*aia nmna T>poa>na Nan 

•p» 'aan ^robn an 'a» '•ton na N^n an 3 naai »^ai na* nu;a min 

4 'ai b^n ba bma la^aia Nan ûbia»a toi [rwi nbia>a «b] nmaa ûnb 10 

a^nba* b« ntm* nba*abia na^ir» it bTi b» ntaabp nyw* it b*na 
^bifflia b^au>ai : 5 na^-r^ »b« ^vas *pk;d nba>abs; ïTSwa "p^ara 
D"OJl] 

pio^ TNi "piiDN Délabra an ai ib"<N 6, aan ia;a 'pis Dnabia nsi 
abn nipbtoi ia«5 nsn main benia"* ■p&o "na labnia abn rKon -no^* 
Wrw* aiav p dm fi*b« imoN ûbiyb nnb pa nura*» "pa 7 na"«aai y 
mot* 1373a ira» benio^ û^ban uni 8 rwaan dn abin «irnaa -1 ara ai 
non na hdni mann na p^om ^a «ai no^n n« rab b»rw* ib^DN r©i 
9 nioiNb pra bai «in D^ia ^bira^ara ">asa iaaa bactb tidn bénra*» marra 

...dn n'tn nab^a ^amaa rsn nN 



[T.-S. 8, F. 2.] (Fol. S, recto.) 

rrbiai baan nbaa ns ll bon larara nmaa ïwn ia> min-n iaary na ,0 
H iha pnpnara 13 Nian am Ninra an mabn ht as pnar na pana ai ,s 
Nnabmn «ar:» «nyara ib apbon "pana 7a« snaiT na mazaai . 



1. Josué, 1, 7. H. 

2. Mal., m, 22. H. 

3. Fin de Berakhol. H. 

4. Ps., lxxxiv, 8. H. 

5. A partir de b^na, c'est l'interprétation de notre auteur. H. 

6. Ab. Z., 38 6, Mischna. H. 

7. Ibhl, 39 6. H. 

8. H. propose de restituer nK [rtOI^I abnn PN] abin. 

9. Lire niDNb. H. 

10. Comme à la page précédente qui manque, il continue d'être question du texte 
de Sota, 21 a. 

11. Aboi, iv, 4. 

12. A partir de là, continuation de la citation de Sala, 21 a. 

13. Texte différent du notre ; 'im pnpiatt) est évidemment une paraphrase de 
notre auteur et de même plus loin. 

14. = mina. 



i f I HKYUE DES ÉTUDES JUIVES 

'»a ban nnn nnn bsn moa iion b* -1731N1 "ia*i ^ina nan ^37310 
âfon pp"«r3 inva 13-n "m ba ban iinca mnta ban n^u ^73:3 5 
nan» 3, ji<i a mnNn nî< masb ibw ab o^an 0^73 '3U3 ' ûnTT3i 
o*an 0^731 Nan abirn ^n «b« 4 a^n ruons *p&o rrnn mabh «b» 
t|«izj nYrwi niDoim 101*173 ht mctatt)^ «b m-insi nato:: m 
4»! -opn TH73 im» "pb^ra an onN 17310731 6 dpn nab 5 "o ba» 
•ftp 7 i3N p^nan irron "nn^s Va d^-pne omo orna b«3 wnai 10 
•pvai iiab on «an obiarn ^nb hdt ûk jiv i3*wo û"ô"n niais 
•pba» "i*axm ni73 bna p"ioa*b rpTiû "p^a o-on nions ba^rm... 1 
«arpa n-pi Niort an -nawra vba» nrrrôb i»»* -1017:1 
pn*"» na vans ana mana ipvipnai mm v^P"^ 3 pi[pi73io] 
YHa ba> lai nayio ia> mata ^pnpiai -nabn ""piipis 9 (?)i3ibio 15 
«in !TTi Rin «an obiarj "pio ib marna anaiT naTs nabna 
mmn pi "rwwn r« maab ibav fsb D^an ora aman a[«]ia 

'ai in npaibi ipa anaiob '■pnba w n» nan^b n aina ijaio 
•pio D^n] 

•pai "piN ibiaio abi^b "pa*- -piai posn |ïib pNio noïi ob[ia»3] 
ab din lopon «bio naicb l3 nnn mabn «b» 12 15 aina ha[n«b] 20 
ai3a>n] 

«bi -naa c<bi nioir »bi nbnna »bi nwp »bi moa nbi m«n N[bi] ■ 
h nasn "ewan na ■<ot i nia mba» nanaai vaxa» noia fetb&t ^troata] 
,G i73*y i-varaio "«a a «b« o^a^pna rmn "na-i pa ^an p ^o[v] 
oin* «b» ri73^y N-ipn b« 17 n73iy -raouj n73an ^3N N3W n"»b[y] 
i73i:y û-'iaTsw vzn xbN na^prTD rnin nai "pa* î« \srvn [Si] 25 

1. Lire Dn^UOI. 

2. Caot., vm, 7. 

3. Lire pNl. 

4. Allusion au texte de Sota, 2[ a. 
'6. Suppl. D-lfcttZ). 

6. = aniN. 

7. Lire 13"<&<. 

8. Le sens demande ici un mut comme 1 733^3. 

9. Lire 13101- 

10. Tout ce passage est une nouvelle interprétation de l'Aggada de Sota par 
notre auteur. 

11. Deut., xxx, 20. 

12. = 'JJO, ici. 

13. Cf. Ned., 62a; Kidd., 40a. 

14. Cf. un passage similaire dans Tnnhouma (/. c, 15a). 

15. Sola, 21 b. 

16. Suppl. 01-13'. 

17. Prov.. vm, 12. 



LES «CHAPITRES» DE BEN BABOI 145 

1"Wa nnsrm aœ ' ims BhEft Sattiâ nsa>a îôn "i2\nuî to[d] 

a*")?»! D"0'3W1» "raa Kbfc* 'pfc'^pPÉ min ^31 "pÊtt K2E7an 

(aerso.) 

"pia raa ba> "nra« rrrm Dï"pba> "Pas *nnn^72T uniEïi n^ab 

3ina "pia rsa ba» "nïaK Nina nr *a-na>a m-nrno ama 

ro«b»a pair 3nv "pan V3a ns* it n'a'ph : s -i^-ip"» nm an? ■•sab 

Ninta nbr:ai ova rrnna "pirûia» pu: an "nnfcbn haph 

orrsa nan ûniN it ^wa rt^ai H7aa nriN ba> ha*ph na«b?a 5 

rrnn haph jns «bi Narr obia»n ^nb oms rbroi rjTn abiya 

h]a»ata mby o-naiE dn Dm» moab «b« banu^'a 

■jmoab -jmaa* p7ab •ina *pta rrmtf û^pbi i-im« n?abb prmai 

8 ^b p anairp ha mrt obia'a min 7 nara para ^ab nm ùbi5»a 

[Dv]n 10 ûanK matfl ^a3N -ra» 9 aina;a rra "nb p arairr h ?aNi 10 

[njnna poiy anniû ^73 bas para bia"«b crn km omic^b 

nb-^bai ava naim min mttbn lab» na^sn hth abira mariai 

anTaiz) qn mm ll ama '■pia hth abi^a niais nb abus» ha'pn 

-uairn nnan jna*n iapa?a Nnnia an ^nnstt ba na>7a;an 

[p]any Nnnia ira hth Dbna»bia Tiaan nN3pn nbnan a^aasn is 

;an-pa[a] anna *pia hth &bna?a nnau: nb abia?a na'ph rnsna 

[on] mm anna in:n "an "j-naa aia? ^nnsn hth ûbna»a nnaia 

[■ppiajnn nb«n nnanan ba yby n&*an *n "Tinara 5N nation y-jata 

n[bw]»atD "^be rtîn obna»a msa naïaia Y»»a nnN pran 

[m]a&72 naia on m[ia] ^ab «b» y»*» na^K nan rsTa H "iaa mat» 20 

[rp]3[a»]nn mattta bna ^b ,5, jnt nru: ^n Nirsu: hth nbiya 

1. A partir de KbN, ces mots ne sont pas dans nos textes. 

2. Eroubin, 22 a, en haut. 

3. Lire -prKa72"l. Cf. Sanh., 100 « 

4. Cant., v, 4. 

5. Ps., cxlvii, 8. Le même verset est cité dans Ketoubot, 49a, pour prouver le 
devoir du père de pourvoir à la subsistance de ses enfants. 

6. Deut., vin, 16. 

7. — natfJ, récompense. Cf. aussi Tanhouma sur Gen. (éd. Juzefow, 5a). 

8. Eroubin, 22 a: A. Z , 3 a. 

9. Deut., vu, 11. 

10. Lire -p£?3 et supprimer Dant*. 

11. Deut., xi, 13. 

12. Deut., xi, 15. 

13. Notre auteur pense évidemment à Deut., xxvm, 1, dont il va citer le v. 2. Il faut 
corriger le texte en conséquence. 

14. Sota, 21 a. 

15. Lire *pNT 

T. LXX, n° 140. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

[D^fâU raabîa ïiyw® ^sb rstn obi*3 nVn n^yn -otu "pai 

httjisy tpob ^Ncn D'naan Tttbr v** ' 'bîbh i3\3 'pio 

[HD^nsJ Û"»»ffl nsKbEttî 0^7313 P3N3733 [53j?7373i3 ^sdm rr:[yr]a 

[patt] Tian ■matan v : ^b« o^c ro«b7373 nr« rrp3*m "Érbara 2s 

*[abiy]a ab« ffvaiB V» rnaaipi maa-ip a"np73?a maMaa bna *p 

(Fol. 6, recto.) 

■^ ^ana-i* wp 3ia nin bawrn anai ri3i3n .... 

inbma W*ban b«i ■papbn DPTi "^a^ri ben nsp-^T n|>b -o^bron bai 

*pn73N3 wnim *p3ian *pin ■sjH-nm ^ ^aita »ti ^nim 

oibraa T57301 dib«3 ^11 ■*■< ■•s'mn : ^7313 n« tt«-pb 133b "jrp , n 

Dit* ^33 V731 ÏTtfp 7,"H 33731 ^1 ÏTN731 Jl D1N73 ^b^m m 3*73 ï3"»S33731 5 

■bafi brwn ban ^io 1*733 ■qîtbm "sabTsvWTBim ^r^atm o-^nn 

baïa piispn fnana baai o-p baa ■rça^tBim 33123m fiwsm s-narr. 

n373 3373.1 yi rsin 33731 ?i «531» 33)31 an r^i mjin m;« 

T ' 

. nTTÎTS b3731 ÏPJQ"1 11123731 TpTOI 131731 T311731 13*1731 123*1731 

7 "pn73i ^mraTai "frwapTai ^jr^r^i iN73ii3 33731 nsias 33731 uvi 10 
nbsn toon . obub Kiab nnaainTan mizipn myi273i ta |:nn73i 
*]373 lar-iba ™ 8 «a rarn 131*01 nNTi runus mb« w ^ssb ^isnn 

[-p]:D373 iiirn tp : "*3i5rm bip 27213 3^12173 n bbirron ^3731 3t*n D3ia»n 

13*733 ^ba* ami Tibsn bapm ^bipa 3» 7312 nia 9 ni3K TtbKi is^nb» w 

wrmbi ^nbisnb o^arn na*i3 ">b nnsi a^i a^m N373[n ^73*123] 15 

-1T23N3 viania 3*73121112 Trb» ^ ^333 [o^TaJnn iiati tp p . ^npj[ïbi] 

-in3 dhion nN nmaavjja 13^33* . d^TOwm i:^ni3N runa nr[y73a] 

qoi^b Û53i b« n^33 apyb "y©3i 3>3^ 1N33 prnrb 10 3>[u;]3i rri[i7an] 

1. Taan., 11 6, en haut. 

2. Nourriture. 

3. Cf. aussi la fin d'un Responsum {Geon., II, 152, en haut) : Nnn3>73t3 l^bn *J731 

np-t^i n^:yn pN n^^nTs Cj^i^ (rrnn 11733m =) 'in '733m )^yi^ 

'131 EyH3? n^I^n. Cf., en outre, l'opinion de R. Scheschet [Taan., 116) : "itfn 

rrmnnDb «3b3 biD^b Nn-syns 3*»n*n 3-1. ^3 -13. 

4. Le ms. a ensuite deux lignes encore (de la même écriture, mais plus petite) de 
proverbes qui n'ont aucun rapport avec ce qui précède et doivent être regardées 
comme un griffonnage. Les voici : 

nyi N2^r ^73 33103 ni73n nban on .b^oon pbm pbn pbn^ 3N 
?[n]3->3-i 3-n^ &m on . nni73n o^ n'33 imp. ...73 i»« "'lan w D»i[iîa 

5. = ii33n. 

6. Lire ni3^3. 

1. Ecrit iacorreetemeut. Reproduit correctement à la ligne suivante. 
h. = rrriN "jna. 

9. = 13">ni3N. 
10. = p*»3ytD3l, et pareillement dans tout ce passage. 



LES «CHAPITRES» DE BEN BABOI \kl 

-13173a wmaab iaai rpo tr b* it-infin] rrtoTsb bai û^iionii maa 
1 [izjnn] "lirb'wb bai risatfàa] btri7aiz3b iaai babas rui-imb iaa[i] 20 

2 13n -1H3] 

rnabtzn ■mib bai •mb[rraa iFPjpïnb iaai irr[-p3] w^bab bah] 
[a^bwwa] 

rraam 3 b^73b bai nn« -1133 b^[ai]b bai nm van riai b bah] 

bab bai rrrsn }iaiuj3 -iponï ■ôT-)73[b bjai iz>Nn 1^333 ypnryfi] 

-»ny3p3 niDJm ■nb'w *»©rn ■rçawavn ■wjn p ibbn û*p"nat!i 

roui a n-naam ïibrMn *•" "p . pana inb^iû Nb7am 

n^:n *p : -|b DMinnËi nn 7b ; *p o^»stn imb *p : DTiaratti 
: n-i^i m^i 1133 *p : rpflon rrpu: *p : min nb^nn "p : mnm 
*p : riDi3T [m]n Y D : n'apiai ma* p : niaan tapiom aibia *{b 
: û^ainrim a^avby ys : nn iibn ban pian ^b : a^ian ^aun û^aian 5 
inbrctt» . ba b* Y 573 : mabTa Y 5 " 1 nab73?3 *jb : d^inriNi D^aitafin p 
•p» n73^3 ba -iat-p ^73 ba ^sa de-piei . baa bœntn . ba 4 ba 
^n bN] 

ba» D73i"i73i ^wta ina»i ^"ia pna p-ia Tan abnyb ^?3ua a^pi 
.•pro paa ba kvs ^a . ^73iz3 *pi p -pia ->a : nb^nm na-ia ba 
^ttbia>bi] 

ÎNTa T»bai maïaw bai Qirt oia^ ptDTai pia -nw ù^bï* 10 
5 C?)mn^7û mr rm^aan na "p^ana iian pi« . pus an^iNTa 
"nns'n wp pywb "p^Tai pa»» baau: nby73 '-n bai . pia 
py p"i mttbati rr^at ynafin ûinn rmli p-iNi . pœ n72^N73 
m-i njaiaa -ton bai nssi-p ■jnttbi . "païab naaT rp-ron bai 
bna -»Db aa'w .prab naa a^ lai^b riTa^aa "pcta a^n is 
[mi] bs^j-i 33b naa na^bim n73' i -i nrî<i nsa» ^aai , ^mo 
[TN]a muî iit3 b"<3i3 p^ i3iy bat nrbim n73n ri73 . . 
[p]73b . -J1T33 Noa ^3Db73 D^am \3p3bi ^fîob ^na^nn b^enb 
. [^^la-mb] ^sai73i . ^^«mpb 3inp nrN ^a . ^^a^rs p Nat73N 
[îin]« ^a a^73nna ^nV^iB nn73i ^nu:p3i ""nb^uî Na nu:^ 20 
hr]b^ai .... ^rnas ^31 •»:.... nb ,, n73 ^bi ^73N ^7373 ■«annaf» 
nn« D^73n-i xb7a ^73 ^ ^" 1 • • • ■ ^ 7: ^ 33 ^' 3 nbatm ^mat 1733 
[5n] ^vam ^d [•na«] patnb [i]^n^ , nn$ NbwN yieiTai b^ia -jb73 iab i^i 

1. = ^cnn. 

2. = b73-ian. 

3. = bfcwrob. 

4. = Lire by. 

5. Faut-il lire n' , '\n73 ? 



14$ REVUE DES ETUDES JUIVES 

*?3"na [w N]b »ài yn^n [■*»* ba] pih l^ab ai nba inai vm 

[n]?Dn] 

nin . . . na»N ai ■ ^mabr [o^p]! abiya -p© nm irnba i:*obtt 2: 
[■pa]*: . 3 a^m ^pnN œv . . . 12^3^ Trônai hsian nr baa 
•jnnn ">3Via : a^am «b»[i] - a^n -nxn p^iss . amarra plia bN 
wiioai . n[ns] Tibwb ijib *« , nns b* tei* bib . n[nD]« 
,[nnam p]ron] 

w -pin 



1. Ps., xix, 15; I Rois, vin, 59-60. 

2. V. un passage analogue dans le Siddour de R. Amram (éd. Frumkin, 1, 264) : 
après la prière journalière. 

3. Suivent ici deux couplets rimes : 

isab» mmbat nna iwizb pan îa^pn ^m 
'nai l^biya npaT nm abua n;ttia im ircnb*- 



LA CITÉ DE DAVID 

Compte rendu des fouilles exécutées, à Jérusalem, 
sur le site de la ville primitive 

CAMPAGNE DE 1918-1914 

(suite ^) 

CHAPITRE III 

VESTIGES FUNÉRAIRES SUR LE FLANC EXTÉRIEUR DE L'ACROPOLE 

I. Le manteau de décombres et le mécanisme de sa formation . 

Dans les villes actuelles de l'Orient où les habitudes de l'admi- 
nistration européenne n'ont point encore pénétré, où nul service 
de voirie ne s'oppose à l'abandon sur place des ordures et de tous 
matériaux, ni à leur déversement au plus près, dans les espaces 
libres en dehors de la zone des maisons occupées, on voit se pour- 
suivre le phénomène immémorial et inévitable, en quelque sorte 
vital, suivant lequel une ville antique, une ville orientale, et dans 
une certaine mesure aussi la plus policée et la mieux gérée de 
nos cités européennes, par le simple jeu de son organisme, s'ex- 
hausse, d'âge en âge, en se reconstruisant sur ses propres débris, 
en surmontant les couches périmées et broyées de sa propre subs- 
tance, à la manière de quelque madrépore, de ces animaux collec- 
tifs et infinis qui poursuivent leur vie, chaque jour, en s'élevant 
d'un insensible degré sur leur cadavre calcaire. Nombre de villes 
égyptiennes prospèrent, aujourd'hui, sur des buttes de décombres 
dune hauteur surprenante ; d'autres fois la ville est morte, et les 
buttes qu'elle a créées s'offrent nues, d'autant plus hautes que 

1. Voir Revue des Études juives, t. LXIX, p. 1 : t. LXX, p. 1. 



150 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'installation humaine y a commencé plus lot et qu'elle s'est éten- 
due sur une durée plus longue. 

Lorsque la ville est bien délimitée, l'évolution de son assiette et 
de ses abords s'accomplit suivant deux phénomènes parallèles, mais 
différents par le mécanisme : à l'intérieur, cette lente surélévation, 
qui résulte de la reconstruction continue des maisons sur les débris 
des maisons vieillies et détruites ; au dehors, la formation d'une 
ceinture de décombres, ordures et matériaux divers, transportés de 
l'intérieur et déversés, amoncelés en buttes, qui sur certains points 
du pourtour du Caire, par exemple, se dressent à la hauteur de 
collines naturelles. Va-t-il un mur d'enceinte, libre de maisons 
sur sa face extérieure, on déverse les ordures du haut de sa plate- 
forme, elles submergent lentement le mur à l'extérieur, en même 
temps que sur la face intérieure s'élève le sol de la ville, de sorte 
qu'au bout d'un certain nombre de siècles on ne voit plus sur le 
terrain qu'un seul remblai de formes arrondies, qui noie dans sa 
masse toutes les maçonneries antérieures. 

Il se produit alors, lorsque la ville est importante et prospère, 
qu'on élève une nouvelle muraille pour remplacer l'enceinte partie 
submergée, partie détruite, inutilisable là même où elle est encore 
visible ; et ce nouveau mur peut n'être qu'une sorte de suréléva- 
tion des maçonneries enfouies ou disparues, comme on l'observe à 
Jérusalem, où l'enceinte turque du Moyen Age suit fidèlement, sur 
des sections étendues, le tracé de la grande muraille romaine. Si 
la ville au contraire déchoit et meurt, la muraille périmée est 
abandonnée et tombe dans l'oubli avec tout le reste, et les collines 
de décombres qui marquent sa place viennent se raccorder sans 
discontinuité avec les lignes du terrain naturel environnant. Il se 
trouve que ce dernier phénomène s'est également produit à Jéru- 
salem ; par suite de la régression de la ville au uord, postérieure- 
ment à l'époque romaine, nous y avons la possibilité d'observer 
une ville morte dans le tiers méridional du périmètre antique, tan- 
dis que les grandes aires du nord continuent à porter une ville 
vivante. Dans cette zone méridionale abandonnée, sur toute la sur- 
face des dernières croupes entre le Rababi et le Cédron, les cultures 
viennent sur d'énormes couches de décombres urbains qui ont 
englouti les constructions romaines et celles des âges antérieurs, 
débordent sur le flanc des vallées, et généralement font dispa- 
raître l'enceinte sur la ligne des crêtes. 

Il est à remarquer, en effet, que lorsque la ville occupe une 
colline ou un plateau en relief, son mur d'enceinte couronnant les 



LA CITÉ DE DAVID 151 

pentes de grands fossés naturels à l'entour, ces conditions favo- 
rables ne suffisent pas, à elles seules, à préserver la muraille de la 
submersion sous le flot des décombres déversés de l'intérieur, 
Ceux-ci « coulent » d'abord sur la pente jusqu'à une certaine dis- 
tance, s'arrêtent dans une position d'équilibre en lits inclinés, par 
dessus lesquels les apports subséquents viennent former des 
strates de plus en plus étendues vers le bas et vers le haut, gagnant 
à la fois le fond de la vallée, qu'ils comblent, et la base de l'es- 
carpe haute dont ils commencent l'attaque. Que le jeu de cette 
expansion se poursuive assez longtemps, la vallée sera remplie ou 
atténuée et le mur supérieur sera englouti, — le sol de la ville a 
monté, sur le plateau, pendant qu'au flanc extérieur de la colline 
les talus s'enrichissaient — si bien qu'en fin de compte plate- 
forme et escarpements périphériques auront disparu sous un man- 
teau de décombres uniforme et continu, en strates épaisses, hori- 
zontales ou inclinées suivant la place, curieusement dirigées par 
les formes de l'infrastructure primitive. 

Tout s'est passé de la sorte aux abords et en contre-bas de la 
crête de la vieille Cité, dans la zone où permettent de le constater 
les coupes archéologiques fournies par notre fouille. Très impor- 
tant partout mais d'épaisseur variable, plus haut sur la pente que 
sur le plateau, le remblai romain couvrait toute la surface, lourd et 
ferme gâteau de terre saturé de poteries en miettes extrêmement 
abondantes. Sur la plate-forme, le roc était nu ou fut dénudé à 
nouveau au début de la période romaine, comme le montrent 
l'aménagement du balnéaire de Théodolos et les carrières qui 
devaient au bout de peu de temps le détruire * ; aussi n'est-on point 
étonné que sous le décombre romain, dans cette région, nulle 
couche plus ancienne ne se retrouve sur la roche et les ruines. 
Des conditions beaucoup plus complexes se manifestent sur l'es- 
carpementà l'est du mur d'enceinte. Les déblais qui, avant l'époque 
romaine déjà, avaient commencé d'inonder toute la pente, 
recouvrent de puissants dépôts antérieurs, une sorte de « four- 
rure » composée de terrassements fortifiés plus ou moins anciens 
et de décombres d'époque judéenne, s'étendant, en surface, dans 
les limites d'une bande comprise, approximativement, entre les 
niveaux m 2 et m ode nos relevés 2 . Les plus élevés des terrasse- 

1. Balnéaire et carrières romaines seront décrits au chap. VI ci-après. 

2. Voir pour la caractérisation et la délimitation de ce dépôt ancien, l'analyse qui a 
trouvé place au précédent chapitre, § n, à propos de l'histoire de certains organes de 
la fortification qui couvre ce versant de côte. 



(52 HEVUË DES ÉTUDES JUIVES 

menls proprement dits sont judéens d'époque royale; en eux s'in- 
corporent de curieux dépôts mortuaires, et d'autres dépôts contem- 
porains envahissent une série de cavités plus anciennes. Antérieu- 
rement à ce stade, l'époque judéenne ancienne (x e ou ix e siècle) se 
retrouve en certains monceaux de poteries cassées qui ont rempli 
les cuvettes du roc naturel, immédiatement au-dessous de l'escarpe 
de crête. Plus haut encore, on, si l'on vent, à un étage archéolo- 
gique encore plus profond, la période cananéenne est représentée 
par des tombeaux organisés dans le rocher, le long des escarpe- 
ments naturels dont la superposition accidentait la côte. 

Sur ce versant se rencontrent donc, en résumé, plus ou moins 
réellement superposés dans la disposition matérielle des choses, 
imbriqués d'ailleurs avec les éléments du système fortifié dont 
nous avons fait l'histoire au précédent chapitre, les témoins et les 
dates qui suivent : 

Epoque cananéenne Tombeaux dans le rocher. 

Epoque judéenne ancienne — Lits de poteries sur le rocher. 

Epoque judéenne moyenne . . . Décombres au niveau des terras- 
sements fortifiés de l'étage supérieur et sur ces terrasse- 
ments ; dépôts mortuaires dans les mêmes terrasses et dans 
les chambres funéraires anciennes. 

Epoque romaine Décombres des couches supé- 
rieures, d'épaisseur importante. 

Nous allons décrire les plus remarquables de ces monuments et 
vestiges. 

II. Tombeaux cananéens. 

Nous avons noté, précédemment 1 , que dans le périmètre des 
travaux de la mission Parker en 1909-1911, les cheminements en 
galerie suivis par les explorateurs avaient révélé, comme trait par- 
ticulièrement important de la configuration de la côte, l'existence 
d'un gradin abrupt à niveau intermédiaire entre celui de la crête et 
celui de la source, une muraille de 7 mètres de hauteur dans 
laquelle des tombes étaient organisées à différents étages. Il 
semble que les décrochements verticaux qui accidentent le profil 
du versant soient remarquablement uniformes d'un bout à l'autre 
de la colline, car dans notre fouille, à une distance de 150 mètres 
au sud du chantier Parker, la même muraille en façade s'est ren- 
contrée, semblablement placée sur la côte et de même hauteur que 

1. Première Partie, chap. IV, 2 1. 



La cite dé dàvid 153 

dans la section septentrionale ; on la suit chez nous sur un déve- 
loppement de cinquante mètres, dénudée presque entièrement, 
surmontée d'un talus en pente adoucie en liant duquel fut assise 
la ligne fortifiée m 2, et ayant nécessité à sa base, pour parer aux 
inconvénients d'un « angle mort» trop vaste à remblayer en glacis 
incliné, l'organisation des ouvrages surélevés de la ligne ni$. Tou- 
jours comme dans la section des fouilles Parker, des installations 
funéraires s'égrènent le long du pied de la falaise, dont elles occu- 
pent les cavités naturelles ou plus ou moins remaniées dans une 
intention architecturale ; ce sont des tombeaux cananéens parfois 
intacts, parfois vidés entièrement ; le plus souvent, à en juger par 
ceux que nous avons rencontrés, réutilisés d'étrange manière à 
l'époque judéenne. Nous aurons à décrire ainsi, du sud au nord, 
la tombe ï 7, la tombe T 6, et la grande caverne L-K que les rem- 
blais encore en place à l'intérieur du bastion m 3 masquent presque 
entièrement en façade. 

A l'étage supérieur, dominant la crête de l'escarpement de 
7 mètres, une autre tombe cananéenne remarquable, T 4, a été 
réemployée à l'époque judéenne. Au dessous de l'alignement prin- 
cipal, enfin, en T 5, au pied de l'escarpe m 4, une dernière tombe 
cananéenne, que nous avons trouvée in lacté. 

TOMBE T6. 

Les photographies de notre pi. XI donnent une idée du caractère 
brutal mais assez imposant de cette place funéraire, pour laquelle 
on a fait subir, à la petite grotte qui indentait en ce point la base 
de la muraille, un aménagement remarquable. Le détail des formes 
ressortira avec précision des données du plan au — , dont on 
rapprochera la coupe longitudinale (suivant 16-16 du plan) qui 
figure ci-dessous. 

Face à la muraille, on voit s'ouvrir une large baie dans le sol de 
laquelle a été pratiqué, par incision, un seuil parfaitement régu- 
lier, horizontal, en avenue de 2 m. 20 de largeur entre ses rives. 
A compter du niveau de cette entrée, verticalement, sur une hau- 
teur un peu supérieure à o mètres, se développe une fruste façade 
dessinée, en haut, par un cintre hémicirculaire arrêtant le contour 
non d'une voûte, mais d'une cavité pseudo-sphérique ouverte 
dans la muraille comme une niche gigantesque. Sur la moitié infé- 
rieure de la hauteur, la niche s'approfondit en une grotte dont 
l'enfoncement total, au niveau du seuil, atteint 3 m. 50. La petite 
avenue horizontale précédemment définie, large de 2 m. 20, aurait 



154 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



donc une étendue de 3 m. SO, en longueur, dans le sens perpendi- 
culaire à la façade ; mais au Tond de la cavité, le sol manque, (roué 
sur la presque totalité de la largeur par l'ouverture d'un puits, 
dune fosse irrégulièrement arrondie présentant un diamètre 
moyen de \ m. 70 et une profondeur de 1 m. 50. Cette fosse était le 
lieu de la sépulture, qui fut dévastée, à une époque inconnue de 
l'antiquité, si complètement que nous n'y avons trouvé ni osse- 
ment ni fragment d'objet d'aucune sorte. 

Coupe 16-16 (plan de détail, pi. III) 
1 
Echelle de -t^j- 




De chaque côté de l'avenue médiane, à l'entrée, on avait ménagé 
dans le rocher une sorte de banc, coupé régulièrement, à une 
surélévation de 50 centimètres. Cette banquette est particulière- 
ment remarquable à droite de l'entrée ; bien taillée à angles droits, 
sa plate-forme a été incisée, au contact même du flanc rocheux 
régularisé, pour obtenir une petite cuve rectangulaire aux angles 
arrondis, profonde de 30 centimètres. D'après son emplacement à 
la porte, pour ainsi dire à l'extérieur du tombeau, cette cuvette 
manifeste clairement sa destination, qui est de recevoir des 
offrandes au cours des actes de culte que les vivants viennent 
accomplir devant la place funéraire Un pareil dispositif, et l'en- 
semble des pratiques religieuses qu'il suppose, sont en relation 
étroite avec le culte funéraire et l'organisation du tombeau en 



LA CITÉ DE DAVID 155 

Egypte ; par ce dernier caractère, comme par les autres détails de 
sa configuration, notre tombe T 6 paraît bien se rapportera la 
période cananéenne. 

Rappelons que ce remarquable organe, la cuvette d'offrandes, a 
déjà été rencontré, au cours des fouilles Parker, dans une tombe 
du même étage que celle que nous venons de décrire, dans le gra- 
din médian de la côte '. 

TOMBE T 7. 

A 10 mètres de distance au sud de la précédente, au pied de la 
même falaise, elle est logée de manière analogue mais dans des 
conditions plus modestes, occupant une caverne basse dont la con- 
figuration naturelle a été laissée sans retouche (phot. pi. XII a). 
La fouille a révélé deux sépultures superposées, à m. 80 de dis- 
tance verticale, intactes toutes deux. Elles ont été organisées sur 
un seul modèle, le défunt étendu, dans la position allongée, sur un 
lit en terre battue, le long de la paroi rocheuse, une murette cons- 
truite en avant délimitant une sorte de cuve-sarcophage ou de 
petite chambre. Notre photographie de pi. XII b montre le corps 
découvert de la sépulture supérieure ; le défunt avait avec lui 
quelques objets dont les plus remarquables (pi. XIII b) sont un 
petit cippe en pierre de section bombée, semi-lenticulaire, cintré 
à la partie supérieure, et une petite table d'offrandes en calcaire 
rose, à cinq cupules réparties aux augles et au centre. 

La date est celle de l'époque cananéenne moyenne. Quelque peu 
antérieure, forcément, est la sépulture de l'étage profond, qui 
paraît avoir été extrêmement pauvre. 

Cette tombe T 7 doit à sa grande simplicité, notamment à 
l'absence de tous travaux de régularisation aux parois de la 
caverne, d'être restée inaperçue des dévastateurs qui vidèrent sa 
voisine T 6. L'une et l'autre, toutefois, devaient être ensevelies 
sous les hautes terrasses des glacis appuyés sur les escarpes de la 
ligne m 3, de sorte qu'il est certain que la violation des sépultures 
de cette rangée est au moins aussi ancienne que la construction 
desdits ouvrages, qui les couvrent. Il ressort de là, de manière 
approximative, un terme chronologique inférieur, les bastions 
m 3, nous l'avons vu 2 , ne pouvant guère remonter plus haut que 

1. 11 s'agit de la tombe I de Parker, où Vincent signale [Jérusalem sous terre, p. 29 
et pi. VI) « une cavité ronde, en manière de petit pressoir dans le sol. » Vincent consi- 
dère d'ailleurs cette tombe comme baute-israélite. 

2. Voir cbap. II ci-avant, § i, B. 



Ilu. tlEVUÊ DES ETUDKS JUlYtiS 

le milieu de l'époque judéenne royale. La destruction des tombes 
de la catégorie de T 6 pôurrail donc être l'œuvre des Judéeils de 
cette époque, à supposer que le saccage de ces vieux tombeaux 
n'était point, dès lors, consommé depuis longtemps. 

TOMBE T 5. 

Fosse rectangulaire blottie, dans le sens de sa longueur, au pied 
et au contact de l'escarpe m 4, dont la base, en ce point, est cons- 
tituée par le rocher coupé verticalement. Excavation peu profonde, 
fermée au nord, où le niveau du roc est plus bas, par une murette 
construite ; le rebord de maçonnerie se poursuit et enveloppe com- 
plètement le petit rectangle en avant du mur de fond. Sépulture 
intacte, un corps dans la position allongée; avec lui, quelques 
objets mobiliers, vases et autres (pi. XIII a), des types ordinaires 
de la période cananéenne. 

Telle qu'on Ta mise en place, cette tombe T5 est forcément pos- 
térieure à la taille dans le rocher de la muraille ?n4, et cela accuse 
de remarquable façon la date ancienne de cette escarpe mi- 
rupestre, m i-corts truite, dont l'attribution à la période cananéenne 
se trouve ainsi positivement démontrée. Au chapitre précédent, 
déjà (chap. II, § i, B), nous avons aperçu celte situation historique 
pour ce qui concerne les lignes basses m 4, m 5 et m 6, organisées 
sur le rocher et dans le rocher même, et qui se différencient vive- 
ment, par ce caractère, des ouvrages surélevés de l'alignement 
?n3, dont la date est beaucoup plus récente. 

TOMBE T 4. 

Beaucoup plus haut sur la pente de l'escarpement, dominant la 
falaise médiane et immédiatement au dessous du grand mur de 
crête, une dernière tombe a été découverte dans une situation 
remarquable. Aux photographies des pi. VII et VIII a, ressort en 
évidence sa porte carrée, en tache noire au centre d'une petite 
façade bien dressée, mur de fond d'une sorte de cour ou vestibule 
ouvert, de plan rectangulaire (p du plan général au —^~)i aux 
faces latérales taillées avec le même soin que la façade arrière. En 
avant, cette esplanade p se brise net sur l'abrupt de la petite 
falaise (voir le profil d'ensemble de pi. IV b). La porte, large de 
4 mètre, donne accès dans une chambre excavée, de plan irrégu- 
lier, arrondi, grossièrement ovale, de moins de 4 mètres d'étendue 
dans sa plus grande dimension, en contrebas par rapport au seuil 



Coupe 10-10 
(Plan de détail, pi. III, fragment) 
1 

100 



Échelle de 



LÀ CITÉ DU DAVID i'ô7 

de la porte et liante, à l'entrée, de 1 m. 70 : un profil par la porte, 
perpendiculaire à la façade (10-10 du plan;, est donné parle croquis 
ci-dessous. 

Au moment de la découverte, la porte était murée en maçon- 
nerie sèche bien appareillée, et Ton pouvait espérer trouver intact 
ce joli tombeau, évidemment cana- 
néen par le caractère soigné de 
l'architecture de la plate-forme et 
de la porte quelle précède. Il n'en 
fut rien. Complètement vidée, la 
chambre avait été utilisée à l'époque 
judéenne, comme nous allons le 
voir. Notons encore, auparavant, le 
rare bonheur qui advint à ce vieux 39,SS pj; 
tombeau, de n'être point emporté 
ou tout au moins décoiffé par les 
carrières antiques dont les excava- 
tions débordent du plateau et entaillent la crête, jusqu'au-dessus 
de T4, dans des conditions telles que le plafond de la chambre 
n'a plus que la protection d'une dalle rocheuse de 30 ou 40 cen- 
timètres à peine. 

III. Vestiges de Vépoque judéenne. 




Au point g du plan au -^-, au pied de la grande escarpe M et 
immédiatement au sud du mur transversal B, il s'ouvre dans l'arête 
rocheuse et en partie sous elle un évasement, une sorte de cuvette 
profonde dont la formation est naturelle. Telle que nous l'avons 
découverte, cette poche était remplie d'une quantité très grande de 
tessons de poterie, tous de la même époque, qui est celle du 
ix° siècle. On se représente qu'à cette date ancienne, le roc étant 
découvert au pied du mur de crête, la traverse B n'exislanl d'ail- 
leurs point encore, on jetait les pots cassés par-dessus le parapet 
de la muraille, en avant de laquelle tessons et débris lourds s'ac- 
cumulaient de préférence dans les creux de la surface rocheuse. 

Des vestiges d'un autre ordre se présentent à nous pour une 
date postérieure de la période judéenne. Comme nous le disions 
tout à l'heure en décrivant la chambre, le tombeau cananéen T4 a 
été réemployé. Derrière le mur en pierres qui barrait la porte, la 
chambre au premier coup d'œil paraissait vide. A l'exploration de 
la couche compacte d'argile qui couvrait le sol, on découvrit des 



158 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



squelettes humains en très grand nombre, les uns convenable- 
ment étendus, d'autres dispersés ou enchevêtrés de la manière la 
plus confuse, au point de rendre leur dénombrement impossible. 
Une rangée de corps avaient été couchés l'un contre l'autre, dans 
le sens perpendiculaire à la façade, les têtes posées par-dessus, 
droit sur le col, dans une position telle qu'elles ne pouvaient tenir 
au reste du cadavre, et que l'évidence s'impose que les corps de 
cette série ont été décapités, morts ou vivants. Notre photographie 
de la pi. XIV b, prise en cours de fouille dans la chambre, dans le 
sens de la verticale, donnera une idée de cet étrange gisement de 
têtes. 
Ce qu'était cet amoncellement de corps dans un vieux tombeau 



Coupe- élévation 10-10 (plan de détail, pi. III, fragment) 

1 
Echelle de -^- 




envahi, nous l'avons mieux compris après la découverte de la 
grande fosse commune qui nous fut livrée par le déblaiement des 
terrasses au-dessous du niveau de T4, en avant de l'abrupt de la 
petite falaise, dans l'intérieur du rectangle du bastion principal 
m 3. Progressant du nord au sud, respectant le remblai en arrière 
du mur de soutènement dans les conditions qu'indiquent le profil 
général (pi, IV b) et celui du croquis inséré ci-dessus, nous avons, 
au contact du mur rocheux d'arrière-plan et un peu au-dessus du 



LA CITE DE DAVID 159 

niveau de crête de m 3, incisé par la tranche un lit, un banc, un 
véritable conglomérat d'ossements humains (affleurement T8, vu 
en élévation), s'étendant sur 4 ou 5 mètres dans le sens de la 
façade, sur 2 m. 50 à partir du rocher, épais de m. 60, le gise- 
ment nettement terminé en avant et, quanta l'assiette, incliné du 
sud au nord. Le nombre des corps déposés en cet endroit est abso- 
lument impossible à évaluer; la quantité en est si grande, et la 
compression lente qu'ils subirent eut des effets tels, que les osse- 
ments imbriqués les uns dans les autres prirent, par places, la 
consistance d'une sorte de matière ligneuse '. 

La situation du dépôt nous permet de reconstituer facilement les 
circonstances techniques de sa mise en place. Lors d'un événe- 
ment dont nous ignorons la date exacte, pour enfouir des corps 
humains en très grand nombre, on fit choix du centre du bastion 
m 3, et danj3 la masse épaisse de la terre du glacis qui bourrait 
l'intérieur, exactement contre la paroi rocheuse du fond, on ouvrit 
une grande fosse carrée, profonde de 3 ou 4 mètres; on y précipita 
tous les corps qui pouvaient y tenir, et l'on refit le glacis en pilon- 
nant la terre par dessus les cadavres. Mais la fosse n'avait pas pré- 
senté une capacité assez grande et il restait des corps humains : on 
eut recours, pour les loger, à la chambre du vieux tombeau T4, à 
l'étage supérieur, dans lequel on fit un dépôt un peu moins abon- 
dant et un peu moins confus que le premier, celui que nous avons 
décrit tout à l'heure. 

Il semble en outre que ces dépôts mortuaires ne se bornèrent 
pas à la constitution de la fosse commune T8 et à l'utilisation de la 
chambre T 4, mais qu'ils envahirent encore d'autres cavités qu'il 
nous reste à décrire, celles d'une grande caverne naturelle située 
en L-K du plan général au -^~, en arrière du grand bastion m 3. 
C'est une caverne « en façade », c'est-à-dire largement ouverte, 
incisée par l'érosion dans une couche relativement tendre, protégée 
par le toit en débord des couches supérieures, de profondeur irré- 
gulière dans le sens horizontal, très analogue, en somme, à celle 
dont les galeries de Parker ont suivi les contours à la pointe nord 
de l'acropole (P 5 de la carte au -^ô* pi. I)- Son niveau de seuil 
est intermédiaire entre celui des tombeaux T 6 et T 7, à la base de 
la falaise de 7 mètres, et celui de T4-jo qui en domine la crête ; 
notre caverne L-K entaille bien la petite falaise, mais à mi-hauteur. 

1 . Notre photographie de la pi. XIV a, prise de l'extérieur de l'angle nord du bastion, 
montre l'affleurement de la couche d'ossements, à partir du mur vertical de la falaise 
d'arrière. 



100 REVUE DES ETUDES JUJVES 

Le terrassement intérieur du bastion m 3 la masque entièrement. 

Obligés, par la nécessité de conserver le dépôt! 8, de renoncera 
l'enlèvement des masses de terre qui l'enchâssent, nous nous 
sommes réduits à suivre la paroi rocheuse, à partir de là, en tun- 
nel (k de la coupe-élévation donnée ci-dessus), de manière à 
déboucher dans la grande cavité L dont la fouille avait livré l'en- 
trée du côté méridional : la caverne ouvre une sorte de porche, en 
cet endroit, dans la façade de l'escarpement, à plusieurs mètres au- 
dessus de la conque profonde que l'écoulement des eaux a incisée 
à sa base. 

Lorsque la dénudation de la petite falaise eut démasqué cette 
ouverture, à gauche du bastion m 3, nous la trouvâmes obturée par 
un mur en maçonnerie sèche, tout à fait comme il avait eu lieu lors 
de la découverte de la porte de T4. La barrière enlevée, et la 
caverne L débarrassée du dépôt de terre qui remplissait ses anfrac- 
tuosités et noyait toute sa surface, on trouva le sol couvert d'osse- 
ments humains en désordre, pêle-mêle avec des fragments de pote- 
ries. Des corps en grand nombre avaient été jetés là, comme dans 
les deux autres places toutes voisines. 

Il est tout à fait probable que ces dépôts funéraires de ï 4, Ï8 et 
L-K ont été faits au même instant et à la suite d'un événement 
unique ; ce que vient continuer la très sûre homogénéité chrono- 
logique des poteries qui partout sont mêléesaux vestiges humains, 
et dont les caractères permettent de situer la date vers le vn e siècle 
ou le début du vi e . Qu'a-t-il pu se produire à cette époque? Une 
pareille abondance de cadavres à faire disparaître, certainement 
plusieurs centaines, cela suppose un massacre ou une bataille très 
meurtrière, et l'idée se présente d'un assaut tenté contre la ville à 
cette place même, laissant des victimes en foule au pied de cha- 
cune des redoutables murailles étagées. On pense à l'expédition 
assyrienne sous Sanhérib, à ce mystérieux échec que rencon- 
trèrent les envahisseurs et qui détermina leur retraite, et l'on se 
demande si ce sont des ossements d'Assyriens que nous rencon- 
trons sous les glacis et dans les escarpes delà clôture, précipitam- 
ment enfouis, après Faction, par les défenseurs victorieux. 

Pour consigner ici tout ce qui concerne des objets de l'époque 
judéenne royale, nous enregistrerons encore une anse de jarre, 
trouvée, non sur l'escarpement de la colline, mais dans les déblais 
de la plate-forme, exactemenl dans les décombres qui remplis- 
saient la chambre funéraire T3 (voir chapitre V ci-après). Celle 
anse porte L'empreinte, que nous reproduisons ci-dessous, d'un 




LA GITE DE DAVID 161 

cachet judéen de type connu, dont la légende, bien conservée, 
donne : 

1/3 de la grandeur réelle 

le-meleq 
Hebron 



Des empreintes similaires sur anses de jarre on possède une 
centaine de spécimens, qui, pour le grand nombre, ont été recueil- 
lis et étudiés parBliss et Macalister (voirleui 's Excavations in Pales- 
tine, 1902, p. 106 123 et pi. 56, reproduction d'une vingtaine 
d'objets choisis dans l'ensemble). Les inscriptions de cette caté- 
gorie ont, comme la nôtre, la figure centrale d'un oiseau aux ailes 
éployées, très stylisé, où Ton reconnaît l'inspiration (\w disque ailé 
des représentations égyptiennes, ou celle d'un scarabée de dessin 
sommaire, égyptien de non moins évidente manière '. 



CHAPITRE IV 

l'aqueduc a flanc de côte et le grand tunnel d'ézécuias 

I. Les organisations hydrauliques du Cédron et V orientation 
de nos travaux. 

Nous avons exposé en tous détails, précédemment 2 , que les 
divers systèmes de travaux organisés pour utiliser et amener l'eau 
de la source dont nous connaissons la situation, au pied de l'acro- 
pole à son extrémité nord, dans le fond du Cédron, se succédèrent 
ainsi qu'il suit au cours des âges : 

Epoque primitive (cananéenne ancienne). — L'eau de la source 
s'épanche librement au dehors de sa caverne; un réservoir creusé 
dans le roc en retient une certaine quantité. 

1. Ces cachets royaux reproduits en nombre important et étudiés par Clermont- 
Ganneau, Jarres Israélites marquées à l'estampille des rois de Juda, dans Recueil 
d'arch. orientale, IV (1901), p. 1-24. 

2. Première Partie, Chap. III, § i. 

T. LXX, n° 140. H 



162 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Epoque de V acropole cananéenne développée. — De l'intérieur 
de la forteresse, une descente en souterrain accède à une chambre 
souterraine dans le solde laquelle s'ouvre un puits vertical donnant 
sur une galerie basse creusée depuis la source et inondée par la 
source. La vallée continue à être alimentée d'eau, grâce à l'aména- 
gement d'un canal d'écoulement à l'extérieur (canal I) ; l'eau est 
lâchée dans la vallée ou refoulée dans la galerie souterraine pour 
le puisage, par le jeu d'une vanne installée à la base d'un mur bar- 
rant la sortie de la caverne. 

Epoque judéenne ancienne. — Sans perturber en rien le précé- 
dent système, on lui adjoint le fonctionnement d'un canal pratiqué 
horizontalement à flanc de côte, amorcé dans la caverne à 4 mètres 
environ au-dessus de la source (on élève l'eau jusqu'à ce niveau 
en fermant la vanne du barrage extérieur, comme pour permettre 
le puisage par le puits souterrain), et aboutissant, à la pointe sud 
de l'acropole, à un grand réservoir, le Birket El Hamra, obtenu en 
barrant le Tyropœon à son débouché dans la vallée orientale. Cet 
aqueduc à flanc de côte est le canal II des nomenclatures. Sa 
paroi du côté de la vallée est percée de fenêtres espacées à courte 
distance, qui permettent le puisage et l'irrigation des. surfaces 
sous-jacentes. L'ensemble du travail est corrélatif de l'extension 
de l'enceinte de la ville par delà le Tyropœon (enceinte S de nos 
cartes). 

Travail d'Ezéchias. — Le système du canal à flanc de côte est 
réduit à néant (en raison de sa cote élevée) par le creusement d'un 
nouveau canal plus profond, amorcé dans la galerie basse de la 
vieille organisation de puisage cananéenne, soit au niveau même 
de la source ; entièrement souterrain, long de 550 mètres et en 
pente sensible, il débouche dans le Tyropœon. non loin du Birket 
El Hamra, dans une piscine organisée en excavation profonde. Ce 
canal III et son réservoir d'aval sont en usage aujourd'hui encore. 

Ces divers ouvrages ne sont pas tous également bien connus. Le 
tunnel d'Ezéchias, exploré de date ancienne, est définitivement re- 
levé depuis les travaux de 1909-1911, ainsi que le réseau des sou- 
terrains qui avoisinent immédiatement la source et la communica- 
tion souterraine de puisage de l'époque cananéenne, à l'exception, 
pour cefte dernière, de la section supérieure au débouché sur 
l'acropole, encore inconnue. Le canal I de la même époque a été 
reconnu, en 1901, sur une longueur de 54 mètres à partir de l'ori- 
gine. Le canal JI, enfin, celui du premier réservoir du Tyropœon, 



LA CITE DE DAVID 4 63 

a été découvert par les travailleurs de 1909-1911 à son amorce dans 
la caverne de la source, et relevé, à partir de là, sur un dévelop- 
pement de 72 m. 60 ; dès 1886 et 1890, d'autre part, les sondages de 
Schick tombaient sur ce même canal, beaucoup plus au sud le long 
de l'acropole, et l'on parvenait à le suivre, en galerie, sur 70 mètres 
environ '. Ajoutons que le débouché de ce canal II au Birket El 
Hamra, une porte de tunnel encombrée de débris, est reconnais- 
sable 2 et n'attend que la possibilité d'une exploration méthodique. 

Ce canal 11 à flanc de côte était le seul qu'on pût espérer rencon- 
trer dans les limites où nous avions dû circonscrire notre grande 
fouille. Dans l'historique du travail donné précédemment 3 nous 
avons consigné la découverte de l'aqueduc, en tunnel dans cette 
zone, par la mise à nu du rocher aux abords de la fenêtre latérale 
x, — suivre, à partir d'ici, le relevé de détail au-^-, — et peu de 
temps après, l'acquisition de l'autre fenêtre y située à 7 mètres au 
sud de la première; l'exploration de la galerie jusqu'aux débou- 
chés dans R 1, au sud, et R 2, au nord, où il semblait que le tunnel 
se transformait en trancbée ouverte ; ultérieurement, quand il 
fallut remblayer l'étage inférieur de la fouille, l'obturation de la 
fenêtre x et l'utilisation de y pour le débouché d'une descente cou- 
verte maintenant un accès permanent dans la galerie ; plus tard 
encore, la dénudation du roc ayant progressé vers le sud, le déga- 
gement du puits ou « regard » R 1, au delà duquel l'aqueduc 
reprend en tunnel, et l'exploration de cette nouvelle section sou- 
terraine avec ses fenêtres latérales. Nous avons également noté la 
vérification, par une opération directe de nivellement, de la con- 
cordance de cote du canal, aux points x et ?/, avec celle du canal 11 
à son départ dans la caverne de la source, ce qui est la preuve 
de la correspondance des deux sections de galerie. 

En fin de travail nous possédions l'aqueduc, relevé et ouvert au 
parcours, sur une longueur un peu supérieure à 70 mètres. Outre 
la descente en escalier couvert construite par nous au droit de la 
fenêtre y. le tunnel prenait air et lumière par le grand puits R 1, 
de manière très heureuse pour la circulation et l'investigation sou- 
terraine. 



1. l'our l'histoire de ces diverses recherches et la coordination de leurs résultats, im- 
parfaitement obtenue après les travaux de 1909-1911, se reporter aux exposés donnés 
précédemment, Première Partie, chap. 111, § i et chap. IV, § i. 

2. Voir le plan général de la pi. I, et la carte de la pointe sud, au , insérée 
ci-avant au chap. 11, § n. 

3. Ci-avant, chap. I. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Avant d'arriver à la description détaillée de l'ouvrage, il importe 
de signaler la coïncidence fortuite qui nous a fait tomber, tout au 
long de cette section dégagée, sur la portion même de la galerie 
qui avait été explorée par Schick en 1890. Gardons sous les yeux 
notre relevé au^-, et rapprochons-en ce croquis, dénué de toute 
précision, où Schick arrive cependant à inscrire des détails carac- 
téristiques et d'identité indubitable '. A l'extrémité sud, ses puits 
4 et 5 donnent droit dans la tranchée ouverte, le puits 5 (Door) 
marquant le point où l'aqueduc va poursuivre au nord en tunnel ; 
42, immédiatement après, est notre fenêtre latérales, reconnais- 
sable au curieux barrage ménagé au-dessous et que nous décri- 
rons; le puits 6 a été foncé de manière à tomber au dehors de notre 
fenêtre z ; Recess qui suit est la chambre-puits RI, le puits 7 des- 
sert la fenêtre y de notre plan, et au delà, la Cave de Schick est 
l'anfractuosité au fond de laquelle s'ouvre notre fenêtre x ; le puits 
8, énigmatique, paraît résulter d'une confusion graphique, mais 
tout de suite après le puits 9 rencontre une chambre allongée, 
Door, qui est notre chambre couverte R2 ; après quoi une dernière 
vérification est offerte par le cleft transversal que nous avons noté 
dans la même position. La coïncidence est certaine, comme on 
voit, d'un bout à l'autre de la section explorée en 1890 et retrouvée 
par nous-mêmes. Ceci bien constaté, toutefois, nous pouvons met- 
tre de côté le croquis et les descriptions imprécises de Schick, 
pour faire état seulement de nos acquisitions personnelles. 

II. Description de l'aqueduc à fianc de côte. 

Dans l'ordre du tracé, le canal est dirigé par la préoccupation 
exclusive de suivre le terrain au plus près, de manière à pouvoir 
ouvrir en tout endroit, sur le flanc de côte inférieur, ces fenêtres 
de prise d'eau qui tiennent une grande place dans son fonction- 
nement. Comme il se trouve que le profil en long du radier est 
horizontal, on voit qu'en principe, l'aqueduc se trace suivant une 
horizontale du versant de la vallée, de la source au Birket du sud ; 
on se rend compte immédiatement, toutefois, que l'irrégularité et 
les accidents de la paroi rocheuse ne permettent point, dans le 
détail, la réalisation d'une formule de cet ordre, d'autant que les 
praticiens antiques étaient peu sensibles aux images d'une géomé- 
trie théorique et abstraite de la forme visible des choses. En fait, 

1. Schick, loc. cit. dans Q. S., 1891, voir le plan vis-à-vis de p. 15. 



LÀ CITÉ l)Ë DAV1Î) 465 

d'amont eii aval, le canal a été incisé pas à pas, suivant un profil 
horizontal, mis en place, à chaque instant, de manière qu'avec une 
profondeur suffisante il passât le plus près possible du terrain 
sous-jacent sur lequel seraient à ouvrir les fenêtres. Lorsque le 
rocher, dans la zone de passage, était en pente relativement adou- 
cie, on creusait l'aqueduc en tranchée ouverte, quitte à percer, de 
place en place, quelque bec de roche en saillie : ce type de tran- 
chée ouverte a été rencontré, on se le rappelle, au départ de la 
caverne de la source, dans la longue section relevée en 1909-1914. 
Lorsque l'horizontale obligée du passage, au contraire, s'insérait 
en quelqu'un des emmarcbements abrupts qui accidentent la côte, 
la tranchée ouverte n'était pas possible, et l'on recourait au systè- 
me d'un tunnel pratiqué en arrière de la façade rocheuse, protégé 
par la paroi la plus mince qu'on osât ménager, dirigé, de proche 
en proche, avec la plus grande facilité grâce aux fenêtres qu'on 
perçait, au fur et à mesure de l'avancement, à courts intervalles. 
Telle est la section en tunnel, longue d'une soixantaine de mètres, 
que nos déblaiements ont recoupée. Telle est encore la section de 
l'extrémité aval, où le bec terminal de la colline est troué par un 
tunnel débouchant directement sur le Birket. Une pareille méthode, 
à laquelle tout jalonnement préalable, toute intention de tracé 
d'ensemble sont complètement étrangers, qui ne procède que 
par adaptation aux formes et aux accidents rencontrés au fil 
de l'avance, permet de comprendre les singularités de dessin, 
les inflexions, les coudes qui affectent partout la ligne de l'ou- 
vrage et qu'on observe, dans notre domaine, de la manière la 
plus instructive. 

En ce qui concerne la section, et pour ne parler que du dévelop- 
pement en souterrain que nous avons pu étudier, l'ampleur de la 
galerie est nettement inférieure à celle du tunnel d'Ezéchias qui 
devait lui succéder. Le profil d'ensemble de la pi. ÏV a, qui coupe 
les deux souterrains tout près l'un de l'autre, donne une idée 
exacte de leur importance relative. Le modeste souterrain du 
canal II, large, sauf exceptions, de 45 à 50 centimètres, a une 
hauteur généralement comprise entre \ m. 40 et \ m. 60, atteignant 
rarement \ m. 75 ou 1 m. 80 ; le plus souvent rectangulaire, il lui 
arrive, sur des passages étranglés, de perdre son embase plane, le 
profil affectant alors un dessin ovoïde très étiré, pointu, à l'extré- 
mité inférieure, tellement que les pieds de l'explorateur n'y peuvent 
trouver place. Nous allons, d'ailleurs, parcourir le canal méthodi- 
quement, d'un bout à l'autre de la section relevée; les coupes 








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LA CITÉ DÉ DAVli) 167 

rassemblées à la planche ci-contre correspondent aux indications 
découpes portées sur le plan général au—. 

Commençons au sud. En deçà de 1-1, la galerie à ciel ouvert, 
encombrée d'éboulis meubles, n'a pu être suivie sur une grande 
longueur par notre exploration souterraine. 1-1, entrée en tunnel, 
section pouvant être qualifiée de normale. À 6 mètres de là, en v, 
fenêtre latérale, dont nos coupes 2-2 et 2'-2' donnent un relevé de 
détail très nécessaire, en raison de la présence d'un organe qui ne 
sera plus rencontré ailleurs, un petit barrage ménagé en aval de la 
fenêtre et permettant, à volonté, d'arrêter et de faire monter l'eau 
pour faciliter le puisage de l'extérieur. Voyons par le menu ce dis- 
positif remarquable. Le seuil de la fenêtre, moins surélevé qu'on 
ne le constate aux ouvertures similaires, est haut de m. 18 au- 
dessus du fond du canal; le petit barrage, distant de 20 centimètres 
seulement de la fenêtre, du côté de l'aval, est constitué par une 
cloison ménagée en plein roc, haute de m. 50 et épaisse de 
m. 20, percée, au ras de la ligne d'écoulement inférieure, d'un 
trou circulaire de m. 12.de diamètre. C'est l'emplacement d'une 
vanne très simple, un bout de planche carrée de m. 50 sur 
m. 40, prête à être appuyée, du côté amont, contre la cloison- 
barrage, de manière à obturer le trou d'écoulement inférieur. 
Retire-t-on la planche, l'eau coule librement dans le canal. Veut-on 
puiser de l'extérieur, à cette fenêtre, on ferme la vanne, et l'eau 
est retenue jusqu'au niveau de la crête de la cloison-barrage, soit 
sur une hauteur de 50 centimètres, refluant dans la cuvette dont le 
sol remonte, vers l'extérieur, en dehors de la baie latérale. 

A 7 mètres au delà, autre fenêtre, z, coupes 3-3 et 3'-3' ; seuil de 
la fenêtre surélevé de ni. 40 par rapport au fond du canal, pla- 
fond du canal échancré de remarquable manière, suri m. 40 de 
longueur, pour recevoir le débouché de cette communication laté- 
rale plus haute. Les ouvertures v et z permettent de constater que 
dans cette région, la cloison de roche qui masque le canal de l'exté- 
rieur est épaisse de 50 à 70 centimètres. 

Le tunnel paraît infléchir vers la montagne ; il s'évase en une 
sorte de petite chambre, et plus loin, à 12 mètres environ de z, il 
débouche au fond de l'excavation R 1, artificielle, ouverte par en 
haut dans le seul dessein de procurer au fonçage de la galerie des 
points d'attaque faciles. Oblong, étiré dans le sens de la largeur de 
l'aqueduc (coupe 4-4), ce puits RI est profond de 3 m. 50 ; des 
murs construits en maçonnerie régularisent le fond et restreignent 
le passage de l'eau à une avenue large de m. 95. Ces murs 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bloqués dans la roche sont écrêtés; ils dépassaient en hauteur 1 ; 
bien certainement, la cote du plafond du tunnel, et l'on est porté à 
croire qu'ils servaient d'appui à des dalles de couverture, mises en 
place comme celles que nous verrons, plus loin, couvrant le pas- 
sage R 2. Par-dessus cette toiture que nous restituons, l'excavation 
était comblée jusqu'au niveau du terrain environnant. 

Tout de suite après, le tunnel s'étrangle et s'abaisse. En 5-5* 
1 m. 20 de hauteur seulement. En 6-6, section étrange, déjetée, où 
L'équilibre vertical est impossible et dont le creux n'a point la place 
des pieds d'un homme. En même temps la galerie se replie vers 
l'extérieur, en tournants brusques, pour aller ranger la façade de 
la petite falaise dans laquelle s'ouvre la fenêtre y. La cloison de 
roche en avant, largement ébréchée, laisse voir en lumière la paroi 
arrière du tunnel (phot. pi. XVI). Le seuil de la fenêtre est placé à 
m. 35 au-dessus du fond du canal (coupe 7-7, à retrouver au 
profil général de pi. IV a). La galerie se tient ensuite à fleur de 
l'escarpement, le dessin de sa section changeant rapidement de 
mètre en mètre, ovoïde étiré en 8-8, avec 1 m. 75 de hauteur, rec- 
tangulaire en 9-9, immédiatement avant d'arriver à la fenêtre x. 

C'est par cette ouverture, on se le rappelle, que nous avons péné- 
tré dans le tunnel tout d'abord ; la photographie de notre pi. XV a 
montre la baie retrouvée, dans le flanc de côte en cours de déga- 
gement. Les abords avant de la fenêtre ont un aspect assez diffé- 
rent de celui des autres ouvertures déjà rencontrées : ici, au lieu 
d'un seuil surélevé, nous trouvons une petite cuvette en dépres- 
sion, allongée de 1 mètre, sous roc, dans le sens perpendiculaire 
au canal (c'est la cave de Schick), et que l'eau remplissait en per- 
manence; de l'extérieur, on y descendait par une sorte de couloir 
pratiqué dans la roche (voir le plan au -^- et la coupe 10-10, à 
retrouver au profil général de pi. IV b). A trois mètres de là, au 
nord, passe le gros mur B, précédemment décrit et discuté ; la 
phot. de pi. XV c montre ensemble le mur et le haut de la porte. 
De la base du mur s'élève un escalier, grossièrement taillé dans le 
rocher et dont cinq degrés se reconnaissent encore (plan au ^ 
et phot. pi. XV b) ; il gagne une sorte de plate-forme dominant la 
rainure d'accès à la chambre profonde en avant de la porte x, et l'on 
se demande s'il n'y a pas là les vestiges d'un dispositif de puisage. 

Immédiatement au delà de x, le profil change avec la brusquerie 
que relèvent nos coupes (11 et 12, U'-12). En 13-13, section allon- 
gée, amincie, comparable à celle de 8-8. Le canal infléchit alors 
vers la montagne, renonçant, pour une cause qui nous échappe en 



La cIte de dàvId 169 

raison de la dissimulation du rocher sous le remblai encore en 
place, à prolonger la ligne des fenêtres latérales. C'est le même 
procédé d'enfoncement que nous avons observé entre les fenêtres 
z et y, et, comme il avait lieu dans cette section méridionale, c'est 
d'un puits -regard, ouvert d'en baut, que le tracé de la galerie 
dépend dans la zone où nous sommes. Ce puits R 2 est beaucoup 
mieux conservé que son similaire R 1. C'est une chambre taillée 
rectangulairementdans le roc et couverte de dalles encore en place 
(coupe 15-15), longue de 2 m. 60, haute, sous les dalles, de 2 m. 45, 
large de m. 55 à la base et de m. 70 sous la couverture. Les 
dalles sont supportées par deux épaulements qui portent la largeur 
totale de la tranchée à 1 m. 10; deux lits superposés de pierres 
épaisses portent le remblai de comblement supérieur 1 . Comme 
nous l'avons expliqué à propos de R \, cette chambre a été prati- 
quée pour amorcer facilement la galerie en tunnel dans les sections 
de part et d'autre, et couverte ensuite. 

Au sud, le canal y effectue son départ dans les conditions expri- 
mées par la coupe-élévation 15-15. Du côté du nord, le souterrain 
poursuit semblablement, mais il semble que l'équipe travaillant 
dans celte direction ait été moins habile ou moins heureuse. Après 
2 ou 3 mètres d'avancement dans un roc excellent, elle crève son 
plafond et un grand pan de sa paroi est, qu'on est obligé de recons- 
tituer au moyen d'un mur et d'une demi-voûte en maçonnerie. On 
rentre sous roc, ensuite, mais voilà une faille, le rocher inter- 
rompu net, faisant place à des masses de grands, éboulis dans 
lesquels la galerie est forcée de trouver un passage. Les mineurs 
hésitent, essaient un chemin infléchi à gauche, le long de la faille, 
puis y renoncent pour s'engager résolument dans les éboulis. Ils 
échancrent les blocs le moins possible, réduisent la'hauteur du 
tunnel, se coulent au long des parois rencontrées, et dans les vides, 
sur les parois, au radier et au plafond, emploient la maçonnerie 
pour régulariser la forme et obtenir la continuité du chemin d'eau. 
Le roc compact se présente à nouveau, mais il est mauvais, délité 
et meuble; les travailleurs inquiets réduisent la hauteur de plus en 
plus, faisant de leur tunnel un boyau difficile où notre travail de 
recherche s'est arrêté, à une quinzaine de mètres de la chambre au 
toit de dalles. 



1. Lorsque nous sommes arrivés dans cette cliambre, nous avons trouvé deux dalles 
du plafond rompues et la terre du remblai supérieur coulant par l'ouverture avec une 
facilité dangereuse. Cette ouverture dévastatrice, pratiquée à dessein, a livré passage, 
jadis, au puits 9 de Schick. 



no' RÈVUË DÈS ÉtUDÈS JUIVES 



III. Technique des travaux souterrains et premier aperçu 
des conditions directrices du tunnel d'Ezéchias. 

Pour fragmentaire que soit cette étude, limitée à un tronçon de 
70 métrés d'un ouvrage dont le développement total atteint cinq ou 
six fois cette longueur, elle nous permet cependant d'avancer de 
bien instructive manière dans la connaissance et la compréhension 
des procédés employés pour les travaux de mine à cette époque 
ancienne. Jusqu'ici nous avons seulement différencié, du haut en 
bas de notre canal à flanc de côte, des sections en tranchée et des 
sections en souterrain, imposées par la configuration de la surface 
rocheuse dans les régions traversées. A présent que nous possé- 
dons complètement une longue section en souterrain, il nous appa- 
raît qu'au point de vue du tracé et de l'exécution de la galerie elle 
se subdivise en tronçons de deux espèces nettement définies, du 
type en tunnel à fleur d'escarpement et du type en tunnel inté- 
rieur, les tronçons de cette dernière espèce faisant liaison entre 
deux segments du premier type. Dans la zone v-z, le tunnel est à 
fleur d'escarpement y sur une douzaine de mètres de longueur, et 
dans la façade du rocher il ouvre deux fenêtres ; de même il est à 
fleur d'escarpement, sur une longueur équivalente, dans la zone 
y-x, où il est percé de deux fenêtres aussi : ces ouvertures, nous 
l'avons compris, rendent le tracé de la galerie très facile. Mais 
entre les tronçons v-z et y-x, et d'autre part entre le tronçon y-x 
et quelque autre, au nord, que nous ne connaissons pas, il se 
trouve que la galerie à fleur d'escarpement ne peut être continû- 
ment organisée : sans doute la côte dessine-t-elle, dans les inter- 
valles, des saillants trop accentués pour qu'il soit économique d'en 
suivre le contour. On perce alors ces saillants, entre z et y, ou 
bien entre x et le débouché inconnu au nord, par un tunnel inté- 
rieur qu'on cherche à faire aussi direct que possible. Comment 
dirige-t-on ce dernier tunnel ? C'est ici que la technique du mineur 
judéen se révèle singulièrement, nous obligeant à constater des 
conditions de travail extrêmement surprenantes et inattendues. 

Portons notre attention sur la section de tunnel intérieur z-y. En 
ligne droite, d'une porte à l'autre, il y a 16 mètres. Rien de plus 
simple, semble-t-il, qu'un jalonnement par dessus le bec de côte 
à percer, de manière à guider la pénétration d'une galerie recti- 
ligne. Mais on ne procède point ainsi. Partant de z et partant de y, 
symétriquement, on infléchit vers la montagne, brusquement et 



La ciTé De 1)aVid 1~1 

comme en hâte; et comme les opérateurs savent bien qu'en pour- 
suivant de la sorte ils n'arriveraient jamais à se rencontrer, ils 
s'aident de l'appel des amorces issues d'un puits ouvert à mi- 
distance, Ri, dont la fonction est de réduire la difficulté et de 
rendre infaillible la progression au son ou même à la voix 
humaine. Pour le repérage de la galerie, en somme, le regard R \ 
tient lieu des fenêtres latérales qui guident le mineur dans les 
sections à fleur de muraille. Le même rôle, bien entendu, incombe 
en cours de travail à la chambre R2, excavée entre x et le repère de 
quelque autre fenêtre. 

D'où il ressort que les mineurs du ix e ou du vin e siècle ne 
savaient pas percer un tunnel en ligne droite entre deux points 
donnés, ces extrémités fussent- elles distantes seulement de 
16 mètres. Il faut donner attention à cette particularité extraordi- 
naire. La chose est bien plus grave que si l'on ignorait simplement 
la méthode du jalonnement supérieur; car si l'opérateur avait la 
notion et la volonté de la ligne droite à suivre, l'invention du 
jalonnement s'ensuivrait immédiatement. Mais il n'a pas la notion 
de la ligne droite sous terre, il n'en voit pas la possibilité sous 
terre. Cette lacune est de l'ordre physiologique; elle s'apparente 
avec de nombreux phénomènes que présentent le travailleur et le 
technicien oriental aujourd'hui encore, l'absence de régularité et 
de précision dans l'exécution en général, qu'il s'agisse de maçon- 
nerie, d'ébénisterie ou de terrassement, et notamment, l'impossi- 
bilité qu'éprouve l'ouvrier, dans un travail rapide sur le terrain, à 
suivre la ligne droite, même si cette ligne droite devait être le 
tracé le plus commode. 

Perçant une galerie souterraine, donc, le mineur judéen est 
réduit à se repérer sur les débouchés au jour, et pour cet objet, à 
donner à son tunnel des « lumières » aussi nombreuses et rappro- 
chées que possible. Privé du repère, ou à distance du repère, il 
divague, jusqu'à ce que l'appel du point de passage soit devenu 
clair et infaillible (voiries inflexions de notre galerie, à partir des 
fenêtres z et y de chaque côté, à la recherche des tronçons issus 
du puits RI, jusqu'au moment où le travail file droit sur le puits 
au son des pics à quelques mètres). Dans les conditions ainsi 
reconnues, ne peut-on trouver l'explication du tracé en boucles 
divagantes que suivit, quelques siècles après notre canal II, un 
travail souterrain d'exécution incomparablement plus difficile, 
celui du grand aqueduc d'Ezéchias ? 

On n'a pas oublié la théorie, qui fut le principe initial de l'orga- 



\'i REVUE i)ES ÉTUbES JUIVES 

nisation de noire grande fouille, d'après laquelle la grande 
« boucle » méridionale du tunnel d'Ezéchias aurait été développée 
pour éviter la rencontre des tombes royales de l'intérieur de la 
vieille Cité; et en effet, comme nous verrons par la suite, de grands 
tombeaux d'époque judéenne ont été rencontrés sur la plate-forme, 
dans le périmètre de la « boucle » considérée (groupe T1-T2-T3; 
prendre sons les yeux, à partir d'ici, le plan général au l -^- Qy pi. I). 
Mais la situation de cette nécropole suffit-elle à expliquer les 
extraordinaires sinuosités, grandes et petites, auxquelles est sou- 
mis le cours de l'aqueduc d'un bout à l'autre? Et dès l'origine des 
considérations théoriques, n'a-t-il point été clair que l'autre 
grande « boucle » du tracé, celle du nord au départ de la source, 
était sans rapport avec des tombes de l'intérieur de l'acropole? Il 
semble donc qu'il y ait autre chose. Ce qu'il y a peut-être, nous 
commençons à le pressentir d'après ce que nous a livré l'analyse 
des travaux du vieil aqueduc à flanc de côte ; et un autre indice 
très important va nous être fourni par la considération de la posi- 
tion relative où sont ce canal II et le canal III d'Ezéchias, dans la 
zone même de nos recherches. 

La superposition des relevés fait voir que du nord au sud, le 
canal d'Ezéchias se tient longtemps à l'ouest du vieux canal II, 
disons à l'intérieur, par rapport à la colline; passe exactement au- 
dessous de la tour H, et tout de suite après, recoupe, en plan, le 
canal II, passant à l'extérieur; de telle manière que forcément, à 
quelque distance au sud, il doit le recouper une autre fois, la por- 
tion de ce canal III située à l'est du canal II ne débordant guère 
les extrémités de l'alignement droit cd. Dans cette région, com- 
ment se placent les deux ouvrages, en cote, l'un par rapport à 
l'autre? Cela est facile à déterminer. Le lit du canal II est hori- 
zontal. Le canal III s'amorce, à l'amont, à 1 m. 50 environ plus bas 
que l'autre, et de plus, son profil est en pente, réalisant une des- 
cente totale de 2 m. 18 sur son développement de 550 mètres, soit, 
de l'origine d'amont aux abords de la tour H, en proportion de la 
distance, une quotité de descente de 1 m. 25 environ. Au total, au 
point considéré, dénivellation de 1,50 -f- 1,25, soit 2 m. 75 — éva- 
luation approximative — du canal III par rapport au canal II : 
ainsi les représente, au droit même de la tour, la coupe générale 
de notre pi. IV a. Mais dès lors, les choses ainsi placées, qu'aper- 
cevons-nous? Le long de son alignement cd le canal profond, le 
plus récent, est à 2 m. 75 environ au-dessous de l'autre, et en 
même temps, en plan, on le voit passer à 4 ou 5 mètres en dehors, 



LA GITE DE DAVID 173 

du côté des lignes basses de la côte; 2 m. 75 de descente sur 4 ou 
5 mètres d'étendue horizontale, c'est exactement dans cette pro- 
portion que tombe la surface du rocher, en moyenne, sur ce flanc 
de vallée depuis la crête : qu'est-ce à dire, sinon que sur V aligne- 
ment cd y et bien qu'il soit complètement en souterrain, sans 
fenêtres ni regards d'aucune sorte, le canal (TEzéchias court à 
fleur de roche comme faisait le vieil ouvrage voisin et supérieur? 

Cette analyse de géométrie topographique aboutit donc à consta- 
ter que sur cet alignement droit cd, si remarquablement orienté 
dans le sens des horizontales du versant, le tunnel aveugle d'Ezé- 
chias n'est séparé de la surface du rocher que par une cloison 
mince. Ne touche-t-on pas, ainsi, une raison particulièrement 
importante du tracé de l'aqueduc dans sa partie méridionale ? Pré- 
cisons l'hypothèse : les choses ne se présentent-elles pas comme 
si les mineurs d'Ezéchias, partis de l'amorce du Tyropœon et ayant 
infléchi à droite —volontairement ou non - vers la grande vallée, 
s'étaient maintenus dans cette direction jusqu'à ce qu'il y eût 
péril, pour leur galerie, de déboucher à l'air libre, et alors seule- 
ment, avertis du voisinage de la surface, avaient tourné à gauche 
assez pour s'assurer de rester sous terre? 

Dans l'esprit de ces observations et de cette hypothèse, sur la 
seule base, d'ailleurs, des indications qui ressortent des inflexions 
du tracé lui-même, nous allons essayer de reconstituer l'histoire 
technique de l'ouvrage. 

IV. Comment se développa le tracé de Vaqueduc d'Ezéchias. 

L'étude de détail du tracé et l'examen de la galerie elle-même, 
dans sa partie centrale, ont fait voir depuis longtemps ■ que deux 
équipes de mineurs, entrées sous terre aux deux extrémités et 
cherchant leur rencontre, comme il est dit dans la célèbre inscrip- 
tion hébraïque trouvée dans l'aqueduc, arrivèrent effectivement, 
après bien des peines, à frapper l'une contre l'autre, exactement 
au point o (plan au 4 — , pi. I), quelque peu au nord du point 
médian de la course totale. L'histoire du travail de mine comprend 
donc deux histoires simultanées, celle de l'équipe du nord et celle 
de l'équipe du sud, indépendantes d'abord et durant une trop 
longue période, en relation et en condition d'influence réciproque 

1. Voir surtout le mémoire, souvent cité précédemment, de M. Glermont-Ganneau 
dans C. R. de l'Acad. des Inscriptions, 1897, p. 383-427. 



174 REVUE DES ETUDES JUIVES 

seulement à partir du moment où le bruit des pics devint percep- 
tible à travers la masse de roche qui séparait les deux attaques. 
Pour les phases du début il convient donc que la progression de 
chacun des chantiers soit considérée seule ; mais il est également 
essentiel de noter, en cetle période initiale, l'identité de conduite, 
on pourrait dire la parfaite symétrie du tracé couvert par les deux 
attaques poussées de part et d'autre. 

Cela n'est point sans cause. Reportons-nous, pour un instant, à 
notre analyse des petits ouvrages du canal II, notamment à ce 
que firent les travailleurs lorsqu'il fut nécessaire de relier la fenê- 
tre z et la fenêtre //, têtes d'attaque en lumière, à travers un bec 
de roche. A mi-distance, le puits R 1 était ouvert et attaquait dans 
les deux sens, lui aussi, pour réduire l'incertitude ; il n'importe, 
de z comme de y, les mineurs commencent par infléchir brusque- 
ment vers V intérieur, quitte à redresser leur direction, ensuite, 
pour marcher à l'appel des frappeurs du centre. L'instinct qui les 
fait agir est fort clair. Comme nous l'avons expliqué, ils n'ont pas 
notion de la possibilité d'une ligne droite en souterrain ; ils cher- 
cheront la rencontre, mais tout d'abord, il leur faut être sûrs qu'ils 
ont bien pénétré en montagne ; ils donnent satisfaction à ce senti- 
ment, puis, dûment enfoncés, ils redressent leur travail en paral- 
lèle — croient-ils — aux lignes extérieures de la côte, pensant ne 
pouvoir mieux faire pour rencontrer l'équipe opposée ou les repères 
intermédiaires. Or, au moment où les deux équipes du travail 
d'Ezéchias attaquaient la roche, à 3:20 mètres de distance, le pro- 
blème se posait à elles en termes tout semblables, sauf que la 
difficulté était multipliée par 10 ou 20 en raison de l'échelle des 
choses, qu'on n'avait le secours de nul repère en cours de route, et 
qu'en plus de tout le reste l'équipe nord attaquait non à l'air libre, 
mais au fond d'un boyau tortueux, à plus de 20 mètres de la 
lumière. Dans ces conditions vraiment embarrassantes, ne sachant 
point s'orienter et ne concevant point qu'on puisse le faire, à quoi 
se résolvent les ingénieurs? Dans un esprit de confiance dont la 
candeur et l'audace nous confondent, ils décident que de chaque 
côté, les attaques fonceront d abord en montagne, puis se redres- 
seront en parallèle pour marcher l'une vers l'autre. 

Etcela s'exécute. De l'excavation du Tyropœon, en a, l'enfonce- 
ment initial en perpendiculaire à la paroi est suivi d'une longue 
courbe, doucement infléchie a droite sur un développement de 
70 mètres, aboutissant à un alignement droit qui, en fait, est per- 
pendiculaire à la vallée du Cédron et va percer au jour pour peu 



LA CITE DE DAVID 175 

qu'on le poursuive, mais que les opérateurs croient, bien diffé- 
remment, être dans le sens môme du flauc de vallée à suivre : che- 
minant vers le point b, ils pensent avoir fait tout le possible pour 
marcher à la rencontre de l'équipe du nord. Cette dernière, pen- 
dant le même temps, s'est dirigée suivant le même principe avec 
un succès meilleur, bien qu'au prix de développements trop éten- 
dus et d'un dessin d'ensemble heurté, plein d'une brusque incer- 
titude. Du point m, au fond de la galerie basse du vieux système 
cananéen de puisage, les mineurs effectuent une pénétration de 
40 mètres droit dans la montagne, la jugent insuffisante, avancent 
de 30 mètres encore après avoir quelque peu infléchi à gauche, et 
parviennent ainsi au point / ; estimant le moment arrivé de pren- 
dre la parallèle à la côte, ils tournent résolument à gauche, en 
deux temps, et les voilà qui cheminent dans la direction l-k, point 
trop malheureux, comme on voit, dans leur entreprise d'avance 
vers le travail du sud. Mais comme ils progressaient ainsi, il 
arriva à l'équipe du sud une heureuse et singulière aventure. 

Avancée jusqu'en 6, la galerie du sud infléchit à gauche, comme 
avertie du danger de déboucher en surface. On est tenté de croire 
que dès ce moment, à une quinzaine de mètres de distance, le 
bruit des frappeurs avait été perçu de i l'extérieur, et qu'on avait 
avisé l'équipe de la situation où elle était par rapport au terrain. 
L'attaque avance de lo mètres dans la nouvelle direction, de b en c. 
A partir de là, nous n'avons plus le droit d'hésiter quant à la 
restitution des faits : nous savons que les travailleurs sont au 
voisinage immédiat de la surface. Les écouteurs de l'extérieur leur 
donnent un avertissement pressant, grâce auquel la galerie tourne 
brusquement à gauche, dans une direction qui se trouve coïncider, 
par chance, avec celle des horizontales du versant ; dans ces con- 
ditions, le cheminement se poursuit à fleur de surface, commodé- 
ment repéré, au fur et à mesure, par les indications des écouteurs 
du dehors, et ce contrôle rend la direction de l'avance si aisée et si 
sûre qu'on se tient dans cette ligne, de c en cl, sur une étendue 
de 45 mètres. Au point d, toutefois, — sachant nettement où l'on 
se trouve — on estime le moment venu de rentrer dans la monta- 
gne, à la rencontre des travailleurs du nord dont le cheminement, 
d'après les dispositions initiales, est supposé courir parallèlement 
à la côte à quelque distance à l'intérieur. On infléchit alors de 45° à 
gauche, nettement et résolument, comme on a tout fait, sur ce 
chantier, depuis le premier jour de l'attaque, et dans la nouvelle 
direction adoptée on gagne, de d en e, 73 mètres en ligne droite : 



176 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

ces mineurs de l'équipe du sud étaient des gens calmes, réfléchis et 
persévérants dans une décision prise. 

Ils sont récompensés : arrivés en e ils entendent, pour la pre- 
mière fois, le travail de l'équipe du nord dont ils cherchent la ren- 
contre. Où étaient, à ce moment, les mineurs du nord, seulement 
en À-, ou bien plus avancés dune vingtaine de mètres, au voisi- 
nage du coude entre les points ketj, il est assez difficile de le 
savoir. Mais désormais, les deux équipes s' « écoutent » et mar- 
chent l'une et l'autre au son, et il est fort curieux d'avoir à noter 
que cet appel, dont on pourrait attendre qu'il élimine toute incer- 
titude, provoque au contraire, dans les cheminements, des divaga- 
tions du plus étrange aspect '. L'équipe du nord infléchit à droite, 
ondule, change d'avis deux: fois avant d'arriver au point/ ; cepen- 
dant que les travailleurs du sud, toujours lucides, progressent 
tranquillement vers eux de e en f. Parvenue en j, l'équipe nord 
s'aperçoit qu'elle fait fausse route, tourne, de j en i, dans une 
direction excellente, mais tout de suite exagère le tournant à 
gauche, ce qui déroute l'équipe sud, sentant « défiler » l'objectif, 
devant elle, de gauche à droite. Elle abandonne son attaque de /, 
reprend, à petite distance en arrière, dans la mauvaise direc- 
tion f-g, le long de 12 mètres environ, puis en g, se reconnaissant 
trop portée à droite, revient en arrière de la même façon pour filer 
à gauche suivant g h. L'équipe du nord qu'on cherchait ainsi diva- 
guait, dans le même temps, au delà de i, suivant une ligne peu 
sûre. Mais au point où l'on en était, la rencontre ne pouvait être 
manquée. En A, les travailleurs du sud entendent nettement, enfin, 
leurs camarades sur leur gauche; ils exécutent une dernière fois 
leur manœuvre de retour en arrière pour un changement de direc- 
tion plus net, et au bout de quelques mètres, au point o, recoupent 
le travail de l'équipe nord qui, toujours moins intelligente ou 
moins heureuse, poursuivait sa route fortuite. La jonction était 
réalisée ; l'audacieuse entreprise arrivait à ses fins, non par hasard, 
certes, et non sans l'application d'une logique spéciale, non sans 
la fidélité obstinée à l'étrange méthode que nous avons essayé 
d'expliquer et dont le principe effarerait tous les ingénieurs 
modernes. 

1. Les mineurs savent — les travaux de la guerre récente n'en ont que trop multiplié 
l'instructive expérience — que l'écoute souterraine est fallacieuse, et quant à la distance 
et quant à la direction, dès que le milieu n'est pas homogène, comportant des stratifi- 
cations inclinées, des l'ailles ou des variations de constitution ou de structure d'un 
point à un ;iutre. 



LA CITE IJË DAVID 177 



V. Les opérateurs cTEzéchias se sont-ils inquiétés 
de la nécropole rot/aie de la Cité ? 

D'après cette restitution de la genèse du tracé, dans un esprit 
d'observation technique et sans autre moyen d'investigation que 
l'attentive analyse de la forme des choses, la grande « boucle » du 
sud ne saurait être en corrélation avec quelque objet que ce soit 
de Taire supérieure ou des entrailles de la colline, puisque c'est 
sans le vouloir, avons-nous cru reconnaître, que les mineurs sont 
arrivés à fleur de roche, au point c, et qu'ils ont accepté de che- 
miner dans cette situation, de c en d, parce qu'elle fournissait un 
repérage d'une précision inespérée et maintenait la galerie dans 
une direction convenable. Les ingénieurs d'Ezéchias, d'après cela, 
n'ont porté leur attention à aucun point de vue sur la nécropole 
royale de la plate-forme. 

À vrai dire, on doute qu'il fût dans la nature des circonstances 
qu'ils s'en occupassent, en raison de l'incapacité foncière où sont les 
anciens de situer précisément, géométriquement, deux objets l'un 
par rapport à l'autre, et surtout, peut-être, parce que les tombeaux 
étaient sur la plate-forme de la Cité, tandis que l'aqueduc projeté 
se traçait au bas du flanc de la côte ou dans la masse de sa sub- 
structure : les choses se plaçaient ainsi, de toute évidence, sur 
deux plans différents, sans contact possible. Toutefois, bien que ces 
Judéens fussent inaptes à former une image géométrique exacte, 
et bien que les deux extrémités de leur tunnel fussent à l'extérieur 
de l'acropole, il est hors de doute qu'ils savaient que ce souter- 
rain, en une place ou en une autre, devait passer sous la plate- 
forme ; on en a la preuve par le texte biblique même, qui parle de 
« percer les rochers » pour amener l'eau « dans l'intérieur de la 
ville ' », et, plus anciennement et beaucoup mieux, mentionne que 
le travail avait pour objet de conduire les eaux « à l'ouest de la 
Cité de David 2 ». Ces opérateurs allèrent-ils jusqu'à concevoir qu'on 
pourrait éventuellement, ainsi, passer sous les tombes royales? 
Nous ne disons point : rencontrer les tombes; la crainte de ce 
dernier accident n'eût pu se produire que si l'on avait eu affaire à 
un hypogée très profond à étages superposés, un souterrain acces- 
sible par un puits unique comme celui que M. Clermont-Ganneau a 

1. Ecclésiastique (texte hébreu), xlviii, 17. 

2. II Chron., xxxn, 30. 

T. LXX, in° 140. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pu concevoir d'après quelques mots du texte de Josèphe ; mais 
notre fouille a précisément montré qu'il n'existait rien de sembla- 
ble, que sur la plate-forme étaient organisés côte à côte des tombeaux 
isolés, profondément excavés, certes, mais caractéristiquement 
superficiels, s ouvrant au jour à peu de mètres au-dessus du niveau 
de leur galerie inférieure. La seule question qu'on pût se poser 
était de savoir si le tunnel ne passerait point au-dessous de la 
nécropole. Au cas où l'idée se serait présentée effectivement, vit-on 
un inconvénient à ce que pareille situation fût possible? 

Dans le texte biblique et dans la tradition ultérieure, pas un mot 
qui ait trait au sujet, même de loin. Lorsqu'on trouve incidem- 
ment, dans une légende juive tardive, à propos des tombes royales, 
qu'Ezéchias « ayant dévoilé le mystère de Salomon et de David aux 
étrangers, Dieu le punit en réduisant en captivité ses descen- 
dants », cette allusion à Ezéchias délateur des secrets nationaux 
est empruntée textuellement à une histoire du stade prophétique, 
brodée elle-même sur un épisode authentique de la chronique 
royale, mais où la nécropole davidique n'intervenait en aucune 
manière ' ; de sorte que la fugitive apparence d'une histoire d'Ezé- 
chias et des tombeaux, au stade judéen ancien, s'évanouit sitôt que 
perçue. Dans ces conditions de néant documentaire, nous ne pou- 
vons que chercher à nous mettre dans l'étal d'esprit des Judéens 
de l'époque royale, pour voir si quelque scrupule leur pouvait venir 
du fait de l'aqueduc exposé à passer sous la vieille nécropole. 

Si tant est qu'ils songèrent à la chose, on voit deux considéra- 
tions susceptibles de s'être présentées à leur esprit : celle du res- 
pect des tombes royales, et celle de la pureté rituelle de l'aqueduc. 
Or, d'un côté comme de l'autre, il est douteux que rien d'impératif 
se formulât à cette époque. C'est précisément au temps d'Ezéchias, 
nous l'avons aperçu précédemment, que la nécropole semble cesser 
d'être vénérable, au point de vue dogmatique tout au moins, et 
commencer au contraire d'être gênante par sa présence dans les 
limites de la ville 2 ; et quant à Vimpureté qu'aurait pu entraîner, 
pour le tunnel, son passage au-dessous des sépultures, c'est une 
idée subséquente à celle de l'impureté du tombeau lui-même, et 
nous avons vu que tout l'ensemble des notions de cet ordre ne 
devait prendre corps et vertu opérante qu'un assez long temps 

1. II Rois, x.v, 12 et suivants; Isaïe, xxxix, 1 et suivants, et II Chron., xxxn, 31. 
Voir, pour tout cet enchaînement documentaire, ce qui est exposé chez nous plus Iiaut, 
Première Partie, cliap. II. 

2. Voir ci-avant, Première Partie, cliap. II. 



LÀ GITE DE DAVID 179 

après Ezéchias, à l'époque du code sacerdotal '. On n'est point en 
droit d'affirmer, toutefois, que si les officiers d'Ezéchias avaient 
posé la question, il y eût été répondu dans le sens de l'insou- 
ciance; le plus improbable, répétons-le, est que la question se soit 
posée en termes topographiquement précis. 

Dans l'incertitude où ces probabilités nous laissent, il subsiste 
un fait, c'est que nos fouilles ont mis à jour des tombeaux prin- 
ciers, sans doute quelques tombes de la nécropole royale, dans 
l'intérieur de la « boucle » méridionale de l'aqueduc. La rencontre 
doit-elle être considérée comme vérifiant et confirmant la théorie 
ancienne ? Nous avons expliqué, plus haut, nous avons vu naître et 
progresser le tracé du tunnel en raison de préoccupations et de 
phénomènes d'un tout autre ordre. On peut croire, d'ailleurs, que 
si des tombes royales se trouvaient à l'endroit où nous les avons 
découvertes, c'est que l'ensemble de la nécropole occupait, sur la 
plate-forme, une surface notablement plus étendue, dont nous 
n'avons exploré en somme qu'une petite partie ; en d'autres termes, 
que la même recherche, effectuée sur les terrains contigus à l'ouest 
et au nord, auraient pu mettre à jour des monuments similaires. 
Il serait satisfaisant de vérifier, quelque jour, que l'acquisition de 
nos tombeaux n'a point été due à une coïncidence fortuite et parti- 
culièrement heureuse. 

(A suivre.) 

R. Weill. 

1. Lévït., xxi, 1; xxn, 4; Nombl, v, 2; ix, 6-7, 9 11; xix, 11-22; xxxi, 19. 



LE YIDISCH ALSACIEN-LORRAIN 

Recueil de mots et locutions hébraeo-araméens 

employés dans le dialecte 

des Israélites d'Alsace et de Lorraine 



AVANT-PROPOS 

Le Yidisch alsacien-lorrain, quoique toujours parlé par les 
Israélites de nos chères provinces reconquises, n'est pourtant 
plus d'un usage aussi courant que par le passé. Beaucoup s'en 
déshabituent et peut-être est-il destiné à disparaître dans un 
temps plus ou moins rapproché. Nous avons cru le moment venu 
d'essayer de le fixer et d'en noter les particularités si nombreuses 
et si remarquables. Ceux qui l'ont parlé ou qui le parlent encore 
prendront, croyons-nous, un intérêt réel à se retrouver en quelque 
sorte dans ce vocabulaire et dans toutes ces locutions qui leur ont 
servi à exprimer leurs pensées et leurs sentiments les plus ordi- 
naires comme les plus élevés sous une forme souvent originale 
et curieuse. Mais même pour les autres, pour ceux qui ne con- 
naissent le dialecte de nos coreligionnaires alsaciens et lorrains 
que d'ouï-dire ou par quelques rares expressions parvenues 
jusqu'à eux par transmission familiale ou de tout autre manière, 
il ne saurait leur être indifférent de pénétrer dans l'intimité de 
ce parler ou se révèle, d'une façon si naïve et si sûre, la mentalilé 
de nos coreligionnaires pendant les siècles d'un long passé. Ils 
auront plaisir à connaître de près l'une des multiples faces de cette 
physionomie juive toujours identique à elle-même et si diverse 
cependant, suivant les temps et les lieux. 

D'autre part, Ton a souvent observé le caractère primesautier et 
l'humour de l'esprit alsacien et lorrain. Or l'âme Israélite ne 
pouvait pas ne pas refléter cette caractéristique de la population 
environnante, elle si encline à s'adapter partout à la mentalité 
ambiante et si habile aussi à se venger parfois par un trait 



LE Y1DÎSCH ALSACIEN- LORRAIN 481 

d'esprit de la malveillance humaine, qui, hélas, ne l'épargne pas 
toujours en Alsace-Lorraine, non plus qu'ailleurs. Il y a au surplus 
une certaine finesse d'observation particulière à l'israélite et que 
mettent bien en lumière tels de ces dictons et de ces locutions dont 
il nous a été donné de rapporter le plus grand nombre. 

Nous avons divisé notre travail en deux parties. La première, de 
beaucoup la plus considérable, comprend : 1° L'ensemble des mots 
et locutions hébraïques et araméens entrés dans le Yidisch alsacien- 
lorrain, avec les dérivations plus ou moins régulières qui s'y 
rattachent; 2° les mots et locutions où l'hébreu et l'araméen se 
combinent avec des expressions ou des désinences allemandes; 
3° un Index facilitant la recherche de ces mots et locutions à ceux 
qui ignorent L'hébreu. La deuxième partie a trait aux locutions 
uniquement allemandes, mais d'un usage à peu près exclusif chez 
les Israélites ou les intéressant particulièrement. Ayant vécu et 
pratiqué la vie juive en Alsace pendant de longues années et asso- 
ciant à l'hébreu une connaissance suffisante de la langue allemande, 
j'ai estimé pouvoir remplir la tâche que je m'étais proposée. 
Puissé-je y avoir réussi ! 



PREMIERE PARTIE 



OBSERVATIONS 

La lettre n que nous rendons par 'h et la lettre 3 que nous 
rendons par ch devront se lire comme le ch allemand. La 
lettre 1 que nous rendons par Tz correspond au z allemand. 
La lettre t équivaut au z français. Pour F orthographe des 
mots et expressions Yidisch, nous nous conformons, autant que 
possible, à la prononciation. C'est ainsi, par exemple, que nous 
écrivons komme pour kommen (/'n final n'étant généralement 
pas entendu), a, an pour ein, of pour auf, etc. . . 



N 



1. N Oleph, première lettre de l'alphabet hébreu. Comme chiffre, 
Oleph signifie 1. Et kenn Icdn Oleph, il ne connaît pas un 
Oleph, il ne sait rien. Von Oleph bis tôw, d'Oleph à tow, 
qui est la dernière lettre de l'alphabet hébreu, c'est-à-dire 
du commencement à la fin. Oleph-bêss, alphabet. 



182 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2. 3N Aw, nom du cinquième mois de l'année lunaire. Tisclia beau), 

vulgo : Tischo-bow, jeûne du neuf d'Ab, anniversaire de la 
destruction des deux temples de Jérusalem. Mirhenn Tischo- 
bow, nous avons Tischa beaw, nous sommes dans la tristesse. 

3. niDM Owauss, pères, aïeux. Unsere ôwauss aivaussènu, les pères 

de nos pères. Kewer oivauss gehn, aller sur la tombe de 
ses parents. 

4. M 1 *?» Owinu, notre père. Awrohom otvinu, Abraham notre père. 
*>. bnN Owêl, en deuil. Plur. Awêlim. Er ess owêl, il est en deuil. 

6. rnbaN Awêluss, deuil. Aivêluss halte, observer le deuil. 

7. nia "jnN Ewen tauw, pierre précieuse. A Su, an Ewen tauw, 

un sou, une pierre précieuse : sentiment attribué à un avare 

8. "lâN Ewer, membre. Plur. : Eworim. 

9. p"HN Odik, regardant. Er iss odik d'rof, il est regardant là-dessus. 

10. "P'W Addir, puissant. A Kotzin addir, un homme puissamment 

riche. 

11. DHtt Odom, homme. Odom horischaun, le premier homme. A 

wunderlischer ben odom, un drôle d'homme. 

12. "ttfi* (pour "Ylg), Audor, le mois d'Adar. Weaudor, le 2 e Adar. 

13. nnnfl: Ahawo, amour. Beahawo ube'hibbo annehme, accepter (une 

épreuve) avec amour et confiance. 

14. istiN Autzor, trésor. Plur. : Autz'rauss. 

T ' 

15. nntf Auss, signe, miracle. Plur. : Aussauss. Aussauss umaufsim, 

miracles et prodiges. 

16. nÎN3 niN Oss b'oss, littéralement. 

16 bis. vn$ É'hod, un. Er nemmt nit iveniyer ivie é'hod bé'hod, il ne 
prend pas moins qu'un pour un, il n'entend pas gagner 
moins que 100/100. 

17. nnN O'huz, saisi. Ich hab ihn o'huz, je le tiens, j'ai prise sur lui, 

j'ai un gage qui m'assure de ce qu'il me doit. 

18. finn^ A'haraun, dernier. Er ivord a'haraun ofgerufe, il est 

appelé dernier à la lecture de la loi. 

19. rû" 1 ^ Eïcho, comment; les Lamentations de Jérémie, ainsi 

dénommées parce qu'elles commencent par le mot Eïcho. 
An Eïcho Lichtle, une petite lumière, comme celle dont on 
se sert pour lire les Lamentations de Jérémie la veille au 
soir du 9 d'Ab. 

20. rs?2" , N Eïmo, crainte, terreur. Plur. : Eimauss. Eimass mowess, 

terreur de mort. 

21. Ô" , « Isch, homme. Fém. : ischo, femme (voir plus loin à ce mot) 

Du besch mïr a scheiner isch ! le joli gaillard que tu me 
fais ! Ischo 'haschuwo, une femme distinguée. 

22. ïrVoSj Achilo, nourriture, littéralement un manger. An achilo 

Peter, un Pierre le gourmand, un gourmand. 

23. Cj)bCN Achle (forme germanisée de b3N), manger. 

24. b'bfi* Elul, le 6 e mois de l'année lunaire. 

25. tnaa'h foïrb») Elyo hannowi, le prophète Elie. 



LE VlDlSClJ ALSACIEN-LORRAIN 183 

20. VobK Almon, veuf. 

27. naàbN Almono, veuve. Almono 'hayo, femme dont le mari a dis- 

paru et dont le veuvage est incertain. 

28. S]bN Eleph, mille Plur. : alophim. Mêo aiophim, cent mille. 

29. n:i"2N Emuno, croyance, religion. "Hadesch emuno, religion 

réformée. Tautvel emuno, religion catholique. 

30. 1Î72N Emaur, section sabbatique Emaur. Parschass Emaur schert 

mer die Làmmer, à la lecture de la section Emaur on tond 
les brebis, parce que la lecture de cette section a lieu au 
printemps au moment de la tonte. 

31. "jTjN Omên, amen. An omènsager, un diseur d'amen, celui qui 

approuve toujours. 

32. nç« Emess, vérité. Es kommt ihm kâ Wort emess auss'm Maul, 

il ne lui sort pas un mot de vérité de la bouche. 

33. 03N (pour D^DSt) Aunes, forcé, se dit de celui qui transgresse un 

précepte religieux par contrainte. Plur. : Aunsim (pour 
anousim). 

34. -noN Issur, 1° chose défendue, défense; 2° interdit, état d'exclu- 

sion des honneurs et droits religieux. Plur. : issurim. 

35. niON Ossur, défendu. Ess dir ossur, je te défends... Ossur mei 

'nesclwmo, je me le défends, sur mon àme. Ossur behanoo, 
défendu d'en jouir, se dit d'un égoïste. Ossur un 'hazir, 
défendu et (comme chair de) porc. 

36. NrnON (pour »n^OK) Assusso, santé! souhait à l'adresse de 

quelqu'un qui éternue, analogue à : Dieu vous bénisse! 

37. p^DNt Ossik, forme altérée du mot ossur que, par scrupule reli- 

gieux, certains évitent de prononcer comme présentant l'ap- 
parence d'un serment. 

38. ois , i"ia" , SN Apitroposs, tuteur, mot grec qui a passé dans la 

langue de la Mischna (ainsi que, plus loin, les n os 41 et 42), 
et de la Mischna dans la langue populaire. 

39. ^DN Afilu, même, quand même. 

40. rPEN Afêlo, obscurité. 'Hauschech afêlo, obscurité profonde. 

41 . 'j?2 : ip" , DN Afikaumên, la matza spéciale qui achève la cérémonie 

pascale. 

42. oinp^SN Apikaurauss, mécréant, athée. 

43. "irâsN Efschor, possible, peut-être. 

44. nï73-ipN Akdomauss, commencement d'une eulosie de la Pen- 

tecôte. 

45. niD23 ?2"iî* Arba kannfauss, vêtement à quatre coins, muni des 

franges rituéliques dites tzitziss (v. ce mot). Es gèht ihm ivie 
im a Hund 'an arba kannfauss, cela lui sied comme un arba 
kannfauss à un chien : comme une guimpe à un hippopo- 
tame, dirait on en français. 

46. niés 3>3-]8 Arba kaussauss, les quatre coupes de vin qu'il est 

de règle de boire aux veillées de Pàque. 



184 REVUE DES EfUDES JUIVES 

47. fin» Oraun, arche, cercueil. Oraun hakaudesch, l'arche sainte* 

Den oraun ofmache, ouvrir l'arche sainte. In der oraun 
lège, mettre en bière. 

48. rnN Aura'h, un hôte. A bekôveder aura' h, un hôte de distinction. 

Mir bekomme an aura'h, nous allons recevoir un hôte : se 
dit en plaisantant du retour périodique de certaines for- 
mules de prière, sujettes à de longues interruptions, tel le 
Tal umotor (v. ba). 

49. ynN Eretz, terre, pays. Eretz Yisroel, le pays d'Israël, la Pales- 

tine. Kedérech kol liooretz, selon le chemin de toute la 
terre, de tout le monde, à savoir la mort. 

50. n*3tf Ischo, femme (constr. : rittJN). Eschess liayil, femme vail- 

lante, vertueuse. 

51. T23u3n Aschkenaz : dénomination ethnique et géographique citée 

dans la Bible et communément employée pour désigner 
l'Allemagne et l'Allemand. 

52. JnnN Essraug, cédrat. Plur. : Essraugim. Nach Succoss komme 

die Essraugim, après Souccoth les cédrats viennent, comme 
moutarde après dîner. 



53. 3 Bêss, deuxième lettre de l'alphabet. Gomme chiffre bêss vaut 2. 

An oleph-bêss, un alphabet. 

54. C;)pn2 Badiké (forme germanisée de p'ia), examiner. Se dit de 

l'examen post mortem d'un animal pour s'assurer qu'il est 
sain et qu'il peut servir à l'alimentation des Israélites. Part, 
passé : gebadikt. Geschecht, gebadikt und iveggeivorfe, tué, 
examiné et lancé au loin, allusion aux ninss Kappo- 
rauss (v. ce mot) : se dit à propos d'une personne ou d'une 
chose examinée, jugée rapidement et sans appel. 

55. ftp^a Bediko, examen interne d'un animal ou du couteau qui 

sert à lajugulation rituélique. 

56. nowpn p^ns Boduk umenusso, expérimenté et prouvé. Se dit 

d'un médicament dont l'efficacité serait prouvée et certaine. 

57. H73H3 Behêmo, animal. Plur. : behêmauss. Behêmo gasso, grosse 

bête! Behêmauss Hàndler, marchand de bestiaux. 
58 DVsiDSl *K3 Baui bescholaum, dernière strophe du chant de 
Lecho daudi : salut au sabbat. 

59. nii^a Buscho, honte, humiliation. A 'harpe ubuscho, une honte 

et un opprobre. 

60. TTTa Bizoyaun, humiliation, profanation. 

61. ""nna Bo'hur, un jeune homme, un élève rabbin. Plur. : Bo'horim. 

62. D:n2 Be'hinom, pour rien, gratuitement. 

03. rnî:3 (pour IT1Î33) Betu'h, solide, dans le sens de riche. 



LE YlDÎSCH ÀLSACilEN-LORtiAlN 185 

64. rtnaà (du chald. nus ou pour nnrja) Beta'ha, et 

65. "pria 3 Bito'haun, confiance, espoir. Ick le'ig mei bitu'haun ou 

beta'ha oj'Golt,')^ mets ma confiance en Dieu. 
06. 5233 Botêl, inactif. Botêl gel, rester inactif, désœuvré. D'où le 
verbe : 

67. C|)bt33' Batle, détruire, faire disparaître. 'Homêtz balle, faire dispa- 

raître le pain levé à la veille de Pàque. Et iwt Itomètz 
gebalell, il a fait disparaître le 'homètz, dit-on de quelqu'un 
qui a renvoyé son personnel. 'Homêtz baCl Tag, le jour où 
l'on fait disparaître le pain levé. 

68. nbaa Battolo, chose vaine, inutile. Berocho leivatolo, une for- 

mule de bénédiction prononcée en vain. 

69. Vf" 1 -? Baïschon, i\n timide. D'où (sic h) baïschne, avoir honte, se 

gêner. Wer sich baïschent zu esse und zu ore, ess auf 
dieser und jener Welt verlore, qui se gêne de manger et de 
prier est perdu dans ce monde et dans l'autre. 

70. rôlïJra Baïschauness, timidité. 

71. ros Bayiss, maison, dont le const. m3 Bêss entre dans la com- 

position de diverses locutions : 

Bêss haknécess, synagogue; bêss-din, maison de justice, 
tribunal; bêss hamédrosch, l'école, plus spécialement l'école 
talmudique ; bêss hamikdosch, le temple (de Jérusalem); 
bêss aulom et bêss almo (littéralement la maison de l'éter- 
nité), le cimetière; bêss hakivorauss, le cimetière; bêss 
kissé (litt. : le local du siège) = cabinet d'aisance, désigné 
encore par bêss kowaud, lieu du respect, à savoir des 
convenances à observer dans l'usage qui en est fait. Cette 
appellation surprenante semble trouver son origine et son 
explication dans le passage de la Mischna Tamid I, où il est 
rapporté qu'il existait dans les sous-sols du Temple de 
Jérusalem un -rins bu: NOS m3, Bêss kissé schel koivaud, 

T V " • 

cabinet d'aisance de respect ou de convenances, et les 
convenances à y observer, dit le texte de la Mischna, 
consistaient à voir si la porte en était fermée — signe qu'il 
était occupé, ou ouverte — signe qu'il était libre. 
72 "iiD2 Bechaur, premier-né. Bechaur schaulé, premier-né fou ou 
pseudo premier-né. On appelle ainsi le garçon né à la suite 
d'une fille première-née. 

73. ÎTT33 (plur. de rP33). Bechiauss, pleurs. Bechiauss verbringe, 

répandre des pleurs abondants. 

74. C|);PDa Bochaïne, forme germanisée de nb3, pleurer. 

75. bp3 Bilzil, servante. D'après certains, ce mot serait formé des 

syllabes initiales de Bilha et Zilpa, les deux servantes de 
Jacob. En réalité, bilzil vient d'un vieux mot roman, soit 
baissele,basciele ou bacele, servante, soit pucelle ou pulcella, 
jeune fille. 



186 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

76. p Bên, (ils. A ben-Thora, un homme versé dans la Loi. .4 bcn- 

saurer oumauré^ un fils dévergondé et rebelle, un mauvais 
sujet. 

77. ":3 Béni, mon fils. Schéma béni, lilt. : écoute, mon fils; excla- 

mation exprimant la stupeur ou la crainte. 

78. niD^ ET3Ë "1303 Bessêwer ponim yofauss, avec bonne grâce. 

Jemand bessêwer ponim yofauss ofnehme, recevoir quel- 
qu'un avec bonne grâce, avec affabilité. 

79. "r£5 Baal, maître. Ce mot entre dans la composition de locutions 

diverses : Baal melocfw, un artisan. Baal masso (u)matan, 
un commerçant. Baal-boss (pour bayiss), un chef de famille, 
plur. : Baalê batim. A kehilo Baal bons, un chef de famille 
respectable dans la communauté. Baal beriss, père d'un 
enfant nouvellement circoncis ou prêt à l'être. Baal 
miVhomo,un soldat. Baal Iwlom, un rêveur. Baal schem, 
cabaliste, thaumaturge ; vulgo : homme qui affiche une piété 
exagérée. Baal mazel, un chanceux. Baal kino sino, un 
envieux. Baal tachliss, un avisé. Baal lefilo, un aide 
ministre-officiant. Baal taukeïa, un sonneur de schofar. 
Baal 'hamv, un créancier, etc. 

80. BCH3 b^3 B'al korcho, par force, contre son gré. 
8t. "»$â Boki, expert, versé. 

82. raîô n^b]53 Bekalus rausch, litt. : avec légèreté -de tête, par 

extension nu-tête. 

83. "n£]?3 Bekitzur, brièvement, en résumé. 

84. np*2 Bauker, matin. Kaalauss habauker,ôe bon matin. dès l'aube. 

85. "là Bar, fils. Bar ourian, un homme versé dans la Loi. Bar Isroel, 

un Israélite. Bar mitzwo (litt. : soumis au devoir), un enfant 
religieusement majeur. 

86. npNn yn 'spIS Boruch dayan hoemess, Béni soit le Juge véri- 

dique! eulogie à la nouvelle d'un décès. 

87. crèn Tpn3 Boruch haschem, Dieu soit loué (mot à mot : béni 

soit le Nom). 

88. N3n 1p"t3 Boruch habo, Béni soit celui qui vient; paroles par 

lesquelles on accueille le nouveau-né, quand il est apporté 
pour être circoncis. 

89. ïWna Berio, créature. A wunderlische berio, une drôle de 

créature. 

90. rrvns Berêro, choix. Er hot ka berêro, il n'a pas le choix. 

91. mna Beriss, alliance. Beriss mi lo, l'alliance de la circoncision. 

Baal beriss, voir baal. 

92. rDna B'rocho (constr. birchass, plur. : b'rochauss), 1° bénédic- 

tion. VorVrocho, bénédiction avant de prendre un aliment 
solide ou liquide. NochVrocho, bénédiction après avoir pris 
cet aliment. On dira, en plaisantant, qu'on peut faire la 
Nochb'rocho sur un plaisir ou un avantage épuisé. B'rocho 
mâche, taire, prononcer une bénédiction. B'rocho Wein, vin 



LÉ YID1SCII ALSACIEN-LORRAIN i&î 

béni. 2° avantage, profit, s'ess ka B'rocho an ehm, il n'y a 
pas de profit avec lui, il n'est pas généreux. Le construit 
nsna semble se retrouver dans Berchess, par quoi l'on 
désigne le pain natté du samedi, autrement dit nrn 'Hallo 
(v. ce mot; et appelé Berchess-Birchass, soit à cause de la 
bénédiction prononcée à l'occasion du prélèvement de la 
'hallo, soit en raison de ce que ce pain sert à la bénédiction 
du Kiddousch, spéciale à la table du vendredi soir et du 
samedi. On cite volontiers, à l'appui de ces interprétations, 
le verset biblique -p«*n &rn 'n rona, c'est la bénédic- 
tion de Dieu qui rend prospère [Prov., x, 22). 

93. rrntoa B'ssuro, nouvelle, information. A Bessuro tauivo ansage, 

annoncer une bonne nouvelle. 

94. EPWtpa (plur. de ûba), Bessomim, aromates, parfums. A Bsôm 

(par abrév. pour bessomim) Bùch's, une boîte de parfums; 
a verschiedene Bsôm Bùcfïs, une boîte de parfums variés, 
se dit de quelqu'un qui possède des connaissances trop 
diverses pour être sérieuses. D'autres prononcent, en y 
mettant le même sens : a verschittene Bsôm Bùch's, une 
boîte à parfums renversée. 

95. niaa Bossor, viande. Bossor beliolow, viande mêlée au lait ou 

cuite dans le lait. 
96, 
97. na Bass, fille. 



D^s ntôa Bauschess ponim, un timide. 



; 



98. 5 Gimel, troisième lettre de l'alphabet. Comme chiffre, gimel 

vaut 3. 

99. ïijstt Gaawo, orgueil. Er hot sich a Gaawo drof, il en est fier. 

Gaawo-Stinker, un puant, un infatué. Die Gaawo einsch- 
musse, insinuer à quelqu'un une opinion avantageuse de sa 
personne. 

100. fiWS Gêuss, même signification que Gaawo. 

101. nbsw G'ullo, délivrance, salut, l'ère messianique. Wenn die 

G'ullo word homme, quand viendra la délivrance (finale) 
d'Israël. 

102. aas Gabba, collecteur, receveur. Hekdesch Gabba, receveur des 

redevances cultuelles. Bess almin Gabba, le régisseur du 
cimetière. Plur. : Gabboïm. 

103. biaa G'wul, frontière. Massig g'wul, qui recule les bornes, qui 

empiète sur le terrain d'autrui. 

104. nia} Gibbaur, fort. Schimsckon haggibbaur, un fort comme 

Samson. 

105. m «a G'wuro, force. 



188 REVUE DES ÈTUtlES JUlVËS 

106. bîna Godaul, grand. Par abrév. God'l. .1 godler Isch, un grand 

borhme. 

107. nbTia Gedulo, grandeur. Er ess zar Gedulo homme, il est par- 

venu aux grandeurs. 

108. ÏVj'û aia Gaug Mogaug, personnage biblique dont la puissanee 

et l'orgueil sont destinés, dans un avenir indéterminé, à 
tomber; il est devenu dans la langue populaire synonyme 
de matamore. 

109. "*ia Goï, nation (plur. : Goïm); désigne dans la langue populaire 

un non-israélite et, par extension, un mauvais israélite qui 
n'observe pas sa religion Der Yid fangt mit dem Goï an, 
le juif s'attaque au non-juif! Der Goï thuVs âch, le Goï au*si 
fait eela : parole à double entente, s'appliquant à un Israé- 
lite qui s'est rendu coupable de quelque méchante action, 
excuse apparente et qui, au fond, vaut un blâme. 
ilO. dbia Gaulom, matière informe, par ext., un idiot. 

111. bnia Gaurol, sort. Gaurol werfe, Gaurol spiele, tirer au sort, 

jouer à la loterie. 

112. ]rm Gawson, orgueilleux. 

113. marna Gawsonuss, orgueil. 

114. C|)bïa Gazle, forme germanisée de bïa, voler. D'où, avec adjonction 

de la particule allemande be, begazle. Die Succah begazle, 
dépouiller la Souccah (de ses fruits), ce qui se pratique au 
lendemain de la fête de Souccoth. 

115. "pn Gazlon, voleur. Plur. : Gazlonim. 

116. nbtt G'zêlo, objet volé, vol. 

117. "lira Gauzer (sein), décréter, d'où la forme germanisée : 

118. (1)"iTa Gazere, souhaiter la bonne année, moyennant la décision 

favorable de la justice divine. A Gazer Brief, une lettre 
contenant les souhaits traditionnels de bonne année. 

119. ïTitt G'zêro, mesure de rigueur injuste, persécution, par ext. une 

occurrence désagréable. Plur. : Gezérauss. A naï G'zêro, 
une nouvelle affaire désagréable. 

120. E33 Gêt, divorce, lettre de divorce. 

121. va Gid, nerf. Plur. : Gidin. 

122. ZÏrt &ra Gêhinôm, enfer. Par abrév. : Ginom, Im Ginom gits 

Comedia Lait, en enfer il se rencontre des comédiens : les 
histrions ne sont pas rares en mauvais lieux. Die Ginern 
Klader anziehe, revêtir les vêtements de la géhenne ou de 
la gêne, c'est-à-dire les vêtements journaliers de travail, par- 
opposition aux vêtements du sabbat. 

12:5. O^J Gayoss, individualité ou collectivité non-juives. 

124. mba Goluss, exil; 1° situation malheureuse d'Israël en exil. Mir 
sin im Goluss, nous sommes (malheureux, parce que nous 
vivons) en exil. 2° Sujétion, misère. Dass ess a Goluss! 
Voilà une misère ! 



LE YlMSCtl ALSAC1EN-L0RKA1N 489 

125. nb^pa Gelilo, enroulement d'un rouleau de la Loi (tans sa bande. 

126. nbj Gallo'h, un tonsuré, un curé. Trêfa wie der Schmadgallo'h, 

illicite (en opposition avec la religion juive) comme le curé 
administrateur du baptême. Plur. : Gallau'him, pour (ial- 
lohim. 

127. r^inbs Gall'huss, clergé. GalVhms Lait, bigots chrétiens. 

128. non nib*nBa Gemiluss 'hessed, bienfaisance. Gemiluss 'hessed 

'hewro, société de bienfaisance. 

129. bftâ Gaumel bensche, remercier Dieu, en la formule consacrée, 

d'avoir échappé à un grave danger. 

130. icn bnâ Gaumel 'hessed, qui pratique la charité. 
13t. în7p Guemoro (Guemara), Talmud. 

132. n^"U Gan-Eden, jardin d'Eden, Paradis. Gan-Eden Rôckle, 

petit surplis garni de ruban noir qui accompagne les vête- 
ments mortuaires. 

133. "N35 G'naï, honte, humiliation. Es soll sèiner neschomo ka g'na'i 

sein, que son âme n'en soit pas humiliée — à propos d'un 
dire véridique, mais défavorable, sur le compte d'un défunt. 

134. n:n 33ia Gaunew daas (sein), surprendre les bonnes grâces 

d'autrui en se laissant attribuer faussement le mérite d'un 
service qu'on n'a pas rendu. 

135. 333 Gannow, voleur. Der Zikoraun ess a Gannow, la mémoire est 

une voleuse, c'est-à-dire nous induit à attribuer à notre 
fonds personnel ce qu'à notre insu elle a recueilli chez 
autrui. Gannow min kagannoiu potur, le voleur du voleur 
est absous. A lêw gannow, un preneur de cœur, un séduc- 
teur sans conscience. 

136. (1)?M Gannwé, forme germanisée de 333, voler. Part, passé : 

gegannewt, volé. Du sollst den Matzo gegannewt habe, à toi 
l'avantage d'avoir dérobé la Matza ! (v. natn). 

137. H333 Genêwo, un vol, un objet volé, une acquisition trop avan- 

tageuse. Plur. : Genèwauss. 

138. ïlO^oa G'ssisso, agonie. Er liegt in der Gessisso, il est à l'agonie. 

139. RCia Gêrso, version. An andere Gêrso, une autre version. 

140. na Gêr, prosélyte. Plur. : Gèrim. Fém. : Giuress. Er stammt von 

Gêrim her, il descend de prosélytes. 

141. yiba yna G'rua-B'lua (aliment) de qualité inférieure, avalé sans 

discernement. Er esst G'rua-B'lua, il mange des aliments 
inférieurs, n'offrant aucun agrément à celui qui les absorbe. 

142. ïTBVtt Geruscho, femme répudiée. 

143 râna Geresch, 1° congé. Den Geresch gebe. chasser quelqu'un. 

2° proscription. Wdhrend dem Geresch, pendant (l'époque 

de) la proscription. 
144. ÛlÊa Geschem, pluie. Den Geschem bensche, dire les prières pour 

la bénédiction de la pluie. 



1M) KKVUK UES ETUUhiS JUIVES 



1 \:>. 1 Dolet. 4 e lettre de l'alphabet. Comme chiffre, dolet vaut 4. 

146. rttNi (pour rrtfcn), Daago (prononcé Daayo), souci. Plur. : 
Daayauss. Mein Daayo! mon souci! (sous-entendu : ce n'est 
pas, etc.). Sich Daayauss mâche, se faire des soucis. Klâne 
Kinder, klane Daayauss, graussi Kinder, graussi Daayauss, 
petits entants, petits soucis, grands enfants, grands soucis. 

i 47 . H2T Dibbo, mauvais propos, calomnie. Mautze Dibbo, qui répand 
des calomnies. 

148. "Di Dowor, parole. Plur. : B'worim. D'worim betêlim in leere 

Kêlim, paroles insignifiantes dans des vases vides = paroles 
sans portée. 

149. JH Dog, poisson. Plur. : Dogim. 

150. 1^1 Duchôn, estrade, d'où le v. de forme germanisée : duchene, 

prononcer les bénédictions sacerdotales, les prêtres rem- 
plissant cet office prenant place sur la plate-forme en avant 
du sanctuaire. 

151. Np"n Dawko, précisément. Law dawko, pas précisément. 

152. prn Dau'hek, contrainte, situation embarrassée, solution forcée. 

153. nr^l Dayênou, suffisant, assez. Er fwt dayêne, il en a assez. 

154. 1^1 Dayôn, juge. Plur. : Dayonim. 

155. yn Dîn, jugement, justice, décision doctrinale. Plur. : Dînim. 

Bess-Dîn, tribunal. 

156. rrr«n Diro, habitation. 

157. nvs'i Dalluss (prononcé : Dalless), pauvreté. Er hot den Dalless 

mit aile siebe Farbe, il a la misère sous toutes les sept 
couleurs (de l'arc-en-ciel). A luschtiger Dalles geht uber 
ailes, pauvreté gaie passe tout. Vor Dalles esst mer Weiss- 
braud, par pauvreté on mange du pain blanc ; comme faute 
de pain, on mange du gâteau. Wen der Dalles un die Koved 
mit anander ringe, word der Dalless mâschter, quand 
pauvreté et fierté entrent en lutte Tune contre l'autre, c'est 
la pauvreté qui l'emporte. Er lugt bedallessig drein, il a 
l'air misérable. 

158. trobn Dalphôn, l'un des douze fils d'Aman et dont le nom est 

devenu synonyme de pauvre. La raison? c'est que les noms 
de tous les fils d'Aman, Dalphôn excepté, commencent ou 
finissent par un Aleph ou bien ont cette lettre tout à la fois 
au commencement et à la fin. Dalphôn n'en ayant ni au 
commencement ni à la fin. dépourvu de tous côtés, est donc 
un pauvre. Suivant certains, Dalphôn, prononciation défec- 
tueuse de Dalwôn, s'orthographierait pb"! de bbn, être 
pauvre. 



LE Y1D1SCI1 ALSÀGIEN-LOHKÀlN 191 

159. D"2 Dam (pour Dom), sang. 

160. n^DT C|D5 11 Dan (pour Don) lechaf zechuss, juger avec indul- 

gence, avec une prédisposition à absoudre. 

161. rvi Dêo, avis, raison, intention. Was ess dein Dêo, quel est ton 

avis? 'Hassar Dêo, privé de raison, fou. Ich haVs bedêo ! 
j'y pense, par antiphrase pour dire : je n'y songe pas. 

162. pvip'"! Dikduk, grammaire. A Dikduk Raschi, un commentaire 

de Raschi traitant d'une question grammaticale. 

163. *pn Dérech, chemin. (Plur. : D'rochim.) Dérech hayoschor, le 

droit chemin. A Dérech ro'hauk, un long chemin, une 
grande distance. Leizie D'rochim, de mauvais chemins. 
Sich in D'rochim hinein losse, entrer dans des détails. 
Kedérech kol hooretz, le chemin de tout le monde, la règle 
commune. Dérech Eretz, savoir-vivre. Dérech Eretz ùbrig 
losse, laisser, par savoir-vivre, un reste sur son assiette, 
comme pour témoigner qu'on a eu suffisamment à manger. 
Dérech scholaum halbe, par esprit de conciliation. 

164. rruSm D'roscho, sermon. 

165. WatpTl Darschene (forme germanisée de ©"H), prêcher. 

166. 1V3"VT Dorschon, prédicateur. Dorschon un morschon, prédicateur 

et interprète (?). 



n 

167. n Hé, cinquième lettre de l'alphabet. Gomme chiffre, hé vaut 5. 

Spar mir die Hé un die Wow, épargne-moi le hé et le 
wow, dicton emprunté à la dialectique talmudique, voulant 
dire : évitez d'ajouter inutilement d'une part, vous vous 
épargnerez le correctif d'autre part. — Heier, pièce de 
cinq francs. 

168. njopb 'n Hé-lamêo, cinq du cent. 

169. rsbinn Hawdolo (de b^2 séparer), séparation ; cérémonie ritué- 

lique pratiquée à l'issue des sabbats et jours de fête et 
marquant la séparation du jour sacré d'avec les jours pro- 
fanes. Hawdolo mâche, accomplir la cérémonie de Hawdolo. 

170. ban Hewel, vanité. (Plur. : Hawolim.) Hakol hewel, tout est 

vanité. Hewel Hawolim, vanité des vanités, choses, paroles 
vaines. 

171. ïiNaan Hagboo, élévation (de la Loi). 

172. Oi~ Hadass (vulgo Hedass),nom commun et nom propre, myrthe. 

Plur. : Hadassim. 

173. N^ttK *iri Hawê amino (locution talmudique), j'aurais pu croire, 

une supposition. S' ess ka Hawê amino, il n'est pas à 
supposer. 



192 HEVUË DES ETUDES JUIVES 

171. nrrcin Hauschâno, Hosanna, sauve-nous. Se dit des branches 
de saule servant aux cérémonies et chants de Souccoth et 
qui comportent la répétition fréquente du mot Hauschâno. 
Hauschâno rabboh, septième jour de Souccoth, en lequel la 
cérémonie des Hauschànoss revêt une importance par- 
ticulière. 

175. -p"*" Hêchol, tabernacle contenant les livres de la Loi. Den 

Hêchol ôffne, ouvrir le tabernacle. 

176. !W-nn yç^ri Hayischoma hayiroé, a-t-on jamais entendu, 

jamais vu ! 

177. *pTP bsn Hakaul yauducho, tous te loueront : ce sont les 

premiers mots d'une prière du samedi matin que de 
pieux fidèles autrefois se disputaient, par voie d'enchères, 
l'honneur de réciter à haute voix au temple, soit qu'ils 
entendissent garder cet honneur pour eux-mêmes, soit qu'ils 
voulussent en faire la gracieuseté à d'autres. Il en était 
toutefois parmi ceux-ci qui n'y attachaient qu'un prix très 
relatif. C'est par allusion à ces derniers qu'on dira de 
quelqu'un qui émet des réclamations auxquelles on est 
décidé à ne pas répondre, n'y attachant guère d'impor- 
tance : er kenn mir der Hakaul Yoducho versteige, il peut 
me faire adjuger le Hakaul Yoducho ; ses réclamations 
n'ont pas plus de valeur pour moi. 

178. "13H Hékêr, indice, signalement. 

179. ro"çrr ipb^n Hiluch, Halicho, allure, accoutrement; s'emploie 

en mauvaise part. 

180. ï"obn Halocho, règle, décision. Wie bleibt die Halocho? à 

quelle décision s'arrête-t-on ? 

181. bbn Hallêl, psaumes d'actions de grâces, tirés du livre des 

Psaumes. Hallêl sage, réciter le Hallêl. Lan lonu (pas à 
nous) sieht in Hallêl, locution vulgairement employée pour 
dénier ou refuser un objet. 

182. &?"ïiSfl Hamaun am,une multitude de gens. A ganzer Hamaun- 

am, toute une multitude de gens. 

183. V T : v Homon, 1° Aman ; 2° viande fumée restée longtemps sus- 

pendue dans la cheminée et qu'il est d'usage de manger a 
Pourim en souvenir d'Aman qui fut pendu au gibet. Se dit 
par ext. d'un antijuif. A Homon, un Aman, ennemi des 
juifs. 

18i. n^D" Hanoo, jouissance, plaisir. Ossur bafianoo, ce dont la jouis- 
sance est défendue. Les aliments et toutes choses consacrées 
aux idoles sont Ossur bahanoo, c'est-à-dire qu'il est défendu 
d'en retirer aucune jouissance ou profit. 

18:;. lEon Hesped cérémonie et oraison funèbres. A I/esped halle, 
célébrer une cérémonie comportant une oraison funèbre. 

186, mzjDrt Haphtoro, chapitre tiré <les Prophètes et qui se récite 
après la lecture de la Loi. 



LE YIDISGI1 ALSACIEN-LORRAIN 193 

187. nppn Hephkêr, res nullius, bien sans possesseur. 

188. nnb^r: Hatzlo'ho, succès, résultat heureux. Se réunit volontiers 

au mot !"ID"i3 (v. ce mot). 

t t : x ' 

189. lâ^pï-î Hekdêsch, 1° ce qui est consacré au culte ou à la charité, 

ce qui appartient à la caisse de l'un ou de l'autre. 2° Hôpital 
gratuit, qui doit son existence à la charité. Schik's- in s 
Hekdêsch, envoie-le à la caisse du culte ou de la bien- 
faisance. 
189 bis. NS3 rônpn Hekdêsch Gabba, caissier ou trésorier de l'ad- 
ministration synagogale. 

190. bann Hergel, habitude. 

191. m£:nn Hargoscho, sensibilité des doigts, nécessaire pour juger 

du fil des couteaux servant à saigner les animaux de bou- 
cherie selon le rite israélite. 

192. nES^ri Haschkomo, prières du matin dites en commun avant 

T T : - l 

l'heure de l'office. 

193. nnn Hétêr ou avec le diminutif allemand le (pour lein), Hétêrle, 

un moyen de rendre licite ce qui, en bonne règle, ne l'est 
pas. Sich a Hétêrle finde, découvrir un moyen de se per- 
mettre ce qui est tenu pour défendu. 



194. t Wow, sixième lettre de l'alphabet. Comme chiffre, le wow 

vaut 6 (v. n). 

195. T7N1 Weaudor (pour Weadar), deuxième adar. 

196. ^T] " Widduï, confession des péchés. Widduï sage, réciter la 

formule de la confession. Widduï klopfe, se frapper la poi- 
trine en récitant la formule de la confession. Er braucht ka 
Widduï d'rof klopfe, il n'a pas besoin de se frapper la 
poitrine là-dessus, ce n'est qu'une peccadille. 

197. oiôn Wêschet, œsophage. 

198 aam Wéhochom (prononcé féhochom), littéralement et sage, 
quelqu'un qui prétend être plus que sage, un prétendu malin. 

199. "lavn -i7dâ"n Wayaumer wayedabbêr (début de nombreux 

versets bibliques), il parle... il parle, il tient des propos 
incohérents. 

200. rn:pn Wayiwra'h (de rns, fuir au prétérit, improprement em- 

ployé dans le sens du part, passé), fui. Er ess wayiwra'h, 
il a fui. 

201. "H^P^ ^\!VT± Wayakhêl upekudê, deux sections du Penta- 

teuque, qui se lisent presque toujours conjointement. D'où, 
pour désigner des inséparables, le dicton : Wayakhêl 
upekudê geïn zusamme. Wayakhêl upekudê vont de pair. 

T. LXX, n° 140. 13 



194 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■202 5fnp*T£*i Wetzidkoss'cho, et ta justice ou ta piété, expression 
empruntée a un passage de la prière de Min'ha de samedi, 
où, après un verset commençant par *|np*lX Zidkoss'cho, ta 
justice ou ta piété, se place un autre verset commençant par 
ffnfnap Wetzidkoss'cho, et ta justice ou ta piété, semblant 
* renchérir sur le verset précédent ; par suite cette expression 

sert à désigner quelqu'un qui affecte une piété exagérée. 



ï 



203. 7 Zaïn, septième lettre de l'alphabet. Comme chiffre, zaïn vaut 7. 

204. ar« Zohow, or. 

205. n:iT Zauno, prostituée. 

200. rpiT Zauché, qui obtient un avantage, une puissance, qui a un 
mérite, d'où nsTO mezaké jein) , valoir à quelqu'un un 
mérite ou le profit de ce mérite. 

207. niDT Z'chuss, mérite. Z'chuss owauss, le mérite des pères. 

208. rPDT Z'chio, avantage, grâce (obtenue de Dieu). Ich môcht die 

Zechio habe, je voudrais obtenir cette grâce (divine). 

209. npT Zochor, 1° un enfant mâle, 2 J réception du vendredi soir a 

l'occasion de la naissance d'un garçon. Kol hakahal zum 
Zochor preie, prier, inviter toute la communauté au zoehor. 

210. isnnb iDT Zêcher la'horbon, souvenir de la destruction du 

• T | T ~ ¥ " 

Temple; se dit à propos d'un dégât, d'un objet détérioré 
quelconque. 

211. ni"p?:T Zemirauss, cantiques des vendredis et samedis soirs; 

ceux du vendredi soir principalement, chantés en famille. 

212. "JTpT Z'man, époque, période de trois mois ; fin de cette période 

fixée pour l'engagement des servantes juives en Alsace et 
Lorraine. Zeman laisse sous entendre Piroaun, paiement, 
époque habituelle du paiement des domestiques, soit tous 
les trois mois. 

213. nwt Z'nuss, débauche. 

214. ipT Zokên, vieillard. 

21o. 3'inT Zeraua, épaule; désigne l'os de mouton qui figure sur la 
table du Sèder aux veillées de Pàque, en souvenir de 
l'agneau pascal. 



(A suivre,) Emmanuel Weill 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME F\ PEDRO III ET ALFONSO III 

KOIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 

(1213-1291) 

ACTES D ALFONSO III (1285 1291) 



PIECES JUSTIFICATIVES 

(suite ' ) 

XV 

1284 5, 15 mars. — Girone. 

Lettre de rémission à deux Juifs de Figueras, inculpés de nombreux 
délits et crimes. (Catalogue, n° 1316.) 

Noverint universi quod, cum nobis infanti Alfonso, illustris régis Ara- 
gonum primogenito, esset denunciatum quod tu Abraham de Turri, 
Judeus de Figeriis, et tu Vidalis, filius ejus, comisissetis plura crimina, nos 
ex officio nostro contra vos inquisicionern fieri fecimus diligenter super 
capitulis infraseriptis, videlicet quod vos fecistis furtim, fecistis talari 
quandam traleam Navarri de Monsono, Judei de Figeres, in villa de 
Figeres et alias arbores seu talas. 

Item quod tu dictus Abraham sufocasti duos infantes natos de quadam 
Sarracena, que a te ipsos suscepit. 

1. Voir Revue, t. LX, p. 161 ; t. LX1, p. 1 ; t. LX11, p. 38 ; t. LXIII, p. 245 ; t. LXIV, 
pp. 67 et 215 ; t. LXV, p. 61 ; t. LXVI, p. 252; t. LXVII, p. 53; t. LXVIII, p. 198 et 
t. LX1X, p. 135 ; t. LXXX, p. 74. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Item quod tenebas publiée in domo tua quandam Sarracenam de Palia 
Domine Axian in tuo contubernio, eu m qua habcbas rem, quociens vole- 
bas et que a te suseepit plures partus. 

Item quod exegistis plura débita jam soluta a creditoribus liberatis. 

Item quod mutuabatis plura débita contra cotum seu constitutionem 
domini régis factam super debitis usurariis. 

Item quod juravistis débita solvere suis terminis super x precepta 
Legis, que cessavistis postea solvere dolose. 

Item quod in fraudem questie et tallie domini régis tu dictus Abra- 
bam tradidisti dicto Vidali, filio tuo, instrumenta debitoria continentia 
summam viginti millium solidorum ad hoc, ut tu posses vitare extima- 
tionem predictorum XX millium solidorum et quod ipse Vitalis juraret 
se nichil habere in bonis tuis, quod dictus Vitalis de mandato tuo jura- 
vit se nichil habere et etiam tu cessavisti extimare predieta XX millia 
solidos. 

Item fuistis inculpati de biscompotis, instrumentis falsis, ricxis et per- 
cussionibus tam Judeorum quam christianorum in sinagoga et extra, in 
die sabbati vel alia die, factis per vos coram oficialibus domini régis vel 
aliis personis et de ricxis, percussionibus et injuriis habitis, illatis et dic- 
tis inter patrem et matrem tui dicti Abraham et de bannis cultellorum 
extractorum et armorum et de aliis bannis et pénis contra vos positis et 
de pluribus furtis per vos comissis. 

Item quod tu dictus Vitalis vendidisti quendam roncinum ad Malgu- 
riensem in terra domini régis contra statutum ipsius domini régis. 

Item quod turbavisti et t'registi sinagogam Judeorum de Figeriis violen- 
cia armata, itô quod die sabbati voluisti ibi interficere evaginato gladio 
quendam Judeum. 

Item quod extraxisti de dicta sinagoga quendam alium Judeum per 
capillos et ipsum prostrando atrociter verberasti. 

Item quod quadam die sabbati extraxisti furtive de domo dicti patris 
tui sua instrumenta debitoria. 

Item quod evaginato gladio irruisti contra dictum Abraham, patrem 
timm, animo interficiendi ipsum. 

Item quod fecisti verberari et depredari dictum patrem tuum et Azday, 
fratrem suum. 

Item quod pluries tratavisti plura dampna et pericula contra juridic- 
tionem de Figeriis pro domino rege et contra habitatores ipsius loci cum 
comité Impuriarum vel cum aliis. 

Item quod ex proposito et deliberata mente venisti cum quibusdam 
aliis manu armata ad domum, ubi lssachus Solam, Judeus domini régis, 
hospitabatur ad Castilionem, pugnasti dictam domum et illos qui ibi 
erant et etiam vulneravisti graviter dictum issachum cum gladio et alios 
qui cum eo erant. 

Item quod tu cum armis venisti cum quibusdam aliis ad domum d'en 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 191 

Camelera, ubi credebas quod dictas Issach Solam hospitaretur in Fige- 
riis et voluisti expugnare dictam domum, super quibus capitulis facta 
inquisicione contra vos diligenter supplicavistis nobis quod compone- 
remus vobiscum. Nos igitur infans Alfonsus predictus ex parte dicti régis 
et nostra absolvimus, difinimus et remittimus vobis predictis Abraham 
de Turri et Vitali de Turri et vestris perpetuo omnem actionem, peticio- 
nem et demandam et omnem penam civilem et criminalem, quam 
contra vos vel alterum vestrum aut bona vestra possemus facere, impo- 
nere vel infligere vel movere ratione criminum vel capitulorum predic- 
torum. 

Hanc autem absolucionem et remissionem vobis facimus, sicut melius 
dici et intelligi potest, ad vestrum vestrorumque salvamentum et bonum 
intellectum. Itaque vos et vestri sitis de omnibus predictis et singulis 
quitii et immunes et perpetuo absoluti sive predicta vera fuerint sive 
non, imponentes domino régi et nobis in premissis omnibus et singulis 
scilencium sempiternum et facimus inde vobis et vestris tinem perpetuam 
et factum de non petendo ; pro hac autem absolucione, difinicione et 
remissione concedimus a vobis habuisse et récépissé septem millia 
noningentos solidos barchinonensium. de quibus bene paccati sumus 
ad nostram voluntatem. Unde renunciamus etc. Mandantes vicariis, 
bajulis et universis aliis oficialibus domini régis et nostris etc. Datum 
Gerunde, idus marcii, [anno domini M CG° LXXX quarto]. 



XVI 

1285, 6 mai. — Figueras. 

Statut royal relatif au recouvrement des impôts dus par les communautés 
juives. (Catalogue, n° 1344.) 

Sepan todos que, commo a nos don Pedro, por la gracia, etc., fuesse 
dado a entender que en las tallas et particiones de las peitas de los Judios 
de Aragon se fagen a nos et a los manmaiores dellos dannios et prejudi- 
cios por los secretarios et mayorales lures, et nos por saber la verdat 
daquello et por que lo pudiessemos esquivar, ayamos demandado et rece- 
bido de lures secretarios et adelantados conto de las taillas et particiones 
de lures secretarios et adelantados conto de las taillas et particiones de 
lures péchas et de las espensas et de toda lur aministracion en partida, 
et ayamos visto todas las tacanas et los establemientos, tan bien générales 
commo spéciales, de las ditas aljamas et sabido la verdat de lures usos, 
sobresto en partida, finadament nos, tatados todos los ordenamientos et 
establimientos de las ditas tacanas et recebidos aquellos que trobamos 
seer derechureros et cominales para nos et todos ellos, tan bien mayores 



1^>8 BEVUE DÈS ETUDES JUIVES 

coinino médian os el menores, el examinado el dito feito et ouido diligent 
deliuramiento, femos esti ordenamiento sigùient, por el quai mandamos 
que sean pechados todos los dineros que nos agora les entendemos 
demandar: 

Prime rament ordenamos que, qnando pécha alguna por estos dineros 
que nos les echaremos agora se pechara, qnando cayan a la liura del 
eabal dos dineros de pecho, sea arca eomplida, qnan assi lo trobamos por 
la tacanade Barbastro, de la quai todas las aljamas acordablement usaron 
sobre la geta de la média archa que fisieron antanno, et, delà quai tacana 
avian encara aufar. Et quantos doblen dinero, aya en los dineros que nos 
echaremos a la liura del cabal, tantas arcas sean entendidas. Et qnando 
liura del cabal pèche dos dineros por una archa, pèche por aquella misma 
archa la liura del precio de heredat j dinero et cada taberça quinse dine- 
ros et cadaunas casas que valan DC soles, en las quales moren sus sen- 
niores, xv dineros et del sobreplus, quanto quiere que sea, pagne la liura 
un dinero et de liura de precio dotras casas, do no moraran sus senniores 
proprios, un dinero en la dita una archa. 

Item ordenamos que del logro que se deura por deuda, del quai sera 
el plaso passado magera, no seya aquel logro refirmado, paguen de la 
liura un dinero en arca eomplida et del logro que ya sera refirmado en 
corta, paguen assi commo de cabal. 

Item los fruitos que pareçran en la heredat, quando la tailla se fara, 
sean extimados por los senniores daquellos, dios jura quanto valen en 
aquella sazou, estantes en el campo et daquel precio al quai seran exti- 
mados, sea pechado en la arca a forma de cabal. 

Item qui terna empennios algunas casas o otra heredat, pague de la 
quantidat que a sobraquellas a forma de cabal. Et daquello que valdran 
mas los ditos penniales, paguen los senniores proprios de los penniales 
commo dicho es desuso de casas, do no moran sus senniores. 

Item de precio de todas joyas paguen arrason de cabal las dos partes et 
sea suelta la tercera parte, pero a cadauno sea salva una joya, que vala 
entro a x soles, de la quai res non pèche. 

Item de precio de Moros et Moras cativos, que ternan en casa pora lur 
servicio et non por mercaderia, paguen dos partes arrason de cabal et sea 
suelta la tercera. 

Item de bestias de lur proprio cavalgar paguen la meitat daquello que 
paga cabal et de las otras bestias, siquiere sean de cavalgar o de otro ser- 
vicio, paguen assi commo de cabal. 

Item de precio de cubas et cubos etdotros vaxiellos et dornales paguen 
por medio cabal. 

Item de la ganancia de manos et de officio paguen de ix soles un dinero 
en una archa, pero si alguno querra dar ensemble x soles por toda la una 
geta que nos faremos, dando aquellos x soles, no le sea mas deman- 
dado por la ganancia, mas de otras ganancias paguen por manera de 
cabal. 



catalogue des actes de .iaime i er , pedro m et alkonso 111 193 

Item ordenamos que el ordenâmiento contenido en la laebana de Bar- 
bastro sobre las deudas que sou dévidas de Judios a otri o de olri a ellos 
et todas las otras cosas el ordenamientos contenidos en la dila tacana, 
de losquales desuso no ayamos t'aulado o ementado, sean firmes, eommo 
en lasditas tacana es contenido. Et por que non sen dubdo a algunos quai 
es cabal, departimos que en cabal sean entendidos moneda, deudas et 
todos muebles de quai fhanera sea et sacados aquellos, de los quales ya 
dessuso singularment tisemos ordenanciento, et sacados liuros et ostillas 
menudas, las quales sierven continuament en casa et sacadas vestiduras, 
aquellas que cadadia tralieti et usan, de los quales liuros et ossillas, ves- 
tiduras no sea res pagado, sino ende solien pagar. 

Item exceptamos del dito ordenâmiento beredades et dineros dalmosna, 
aquellas que non suelen pechar. 

Item exceptamos ciegos, coxos et lisiados et aquellos pobres que piden, 
los quales no paguen por cabeças, sino solian pagar. 

Item ordenamos que en la pécha, que nos eebaremos agora a los Judios 
de Aragon, paguen todos aquellos que eran escusados por sus aljamas, e 
los que an seido francos entro aqui por nos, no paguen en la dita peita 
con los otros Judios. 

Item deçimos et ordenamos que la pécha que nos agora les eebaremos, 
pechen los ditos Judios por los avères ya manifestados en las alvaras que 
nos tenemos, las quales dieron sobre: la geta de la média areba, en tal 
manera que daquellos bienes paguen la dita peita segunt nostro ordenâ- 
miento et no ende descuenten alguna cosa. Et si algunos por errança o 
por oblidança o por otra manera se lexaron de manifestor en sus alvaras 
algunas otras cosas que avien o despues an ganado o mejorado, deçimos 
que pechen por todo aqnello tan bien por lo que ya parece en los alvaras. 
Esto fue fecho en Figeras, ij nonas may, anno domini M° CG° octogesimo 
quinto. 

De hiis autem ordinationibus fuerunt octo facte et ipsas misimus jus- 
ticiis, bajulis et merinis infrascriptis : 

Enneco Lupi de Jassa, merino Osce et Barbastri; 
Galaciano de Tarba, bajulo et merino Gesarauguste; 
Paschasio Dominici de Pampilono, justicie Caîatayudi ; 
Garsie Garcesii Daraçur, alcaido Daroce; 
Martino Destrich, bajulo Turolii; 
Johanni Çabata, canonico Tirasone; 
Garcie Latras, justicie Exee; 
Petro Cannaret, justicie Jacce. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XVII 

1285, 1 er juin. — Col de Panissars. 

Règlement sur la répartition des tailtes exigibles des communautés juives 
d'Aragon. (Catalogue, n» 1362.) 

Universis Judeis aljame Judeorum Cesaraugnste. Mandamos vos que 
dedes a nos de todo quanto avedes por pecho, es assaber de la liura del 
cabal ij soles et vj deneros jaqueses, que fagen quinse arcas, et de las 
taberças et de los otros bienes sedientes et joyes et otras cosas quanto y 
eaye segun nostro ordenamiento por las ditas quinse arcas, el quai orde- 
namiento ficeuios en Figeras et enviamos aquel a don Galacian de Tarba, 
rnerino nostro de Çaragoça, con escriuto siellado con nostro siello, del 
quai vos mandamos dar traslat. Et por que nos avemos esti pecho muy 
grand menester luego a provecho nostro et de nostra terra et a dannio 
de nostros enemigos, mandamos vos que, luego vistas las présentes letras, 
vos apleguedes en la sinoga vostra todos et cadaunos de vos, tan bien 
varones como mugeres, quantos edat de xiiij annios avedes et echedes 
luego alatma sobrer vos, assi commo es costrunbrado, que cadauno et 
cadauna dedes et paguedes bien et derecbament sin engannio a nos el 
dito peito de todos vostros bienes, el quai pecho paguedes sin todo alon- 
gamiento del dia que estas letras vos seran mostradas en viij setmanas 
primeras siguientes, es assaber en cadauna de las ditas viij setmanas el 
viij de los ditos dineros, por guisa que al cabo de las ditas setmanas 
ayades pagado et complido en la archa vostra comunal, do costrumbastes 
(sic) echar las péchas trespassadas, delant don Jucef Fulluf et don Mosse 
Abullany et don Jucef Almocaci, a los quales mandamos que y sean por 
nos et que cuenten los dineros de cadauno, quando los echara et que 
fagan sendos, livros, en los quales escrivan cadauno en su livro las pagas, 
que cadauno de vos fara et los dias en que las pagas seran feitas et que 
den a cadaunos de vos de sus pagas alvaras, enguisa fasiendoque, quando 
de vos seran demandados, puedan a nos certificar si algunos auran fallido 
de pagar en cada plaso et cadauno de vos, quando pagas faredes, deçir a 
ellos quanto es daquella paga por mueble et quanto por heredat et quanto 
por otras cosas, diçiendo et declarando quanto paguades por cadauna 
cosa; et los dineros que pagara cadauno et cadauna sean puestos en pre- 
sencia del pagador cada ves en la dita archa, et ad aquella archa sean 
puostas iij elavad uras, de las quales los ditos fieles tengan sendas claves. 
Et si alguno o alguna daquellos qui alvara mostraron con vos se es ido 
o mudado despues a otro logar, mandamos que con vos et en vostra archa 
avandita venga a pechar esti pecho sos pena de la alatma segund el dito 
nostro ordenamiento. Et ningunos daquellos que pecheros son segunt el 
dito ordenamiento, no vos escusedes de aplegar vos en la dita sinoga et 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 201 

oir la dita alatma et complir et pagar el dito plccho, commo dito es, sino 
contra aqnellos que ny vinieren o no eumplieren, commo dito es, et 
contra todos lûtes bienes nos enantaremos, assin commo contra desobe- 
dientes et trespassadores de nostro mandamiento et dalatma. Et si alguno 
sera absent de la çiudat de Çaragoça por musi que personalment no hi 
podra seer, su muger o sus fillos o qui su casa tiene o procura, paguen 
por el el dito pecho en los ditos plasos quanto le cahera a la dita rason 
por bienes contenidos en el albara que ya dio et sea assignado termino 
por los ditos iij fieles, que venga acir alatma por lo demas segunt los 
otros et ajurar. Encara vos mandamos que todos et cadaunos de vos, tan 
bien varones commo mugeres, quantos pechar devedes segunt el dito 
ordenamiento nostro, juredes por vostra ley, segunt que es acostumbrado, 
en poder de los ditos iij fieles, por la quai jura digades et extimedes leal- 
ment el precio de casas et de las otras cosas, por las quales en el dito 
ordenamiento vos mandamos pechar, mas daquello que en vostros alva- 
ras; los quales diestes por la média archa se contiene. Datum in colle de 
Panissars, kalendis junii, anno domini M° GG° octogesimo quinto. 

Singule littere consimiles predicte fuerunt misse aljamis Judeorum 
locorum infrascriptorum : 

Aljame Judeorum Jacce. Aljame Judeorum de Thaust. 

Aljame Judeorum Tirasone. Aljame de Luna. 

Aljame Judeorum Calataiubi. Aljame de Exea. 

Aljame Daroce. Aljame de Barbastro. 

Aljame Turolii. Aljame de Unocastri. 

Aljame Alagonis. Aljame de Monclus. 

Aljame Borgie. Aljame Jacce. 



XVIII 

1285, 1 er juin. — Col de Panissars. 

Règlement sur les peites exigibles des Juifs de Saragosse. 
(Catalogue, n° 1363.) 

Fidelibus suis Juçef Folluf, Mosse Abullamin et Juçef Almucaci, Judeis 
Gesarauguste, salutem et gratiam. Femos vos saber que nos avemos 
echado a la Aljama de los Jodios de Çaragoça por pécha dos soles et seis 
dineros a la liura por quinze archas, e tenemos por bien e mandamos que 
nos criades et apleguedes por nos los dichos dineros, assin como en nos- 
tra carta, que enbiamos a la dicha aljama, veredes que se contiene, 
e segunt nostro ordenamiento, por que vos mandamos que vos bien 
e lealment concèdes aquellos dineros, quando los deuran echar en el 
archa de la aljama et fagades a la dicha archa très clavaduras, de las 
quales tengades sendas claves et fagades sendos livros, en los quales escri- 



■101 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

vades ordenament lo que pagara cadauno et quando lo pagara et por 
que lo paga declaradament e de parada; e fagades a cadaunos alvaras de 
las pagas et. prengades jura de cadauno e de cadauna, en quanto extiman 
lures casas et lus otros Menés Lires, por los qu aies les mandamos pechar 
en nostro ordenamiento, mas dnquello que en sus alvaras de la média 
areba es contenido. las*quales juras e las manifestaciones que faran, 
sobresto por aqnellas juras c por la archa alatma, escrivades en sendos 
livros ordeiiada e deparadament. E si alguno oalguna fallecientde corn- 
plir alguna cosa daquello que nos les aveuios mandado por la dicha carta 
nostra o por el dicho nostro ordenamiento, dezit lo luego delant testigos 
e con escriutosiellado con vestros siellosal siel nostro Galacian de Tarba, 
merino de Çaragoça, al quai nos fetnos uiandamiento de encartar contra 
aquellos taies. E vos ponet una archa en la casa del Temple con très 
clavaduras, de las quales cadauno de vos tengades sendas claves e en lin 
de cada setmana sacat los dineros que seran en el archa de la aljama 
e ponet los en la dicha archa de la casa del Temple e de la manifesta- 
cion que faran los dichos Jodios ni de la quantidat de los dichos dineros, 
no descubrades a persona ninguna sacado a nos o a qui nos mandaremos. 
E por que todo esto fagades mejor e mas lealment, mandamos a vos 
qu'ende fagades jura delant el dicho don Galacian e delant el aljama. 
E mandamos nos en pena de los cuerpos e de los avères que las dichas 
cosas fagades luego bien e complidament, por guisa que nos podamos 
acorrer dentro en aquel tiempo de las ocho setmanas de los dineros del 
dicho pecho. E no vos escusedes desto por alguna razon, sabientes que 
nos avemos enbiado dezir al cornendador de la dicha casa del Temple 
que reciba e tenga en comanda la dicha archa. Nos encara enviamos 
a don Galacian de Tarba el dicho ordenamiento nostro, del quai manda- 
mos que sea dado traslat a vos e a la dicha aljama. Datum apud Collem 
de Panissars, kalendis junii, [anno domini M° CC° octogesimo quinto]. 

Misimus similem litteram Azmel Avendehveyt et Açac Abenxuc, Judeis 
Tirazone. Tamen quod sunt duo ipsi collectores, debent facere arche pre- 
dicte duas clav tduras, et est districtor in ipsa aljama Johannes Çapata. 

Item aliam similem litteram Mossea vinnardut, filio Jaffie, Vitali Aven- 
gaton et Juçefo Abubacam,genero Juçefi Traperii, Judeis Osce, qui debent 
facere predictis archis très clavaduras et est districtor ipsius aljame 
Ennecus Lu pi de Jassa. 

Item aliam similem Mosse, filio Açac Avenrodrig, Açacho de Vidales et 
Habraham Toletano, Judeis ffurolii. Tamen est districtor in dicta aljama 
Martinus de Scrich. 

Item sub eadem forma predicta scripsimus Judeis in fraser iptis, hoc 
mutato quod, quod in locis infrascriptis non est domusTempli, est man- 
datum, eisdem quod in fine cujuslibet septimane ponant denarios, quos 
in archa alia tune invenerint, in quadam domo cum consilio duorum alio- 
rum proborum hominum dicte aljame, in qua dicti denarii sint salvi et 
sec u ri domino régi et ipsis. 



Catalogué des actes de jaIme i? r , t'EuKo in et alkonso in 203 

Juçef del Arrabi et Mlio Samuelis, qui per proeuratorem aljame de 
Uncastiello nunc venit ad nos. Tamen est districtor Garsias Alatras, justi- 
cia d'Exea. 

Mosse Bilaam, Jnçef Avenfalant et Habayn Avenrodrig, Judeis Cala- 
taiubi. Tamen est districtor Pascasius Dominici de Pamplona. 

Azmei de Boclares et Salamoni Almtili, Judeis Daroce. Tamen est dis- 
trictor P. Ganart, justicia Jacce. 

Açac Avengabay et Açac Abnuba, Judeis Barbas'. ri. Tamen est districtor 
Ennecus Lupi de Jassa. 

Vitali Gacereno et BuenoAvenfula, Judeis de Montecluso. Tamen est dis- 
trictor dictus Ennecus Lupi. 

Juçef Saçon et Fahim Trapero, Judeis Exee. Tamen est districtor Garsias 
Alatras, justicia de Exea. 

Juçef Avendino et Açac Avenmaricb, Judeis Alagonis. Tamen est dis 
trictor Galacianus de Tarba. 

Habrahem de Jaffudano et Bitas, Judeis de Thaust. Tamen est districtor 
Johannes Çapata. 

Habrahem Albatof et Fehia Abenmefî, Judeis Borgie. Est districtor idem 
Johannes Çapata. 

Açac, filio Samuelis El Cuervo, et socio suo, qui cum eo venit nunc ad 
nos pro aljama de Lima. Tamen est districtor Garsias Alatras, justicia 
Exee. 



XIX 

1285, 3i octobre. - Villafranca. 

Reconstitution des actes juifs perdus pendant le siège de Girone. 
(Catalogue, n° 1468.) 

Noverint universi quod, çum nobis Petro, Dei gratia Aragon um et 
Sicilie régi, fuerit humiliter suplicatum ex parte Judeorum Gerunde et 
Bisulduni et alîornm spectancium ad eorum collectas ut, cum ipsi prop- 
ter guerram et obsidionem Gerunde in majore parte amiserint bona sua 
et specialiter instrumenta debitorum suorum, nos super predictis debe- 
remus consilium imperiri, nos vero visis peticionibus eorumdem, volentes 
eis succurrere juxta tramitem equitatis et consilio habito super eisdem, 
ordinavimus et statuimus quod instrumenta debitorum amissa, de quibus 
terminis solutionibus tempore casus et exitus seu recessus Judeorum de 
Gerunda nondum advenerat, reparentur, partibus convocatis, Judeo cre- 
ditore jurante vel tutore, curatore seu manumissore ejusdem Judei crédi- 
tons se amisisse instrumentum quod reparari petit et quod inde non 
fuerit satisfactum. Dicimus etiam et ordinamus quod instrumenta amissa 
pênes scriptores, que nondum reddiderant dominis suis, quibus reddenda 
erant, conficiantur per notarios, si inveniantur inbreviature, jurantibus 



•204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

notariis quod pênes ipsos erant scripta el non reddiderant et fuerant 
amissa. 

Statuimus etiam quod instrumenta debitoria, que erant cont'ecta et que 
fuerunt manifesta per Jndeos in albaranis traditis hoc anno curie nostre 
a medio m en sis aprilis proxime preteriti citra et inveniantur imbrevia- 
ture cancellate, rcparentur Judeis jurantibus quod amiserint ea et quod 
non est eis satisfactum, eitato prius debitore vel herede seu manumis- 
sore, si voluerit probare infra mensem solntionem factam et si probare 
voluerit, probet infra dictnm mensem et nisi probare voluerit infra dic- 
tum mensem, reparentur incontinent^ salvo et retento dicto debitoris 
quod postea possit probare satisfactionem quandocumque. 

Item ordinamns quod de instrumentis debitoriis, de quibus non inve- 
nirentur imbreviature seu fuerint débita manifesta in albaranis supra- 
dictis, fiant condempnacionem contra debitores, probato prius per unum 
testem idoneum quod debitum manifestatum fuit factum sive debitum. 
Et ipsa probatio sufficiat ad illam quantitatem débita quam judex arbi- 
tratus fuerit, juramento prestito et condicione personarum et testium 
inspecta et antiquitate debiti. Si vero testis defuerit et alia verminicula 
concurrant cum probacione albarani, possit judex taxare infra quantita- 
tem quinquaginta solidorum, inspecta condicione personarum et testis et 
antiquitate debiti. 

Item qui non habuerit albaranum nec imbreviaturas et Judeus vel tutor, 
curator seu manumissor ipsius potcrit probare fuisse debitum per testes, 
quod compellatur debitor ad satisfaciendum Judeo ac si haberet instru- 
mentum, Judeo vel herede tutore, curatorc seifmanumissore jurante quod 
admiserit instrumentum in dicto casu et quod debeatur ei debitum. 

Item Judeus vel hères tutor, curator seu manumissor ipsius, qui non 
habebit albaranum et invenerit imbreviaturam etiam cancellatam et pro- 
baverit per unum testem quod instrumentum fuerit redditum vel ven- 
ditum a tempore casus citra, absque voluntate créditons, reparetur, 
considerata conditione personarum et testis, jurante Judeo quod illud 
nstrumentum amiserit in rapina. 

Item volumus quod super restituendis pignoribus, que Judei predicti 
tenerent tempore tumultus, que fuerint amissa vel vendita post recessum 
Gerunde, dum jurent quod rapina inde fuerit facta eis vel vendita, ut 
supra stetur, jure communi et discrecioni judicis. 

Item ordinamns quod super dictis instrumentis reparandis et redigen- 
dis in formam publicam, sit judex Raymundus de Toylano et in deffectu 
ipsius vel ejus sub[diti], de quo damus sibi potestatem ponendi seu dele- 
gandi, sit judex judex Gerunde, qui pro tempore fuerit; et volumus quod 
iste reparationes tiant usque ad festum sancti Johannis proxime venientis 
et quod de instrumentis reparatis incipiant uti Judei usque ad festum 
sancti Michaelis subsequentis. 

Item quod omnes judices, officiales et scriptores tocius terre nostre, 
cujuscumque dominacionis sint, judiccnt et teneant firma instrumenta 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 205 

reparata sub forma superins nominata, ac si essent instrumenta publica 
et de novo confecta. 

Item volumus quod Judei predicti possessiones, censualia et honores 
suos habeant et teneant, sicut predicta habebant et tenebant, antequam 
exirent de Gerunda, paciffice et sine contradictione, cum predicta instru- 
menta amiserint in predicta guerra. 

Item ordinamus quod Judei predicti teneantur reparare uxoribus suis 
in posse Judeorum 'sub forma eorum sponsalicia que sint amissa et, si 
notule seu imbreviature ebrayce non invenirentur, teneantur dicti Judei 
facere de novo instrumenta sponsaliciorum uxoribus suis in ea quantitate 
que erant prius. Mandantes universis officialibus et subditis nostris pre- 
sentibus et futuris quod predicta omnia et singula firma habeant et obser- 
vent et faciant inviolabiliter observari et non contraveniant nec aliquem 
contravenire permittant aliqua racione. Datum apud Villamfrancham, ij° 
Kalendas novembris, anno domini M° CC° octogesimo quinto. 



XX 

1285/6, 9 janvier. — Majorque. 

libertés et franchises concédées aux Juifs de la cité et de Vile 
de Majorque. (Catalogue, n° 1479.) 

Noverint universi quod nos Alfonsus, Dei gratia rex Aragonum, Majo- 
ricarum et Valencie ac cornes [Barchinone, volentes vos Judeos civitatis 
et insuie Majorice esse participes in aliquibus concessionibus et graciis ex 
illis quas concessimus probis hominibus ac universitati civitatis et insuie 
Majorice cum privilegio nostro, damus et concedimus per nos et nostros 
vobis predictis Judeis civitatis et insuie Majorice et vestris perpetuo quod 
in civitate et insula Majorice : 

Item confirmamus per nos et nostros vobis dictis Judeis civitatis et 
insuie Majorice et vestris perpetuo omnia bona vestra sedencia et se 
movencia sine prejudicio tamen juris alterius. 

Item concedimus vobis et vestris perpetuo quod Judeus, qui captus 
fuerit in carcere curie civitatis Majorice, solvat carcelagium juxta fran- 
quitatem ipsius civitatis et non amplius. 

Item concedimus vobis et vestris perpetuo quod sitis vos et bona vestra 
sub protectione et defencione nostra. 

Item concedimus vobis et vestris perpetuo quod sitis franqui et liberi de 
omnibus rébus et mercibus vestris per omnia loca dominationis nostre 
ab omni leçda et peatgio, penso et mensuratico. 

Item concedimus vobis et vestris perpetuo quod non solvatis nisi quin- 
quagesimum tantum pro laudimio honorum vestrorum, quos pro nobis 
tenetis et quod nichil solvatis nobis vel nostris ratione fatice. 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Item concedimus vobis et vestris perpetuo quod possitis extrahere de 
regno et insula Majorice Sarracenos et Sarraeenas vestras libère, ita quod 
non teneamini inde solvere aliquem exitum vel directum. 

Item concedimus vobis et vestris quod habeatis usum aquarum ad 
rigandtim ortos vestros et ad alios usns vcstros sicut vicini civitatis 
Majorice. 

Item concedimus vobis et vestris quod draperii et cur ri tores Judei 
nichil solvant curie nostre pro auctoritate dicte concessionis vel alia 
ratione causa ipsius concessionis. 

Item concedimus vobis et vestris quod censualia currant et recipiantur 
pro eis, sicut consuetum est fieri. 

Item concedimus vobis et vestris quod non teneamini acomodare nobis 
vel successoribus, dum erimus in civitate Majorice, nisi tantum pannos x 
lectorum. Hanc antem donacionem et concessionem facimus vobis uni- 
versis et singulis Judeis civitatis et insuie Majorice predictis et vestris 
successoribus perpetuo de predictis omnibus et singulis, sicut melius dici 
potest, etc. Mandantes vicariis, bajulis, procuratoribus locum nostrum 
tenentibus et universis aliis oficialibus nostris, presentibus et futuris, 
quod hanc donationem et concessionem nostram firmam habeant et obser- 
vent et taciant inviolabiliter observari et non contraveniant nec aliquem 
contravenire permittant aliqua ratione. Datum Majorice, quintus idus 
januarii, [anno domini M CO LXXX quinto]. 



XXI 

1286, 19 novembre. — Port-Salon. 

Lettre d'Alfonso IIF au comte de Pallars en faveur de Jahuda 
Avenbruch, juif de Lérida. (Catalogue, n° 1693.) 

Comiti Pallariensi, procuratori nostro in Catalonia. Intelleximus quod, 
cum Jahudanus Avenbruch, Judeus Ilerde, esset nuper apud Albesam, 
quidam homines de ipso loco maliciose fregerunt de nocte domum, ubi 
dictus Jahudanus erat, et miserunt ibi quandam christianam et détentes 
et accusantes ipsum quod habuerat rem cum ipsa christiana, ceperunt 
ipsum et raubaverunt ei dictam domum et. quod turpius est, nobilis 
cornes Ufgelli occasione hujusmodi malicie et accusationis extorsit et 
habuit a dicto Judeo quandam quantitatem pecunie ultra quod habuit 
lacère in serviciis et alios plures sumptus, ita quod dictus Judeus inter 
quantitatem quam dictus cornes ab eo habuit et alia que habuit expendere 
ratione predicta, expendidit ultra quinque millia solidos jacce. Unde, 
cum dictus Judeus sit noster et de hujusmodi crimine haberemus nos 
cognoscere ubi utrum esset, mandamus vobis quatinus faciatis taliter 
quod dictus Judeus recuperet ea que dicto comiti seu aliis dare habuit 
occasione predicta et, si in aliquo dictus Judeus est in culpa de predictis, 



CATALOGUE DES ACTES DE J AI ME I er , HEDKO 111 ET ALFONSO 111 207 

volumus quod vos auetoritate nostra cognoscatis super eo. Volumus eciam 
qtïod, si aliquis J u de us maliciose accusaverit dictura Jahudanum de 
predictis, procedatis eontra ipsum accusatorem, prout fuerit faeiendum. 
Nichilominus, volumus et mandamus vobis quatinus manuteneatis et 
deffendatis in jure Judeos aljame Ilerde et quoslibet alios de collecta 
eorum et faciatis eis solvi débita eorum, a quibuscumque debeantur vel 
inde tieri absque dift'ugio et malicia justicie complementum, compellentes 
nichilominus Judeos de Tarrega et de Vilagrassa et quoslibet alios de 
collecta Ilerde ad contribuendum in questiis et aliis exactionibus vestris 
simul cum ipsis Judeis Ilerde, secundum quod hactenijs contribuere con- 
sueverunt juxta taxaeiones secretariorum Ilerde. Datum apud Salodium, 
xiij kalendas dccembris, [anno dornini M° GC° LXXX Vj ]. 



XXII 

1290, 21 décembre. — Barcelone. 

Etablissement du quartier juif de la cité de Majorque. 
(Catalogue, n° 2267.) 

Noverint universi quod nos Alfonsus etc., visa ordinacione quam P. de 
Libiano, bajulus major regni Maiorice, simul cum consulibus et aliis 
probis hominibus universitatis Maiorice, feeit in assignando locum Judeis 
dicte civitatis ad callem judaicum construendum, in qua ordinacione 
dictus'P. de Libiano cum assensu, concilio et voluntate non solum dicto- 
rum consulum et proborum hominum, immo tocius universitatis Maio- 
rice, dédit et assignavit ipsis Judeis pro meliori et utiliori partita. si nobis 
placent, partilam vocatam Templum et Calatravam, ubi construerent ipsi 
Judei eorum propria domicilia et starent omnes congregati insimul callem 
unicum, faciendo secundum quod nos ipsi universitati concesserimus et 
proutin instrumento dicte ordinacionis clauso per Jacobum de Gradu,nota- 
rium dicte civitatis et tenentem scribaniam totius consulatus Majorice, ij 
kalendas octobris et anno infrascriplo ac firmato per dictum P. de Libiano 
et per consules predictos verius et latins continetur. Idcirco nos Alfonsus, 
rex predictus. attendentes concessionem quam dicte universitati fece- 
rimus, scilicet quod omnes Judei Majorice habitarent simul in aliqua 
partita dicte civitatis, ubi facerent callem vestram, attendentes etiam 
dictam partitam vocatam Templum et Calatravam assignatam dictis 
Judeis ad callem Judeorum faeiendum fore nobis meliorem et utiliorem 
dicte universitati Majorice minus dampnosa, habita plurima delibera- 
cione cum consilio nostro, laudamus, coneedimus, aprobamus et confïr- 
mamus ordinacionem et assignacionem de dicta partita factam pro pre- 
dicto calle judaico faciendo ac eciam ratificamus eandem in omnibus et 
parte, prout in dicto instrumento ipsius ordinacionis et assignacionis 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

melius et plenius continetur, volentes quod omnes Judei dicte civitatis, 
présentes et fut u ri, de cetero construant et edificent domicilia sua in par- 
tîta predicta, sic quod stent omnes insimul faciendo ibidem nnum callem, 
prout superius continetur. Preterea volumus et concedimus quod omnes 
dicti Judei habeant in dicto calle judaico sinagogam, prout eam habere 
debent. Item volumus et concedimus quod in ipso calle possint habere 
dicti Judei, si voluerint, furnum, quod nos facere habeamus, in quod 
possint dequoquere panes suos et alia taliter quod ratione predicta non 
oporteat eos extra callem predictum mitere vel exire, dum nos in dicto 
furno recipiamus panegiam, quam ipsi inaliis furnis nostris dicte civitatis 
haberent solvere sive dare. Volumus insuper et concedimus quod infra 
dictum callem in aliqua domo alicujus Judei nunquam de cetero possit 
contra voluntatem ipsorum Judeorum aliquis hospitari, mandantes, etc. 
Datum Barchinone, XIJ° kalendas januarii, [anno domini M GG° XG ]. 



XXIII 

4290 1, 5 janvier. — Barcelone. 

Clôture du quartier juif de Villafranca. 

(Catalogue, n° 2281.) 

Noverint universi quod, cum nobis Alfonso, Dei gratia, etc., fueritinti- 
matum quod, pro eo quod in quodam vicco prope callem judaicum Villa- 
franche non est nisi unum portale in capite ipsius vici, quod vocatur 
portale de Gaynamars, et aliud caput ipsius vici estapertum, propter 
quod Judeis habitantibus in ipso calle dampna plurima subsequntur, 
idcirco damus et concedimus licenciam et potestatem vobis aljame Judeo- 
rum Villafranche construendi et faciendi portale et portas in dicto vico 
cum quibus possitis ipsum vicum claudere. Volumus tamen quod inipsis 
portalibus fiant due claves, cum quibus christiani et Judei, qui in dicto 
vico morantur, valeant intrare et exire, quarum clavium unara teneant 
christiani qui morantur in dicto vico, mandantes caslanis et bajulo Villa- 
franche acuniversis quod predictam concessionem observent, etc. Datum 
Barchinone, nonis januarii, [anno domini M CG° XG ]. 

(Sera continué par le Catalogue d'actes de Jaime II.) 

Jean Régné. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES LEXICOGRAPHIQrES ET EXÉGÉTIQUES 

(suite 1 ) 

10. Exode, xxix, 38. 

Dans une barayta (Zebahim. 83 6; Sanhédrin, Mb), R.José 
Haguelili et R. Akiba se servent du verset d'Exode, xxix, 38, pour 
restreindre la portée du verset précédent, d'après lequel « tout ce 
qui touche à l'autel devient sacré ». Le v. 38 porte : Voici ce que 
tu feras sur l'autel : des moutons de Vannée, deux par jour, 
{holocauste) perpétuel. » R. José s'appuie sur le mot moutons 
pour dire que si un sacrifice impropre est placé sur l'autel, l'ani- 
mal est brûlé, mais on n'offre ni la libation ni le sang. R. Akiba, 
pour faire la même déduction, s'appuie sur Je mot holocauste . 
Mais ce mot ne se trouve pas dans le passage de l'Exode 2 ; c'est 
dans le passage parallèle de Nombres, xxvin, 3, qu'il se rencontre. 
Or, comme c'est uniquement la proximité des versets qui permet 
d'interpréter l'un par l'autre, le verset des Nombres ne peut pas 
jouer le même rôle que celui de l'Exode. On pourrait se demander 
si R. Akiba n'a pas lu le mot rnbi* dans le verset de l'Exode ; mais 
il est probable que le docteur a confondu les deux versets qui 
sont identiques, au mot rrViy près. 

11. Nombres, xx, 2-13. 

Dans ce passage, on raconte que le peuple ayant réclamé de 
l'eau, Moïse et Aaron reçurent l'ordre de parler au rocher afin que 

1. V oir Revue des Études juives, t. LXX, p. SS. 

2. Les commentaires talmufliques ne paraissent pas l'avoir remarqué, 

T. LXX, n° 140. 14 



•210 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

l'eau en jailli!. Moïse frappa le rocher à deux reprises et l'eau 
sortit en abondance. Dieu reprocha à Moïse leur manque de foi et 
leur annonça que, par suite, ils n'entreraient pas dans la Palestine. 
On a cherché à expliquer pourquoi Moïse et Aaron avaient été si 
sévèrement punis, en disant que, en frappant le rocher, au lieu de 
lui parler comme ils en avaient reçu l'ordre, le miracle avait été 
diminué. Mais, comme on l'a souvent observé, la peine est vrai- 
ment disproportionnée avec la faute. Et comment Dieu peut-il 
reprocher aux deux frères de ne pas l'avoir sanctifié devant les 
Israélites, alors que ceux-ci ne savaient pas ce que Dieu avait dit 
à Moïse? Et pourquoi Moïse a-t-il trouvé plus facile d'accomplir le 
miracle en frappant le rocher qu'en lui parlant ? Ces obscurités, 
croyons-nous, disparaissent si l'on tient compte de ce que le récit 
a été composé à laide de narrations plus anciennes. Les modernes 
Font remarqué, mais sans tirer de ce fait les conclusions qu'il 
comporte. Il est vraisemblable que, d'après l'une des narrations 
(sacerdotale), Moïse et Aaron ont refusé de faire ce que Dieu leur 
avait ordonné. Ils ont dit au peuple : « Ecoutez donc, rebelles ! 
Est-ce que de ce rocher nous tirerons de l'eau pour vous? » Cette 
phrase n'a pas pour but, comme on Ta cru, d'attirer l'attention du 
peuple sur le miracle qui va s'accomplir, mais exprime réellement 
un manque de confiance en Dieu. Moïse et Aaron ne croient pas 
que l'eau sortira du rocher, et, doutant de la puissance divine, ils 
n'exécutent pas l'ordre de parler au rocher. Les versets 9 et 14, 
qui racontent que Moïse prit un bâton et frappa le rocher, pré- 
sentent une narration parallèle à celle d'Exode, xvir, 1-7, mais 
qui, primitivement, ne se rattachait pas au verset 10. En rendant à 
ce verset sa véritable signification, on comprend que Dieu ait 
reproché à Moïse et Aaron d'avoir manqué de foi en lui et de ne 
pas l'avoir sanctifié aux yeux des Israélites. Il les a donc punis 
pour une désobéissance absolue. Moïse et Aaron étaient, dans la 
pensée de l'écrivain, exaspérés par les murmures incessants du 
peuple, mais ce n'était pas une raison suffisante pour mettre en 
doute publiquement la puissance divine. 

H. Deutéronome, n, 11. 

Le verset dit que les Refaim étaient considérés comme des 
Anaqim, ce qui est difficile à comprendre, car les Refaïm. connus 
pour être des géants, n'avaient pas besoin d'être comparés aux 
Anaqim. Le mot tr>p530 est vraisemblablement une répétition 



NOTES ET MELANGES 211 

fautive du même mot au v. 10 (cf. v. 21), peut-être amenée par la 
ressemblance de an et de tm. Si on le retranche, la phrase d-wi 
DH as "nrarp veut dire qu'eux aussi, c'est-à-dire les Emim, les 
habitants anciens de Moab, étaient considérés comme des Refaïm. 
La même remarque est faite pour les habitants primitifs du pays 
desBené A m m on (v. 20). 

13. Deutéronome, n, 'M et lsaïe, xxix, 2:J. 

Dans le premier des deux passades, qui porte ana ^a rinm 
Tnna "îanTa "ina-n ^nas na « et parce qu'il à aimé tes ancêtres 
et a choisi sa postérité après lui », le suffixe singulier des deux 
derniers mots ne s'accorde pas avec le pluriel du mot "prias. 
Bertholet 1 croit que ce mot fait allusion à Abraham; le suffixe 
de nant et Tina se rapporterait à lui par syllepse. Si l'on considère 
que, dans lsaïe, xxix, 22, ainsi conçu : apa>"> n*«a bs '■» -iek na pb 
Dnnaa n« me 'hzjn « c'est pourquoi le Seigneur a dit à la maison 
de Jacob, (lui) qui a racheté Abraham »,on attendrait à la place de 
DH-ok justement amas « ses pères », on peut se demander s'il 
n'y a pas eu une altération inverse dans les deux passages. On 
lirait donc Dmas dans le premier au lieu de "prias et amas dans 
le second pour amas. On doit noter que, dans Is., xli, 8, Israël 
est appelé « la race d'Abraham, mon ami » (peut-être vaudrait-il 
mieux vocaliser -^ans « celui que j'aime » que wk « celui qui 
m'aime »). 

14. Deutéronome, xxvm, 57. 

*Le verset 56 porte que la femme la plus délicate sera jalouse de 
son mari, de son fils et de sa fille (nnaan nsaa np^n ra^aa), et 
avec ces mots semblent être coordonnés dans le v. 57 les mots 
nbn -iraN rroaan mbm "paia raotm nmbtzm « et du produit de sa 
délivrance et des enfants qu'elle aura », puis le texte ajoute : 
« car elle les mangera » (abaan •d). L'ensemble est difficile à 
comprendre, car, d'une part, il y a redondance entre « son fils et 
sa fille » et « ses enfants », et, de l'autre, le suffixe de abaan 
paraît se rapporter à toute la série des noms précédents, ce qui 
produirait une absurdité. La comparaison avec le v. 55 donne à 
penser qu'il faut rétablir au commencement du v. 57 les mots 

1. Kurzer Hand-Commentav, V, p. 19 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

orra nmb rmfc el lire ïTïvb©» et ma» (ou ma nuiatt) au lieu de 
ï-imbioa et maa. La phrase signifie alors : « La femme sera avare 
à l'égard de sou mari et de ses enfants [de sorte qu'elle refusera 
de partager avec eux! le produit de sa délivrance et la chair des 
nouveaux-nés qu'elle aura. » L'idée a peut-être paru si horrible 
qu'on aura voulu l'adoucir en supprimant quelques mots, mais 
par là même on a obscurci le texte. 

15. Deutéronoine, xxix, 18. 

La phrase nattirn na rmn mco f*»b a donné lieu chez les 
exégètes modernes à différentes interprétations plus forcées les 
unes que les autres, et Ton a négligé l'explication de Rachi, qui 
est simple et s'accorde bien avec le contexte : lorsque quelqu'un 
aura entendu la malédiction prononcée contre celui qui désobéit à 
la Loi et se flattera d'y échapper, Dieu ne lui pardonnera pas, 
parce que celui-ci aura ajouté la préméditation à l'inadvertance. 
Devant min et rjNttsri, on doit probablement sous-entendre 
©Dan : Vcbne désaltérée, c'est-à-dire la personne qui aura été 
avertie et n'aura pas tenu compte de l'avertissement, sera réunie 
à l'âme altérée, c'est-à-dire celle qui n'aura pas été avertie et 
aura péché par inadvertance. 

16. Is., xiv, 19. 

Les mots yopïï robun n'ont pas suscité d'observation chez les 
commentateurs; ils présentent néanmoins une certaine difficulté. 
Le prophète disant dans le verset précédent que les rois ont été 
inhumés avec honneur, l'opposé serait que le roi de Babylone n'a 
pas été mis au tombeau, et c'est ce que dit clairement le verset 20 : 
« Lu ne seras pas réuni avec eux dans la sépulture », tandis que le 
verset 19 semble dire que le roi a été jeté hors de son tombeau, 
ce qui est très différent. En outre, le verbe ^pbicn signifie « jeter 
de haut en bas) et non pas extraire (de bas en haut) ». La double 
difficulté se résout si on retranche le kaf de "paptt comme prove- 
nant du kaf suivant, car napft nabian voudra dire : « tu as été jeté 
(par terre sans sépulture ». Peut-être aussi, au lieu de natta, 
faut-il lire ass*a d'après Jérémie, xxn, IS, où, dans un contexte 
analogue, on trouve tiTas airra « comme un objet méprisé ». La 
phrase entière se traduirait : « Et toi, tu gis à terre sans tombeau 
comme un objet foulé aux pieds. » 



NOTES ET MÉLANGES 213 

17. Isaïe, xxvii, 4. 

On explique d'habitude ce verset ainsi : « Je n'ai pas de colère. 
Si seulement (la vigne) devenait K des ronces et des épines dans 
la lutte (?), je la foulerais aux pieds, je la brûlerais entière. » 
Mais ce n'est pas montrer précisément de la sérénité que de 
souhaiter que la vigne soit complètement détruite. En lisant 
-«an « vin » au lieu de n?an « colère », on écarte cette contradic- 
tion et on obtient un parallèle excellent avec le chapitre v, où le 
possesseur de la vigne se plaint de ce qu'après lui avoir donné 
tous ses soins, il n'en ait tiré que des raisins sauvages. Ici Dieu se 
plaint que le cep ne lui ait pas donné de vin. C'est pourquoi il 
voudrait la voir écrasée et brûlée. 

18. Isaïe, xx vu, 7. 

La Bible du rabbinat, conformément à l'interprétation courante, 
traduit le verset 7 comme suit : « (Dieu) les a-t-il frappés comme 
il a frappé leurs agresseurs? Ont-ils péri comme les victimes 
atteintes par lui? » Le prophète voudrait dire que Dieu a traité 
Israël bien plus doucement qu'il ne Ta fait avec ses ennemis. Mais 
l'idée que Dieu aurait ménagé Israël n'est pas vraisemblable. 
Elle ne s'appuie que sur une explication très douteuse du mot 
obscur naoND dans le verset 8. Au contraire, l'idée qu'Israël a été 
châtié très durement est fréquente dans la Bible. C'est en ce sens, 
croyons-nous, qu'il faut prendre notre verset, et, au lieu de 
dk "H^n, nous proposerions de lire nan rrprr, en parallélisme avec 
le passif jnn. Nous adopterions aussi la correction moderne de 
■p:rin en vann. Le verset se traduirait donc ainsi : « A-t-on jamais 
frappé (quelqu'un) comme son agresseur l'a frappé? Y a-t-il eu 
des massacres comme ceux que lui ont infligés ses meurtriers? » 

19. Isaïe, xxxi, 18. 

La phrase : « Le Seigneur s'élèvera pour vous prendre en pitié » 
est un peu étrange, et le verbe mT « il s'élèvera » ne présente 
pas un bon parallèle avec "rsr^ « il attendra ». La leçon primitive 
était peut-être ïat^ « il se taira, il patientera ». Cette leçon a pu 
paraître anthromorphique et être changée en dît. 

1. Lire : T\VjT^ pour ^TjT\^ ? 



21 i REVUE DES i«:tudiîs JUIVES 

20. Isa ïo, xxxiv et lxiu, 1-6. 

On est habitué à voir dans ces morceaux des prophéties contre 
Edom, dont le prophète annonce la ruine sans dire, d'ailleurs, en 
quoi Edom a mérité son sort (il en est autrement dans les prédic- 
tions de Jérémie, xlix, 7-22; d'Amos, i, 11-12, et d'Obadia). Mais 
si on les lit sans idée préconçue, on y voit que le prophète parle 
d'un bouleversement du monde et d'une punition générale des 
peuples. La catastrophe a lieu dans le pays d'Edom, parce que, 
d'après la tradition biblique, c'est là que Dieu fait son apparition 
(cf. Deut., xxxiii, 2 ; Juges, v, 4 ; Ps. lxviii, 0). Mais il ne s'agit pas 
du châtiment particulier d'Edom. Il n'y avait donc pas lieu de 
parler des fautes des Iduméens. 

21. Isaïe, xli, 1 . 

On croit généralement que itDJp et TOT ont pour sujet les 
nations qui sont appelées à s'approcher pour discuter avec Dieu. 
On propose donc de corriger ces mots en nutt et mnn alin qu'ils 
s'accordent avec "ray^nrr (les mots na -i^brr étant supprimés '), 
mais niai « parlez » et "nimm « taisez-vous » seraient un peu 
contradictoires. De fait, si on compare le verset 22 et 45, 21, où 
les idoles sont le complément de w^n, on voit que ceux qui 
doivent s'approcher pour prendre part au débat, ce sont les faux 
dieux. Les peuples doivent donc écouter la discussion à laquelle 
sont invitées les divinités étrangères. Les verbes ■nitt'» et tot 
sont donc très exacts. 

22. Is., xlii, 22. 

Les mots û*nna nsn sont très difficiles à expliquer. Le parallé- 
lisme de û"»aba via « prison » a fait supposer pour û-nna le sens 
de « dans les trous » ; mais comment interpréter nsn? Houbigant 
a proposé de lire incrt , de nnD et de traduire « ils ont été attra- 
pés », ce qui est très forcé. La phrase n'ayant que trois parties 
au lieu de quatre, on doit, à notre avis, supposer une lacune entre 
ncr; et û'nna. En comparant ana rre^ v-nir de Ps ., x, 5, on peut 
supposer quelque chose comme a^aoE û-na na nsn « les nations 

i. Il est probable, en effet, qu'il devait y avoir dans le texte quelque chose comme 
■Ha*T3 "ibrP « attendez ma parole ». 



NOTES ET MÉLANGES 21b 

le harcèlent de toutes parts ». D'autre part, devant û"nra on peut 
restituer un synonyme de "îaantt comme tod « ils ont été enfer- 
més ». La phrase deviendrait donc : « C'est un peuple pillé et 
spolié : les nations le harcèlent de tous côtés ; ils ont été enfermés 
tous dans des trous; ils ont été confinés dans des prisons. » La 
chute des mots manquants a pu être amenée par le double emploi 
de la préposition a. Le copiste a sauté d'un complément à l'autre. 

23. Isaïe, xlv, 11. 

On a déjà remarqué que, dans la phrase m b? "Oiba^B rrpnaï"! 
"»3"iisn vp b?D bsn, l'impératif "^îbNiD ne s'accorde pas avec le futur 
*ywe*. Mais, en outre, le rythme est défectueux, la phrase se 
divisant en deux et quatre mots, et, enfin, il est peu admissible 
que le prophète invite ses auditeurs à donner des ordres à Dieu. 
L'obscurité du texte tient, selon nous, au mot rvpnari, que le 
copiste a été entraîné à écrire par suite d'une réminiscence de 
41, 23. On doit lire "^baton ûratt pour "■aib&tt» n-man et y rattacher 
"on b*. La phrase signifie : « Est-ce que vous m'interrogerez sur 
mes enfants, et est-ce que vous me donnerez des ordres concer- 
nant l'œuvre de mes mains ? » Ainsi rétablie, elle est conforme au 
contexte, qui parle des reproches que la créature voudrait faire à 
son créateur, elle se coupe en deux parties symétriques et les 
verbes s'accordent entre eux. 

(A suivre.) 

Mayer Lambert. 



BIBLIOGRAPHIE 



Oipfl bpTS 'O. Shekel Hakodesh (The holy Shekel) the metrical work o 
Joseph Kdichi now edited for the first time, etc.. to which is added Yesod 
kayirah (the foundation of religious fear) by Hermann Gollancz, Humphry 
Milford, Oxford University Press, Londres, 1919, gr. in-8 de xx -+- 125 pages 
-f- 7 pages de tahles non paginées -f- 87 pages (texte hébreu). 

M. H. Gollancz, professeur d'hébreu à l'Uni versity Collège de Londres, 
vient, d'éditer pour la première fois, d'après deux ms. de la Bodléienne, 
le petit recueil de sentences morales rimées dû à Joseph Kimchi Le 
texte est accompagné d'une introduction, d'une traduction en anglais et 
de notes critiques. M. G. a joint au Schekel hahodesch un autre opuscule, 
celui-là anonyme, appartenant au même genre littéraire, le Yesod 
hay irait, déjà édité une première fois en 1896 par les Mekizé Nirdamim. 
Le nouvel é iiteur, qui en avait publié séparément en 1915 une traduction 
anglaise, la reproduit dans ce volume avec le texte hébreu et des notes 
critiques. 

Nous ne nous occuperons dans ce compte rendu que de l'ouvrage de 
Kimchi. Des fragments seulement en avaient été publiés jusqu'à ce jour 
par différents auteurs qui avaient attiré 1 attention sur l'intérêt que pré- 
sente ce recueil tant en lui-même que pour l'établissement du texte du 
Mibhar Peninim, le « Choix de perles», dont il est une traduction ou plu- 
tôt une réplique en vers et sans doute quelque chose de plus. M. Gollancz 
a eu raison de sauver de l'oubli cet opuscule, qui occupe un rang hono- 
rable tant dans la poésie hébraïque que dans la littérature morale et 
gnomique du judaïsme hispano-provençal. 

On sait que Joseph Kimchi, qui fleurissait entre 1150 et 1170 à Narbonne, 
a eu pour principal mérite, avec ses fils Moïse et David, dont le renom de 
grammairien et d'exégète éclipsa le sien, d'introduire dans le Midi de la 
France la culture judéo-espagnole. On lui doit une grammaire, quelques 
commentaires exégétiques sur les livres sapientiaux, une incomplète tra- 
duction du Robot halebabot de Bachya, quelques poèmes liturgiques. 
C'est là, au dire de Graetz, tout son bagage littéraire. Il en parle avec 
quelque dédain et ne fait même pas mention du Schekel. S'il ne 



Bibliographie 2n 

nomme pas cet écrit, qui n'avait pas eu jusqu'à présent les honneurs de 
l'impression, c'est que le Schekel, n'étant, semble-t-il, qu'une traduction 
du Mibhar, traduit lui-même de l'arabe, pouvait paraître un simple exer- 
cice de style. Mais, encore une fois, c'est mieux que cela. Un seul ms. 
du Schekel, le B., mentionne dans la préface la source principale, le 
Mibhar, et désigne l'auteur de l'original arabe, à savoir Salomon ibn 
Gabirol, et le traducteur, Juda ibn Tibbon, appelé à tort « Sévillan ». 
L'authenticité de ce passage est très contestée, parce que c'est un témoi- 
gnage unique, et pour d'autres raisons que Steinschneider et d'autres 
ont fait valoir. Il n'est donc pas impossible que les rencontres entre 
le Schekel et le Mibhar s'expliquent par une source commune. En tout 
cas, même en admettant l'authenticité du passage relatif à Gabirol et à 
Ibn Tibbon dans le ms. B., Joseph Kimchi parle ensuite d'autres sources : 
û^biïïttars a^biBTan ^mam l a^-ins û'nbD» a^bsjTa orna* T\y Tieoim 
onb n^iin ^ytaa Hïb ht. 

Joseph Kimchi a donc fait œuvre personnelle dans le choix et dans le 
groupement des sentences, non moins que dans la forme souvent fort 
heureuse donnée par lui aux « perles » qu'il a trouvées à droite et à 
gauche, qu'il a « pesées dans la balance de la langue sacrée et versifiées 
pour leur donner une forme plus agréable». Un simple coup d'œil sur le 
tableau comparatif établi utilement par M. G. entre le Schekel et le Mibhar, 
fait voir que sur les 431 numéros du premier (la numérotation est due à 
M. G.), sans parler des 22 distiques qui terminent les chapitres, 64 pen- 
sées n'ont pas de pendant dans le Mibhar. La distribution des maximes 
ou plutôt des chapitres varie de l'un à l'autre ouvrage. Joseph Kimchi 
s'est montré compilateur judicieux en réduisant à 22 les 64 chapitres du 
Mibhar, si tant est qu'il ait travaillé sur le texte que nous en connaissons. 
Intéressant comme témoignage du talent de versificateur de Joseph 
Kimchi, de son goût comme moraliste et anthologiste, le Schekel mérite 
d'être étudié pour la lumière qui en peut résulter dans la question diffi- 
cile des sources du Mibhar, des rapports entre cet écrit, le Tikkoun 
Middot de Gabirol et les Mousaré haphilosophim, dont l'original arabe, 
du. au chrétien nestorien Honein b. Isaac, est perdu. M. G. indique les 
différents problèmes qui se posent, sans se flatter de les résoudre. Sa 
théorie sur le ch. xxxvm du Mibhar, qui serait le noyau primitif de cet 
écrit, est spécieuse. Les questions de rédaction, dans ces sortes d'ou- 
vrages, comme celles de paternité et de filiation, sont fort complexes. 
On a été très friand, dans les milieux lettrés judéo-arabes, des recueils de 
Meschalim. On les copiait et recopiait volontiers, sans se piquer de 
rigueur dans l'assemblage des « perles », dont on pouvait facilement 
augmenter, diminuer le nombre, changer la place sans inconvénient. 
Le trésor de la sagesse gnomique était a tous. Tous les éléments, tous 

1. Dans les mss. A. et C. (pour ce dernier ms., voir plus loin), l'auteur s'exprime 

ainsi : -naja ur>i2i ">aiy rnaba anra ,a"H-nsw nbnna dtinxe. 



218 ÈtEVUË DES ÉTUDES JUIVES 

les apports, grecs, arabes, hébreux, s'y mêlent fraternellement. Il en est 
delà morale comme de la théologie à cette époque de large humanisme, 
de culture littéraire tout éclectique. Quoi qu'il en soit, l'écrit de Joseph 
Kimchi, avec sa forme fixe et ses séries de sentences dûment comptées, 
donne une excellente anthologie et méritait qu'on en établît un texte 
aussi sur et correct que possible. M. G. a mis tous ses soins à s'acquitter 
de cette tache. Mais, comme il en convient lui-même, son travail a 
quelque peu souffert des limites imposées à ses recherches par les 
circonstances de la guerre. On verra plus loin que le texte eût gagné, et 
par conséquent la traduction aussi, à une documentation plus complète. 
M. G. n'a pu utiliser que deux manuscrits complets : 1° le cod. Bodl. 
1976, qu'il désigne par A. et dont il fait la base de son édition, et 2° le 
cod. Bodl. 1975, qu'il appelle B. 11 s'est servi, en outre, des fragments 
publiés au milieu du siècle dernier, notamment par L. Dukes et Hirsch 
Edelmann, et enfin d'une collection manuscrite de maximes tirées du 
Schekel, trouvée par lui sur une feuille volante d'une copie manuscrite 
du More en sa possession. Un des manuscrits complets du Schekel 
hakodesch que M. G. n'a pu consulter se trouve à la Bibliothèque natio- 
nale, fonds hébreu 983 3° (ancien 245). Il consiste en 12 folios papier 
reliés avec divers autres mss. en un volume petit in-4°. Ce ms. avait déjà 
été lu et cité par L. Dukes. Celui-ci, en effet, après avoir donné quelques 
extraits de l'exemplaire de la Bibl. Oppenheim (le ms. B. de l'édition Gol- 
lancz) dans le journal Zion (II, p. 97), donnait ensuite quelques autres 
spécimens, tirés du ms. français, dans Y Orient (Literaturblatt, n° 46, 
année 1846, p. 727 et suiv.). Dukes a travaillé un peu hâtivement et sa 
copie n'est pas partout exacte. M. G. s'en est aperçu pour le ms. B. Nous 
avons fait la même constatation à propos du ms. français *. Ce dernier, 
que nous appellerons G., il nous a paru intéressant de le collationner 
avec les mss. A. et B. de M. Gollancz. L'écriture de C. en caractères 
rabbiniques (Dukes y voit une main allemande, je ne sais pourquoi) est 
bien lisible. On rencontre bon nombre de bévues et de fautes de 
copiste. Quelques corrections se lisent en marge. Mais, à part ces 
bévues, C. offre assez souvent de meilleures leçons qu'A, et B. — 
C. s'apparente à B. au point de vue de la division en chapitres. Il en a 
vingt-deux comme A., alors queB. en présente trente-et-un. Mais le texte 
est, la plupart du temps, plus conforme à B. qu'à A. Les leçons de B., 
corroborées par C., devront donc être préférées à A. plus fréquemment 

i. Ainsi, dans sa préface, Joseph Kimchi indique que son livre compte vingt-deux 
chapitres, autant qu'il y a de lettres dans la langue de la Tora, et que chaque 
chapitre finit par un distique terminé par deux rimes homonymes, le premier vers 
résumant le sujet du chapitre, le second donnant, par la valeur numérique du mot 
final homonyme, le nombre des vers dudit chapitre. Dukes, reproduisant cette préface, 
saute les mots minn btf) après n"Pn"IN *p:MZ3rD> et, un peu plus loin, ayant 
mal lu un dans la phrase pourtant claire paian "1211 "p^33> IZJDin *mN, 

écrit -paran [îyn%] iznv ["wmj. 



(Ui{Li()GRAlMili<; 219 

que ne l'ait M. G. Des nombreuses variantes que nous avons relevées, 
nous négligeront celles qui n'intéressent que l'orthographe, maires 
lectionis, particules, etc. Les autres permettent, comme on va voir, de 
dissiper quelques obscurités du texte et de combler quelques lacunes. 

Dans les notes qui suivent, nous nous servons de la numérotation des 
sentences adoptée parM.Gollancz,en désignant les vers de chaque numéro 
par les lettres a., 6., c, etc. — B. et A. sont les mss.de l'édition G. 
(Gollancz) ; C. notre ms. 

Préface : 1. 17 : G. TtDVH au lieu de nnrn; 1. 18 : C. ^nu au lieu de 
*anE(8) (les parenthèses sont de M. G). 

Gh. 1, n° 10 c. C. (comme R.) r>-Qy)2 !-H35> ; 10 cl. : au lieu de ûbu ^aab 
(A. B.), lire avec C. mBH ûv comme au vers précédent. Le sens est : 
« Quand à la science l'homme joint la pratique, au jour de la mort il 
l'emporte (au paradis). Mais une sagesse sans pratique, au jour de la 
mort il la laisse là. » Le passage correspondant du Jkibhar peninim 
(éd. Ascher, 12 6.) confirme cette interprétation (D^yfcata ïittann "O 
-iNtan *j&oa û-nmms"! N2n ûbiyb -pbsnn). La traduction de G. (p. 3) 
est inexacte. 

116. Lire avec G. ^TiTn et non "jvrn (A.). B., selon la lecture de G., 
a TH"P"i, mais peut-être le "T doit-il être lu n. Dukes avait déjà imprimé 
la bonne leçon (Orient , lot: cit.). 

17 b. C. -iNEJm paraît préférable à nwNttttl. 

19 b. C. n'a pas W (comme A.). Il était inutile de prendre cette leçon 
dans B. 

24 b. C., comme B., alNiiT, qui va mieux que n&nn (A.) avec lépithète 
!iay. Un indice que INin est une mauvaise lecture, c'est la présence 
fautive du 1. Il est vrai que le masculin ny conviendrait mieux, mais 
également à l'un ou à l'autre de ces deux substantifs. 

28 a. C. ûbia* "CTttîa, variante intéressante, mais qui ne s'impose pas. 

32a. C. confirme la leçon fimpw (B.) que G. a eu raison de préférer à 
NipN (A.). 

46 a. manque dans C. 46 cl. y est b. 

49 6. C. "pma^aott TT abl confirme la lecture de G. 

53 a. C. jnizn -naa est préférable à an©"' maa. 

II. Avant 66, C. a, comme B : 

mann rn-ran bao marna mania nvr» nw 
G. aurait du l'imprimer dans son texte, car il est, d'autre part, attesté 
par le Mibhar (éd. Ascher, n° 84, p. 16, cf. note). Le tableau I est à 
compléter aussi par conséquent. 

77 a. Lire avec G. mn bsi»[l] ; 77 6. G. ^T>a ab "i^N (sans »a). 

78 a. G. confirme B.A. ima* ppi p ba>, qu'il valait mieux conserver. 

79 a. G. comme B. imew ïaa>»^ Tawi. 

79/". C. y$ ïtojïi ^fTïb, probablement la bonne leçon. G., embar- 
rassé par les lectures douteuses de B. A. (12N ou ï3N), écrit ntatt. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

so b C. nn:n as « Si ta laisses là (les joies du monde) » semble cire 
la bonne leçon, cf. Mibhar (éd. Ascher), n° 497, -innsna. 

III. 81 b. C. IBW ba au lieu de ba -o. 

87 6. in"*awnb n=> Nbl. C'est la bonne leeon. "imjaasnb (B. A.) est 
inintelligible et, d'ailleurs, contraire aux exigences de la rime qui veut la 
désinence 173. La traduction de G. est à remanier (p. 14) ; 87 c. manque 
dans C. 

91 a. C. iab"\ mais en marge "pb^ïi (comme B), qu'il faut sûrement 
préférer. 

92a. G. (comme B.) YWbim, leçon à préférer. 

04. Manque dans C. 

95. C. présente un texte plus intelligible que B. A. et permet de 
résoudre l'énigme que G. n'a pu déchiffrer. Voici ces trois vers : 

açp "j-ki n:iy < pfcn(?)i7raN aiav û3>b a-m txirô a^-pi 
s-ort ibav Nb n«Tb baa» an rtxnb bip "însani 
aicnrinb ansv ^3B Titt^b nr i^p" 1 V" 1 * "i»*»bi 
96 a. G. mTana D?b au lieu de yzvi (B. A.). 03>b se trouve dans le 
passage correspondant du Mibhar, n° 523 (éd. Ascher, p. 104). 
98 6. G. (comme B.) iyj:r\ mrWfl. 
iOl. Manque dans G. 
Entre 108 et 109, G. a le distique 116 (avec de légères variantes). 

IV. 120 6. C. IXTflaa, mais irpifitta (A.) est attesté par le Mibhar, 
no 331 (p. 64). 

120c. Manque dans C. 

123 b. C. (comme B.) ïiDnmDm (cf. Mibhar, n° 336). 

125 a. G. omet comme B. n;:K; e. G. 3"»") ba au lieu de pn ba. 

V. 133 6 C. irnsn -nbtan H2; en marge, ttrib©**, leçon préférable. 
133 d. C. ûa au lieu de YiJ>. 

134 6. G. (?)tj ^wbi*b Dm W «b "O au lieu de nr E513K. 

137a. C. i:an2 TObo "'blb préférable à in-inD (B.). 

139 a. G. (comme B.) omet I2i!t, qu'il vaut mieux effacer en effet. 

142 6. G. diutk mnnb» n:r au lieu de nttîN mrnbn ba nan. 

M G. indique que B. semble avoir une autre lecture que "TON, c'est 
peut-être notre D^N 

143. Manque dans C. 

145a. G. nanstna ■PmbK mo* 1 bapio, c'est évidemment ainsi qu'il 
faut lire le peu intelligible vm b« de B. A. 

147. N'a qu'un vers dans G. : 

iniK NS73 iy îrnmv anrr nsnu pm ans "jiî?2 N3 ab 

VI. 153 6. C. nvy Nb.l au lieu de "iinN. 

155 a. C., comme B., 131T73, qui vaut mieux que min. 
155 e. C. iaba ian£ (comme B.) au lieu de iab rns. 
157c. G. nb^an rrnpai, qui n'offre pas un sens plus clair que 
rrbnn rmeroT. 

158 6. G. "pTVPa. C'est évidemment ainsi qu'il fallait lire le peu 



B1BL10GKAPH1E 221 

intelligible ^pinn -«3 d'A. etB. Ainsi se trouve établi le vrai texte de ce 
joli distique, qui n'a point de pendant dans le Mibhar : 

'pin Bpoim ^snona mon ,^7373 nb*ttb ann 0^02733 
yzrà \ertà *pnma mm (ou G. "jnnn nwsn) ^7373 maab irai^ nb^Taai 

VII. 163a. G., comme B., Û'TT? naab ^jbn. 
1666. C, comme B.. miSS3 10"l p^Tïlb. 

167 £. C. y^: bo b*. C'est la bonne leçon, le môme mot ^no ne 
pouvant se trouver à la fin des deux vers. 
172-174. C. comme A. 

VIII. 182 6. G. ^nna ©"\ mieux que ^iin SŒi. 

184a. G. 1T3 VN au lieu de MTan bi* V 3 . niais le sens du distique 
ne semble pas plus clair avec cette leçon. 

IX. 194 6. C. -}pn W^Q. mieux que "ppn, à cause de la rime t pTm. 
196a. "101731 qui finit le vers est bizarre. M. G. ne Fa pas traduit. 

N'étaient les exigences de la rime "ioim, la leçon de C. serait plus 
intelligible : il finit le premier vers par "1T1731 "l'î et le second par 
bo nom aana. 

205 c. Lire avec G. "p73NO et non "p73Nn, qui rend la phrase inintelli- 
gible; M. G. arrive à cette traduction bien arbitraire : for having said 
« Yes » it is to thy shame to say « no » . Plus loin C . lit comme A . nmb . 

X. 213 a. C. bw comme B. 

214 d. G. nmco n:»: N^m. C'est la bonne leçon. M. G. a lu avec 
A. ÏTfflDS. Il écrit, p. 70 : « Is A. another form of nïT»Z5 « grave »? 
Supposition bien inutile. Il n'y avait qu'à suppléer le i, que suggère, 
d'ailleurs, la rime précédente nmiN. 

218a G. 030na en marge EpNnna, comme B. 

222c. C. "{173733 -i^vy, comme B., leçon préférable. 

XI. 229 a. C l'rtbîn sans les mots N^n D3, comme B. 
234. G. omet les mêmes mots que B. 

235 6. Après le 5 e vers, C. ajoute le même vers que B. (qui se trouve 
aussi sur la feuille du ms. More, appendice, p. no) : 

d^to. annn n'di (B. ansin) an;n nab io pnb 

238 6. C. ajoute aina comme B. 

240. Après ce distique, C. ajoute le môme distique que B. Au 2 e vers, 
pfin au lieu de p 1730. 
244/'. C. ajoute [D*na-] 10" 1 n;' comme ms. More (append., p. is). 
245. C. comme B. npm ïriato "I173UÎ, mieux que rspin nUD (A.). 

XII. 253. C. a le texte suivant plus concis que A. B. : 

pi ûw *p*at 1^-101730 a^n 

laa^Tonb pT Nin i-un 

Ym^n ^n pinu; 101a &6 n»an 

wronb pi «im ttm 

n73«n ^0 i3Hn tô wi rtas? 

137373 TN73 113» pTI bna 



222 UEYUE DES L1TUDES JUIN ES 

j:»4. C. a le même texte que B. 

XIII. 263. G. a à peu près le même texte que B. 
-265 6. C. nma. 

269 d. C. "irt3 333 rna"\ mieux que n^ 533 qui s'accorde mal 
avec n*3T du début du vers. 

•27.'). C. insère le même distique que B. après ces deux vers. 

283 a. C. "ir»3T au lieu deir^b; 6. *p mm "ib&O ïfflWfl, 

293 6. C. (comme B.) 13")LT, mieux que 13-n, ce mot finissant déjà le 
vers précédent. 

299 a. C. ajoute comme B. 1?3K3 après am&b'. 

302 a. C. omet narun. 

304e. C. 3pn3 I3p, au lieu de 3pi3i. 

XIV. 311 a. C. comme B. ma» au lieu de 31*73. 
312c. C. comme B. [-|b] air. 

313 d. C. comme B. rrbïwa ny amtn. C'est la vraie leçon, n» est 
sûrement une faute. 

316 d G. HN3 mari hkïï ipirn pan. C'est à peu près le texte de B., 
mais avec pan au lieu de "pN-i, ce qui donne un sens à la phrase. Le 
texte de A., adopté par M. G., est inintelligible. 

322 a. C. confirme la leçon de B. [33] "p* bfi*. 

327 a. C. bm?3 "nn UN, offre un meilleur parallélisme avec le vers 
suivant. 

328 6. C. omet ~N, leçon préférable. 

329a. C. comme B. bsb «an "iffiN, vaut mieux que 33b. Il y avait 
peut-être VW 33 b«b. 

XV. 335 a. C. ^31183, préférable à ■pniDb, à cause de la rime (^psb), 

XVII. 360a*. C. omet comme B. pyv ^» 350. 

XVIII. 366a. C. "I3rp N*3 p3 ttJ*të8. C'est sûrement la bonne leçon. 
"DVP «b est absurde et entraîne M. G. à traduire à contre-sens (p. 51) : 
« How little distinction doth the world draw between the fool and the 
upright and pure! » Le sens est : « Un homme intelligent ne va pas 
tenir société avec des imbéciles, ni un homme droit et pur, etc. » 

368. Il est question des six qui sont en proie au souci. Mais les 
mss. B. et A. n'en émanèrent ensuite que cinq. C'est le cinquième qui 
manque. M. G. l'a retrouvé dans Honein, en ces termes : Dr 3tt3Tm 
orra iïwi noiEr: "W3-. 

Ce n° 5 se retrouve aussi dans C. comme suit : 

mbim -10173 CKb non?û "»ba nannai 

Ce vers est à placer entre 368 c. et d. 

XX. 389. Après ce numéro, C. insère le même distique que B. avec 
p733 au lieu de p^3. 

394a. C. rpm préférable à cpm, car il y a EpnB comme rime au 
vers suivant. 

398. Dans C, ce distique est mis après 397 6. 

399 6. C. -lŒfiO tt^l au Jieu de U513N wn. 



BIBLIOGRAPHIE 223 

XXI. 401a. C. Ottin, mieux que Daim. 
404 d. C. 1W2, mieux que 113*3. 

Après le quatrième vers, C. a encore ce distique : 

-imn dw *^ra itt* uni 
orrby nan «im ûa T^P^ 

Le même se retrouve dans le ms. More (appendice, p. Td). Je m'étonne 
que M. G. n'en fasse pas mention dans la note 8, p. 77. 

405 e/". G. a le texte suivant : 

-n»« #mn73 nai *p a^n -<3N un in 
imx npi n?:a 

406 dans G. précède 405. 

407 d. manque dans C . 

414 cl. manque dans G. comme B. 

XXII. C. omet nsona fi-ina n^u;. Il met pour titre mars 12£ 
D'noinn. 

417 6. G. -i3»a irnaa ïi2">33 au lieu de n^D aba n^y (A.) ou ra^aa rr^n 
n?3 (B.). Mais -123 de l'éd. G. est, je pense, une faute d'impression, car 
la traduction (p. 58) suppose la lecture ")3?3 (on advice that cometh from 
a boor) et le mot iya finit déjà le premier vers. 

418 6. Il faut lire avec G Dlptt im, car fm ou même *jn3, comme est 
tenté de lire M. G., ne donne aucun sens satisfaisant. La réflexion 
« there's a place in the world for ail who vvould dwell in it » est tout à 
fait étrangère à la pensée. Le sens de ce joli distique (qui n'a pas de pen- 
dant dans le Mibhav) parait être : « Demeure à l'endroit où tes pères ont 
demeuré et loge dans la maison qu'ils y ont bâtie ; la grâce d'un lieu repose 
sur ses habitants à jamais, comme la gloire de l'oiseau est dans son nid. » 

422 6. G. npm ib BDiDttb. Cette leçon ou celle de B. ïastBEi Tb« pnb 
est préférable à celle de A., peu intelligible, ttpm Nb MDtBttb. 
431 6. C. omet 'psa, qui est, en effet, à effacer. 

Julien Weill. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 

T. LXX, p. 101, 1. 6 du texte hébreu, lire irnp^; 1. 15, reporter l'appel 
de note à la 1. 16 après pfiO; n. 4, lire Isaïe au lieu de Jos.; 1. 17, 
banni"» û*nn "ina, v. Ez., xvn, 23; 1. 18, lire îanm, S|D-inottb; 1. 21, 
lire n'^n. — P. 102, 1. 16, lire UîN; 1. 25, pour îmo^a ^DO, v. Houllin, 
95 6; 1. 29, lire ppro 'jn 3 ''"- — P- 103, 1. 11, lire ÏTPOttl; 1. 12, 
npb\ 1. 15, rnfa; 1. 17, ;dd3 ^nsa; 1. 25, rrra-i rib^aa; 1. 29, -htsé* 
131WN; 1. 31, ma vb9 Tm3lZ3 ntt ; 1. 33, N*a73 Ntttfî, v. Pesikta, éd. 
Buber, p. 27 a. — P. 104, 1. 1, "nraa; 1. 7, (?} no , « «nFTO ; 1. 9, vb"*3n 
vnrabm , mannb. — .4. Marmorstein. 



Le Gérant : Julien Weill. 



TABLE DES MATIÈRES 



REVUE 



ARTICLES DE FOND 

Chapira (Bernard). — Légendes bibliques attribuées à Ka'b el-Ahbar 

(fin) 37 

Mann (Jacob . — Les « Chapitres » de Ben Bàboï et les relations de 

R. Yehoudaï Gaon avec la Palestine 113 

Poznanski (Samuel). — Obadia le prosélyte 70 

Régné (Jean). — Catalogue des actes de Jaime I er , Pedro III et 
Alfonso III, rois d'Aragon, concernant les Juifs (1213-1291) 
(fin) 74 et 195 

Schwab (Moïse). — Textes judéo-égyptiens du xi e siècle; lettres 
diverses et poésies liturgiques. Avant-propos de M. Théodore 
Reinach 44 

YVeill (Emmanuel). — Le Yidisch alsacien-lorrain, recueil de mots 
et locutions hébraeo-araméens employés dans le dialecte des 
Israélites d'Alsace et de Lorraine Ino 

Weill R.). — La Cité de David, compte rendu des fouilles exécutées. 
à Jérusalem, sur le site de la ville primitive .campagne de 
1913-1914; (suite) 1 et 149 

NOTES ET MÉLANGES 

Lambert (Mayer).— Notes lexicographiques et exégétiques (suite) 88 et 209 

BIBLIOGRAPHIE 

Lambert (Mayer). — Qirqisàni Studies, par Hirschfrld Hartwig 111 

Marmorstein (A.). — Babylonische Geonim im nach-gaonaeischen 

Zeitalter, par Poznanski (S.) 97 

Reinach (Théodore). - Les Juifs dans l'Empire Romain, leur condi- 
tion économique et sociale, par Juster (Jean) 93 

Weill (Julien*. — Wpn Dp© '0. Shekel Hakodesh (The holy Shekel 

the metrical work of Joseph Kimchi now edited for the first time, 

etc. . . to whieh is added Yesod hayirah (the foundation of reli- 

* gious fear) by Hermann Gollancz, Humphry Milford, Oxford Uni- 

versity Press 216 

Additions et rectifications 223 

Table des matières • 224 

ACTES ET CONFÉRENCES 

Assemblée générale du 7 mars 1920 i 

Reinach (Théodore). — Le Judaïsme prophétique et les espérances 
actuelles de l'humanité, conférence faite à la Société des 

Etudes juives le 7 mars 1920 ix 

Procès-verbaux des séances du Conseil xxviu 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DU MARECHAL-FOCU 



ASSEMBLEE GÉNÉRALE 



SEANCE DU 1 MARS 1920. 
Présidence de M. Bickart-Sée, Vice- Président. 

M. le Vice-Président prononce l'allocution suivante : 

Mesdames, Messieurs, 

Notre président, M. Albert Catien, retenu loin de Paris par les 
devoirs de ses fonctions, me charge de vous exprimer ses regrets de 
ne pouvoir être aujourd'hui avec vous. 

Son absence me confère l'honneur immérité de présider votre 
Assemblée générale, la première qui ait lieu depuis 1914. 

Je n'aurai pas à vous faire un compte rendu des publications de 
la Société au cours de ces dernières années ; ce n'est point par des 
recherches d'érudition ou des travaux de bibliographie que nos col- 
lègues ont apporté leur contribution à l'Histoire, ils en ont tracé les 
pages les plus glorieuses, ils y ont consacré toutes leurs forces, 
beaucoup y ont donné leur vie. Nombreux ceux qui, sur les champs 
de bataille, ont combattu pour la victoire du droit et la libération de 
la patrie envahie et démembrée. 

Ceux auxquels leur âge ne permettait plus de se porter à cette 
place ont donné au pays le concours de leur science, de leur auto- 
rité, pour le seconder dans les lourdes tâches qui s'imposaient à lui, 
exaltant les courages et les espérances, proclamant, par delà les 
frontières, les principes de droit, de justice, de liberté, dont la 
France avait toujours été l'apôtre. Par leurs écrits, par leurs 
paroles, par des missions confiées par les pouvoirs publics auprès de 

ACTES ET CONFÉRENCES A 



ACTES ET CONFERENCES 



pays neutres, ils ont fait connaître la vérité, provoqué des sympa- 
thies, des adhésions préparant et affermissant des alliances, gages 
de notre victoire. 

Les autre?, enfin, se sont employés à soulager les infortunes de 
la guerre, apportant leur dévouement, leur générosité à l'aide des 
blessés, des prisonniers, des familles éprouvées, des orphelins, à 
tous ceux qui avaient à souffrir des terribles événements qui s'étaient 
abattus sur nous. 

Votre Société aura un travail digne d'elle à accomplir, en établis- 
sant toute la part qui a été prise par les Israélites pour le salut du 
pays et de la civilisation. Elle montrera de quelle ardeur unanime 
tous les Français se sont portés à la défense de notre patrie, tous 
les services par eux rendus, tous les actes d'héroïsme accomplis. 

Les étrangers réfugiés en France ont partagé cet enthousiasme, 
s'enrôlant en masse sous notre drapeau. Les Algériens, ceux de 
l'Afrique du Nord, fiers de pouvoir témoigner de leur reconnaissance 
à notre pays qui les avait adoptés et leur avait rendu les droits du 
citoyen, ont prodigué leur sang dans toutes nos armées. 

Chez nos alliés, dans l'Est de l'Europe, en Orient, la cause de la 
France apparaissait comme celle de l'Humanité, dont le triomphe 
mettrait fin à toutes les oppressions, à toutes les iniquités, rendrait 
aux minorités la plénitude de leurs droits, et viendrait instaurer 
une ère nouvelle où les haines de race ou de religion, les préjugés, 
les persécutions auraient définitivement disparu. 

Puisse la victoire qui a été remportée amener l'entière réalisa- 
tion de ces espoirs généreux, et puissent toutes les nations s'inspirer 
des exemples d'union que la France leur a donnés et accorder cette 
récompense suprême à ceux qui se sont sacrifiés pour assurer la 
liberté ! 

Ces sacrifices nous ont cruellement atteints. De nos collègues, 
plusieurs sont tombés au champ d'honneur, d'autres ont succombé 
à l'arrière, sous le poids d'angoisses et de tâches qui ont excédé 
leurs forces. 

Il ne m'appartient pas de rendre à chacun d'eux le tribut d'éloges 
qui leur est dû ; permettez-moi seulement de redire ici leur nom, 
en saluant respectueusement leur mémoire. 



ASSEMBLÉE GENERALE DU 7 MARS 1920 111 

M. Abraham Bloch, grand rabbin de Lyon, aumônier militaire, 
frappé sur le champ de bataille dans l'accomplissement d'un acte 
sublime de charité, d'amour et de respect de son prochain, laissant 
un souvenir impérissable de la plus haute vertu, du dévouement à 
l'idéal le plus pur. 

M. Ruff, rabbin de la Meuse, aumônier militaire, tombé sous le 
feu de l'ennemi à Verdun, alors qu'au mépris du danger il portait 
ses secours et ses consolations aux blessés. 

Morts aussi pour la France, tombés au champ d'honneur ou des 
suites de leurs blessures : 

M. Maurice Vexler, professeur à l'Ecole rabbinique, dont il 
avait été un des plus brillants élèves, qui tout jeune s'était déjà 
révélé comme savant et comme philosophe, et avait commencé de 
nous apporter une collaboration des plus appréciées. 

M. Adolphe Reinach, jeune archéologue exceptionnellement 
doué, d'une rare puissance de travail, qui soutenait dignement 
l'éclat du nom qu'il portait, dont l'avenir était plein des plus belles 
promesses, et qui nous avait donné, dans notre Revue, des études 
d'une remarquable érudition. 

M. Louis Helbronner, avocat à la Cour d'Appel, nature d'élite, 
dévoué à toutes les belles œuvres, attaché à toutes nos traditions. 

M, Paul Cerf, imprimeur de notre Revue, que tant de liens 
attachaient à notre Société, à qui il a rendu de fréquents services, 
et où il avait conquis tant de sympathie. 

M. Raoul Bloch, modèle de vaillance et d'honneur, qui, bien que 
dégagé par son âge des obligations militaires, a tenu dès le début de 
la guerre à occuper les postes les plus périlleux, où il a reçu une 
mort glorieuse. 

Nous adressons nos profonds hommages à ces héros, dont le sou- 
venir sera pieusement gardé par nous. 

Pendant ces années de guerre notre Société a encore été frappée 
par la perte de quatre de ses anciens Présidents. 

Le grand rabbin Joseph Lehman n, directeur de l'Ecole rabbi- 
nique Il appartenait à la Société depuis sa fondation; il en avait été 
nommé président en 1898. Nous lui devons de savantes études 
publiées dans la Revue ou qui ont fait l'objet de conférences; nous 



IV ACTES ET CONFERENCES 



lui devons aussi la collaboration de cette pléiade d'élèves qui se sont 
formés sous sa direction, auxquels il a su inspirer, avec les senti- 
ments les plus élevés, l'attachement à notre passé, le désir d'en 
acquérir et d'en répandre la connaissance. 

A ce double titre il a bien mérité des Etudes Juives. 

M. Lucien Lazard, qui avait été élu président en 1906. Archi- 
viste-paléographe, historien, professeur distingué, il occupait dans 
la science française une place considérable. Il s'intéressait particu- 
lièrement à l'histoire des Juifs de France. Grâce à ses travaux, 
notre Revue a pu fournir une notable contribution à cette partie 
de l'histoire de notre pays. 

M. Moïse Schwab, le savant traducteur du Talmud de Jérusa- 
lem, élu président en 1908. D'une érudition universelle, il avait 
témoigné d'un grand dévouement à notre Société. Assidu à toutes 
les séances, il avait assumé pendant plusieurs années les fonctions 
parfois embarrassantes, difficiles, de trésorier, il les avait reprises à 
nouveau durant la guerre, alors que nous étions privés de son 
successeur, M. Edouard de Goldschmidt, qui dès le commencement 
des hostilités s'était engagé et avait demandé à partir pour le 
front. 

Enfin, nous avons eu la douleur de perdre M. le grand rabbin 
Alfred Lévy, que vous aviez élu président en 1909, peu après sa 
nomination au grand Rabbinat de France. Vous avez tous présents 
à votre souvenir l'éloquence de sa parole, la hauteur de son esprit, 
la bonté parfaite de son cœur, la dignité de sa vie, sa foi agissante, 
qui le portait à l'accomplissement de toutes les bonnes œuvres. Vous 
savez tout l'intérêt qu'il a porté à notre Société, dont les regrets 
ont été partagés par tout le Judaïsme français . 

Nous avons aussi à déplorer la perte de nombreux sociétaires. 

M. Narcisse Leven, président de l'Alliance israélite, dont le nom 
se place au premier rang de l'histoire contemporaine des Israélites, 
et qui personnifie la défense de tous les opprimés. 

M. le grand rabbin Ury, de Strasbourg, qui avait toujours con- 
servé l'amour de la patrie dont il était séparé, et qui est mort avant 
d'avoir vu se réaliser ses aspirations. 

M ine Sacki Kann, qui, fidèle aux exemples qui lui avaient été 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 7 MARS 1920 



légués par son mari, témoignait de son attachement à tout ce qui 
concernait le Judaïsme. 

M. Jules Ephrussi, dont l'inépuisable charité venait au secours 
de toutes les infortunes. 

M. Léopold Louis-Dreyfus, consul général de Roumanie, qui 
fut un de nos amis de, la première heure. 

M. David Winter, qui avait donné une si grande part de son 
activité et le plus entier dévouement à toutes nos œuvres, où sa 
collaboration était hautement appréciée. 

M. Mathias Lehmann, ancien élève du Séminaire israélite qui, 
depuis longtemps, s'intéressait à notre Société comme à beaucoup 
d'associations d^ntérêt général où il ne comptait que des amis. 

M. Victor Blum, qui a eu la touchante pensée de nous témoigner 
son attachement en inscrivant notre Société dans ses actes de der- 
nière volonté. 

Je ne veux pas clore cette liste funèbre sans exprimer notre dou- 
loureuse sympathie à tous ceux d'entre nos collègues dont la guerre 
a brisé le cœur, venant faucher en pleine jeunesse ceux en qui ils 
avaient placé leurs plus tendres espoirs d'avenir. Leurs deuils sont 
les nôtres et nous partageons leur peine. 

Malgré ces épreuves accumulées, qui nous ont privés de tant 
d'éminents concours, notre Société s'est efforcée, aussitôt la paix 
signée, de reprendre le cours de ses travaux. 

Grâce à l'activité vigilante de membres de votre comité, la Revue, 
interrompue depuis janvier 1915, a pu paraître à nouveau. Un 
bulletin vous en a déjà été adressé, les publications vont se succéder 
régulièrement. 

Une intéressante conférence nous est promise aujourd'hui. Je n'ai 
pas à vous présenter l'éminent conférencier que nous allons avoir la 
satisfaction d'entendre. M. Théodore Reinach est connu de tous. 
Après avoir, pendant cinq années de guerre, servi la patrie avec 
une égale distinction, aux armées, sur le front, dans les conseils du 
Gouvernement, puis dans une mission en Amérique, il revient 
aux Etudes Juives, qu'il a grandement honorées, et vous entre- 
tiendra du Judaïsme prophétique et des espérances actuelles de 
l'humanité. 



M ACTES ET CONFÉRENCES 

Pour témoigner de notre désir de continuité et de reconstitution, 
vous avez, comme il convient, procédé à des élections pour le 
renouvellement du Conseil. Je suis heureux de souhaiter la bien- 
venue à nos représentants anciens et nouveaux. 

Vous avez eu également une élection présidentielle et je vous 
félicite du choix que vous avez fait en nommant M. le grand rabbin 
Israël Lévi, à l'unanimité. 

Je ne voudrais pas offenser sa modestie par l'écho, même atténué, 
de l'opinion de tous ceux qui ont eu l'honneur de se trouver en 
rapports avec lui. Je le prie d'accepter l'expression de notre recon- 
naissance pour nous avoir témoigné une fois de plus l'intérêt qu'il 
nous porte et avoir, malgré ses multiples occupations, accepté la 
direction de notre œuvre, qui ne pouvait être en de meilleures 
mains. 

M. Edouard de Goldschmidt, trésorier, rend compte comme il 
suit de la situation financière : 

Mesdames, Messieurs, 

Après cinq années de bouleversement mondial nous sommes en 
mesure de vous présenter un compte rendu financier qui donne la 
meilleure preuve de la vitalité et de l'intérêt que notre Société a 
pu conserver. 

Les souscriptions à notre Revue nous ont fait presque totale- 
ment défaut ; cependant, grâce à un don généreux, il nous a été 
permis non seulement de faire face aux diverses dépenses urgentes 
et nécessaires pour l'avenir de notre Société, mais encore d'avoir 
la satisfaction de vous présenter une encaisse de 22.715 fr. 40. 

Cette encaisse nous permettra, pendant le temps que nécessitera 
la reprise des relations internationales, de maintenir notre Revue à 
la hauteur qu'elle a acquise depuis de longues années par une 
activité à laquelle nous vous prions de continuer votre bienveillant 
concours. 

L'augmentation du prix du papier et des frais d'impression aura 
naturellement comme conséquence l'augmentation du prix des 
cotisations à l'étranger et du prix de la Revue. 



ASSEMBLEE GENERALE DU 7 MARS 1920 VII 



Actif. 

En caisse au 1 er janvier 1914 3.542 fr. 50 

Cotisations 3.525 fr. 



Dons 15.000 »' 18 ' 525 * 

Coupons, titres amortis et intérêts 13.609 60 

Vente par le libraire 1 . 797 70 

Total .'. 37.474 fr. 80 



Passif. 

Secrétaire de la rédaction 2.400 fr. » 

Timbres et frais divers 760 10 

Frais d'impression 7 . 648 80 

Honoraires des auteurs 3.950 50 

Solde 22.715 40 

Total 37.474 fr. 80 

Balance. 
Doit : 

Frais généraux ... 6.910 fr. 60 

Publications 6.051 10 

Chez MM. de Rothschild frères 22.236 95 

Espèces en caisse 478 45 

Total 35.677 fr. 10 

Avoir : 

En caisse au 1 er janvier 1914 3.542 fr. 50 

Cotisations et dons 18.525 » 

Coupons, titres amortis et intérêts . 13.609 60 

Total 35.677 fr. 10 



Le Président met aux voix les conclusions du rapport finan- 
cier, qui sont adoptées. 



VIII ACTES ET CONFERENCES 

Il est procédé ensuite à l'élection pour le renouvellement des 
membres du Conseil. Sont nommés : MM. Albert Cahen. Henri 
Becker, Edmond Bickart-Sée, Maurice Blogh, Jacques-H. 
Dreyfuss, Edouard de Goldschmidt, Mayer Lamrert, Israël 
Lévi, Sylvain Lévi, Isidore Lévy, Léon Lévy, Maurice Lirer, 
Gaston Mayer, Arnold Netter, Salomon Reinach, Théodore 
Reinach, baron Edouard de Rothschild, baron Henri de 
Rothschild, Eugène Sée, Maurice Vernes et Julien Weill, 
membres sortants, et MM. Jules Bauer, Eugène Fould, Raymond 
Weill et Emmanuel Weill, membres nouveaux. 

M. Israël Lévi, grand-rabbin du Consistoire central, est élu 
Président pour l'année 1920. 

M. Théodore Reinach fait une conférence sur Le Judaïsme 
'prophétique et les espérances actuelles de l'humanité (voir plus loin). 



LE JUDAÏSME PROPHÉTIQUE 

ET 

LES ESPÉRANCES ACTUELLES DE L'HUMANITÉ 

CONFÉRENCE 

faite à la Société des Études juives le 7 mars 1920 

Par M. Théodore REINACH 



Mesdames, Messieurs, 

Le Judaïsme est un phénomène unique dans l'histoire par la 
complexité de ses origines et la singularité de ses destinées. Aussi 
est-il bien difficile d'en donner aujourdhui une définition capable 
de satisfaire tout le monde. Les uns y voient un fait de race, 
d'autres un fait de nationalité, d'autres encore un fait religieux, 
sans parler de ceux qui, d'après un mot célèbre, y voient simple- 
ment un malheur. Et selon l'opinion qu'on se fait de son caractère 
propre, les pronostics sur son avenir, l'attitude prise envers lui par 
ses amis ou ses ennemis, différeront à leur tour. Suivant, par 
exemple, qu'on place le centre de gravité du Judaïsme dans la 
race ou dans la religion, on sera sioniste ou assimilalionniste. 

Dans la sereine atmosphère de recherches scientifiques qui est 
la nôtre, nous n'avons ici à prendre parti ni pour l'une, ni pour 
l'autre thèse. L'équité, d'ailleurs , oblige de reconnaître que chacune 
d'elles peut invoquer en sa faveur des arguments dignes de nous 
toucher. Qui aurait le courage de reprocher au Juif russe, polo- 
nais ou roumain, courbé hier encore sous une législation d'excep- 
tion, ou jeté en masse par le flot de l'émigration sur le rivage d'un 
pays libre, mais totalement étranger à ses traditions, de tourner 



ACTES ET CONFERENCES 



un regard anxieux, le besoin inassouvi d'un cœur filial, vers une 
Sion terrestre, vers une patrie palestinienne? C'est Victor Hugo 
qui l'a dit : 

On ne peut pas vivre sans pain, 
On ne peut pas non plus vivre sans la Patrie. 

Disons simplement : sans une Pairie. 

Mais, d'autre part, comment s'étonner que le Juif français ou ita- 
lien, par exemple, dont l'âme vient de vibrer pendant quatre années 
à l'unisson de celle? de millions de concitoyens de tout culte et de 
toute origine, qui a couvert de sa poitrine, fécondé de son sang une 
terre hospitalière devenue la sienne, qui a communié avec tous ses 
frères d'armes dans les angoisses des revers et dans la joie des suc- 
cès, dans l'attente énervante des longs mois de tranchées, dans les 
deuils de tant d'hécatombes, dans l'exaltation de la victoire finale 
et de la réparation triomphante, comment s'étonner, dis-je, que ce 
Juif là se sente, et pour jamais, indissolublement lié aux destinées 
de son pays de naissance et de choix, et qu'il ne veuille connaître 
d'autre Patrie que celle pour laquelle il a combattu, souffert et 
vaincu? 

I 

Nous pouvons laisser au temps le soin de décider entre les diffé- 
rentes voies ouvertes devant la conscience juive. Ce que je veux 
rechercher aujourd'hui, c'est si, dans ces divers Judaïsmes, colorés 
et orientés de cent manières par les milieux où ils évoluent, par les 
épreuves qu'ils ont subies, par les espérances qui les soutiennent, 
il n'y aurait pas tout de même un élément commun qui les associe 
dans une unité supérieure, et qui, semblable à ce fil rouge qui 
court, dit-on, à travers tous les cordages de la flotte britannique, 
constitue un lien secret et indestructible entre tous les cœurs 
israélites. 

Cet élément commun, ce principe d'unité, je ne puis le décou- 
vrir ni dans le dogme théologique, pour lequel tant de Juifs affichent 
leur indifférence, ni dans les pratiques cérémonielles, si profondé- 
ment modifiées par les nécessités de la vie moderne, ni dans le 



LE JtDÀISME PROPHÉTIQUE \1 

sentiment si contesté, et si contestable, d'une même origine 
ethnique. Je le trouve, en revanche, dans une tradition indéfectible 
de Foi agissante, dans cet élan, jamais découragé, vers un avenir de 
bonté et de félicité, non seulement pour soi, mais pour tous, dans 
cet attachement passionné à un certain idéal de justice sociale et 
humaine, aspiration où se confondent à la fois la tendance religieuse 
et la tendance nationale, puisque la conscience israélite a toujours 
identifié son idéal avec la volonté souveraine de Dieu et avec la 
mission propre de la race élue. 

Cette conception, qui n'est certes pas tout le Judaïsme, mais qui, 
à mon sens, en demeure le trait essentiel, le principal titre de 
gloire et d'originalité devant l'histoire, ne remonte pas à l'aurore de 
la race israélite. Elle n'a fait son apparition qu'à l'époque des pro- 
phètes, qui ont été, non pas, comme ils le croyaient, les restaura- 
teurs, mais les créateurs de la véritable Religion d'Israël. Depuis 
lors, elle n'a jamais cessé d'en faire partie intégrante, malgré tant 
d'influences déprimantes ou desséchantes, venues du dehors ou du 
dedans. 

Aux heures de prospérité, elle fut le levier qui exalte et soulève 
les énergies ; aux heures de deuil, l'espérance qui console et qui 
prépare des jours meilleurs. Je ne lui donnerai pas le nom de rêve 
messianique qui lui est souvent appliqué, parce que, en réalité, 
la notion du Messie personnel, que le christianisme y a puisée, y 
tient une place bien infime, bien tardive, et bien intermittente. Je 
l'appellerai simplement l'Idéal prophétique. 

Dans cette vision d'avenir, commune à la plupart des prophètes, 
on peut sans doute relever de nombreuses variantes ; forme, époque, 
plénitude des résultats prédits et souhaités, les détails diffèrent de 
l'un à l'autre. Mais ce qui importe seul et ce que je voudrais essayer 
de définir, c'est le contenu essentiel de cet idéal, car c'est ce 
contenu qui constitue le vrai Credo, le Shibolet d'Israël. 

La Synagogue a cherché pendant des siècles, à l'imitation de 
l'Eglise catholique, à résumer en un certain nombre d'articles de foi, 
tantôt treize, tantôt trois, le résidu ultime de la Religion mosaïque. 
Ses tentatives ont été vaines, non seulement parce que certains 
de ces articles ont soulevé de côté ou d'autre des objections irréduc- 



Xll ACTES ET CONFÉRENCES 

tibles, mais encore parce que le principe même de l'entreprise était 
erroné et contraire à l'instinct sûr et infaillible du Judaïsme. L'ori- 
ginalité de la foi israélite, telle qu'elle a été modelée, pour l'éter- 
nité, par la main vigoureuse des prophètes, c'est, en effet, précisé- 
ment, qu'elle ne consiste pas dans l'adhésion docile à un nombre 
déterminé de dogmes transcendants, pas plus que dans l'observa- 
tion rigoureuse de 613 lois cérémonielles ou autres, mais dans une 
certaine direction pratique, ou, comme dirait notre ami Bergson, 
dans un certain élan vital. Et cette foi ne se contente pas de croire 
en l'excellence d'une certaine organisation du monde; elle ne se 
contente même pas de l'ardent et inlassable espoir de la voir un 
jour se réaliser ; elle a la ferme volonté de travailler, contre vents 
et marées, à cette réalisation. J'ai lu l'autre jour sous la plume 
d'un écrivain israélite, dont je n'approuve certes pas toutes les 
tendances, cette heureuse formule * : « Notre religion n'est pas le 
fruit de la contemplation, ni de l'esprit métaphysique : le Judaïsme 
est pragmatique. » C'est tout à fait mon sentiment, et je voudrais 
le voir partagé par tous ceux qui m'écoutent. 

Tâchons donc de définir, avec un peu plus de précision, la consis- 
tance de cet idéal pragmatique des prophètes. C'est aux prophètes 
eux-mêmes qu'il faut la demander, mais, bien entendu, nulle part 
vous ne la trouverez exposée ex professo dans leurs ouvrages. Il 
faut en rassembler les éléments épars dans ces feuillets tout palpi- 
tants encore de flamme et de passion, véritables articles de journal, 
fiévreusement improvisés sous la dictée des incidents Jpftidiens, 
jetés au vent des catastrophes, puis cousus ensemble, un peu au 
hasard du fil, par le dernier éditeur, sans nul souci d'ordre chrono- 
logique ou systématique. Dans ces élans de colère ou de tendresse, 
dans ces cris de tristesse et de joie, dans ces envols de haute et 
profonde sagesse qui confinent parfois à la folie, chacun d'eux a mis 
son tempérament et le tour particulier de son génie littéraire : Amos 
et Osée leur rudesse de bédouins, l'âpre souffle du désert; Isaïe, 
son éloquence splendide et colorée; Jérémie, sa foi ardente, sombre, 
farouche; Ezéchiel, la précision obsédante de ses visions apoca- 

I. D r Pasmanik daDS Le Peuple Juif, du 20 février 1920, page 4. 



LE JUDAÏSME PROPHÉTIQUE XIII 

lyptiques; le grand anonyme de l'exil, sa suave et sublime poésie. 
Mais sous ces différents tons, à travers ces différents timbres, court 
toujours le même thème, ou plutôt les deux mêmes thèmes, étroite- 
ment apparentés, qui reparaissent comme les motifs guides de la 
puissante symphonie : le thème de la Justice et le thème de la Paix. 



Il 



Voici d'abord le thème de la Justice. 

La société au milieu de laquelle ont surgi les prophètes n'était 
peut-être pas beaucoup plus méchante ou plus corrompue que la 
nôtre, mais, pour réprimer ou pour contenir les instincts égoïstes 
de la nature humaine, on ne disposait pas encore à cette époque 
des ressources que nous trouvons aujourd'hui dans des codes 
complets, dans une opinion avertie, dans une éducation qui com- 
porte l'enseignement — religieux ou laïque, peu importe — des 
principes de la morale traditionnelle. Aussi la brutalité des forts 
se donnait-elle libre carrière. Le génie du prophétisme, a dit très 
bien James Darmesteter \ fut de s'étonner de la férocité humaine 
comme d'une chose contre nature et contre raison. Par une inno- 
vation hardie, les Prophètes installent la notion de justice au centre 
même de la religion qui jusqu'alors y était restée à peu près étran- 
gère. C'est la rectitude de la conduite, c'est la pureté du cœur qui 
fait la valeur de la piété, et non l'abondance des sacrifices. Quand 
le peuple israélite manque aux règles écrites ou non écrites de la 
justice, il devient par cela même coupable d'impiété, il trahit la 
cause de Yahveh, et Yahveh se venge en le livrant à la férule de 
ses ennemis. Cette idée est exprimée avec une telle unanimité et, si 
l'on peut dire, sous des formes tellement stéréotypées, par les 
prophètes dont nous possédons les ouvrages, qu'on ne peut s'em- 
pêcher de croire qu'elle avait été déjà formulée, dans toute son 
énergie, par leurs précurseurs, les hommes de Dieu dont la parole 

1. Prophètes d'Israël, pa^e -10. 



XIV ACTES ET CONFERENCES 

n'a pas été recueillie par écrit tout en laissant un long écho dans 
les âmes : les Gad, les Nathan, les Klie, les Elisée. 

L'injustice se manifeste sous des formes variées : simonie chez le 
juge; achat de conscience chez le plaideur; cupidité immodérée qui 
accumule sans fin les richesses ; mais surtout, oppression et exploi- 
tation des faibles : veuves, orphelins, étrangers, pauvres, esclaves. 
C'est contre tous ces aspects de l'injustice que se déchaîne l'élo- 
quence vengeresse des prophètes. 

Ecoutez le premier de tous, le berger Amos : 

« Ainsi dit l'Eternel : Pour trois crimes d'Israël, pour quatre, je 
ne me rétracte pas, parce qu'ils vendent le Juste à prix d'argent et 
le pauvre pour une paire de sandales, parce qu'ils convoitent jusqu'à 
la poussière sur la tête des malheureux, et empêchent le procès des 
indigents d'aboutir » (n, 6, suiv.). 

Et encore ; 

« Ainsi donc, puisque vous maltraitez le pauvre et que vous lui 
prenez sa charge de blé. 

« Vous aurez bâti des maisons de pierre de taille, mais vous n'y 
demeurerez point. 

« Vous aurez planté de belles vignes, mais vous n'en boirez pa 
le vin. 

« Oppresseurs du Juste, qui acceptez une rançon pour faire fléchir 
devant le tribunal le droit des pauvres » (v, 10, suiv.). 

Et surtout l'apostrophe célèbre : 

« Je hais, dit Yahveh, je dédaigne vos fêtes, je ne hume point 
l'odeur de vos assemblées. Oui, quand vous m'immolez des holo- 
caustes, je ne prends pas plaisir à vos offrandes, je ne regarde pas 
votre tribut de veaux gras. 

« Loin de moi le bruit de vos cantiques! Que je n'entende pas le 
son de vos lyres! 

« Mais que le bon droit jaillisse comme de l'eau et la justice 
comme une rivière intarissable! » (v, 22, suiv.). 

L'autre grand prophète du royaume du Nord, Osée, tient à peu 
près le même langage (x, 12) : 

« Faites vos semailles selon la justice et vous récolterez selon la 
grâce. » 



LE JUDAÏSME PROPHÉTIQUE XV 

Bientôt, dans le royaume de Juda, Isaïe fait écho au prophète 
Amos (i, 11, suiv.) : 

« Qu'ai-je à faire de la multitude de vos sacrifices? Le sang des 
taureaux, des agneaux, des boucs, je n'en veux plus; ne continuez 
pas à m'apporter une vaine offrande : vos parfums, je les ai en 
horreur, je déteste vos néoménies, vos sabbats, vos fêtes. 

« Quand vous tendez vos mains vers moi, je voile mes yeux, car 
vos mains sont souillées de sang. Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez- 
moi de devant les yeux vos actes pervers, apprenez à faire le 
bien, recherchez la justice... faites droit à l'orphelin, défendez la 
veuve. » 

Lui aussi fulmine contre les trafiquants de justice (x, 3, suiv.) : 

« Malheur à ceux qui rendent des arrêts iniques, aux greffiers 
qui écrivent des sentences injustes, chassant les pauvres du tribunal, 
privant de leurs droits les faibles de mon peuple, faisant des veuves 
leur proie, et des orphelins leur butin. . . » 

Mais voici une note nouvelle : ce n'est plus seulement l'iniquité 
brutale que flétrit le prophète, — summum tus, summa iniuria — 
c'est l'accaparement légal, mais inhumain, des terres et des richesses 
par quelques-uns : 

« Malheur à ceux qui joignent maison à maison, qui ajoutent 
champ à champ jusqu'à ce qu'il ne reste plus de place dans le pays 
et qu'ils y soient seuls » (v, 8 suiv.). 

Un siècle plus tard, Jérémie s'élève avec non moins de force 
contre l'exploitation des travailleurs, contre l'abus de la corvée : 

« Malheur à celui qui bâtit sa maison à l'aide de l'injustice et 
surélève ses appartements au prix de l'iniquité, qui fait travailler 
son prochain pour rien, sans lui donner de salaire » (xxn, 13). 

Il serait facile de multiplier les citations de ce genre prises dans 
Ezéchiel, dans les prophètes postérieurs à l'exil ; celles-ci suffisent 
à vous faire comprendre ce que le Prophétisme entend par la justice, 
et quelle forte dose de charité il y mêle : sa justice n'est pas la dure 
et sèche justice « légale » dont on reprochera plus tard, à tort ou 
à raison, aux Pharisiens l'observance trop littérale; c'est la justice 
sociale dans toute son ampleur et dans toute sa tendre sollicitude 
pour les petits, les humbles, les déshérités. 



XVI ACTES ET CONFÉRENCES 



Maintenant, faisons un pas de plus. Les prophètes d'Israël ne 
sont pas comme les prédicateurs de la Cour de Louis XIV, les Bossuet 
ou les Bourdaloue, de simples moralistes, des confesseurs publics 
qui se contentent de tonner en chaire contre les manquements 
individuels ou collectifs aux règles de morale et qui laissent la 
société à peu près comme ils l'ont trouvée. Les prophètes ont l'am- 
bition d'être de véritables réformateurs de la vie morale, sociale et 
politique de leur peuple, et, pour cela, ils ne se reposent pas sur 
leur seule éloquence : ils cherchent à mettre la main sur les pouvoirs 
publics et à faire pénétrer dans la loi de l'Etat elle-même une con- 
ception de la justice plus haute et plus généreuse que celle que les 
tribunaux ont, jusqu'à présent, appliquée. Toutes les législations 
orientales, depuis celle du Babylonien Hammourabi, que nos 
archéologues ont rendue à la lumière, se donnent comme émanées 
delà volonté divine; tout naturellement, nos prophètes emploie- 
ront avec conviction le même procédé et imposeront par là, avec 
toute la force possible, à la conscience du peuple de Dieu les règles 
de conduite et les lois sociales qu'ils croient justes et bienfai- 
santes. 

Dès le vm e siècle, on constate des essais partiels de ce genre con- 
sistant à introduire dans la législation coutumière plus de justice 
et d'humanité : c'est, par exemple, le petit code actuellement inséré 
dans Y Exode (chap. xxi à xxm) et connu sous le nom de Livre de 
V Alliance. Mais, quand le prophétisme eut pris confiance en 
lui-même, il s'enhardit à une tentative bien plus grandiose : ce 
fut en l'an 621, sous le règne de Josias, qu'un rouleau contenant 
les ordonnances de Dieu fut découvert dans le temple, apporté 
au roi, et promulgué solennellement comme Loi du Peuple de 
Juda. Les circonstances relatées par le Livre des Rois ne permet- 
tent pas de douter que cette révolution légale n'ait été l'œuvre 
du parti prophétique, dont le représentant le plus éminent était 
alors Jérémie. Le code publié à cette occasion, et qui nous est 
parvenu intégralement comme partie du livre si improprement 
appelé Deulèronome (chap. iv à xxvm), respire dans ses dispo- 
sitions, d'un bout à l'autre, le pur esprit de la prédication pro- 
phétique. 



LE JUDAÏSME PROPHETIQUE XVII 

Le ûeutéronome, a dit Ernest Renan 1 , est le premier code un peu 
étendu où l'on ait voulu établir pour le faible un système de garantie 
aux dépens des riches et des forts. On ne poussa jamais aussi loin 
l'amour des humbles, des délaissés. Dans tous les actes religieux, il 
fait la part du pauvre. Il aime le lévite, car le lévite est un pauvre. 
La veuve, l'orphelin, l'étranger isolé dans le pays, ne sont jamais 
négligés dans ses prescriptions. Le prêt a intérêt entre Israélites est 
prohibé : « ouvrez vos mains pour vos pauvres et vos indigents dans 
votre pays ». La prise de gage est rigoureusement limitée : on ne 
doit pas enlever au débiteur son gagne-pain, par exemple sa pierre 
à moudre. L'ouvrier agricole doit être payé chaque jour, avant le 
coucher du soleil, « car il est pauvre, et il attend son salaire avec 
impatience ». L'institution de l'esclavage est adoucie, et, pratique- 
ment même, supprimée entre Israélites, car, renouvelant une pres- 
cription du Livre de i'A.lliance, restée lettre morte, le Deutéronome 
ordonne que l'esclave hébreu, après avoir servi six ans, devienne 
libre. Et, en s'en allant, qu'il ne parte pas les mains vides, mais 
qu'il emporte sa part du troupeau, de la grange et du pressoir. 

Beaucoup de ces prescriptions, on le voit, appartiennent au 
domaine indécis, situé sur les confins de la justice et de la charité. 
Il y en a qui relèvent franchement de celle-ci, comme, par exemple, 
les règlements célèbres (xxiv, 19, suiv.) sur la moisson, la vendange 
et la cueillette des olives : « Quand tu moissonneras ton champ, et 
que tu auras oublié une gerbe dans le champ, tu ne retourneras 
point la prendre; elle sera pour l'étranger, pour l'orphelin et 
pour la veuve. » Une pareille loi, si c'en est une, justifierait l'expres- 
sion dont Renan intitule son analyse : « Première apparition du 
socialisme. » Mais dans des cas pareils, et vu le caractère amphibie 
de ce code à la fois civil et religieux, il est permis de se demander 
si l'on se trouve en présence d'une règle de droit, obligatoire 
pour le citoyen, ou d'un simple conseil s'adressant au cœur du 
fidèle. 

Voilà pour le droit civil. Voici pour le droit pénal. Ici, sans entrer 
dans le détail, je me contenterai de rappeler que l'œuvre législative 

1. Histoire d'Israël, III, page 227. 

ACTES ET CONFÉRENCES B 



XVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

des prophètes consacre un progrès de tout premier ordre, qui peut 
s'énoncer ainsi : substitution de la responsabilité individuelle à la 
solidarité de famille. Encore le Décalogue {Exode, xx, 5) plaçait 
dans la bouche de Yahveh ces paroles impitoyables : « Je suis un 
Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à 
la troisième et quatrième génération. » Et cette jalousie attribuée à 
Dieu se traduisait, dans la pratique pénale, par des sanctions redou- 
tables dont l'histoire d'Israël nous a conservé plusieurs exemples. 
Mais le Deutéronome (xxiv, 16) tient un tout autre langage : « On 
ne fera point mourir les pères pour les enfants, et l'on ne fera point 
mourir les enfants pour les pères : on fera mourir chacun pour son 
péché. » 

Voyez comme, sur ce point, la législation juive, inspirée par le 
prophétisme est en avance sur la législation grecque. Nous possé- 
dons, il est vrai, une loi d'Elide du VI e siècle, dont le sens a été 
définitivement élucidé par notre ami Gustave Glotz, et qui proclame 
qu'en cas d'accusation pénale, la famille et le patrimoine de l'inculpé 
doivent être mis hors de cause. Mais c'était là un progrès local, qui 
fut loin d'être admis partout. Dans le code athénien de Dracon, 
exactement contemporain du Deutéronome, règne encore, dans une 
large mesure, le vieux principe de la solidarité pénale, active et 
passive, de la famille. Si, peu à peu, en matière de délits privés, la 
maxime nouvelle et humaine de la responsabilité individuelle préva- 
lut dans la loi athénienne, en revanche, en matière de crime contre 
l'Etat, il n'en fut pas de même: les descendants du condamné restè- 
rent frappée d'ignominie et d'exil. Et, par crime contre l'Etat, on 
entendait, dit M. Glotz », non seulement le traître, le tyran, mais 
les révolutionnaires, jusqu'aux auteurs de propositions contraires 
aux lois fondamentales. Il faut descendre jusqu'à Platon, c'est-à- 
dire deux cent cinquante ans après la date du Deutéronome, pour 
entendre formuler, et ce n'est encore que le vœu d'un philosophe, 
la doctrine contraire : « Le déshonneur et le châtiment du père ne 
retombent sur aucun de ses enfants 2 . » Si nous étions encore au 



1. Solidarité de famille, p. 453. 
2 f Lois, IX, 856 C. 



LE JUDAÏSME PROPHÉTIQUE XIX 

temps des Philon ou des Numénius, je dirais que Platon a copié 
Jérémie : c'est bien là le Moïse atticisant de nos vieux propagan- 
distes 1 . 



III 



Israël n'a pas seulement, suivant le mot d'Ernest Renan 2 , 
fondé la protestation du pauvre, la réclamation de justice et d'éga- 
lité : après la justice entre les hommes d'une même nation, il a 
conçu le premier l'idée de la paix, fondée sur la justice entre toutes 
les nations. 

Ce thème de la paix apparaît, dans la Bible, plus tardivement 
que celui de la justice. La religion israélite, comme toutes les autres, 
est, à l'origine, exclusivement, ardemment nationaliste : les con- 
quêtes de la nation font la gloire du Dieu national. Pour modifier, 
même dans l'élite du peuple hébreu, cette conception primitive, il a 
fallu de longs siècles de guerres et de souffrances, il a fallu le spec- 
tacle, odieux jusqu'à l'écœurement, des horreurs déchaînées sur la 
Palestine et les contrées avoisinantes par la lutte implacable, tantôt 
entre Juda et Ephraïm, tantôt entre les royaumes israélites et 
leurs voisins immédiats : Moab, Ammon, les Philistins, les Syriens 
de Damas; il a fallu les invasions formidables des grands empires 
conquérants, balayant les petits royaumes, comme la balle du grain 
dans l'aire, exterminant les villes de la face du sol, dévastant les 
champs et les vignes, traînant des populations entières, telles un 

1. Notez que les principes juridiques des prophètes, même sanction- 
nés par la loi positive, n'ont pas triomphé sans résistance. Longtemps 
après Jérémie (xxxi, 29) et le Deutéronome (xxiv, 16), Ezéchiel doit 
rompre des lances contre le vieux dicton : « les pères ont mangé des 
raisins verts et les dents des enfants en sont agacées ». (Ezéch., xvin). 
De même, l'e'mancipation des esclaves he'breux, décre'tée par le roi 
Séde'cias, fut abrogée après le de'part des Chaldéens (passato il pericolo, 
gabbato il santo) à la grande indignation de Jérémie (xxxiv, 17). De là 
toutefois à prétendre que la Deutéronome tout entier est une utopie 
législative, il y a loin. Même dans nos codes, il y a bien des articles qui 
ne sont guère respectés, ou que la pratique respecte en les tournant, et 
bien des gens vivent en marge de la loi. Ce qui n'empêche pas la loi 
d'être la loi. 

2. Histoire d'Israël, III, 251 . 



\\ ACTES ET CONFERENCES 



bétail, en exil et en servitude, et puis, entin, il a fallu les duels à 
mort entre les conquérants eux-mêmes : Egypte et Assyrie, Ninive 
et Babylone, Chaldéens et Perses, se disputant leur proie à grands 
coups de massacres. Au cours de ces vicissitudes tragiques, dans le 
fracas de tant d'écroulements, dans la fumée de tant d'empires éva- 
nouis, dans la déception de tant d'espoirs toujours renaissants et 
toujours démentis, la notion du Dieu national risquait de s'efïon- 
drer elle-même. Par un miracle, le plus fécond de l'histoire, au lieu 
de s'effondrer, elle s'est élevée, élargie, épurée : le Dieu d'une tribu 
est devenu le Dieu de l'univers, sans cesser pour cela de ressentir 
une tendresse particulière pour le peuple qui, le premier, l'a reconnu 
et honoré; les épreuves mêmes du peuple élu, conçues comme un 
châtiment mérité, fournissaient la preuve éclatante de la puissance 
de Dieu comme de sa justice. Et, en même temps, le Dieu des armées, 
le Dieu de guerre, éclos dans la tempête et les foudres du Sinaï, est 
devenu, sans rien perdre de sa majesté redoutable, un Dieu de paix. 
La conscience israélite, revenue de ses rêves, non de grandeur, 
mais de domination violente, ne place plus son idéal dans un 
triomphe militaire qui lui assujettira ses voisins, mais dans une 
pacification générale qui prosternera toutes les nations réconciliées au 
pied des autels du Dieu unique, au sein de Jérusalem relevée de ses 
ruines. 

La première lueur de cette doctrine nouvelle, qui voit dans la 
guerre une absurdité du même genre que l'injustice, apparaît dans 
les prophéties d'Habacuc, vers 600 avant J.-G. Certes, c'est tout 
d'abord le patriote qui s'indigne contre l'orgueil et la violence du 
conquérant chaldéen, de ce conquérant qu^l nous montre a péchant 
les peuples avec son hameçon, les tirant avec sa senne, les ramas- 
sant dans ses filets ». On croirait lire le commentaire d'un bas relief 
assyrien. Mais, peu à peu, le patriote se transforme en justicier; ce 
n'est plus au nom de son peuple seul qu'il se révolte, mais au nom 
de l'humanité ; il évoque le jour certain, quoique l'époque en soit 
inconnue, où les peuples meurtris se dresseront tous contre l'opres- 
seur en criant « Malheur à qui accapare le bien d'autrui ! Malheur 
à qui accumule sur sa tête le poids de gages usuraires ! » 

Les destins se sont accomplis. Jérusalem et le temple ont péri 



LE JUDAÏSME PROPHÉTIQUE XXI 

sous le fer et le feu des Chaldéens. Le peuple élu végète dans 
l'exil auprès des fleuves de Babylone. Le sublime Anonyme dont les 
prophéties ont été annexées au Livre d'Isaïe espère contre toute 
espérance. 11 croit fermement au salut final de son peuple, il annonce 
la victoire de Cyrus, le retour triomphant et fleuri des exilés, mais, 
s'il se réjouit à la pensée de voir les peuples païens s'incliner devant 
Israël, il écarte l'idée des brutales représailles. « Certes, dit encore 
Renan, à ses yeux la mission d'Israël est unique, exceptionnelle, 
mais cette mission est bienfaisante pour le monde, Israël est le levain 
qui fera lever le monde 1 . « Et, en effet, cette restauration nationale 
dont il évoque la vision enchanteresse, ouvre en même temps une 
ère de paix et d'amour universel : 

« Voici mon serviteur que je tiens parla main, mon élu en qui mon 
âme se complaît ; sur lui, j'ai répandu mon esprit pour qu'il révèle 
aux nations ce qui est juste. Il ne crie pas, n'élève pas la voix, et 
ne fait pas entendre ses clameurs dans la rue. 11 ne brise pas le 
roseau rompu, il n'éteint pas la mèche qui fume encore ; c'est en 
toute vérité qu'il proclame le droit. 11 ne se lassera, ni se rebutera, 
qu'il n'ait établi la justice sur la terre : les îles attendent sa 
doctrine. 

« Ainsi parle le Tout-Puissant : moi, Yahveh, je t'ai appelé pour 
la justice, et je te prends par la main; je te protège et je t'établis 
pour la fédération des peuples et la lumière des nations, pour des- 
siller des yeux frappés de cécité, pour tirer le captif de la prison, 
pour tirer du cachot ceux qui vivent dans les ténèbres. » (Isaïe, 
XLli, 1 à 7.) 

Et ceci encore : 

« Que l'étranger qui s'est rallié à l'Éternel ne dise pas : Certes, 
l'Éternel m'excluera de son peuple. Les fils de l'étranger qui 
s'agrègent à l'Éternel, qui se vouent à son culte, aimant son nom, et 
devenant ses serviteurs, tous ceux qui observent le Sabbat et ne le 
profanent point et tiennent ferme à mon pacte, je les conduirai vers 
ma sainte montagne, et je les réjouirai dans ma maison de prières ; 
leurs sacrifices et leurs holocaustes seront agréés sur mon autel, car 

1. Histoire d'Israël, III, 474. 



W1I ACTES ET CONFÉRENCES 

ma maison sera appelée une maison de prières pour tous les 
peuples. » (Isaïe, lvi, 3 suiv.) 

Ainsi vaticine le prophète anonyme de 536, « le premier évangé- 
liste de l'universalisme, le Mebasserde la religion de l'humanité * ». 
Et un autre oracle anonyme, que, pour plus de sûreté, les rédacteurs 
du recueil ont inséré à la fois dans les prophéties d'Isaïe et dans 
celles de Michée, retrace en termes encore plus précis et plus bril- 
lants le tableau séduisant de la paix future et de la Société des 
Nations : 

« Il arrivera, à la fin des temps, que la montagne de la maison de 
l'Eternel sera affermie sur la cime des montagnes et se dressera au- 
dessus des collines. 

« Et toutes les nations y afflueront, et nombre de peuples vien- 
dront en disant : Or ça, gravissons la montagne de Yahveh pour 
gagner la maison du Dieu de Jacob, afin qu'il nous instruise dans 
ses voies et que nous marchions dans ses sentiers, car c'est de Sion 
que sort la doctrine, et de Jérusalem la parole de l'Éternel. 

« Il sera l'arbitre parmi les nations et le précepteur de peuples 
puissants s'étendant au loin. Et de leurs glaives, ils forgeront des 
socs de charrue, et de leurs lances des serpettes. Un peuple ne 
tirera plus Tépée contre un autre peuple, et ils ne sauront plus rien 
de la guerre. Chacun demeurera sous sa vigne et sous son figuier 
sans être inquiété, car c'est la bouche de Yahveh Cebaôt qui l'a dit » 
(Isaïe, n ; Michée, iv). 



IV 



Vous connaissez maintenant les deux idées fondamentales de l'en- 
seignement des prophètes, les deux piliers qu'ils érigent sur le seuil 
du temple nouveau : Jakhin s'appelle la justice, et Boaz s'appelle la 
paix. Vous avez vu aussi combien ces deux idées, bien qu'apparues 
successivement dans l'histoire, sortent naturellement l'une de l'au- 
tre : de l'idée de justice individuelle, on s'est élevé à celle de justice 

1. Renan, loc. cit. 



LE JUDAÏSME PROPHÉTIQUE XXI II 



sociale, et de l'idée de justice sociale à celle de justice internatio- 
nale. En effet, il ne peut exister, entre les nations, de paix durable 
et de véritable fraternité qu'à condition que leurs institutions parti- 
culières consacrent d'abord la justice : en d'autres termes, il n'y a 
pas de vraie société de brigands. Telle est la conclusion où, par un 
effort spontané, était arrivée la conscience juive, au milieu du 
vi e siècle avant Jésus-Christ. Admirable conquête, merveilleuse 
nouveauté dans l'histoire de la pensée humaine ! Combien de siècles 
il faudra descendre pour retrouver des idées pareilles, exprimées 
avec moins de force, de couleur et de ferveur, par la plume des 
philosophes stoïciens I 

Et maintenant, pour terminer, si nous revenions un instant aux 
préoccupations et aux aspirations de notre pauvre humanité 
actuelle, en ce premier quart du xx e siècle? Quelle a été, depuis 
deux générations, le grand sujet de méditation des penseurs, le grand 
souci des philanthropes, le grand effort de la législation intérieure des 
états modernes? N'est-ce pas de corriger l'impitoyable loi d'airain, 
si légèrement proclamée éternelle par les économistes de l'ancienne 
école, n'est-ce pas de protéger le pauvre et le faible contre l'excès de 
labeur et l'insuffisance de salaire, d'assurer le travailleur contre la 
maladie, l'accident, la vieillesse et la mort, de relever le niveau et 
la dignité de son existence par un meilleur logis, un meilleur vête- 
ment, une meilleure nourriture, une meilleure éducation, de répartir 
plus équitablement les charges toujours croissantes de l'Etat, d'ap- 
porter enfin quelques limitation à la concentration excessive de la 
richesse entre les mains d'un petit nombre de crésus omnipotents ? 
En d'autres termes, n'est-ce pas un effort souvent incohérent, par- 
fois mal éclairé, mais généreux et constant, vers la réalisation de la 
justice sociale ? Quelques critiques, quelques railleries qu'ait pu sus- 
citer cette politique sociale, qu'il ne faut pas confondre avec le 
collectivisme, on peut dire qu'à l'heure actuelle, et tout au moins 
en principe, elle a gain de cause, car, non seulement les Etats les 
plus avancés, France, Angleterre, Italie, États-Unis, Allemagne, 
lui font une place de plus en plus large dans leur législation, mais, 
à la récente conférence de paix, on a pu voir les puissances vic- 
torieuses instituer une Commission spéciale du travail, chargée 



XMV ACTES ET CONFÉRENCES 



d'élaborer un certain nombre de règles de justice et de prévoyance 
sociale applicables à toutes les nations civilisées. Qu'est-ce à dire, 
sinon que voilà un des deux postulats de nos vieux prophètes que 
l'élite du monde moderne a définitivement fait sien et cherche à tra- 
duire dans les institutions, non plus d'un petit état ecclésiastique, 
mais de l'humanité tout entière? Sur le tapis vert de cette Commis- 
sion internationale du travail, parmi les livres à consulter, il en 
est un qui ne devrait pas manquer : ce livre, c'est le Deutéro- 
nome. 

Et quel est l'autre grand problème qui, depuis les rêveries de l'abbé 
de Saint-Pierre, a fait couler tant d'encre, et que, pour résoudre 
à moitié, il a fallu traverser un tel fleuve de sang? N'est-ce pas de 
mettre enfin un terme à cet état de choses intolérable qu'on avait 
baptisé du nom de paix armée, et qui, fatalement, aboutissait tou- 
jours à la guerre armée? N'est-ce pas d'abattre un système forcené 
de domination, de conquêtes, de brutalités, de représailles récipro- 
ques, de revanches alternatives et sans issue, qui a rempli le monde 
de haine, de ruines et de misères, qui l'a peuplé de veuves, d'orphe- 
lins et de mutilés? Alors, sous peine de revenir au temps des Sen- 
nachérib et des Nabuchodonosor, on s'est dit un beau jour qu'il 
fallait tout de même sortir de cette ornière de boue et de carnage, 
qu'il fallait museler les fauves incorrigibles, organiser quelque part 
un tribunal des peuples, une ligue ou une Société des Nations, qui 
doterait le monde, non d'une paix apparente et précaire, mais d'une 
paix réelle et durable, sanctionnée par une police efficace, de 
manière à permettre aux pauvres débris de l'humanité de réparer 
leurs vêtements déchirés, de relever leurs demeures écroulées, de 
refaire leurs champs éventrés, bref, de respirer, de travailler et 
d'aimer... 

Tel est le grand message que le Nouveau Monde est venu pro- 
poser à l'Ancien. Or, dans cette réconciliation des Peuples, sous 
une loi de justice, dans cet Idéal encore lointain, mais du moins 
clairement entrevu, vous reconnaissez le second grand postulat de 
nos vieux rêveurs, les prophètes d'Israël, et de même qu'à leur 
Agada de Pàque les Juifs pieux laissent une place vacante pour 
le prophète Elie, ainsi, à la table du futur Conseil de la Société 



LE JUDAÏSME prophétique xxv 



des Nations, il serait juste de réserver un fauteuil pour le grand 
Anonyme de l'exil. . . 

Je vous disais, au début de ces réflexions, que ce qui constitue 
l'unité du Judaïsme dans l'espace et dans le temps, c'est son invin- 
cible confiance dans la double idée de progrès, progrès dans la 
justice et progrès dans la paix. Ce que je viens d'ajouter, au sujet 
des tendances actuelles de l'humanité, vous prouve que ce trait 
ne confère pas seulement au Judaïsme un droit à la vie, mais un 
véritable titre de noblesse. Il existe, assure-t-on, non pas certes 
en France, mais peut-être dans d'autres pays, certains Juifs 
honteux, qui ont poussé l'esprit d'assimilation jusqu'à s'assimiler... 
l'antisémitisme de leur entourage. Une des excuses qu'ils invoquent 
le plus volontiers, — disons pour leur indifférence, — c'est que la 
Religion juive est une chose finie, démodée, une chose du passé, 
incompatible avec les conditions nouvelles de science, de civilisation, 
et même de morale qui doivent être celles de l'humanité do demain. 
Peut-être, s'ils réfléchissaient à ce que nous venons de regarder 
ensemble, reconnaîtraient-ils leur erreur. Ils s'apercevraient que 
l'essence véritable de cette vieille et toujours jeune religion, loin 
d'être incompatible avec les idées directrices du monde moderne, en 
est, au contraire, la source éternellement fraîche et jaillissante. La 
foi pratique qui ennoblit la pensée et dirige l'action des âmes les 
plus hautes, des âmes guides de notre société contemporaine, c'est 
la foi qui a été proclamée pour la première fois dans l'histoire, il y a 
vingt-cinq siècles par vos ancêtres spirituels, et peut-être cor- 
porels, et conservée intacte par la conscience israélite, comme un 
dépôt sacré. 

il n'entre à aucun degré dans ma pensée l'intention de dépré- 
cier le rôle, la grandeur historique de telle autre religion, issue, 
elle aussi, de la parole des prophètes, et qui a su tirer de leur 
semence d'admirables moissons. Mais il reste vrai que le Christia- 
nisme, qui est né et qui s'est développé dans un milieu de désen- 
chantement et de souffrance, dans une période de découragement, 
dans l'attente à bref délai de la catastrophe finale où le monde 
devait sombrer, a gardé de ses origines une tendance incoercible a 
la résignation et à la renonciation. 



XXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

Désespérant de voir réaliser la Cité de Dieu dans ce monde sub- 
lunaire, irrémédiablement condamné au péché et au mal, sa vision 
de bonheur se réfugie dans l'au delà, sa morale dans la perspective 
des sanctions de l'autre vie et son pessimisme, qui peut d'ailleurs 
s'allier à la charité la plus exquise, nie volontiers le progrès et raille 
l'effort, comme de vaines illusions. Il n'échappe au fatalisme que 
par l'heureuse inconséquence 

Quel contraste avec ce que j'appellerai Y idéalisme réaliste des pro- 
phètes d'Israël ! Ceux-là ne se sont pas contentés de tracer le 
tableau idéal d'un royaume de Dieu dans l'autre monde, où régne- 
raient la justice et la paix; ils ont prétendu réaliser ce royaume, 
ou, tout au moins, s'en rapprocher indéfiniment ici-bas. Comme on 
l'a dit très justement, le Judaïsme ne nie pas, il n'extirpe pas les 
instincts, les passions, les joies de la chair, mais il cherche à les dis- 
cipliner, à les sanctifier au service de la loi morale, pour le bonheur 
plus haut et plus vrai de l'individu et de la société *. De là, un opti- 
misme aussi caractéristique, aussi irréductible que le pessimisme 
évan^élique. De là aussi une protestation indignée, une révolte 
contre l'injustice, d'où qu'elle vienne, de quelque nom qu'elle sépare 
et quelle qu'en soit la victime. Pour Israël, la résignation au mal 
est une faiblesse, presque une trahison. 

Aux heures les plus sombres de son histoire, dans l'abîme des 
détresses les plus profondes, il a gardé les yeux obstinément fixés 
sur un avenir de relèvement, de félicité, d'équité et de lumière. 
Et, depuis que la pensée moderne s'est émancipée de la sujétion 
docile aux doctrines de l'Eglise médiévale, c'est ce vieux Credo des 
Jérémie et des Isaïe qui est devenu le Credo de l'Humanité. Utopie, 
dira-t-on, mais utopie tournée vers l'action, et, par cela même, 
féconde, ressort précieux d'énergie, ferment puissant de progrès. 

Un critique, homme d'esprit, le père du Président actuel de la 
République, écrivit, il y a quelque quarante ans, un livre intitulé 
Le Romantisme des Classiques espérant sans doute, par ce titre 
paradoxal, réveiller la curiosité du public en faveur de ces vieilles 



1. Claude Montefioro dans The Menorah (New-York, oct.-déc. 1919), 
V, 249. 



LE JUDAÏSME PROPHÉTIQUE XXVII 

idoles, confinées dans un respect si sacré, que personne n'y tou- 
chait. Eh bien, nous pouvons avec plus de vérité peut-être parler 
aujourd'hui de l'actualité de nos vieux prophètes , nous pouvons 
parler du Judaïsme prophétique, malgré sa haute antiquité, comme 
de la plus moderne, et, pour emprunter un vocable anglais, la plus 
« up to date » des religions, parce que, véritablement, par ses 
tendances morales, sociales et internationales, elle est la plus 
complètement en harmonie avec les aspirations et les besoins du 
temps présent. 

C'est quelque chose de découvrir un idéal, de le saluer, d'y croire. 
En faire une réalité est mieux encore, mais ce ne fut jamais l'œuvre 
d'un jour. Des générations auront à lutter et à souffrir pour faire 
triompher, dans la pratique universelle, les principes proclamés par 
les prophètes, acceptés théoriquement par la conscience moderne. 
Chasser définitivement du monde l'injustice, la misère, l'ignorance 
et la violence, certes, ce n'est pas une tâche aisée, mais en connaissez- 
vous qui soit plus haute, plus sainte, plus digne de nos peines? 
C'est à elle, j'en ai la confiance, que les meilleurs, et surtout les 
plus jeunes d'entre vous, auront à consacrer désormais toutes les 
forces de leur cerveau et de leur cœur et, au besoin, comme les 
grands ancêtres, à sacrifier leur vie pour conserver les raisons de 
vivre. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 26 DECEMBRE 1914 
Présidence de M. Albert Cahen, président. 

Le Conseil prend la délibération suivante : M. db Goldschmidt, 
trésorier de la Société des Etudes juives, étant mobilisé pour toute 
la durée de la guerre, ses fonctions seront confiées pendant ce temps 
à M. Moïse Schwab, membre du Conseil. 

Il est décidé que la Société continuera ses travaux, que la publi- 
cation de la Revue sera continuée, si les circonstances le permettent, 
mais que le nombre des pages en pourra être diminué. 

M. M. Liber est nommé secrétaire du Conseil. L'Assemblée 
générale qui devait avoir lieu au commencement de 1915 est 
ajournée. 



SÉANCE DU 26 OCTOBRE 191*7 
Présidence de M. Albert Cahen, président. 

Le Conseil décide que la Société reprendra son activité et pro- 
pose qu'il soit publié, si possible, deux volumes en 1918. 

M. Th. Reinach entretient le Conseil de la publication des œuvres 
de Josèphe retardée par les circonstances. Après le tome II des 
Antiquités, dont l'impression en cours a dû être ajournée, commen- 
cera celle du t. II de la Guerre. 



PROCES-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL XXIX 

SÉANCE DU 1" JUILLET 1919 
Présidence de M. Albert Cahen, président. 

M. Albert Cahen adresse, au nom de la Société et du Conseil, 
de chaleureuses félicitations à M. Israël Lévi, élu grand rabbin du 
Consistoire central et rappelle à ce propos le souvenir du grand 
rabbin Zadoc Kahn. 

M. Israël Lévi remercie le président et ses collègues et les assure 
que son concours demeure acquis à la Société, à laquelle il collabore 
depuis sa fondation. 

11 met le Conseil au courant des difficultés matérielles que ren- 
contre la reprise de l'activité de la Société, en raison surtout de 
'augmentation croissante des frais d'impression. Il est convenu qu'à 
l'occasion du prochain volume, qui comprendra deux fascicules, un 
appel sera envoyé aux sociétaires. 

Le Conseil décide d'accepter un legs de 400 francs fait à la Société 
par M. Victor Blum du Havre. 

M. de Goldschmidt, démobilisé, reprend ses fonctions de tréso- 
rier, que M. Moïse Schwab avait assumées à nouveau pendant la 
guerre, malgré son grand âge. Le président, en rappelant son sou- 
venir, rend hommage au dévouement de ce regretté collègue, dont la 
mort prive la Société d'une longue et infatigable collaboration. 

Le service de la Revue sera accordé, sur sa demande, à la Biblio- 
thèque de la ville de Metz. 



SÉANCE DU 4 NOVEMBRE 1919 

Présidence de M. Albert Cahen, président. 

Le Conseil décide que, malgré l'augmentation des frais, le prix 
de l'abonnement à la Revue restera fixé jusqu'à nouvel ordre, à 



XXX ACTES ET CONFÉRENCES 

25 francs par an pour la France. Il sera majoré de 5 francs pour 
l'étranger. 

M. Julien Weill est nommé secrétaire-gérant de la Revue. 

Le Conseil s'entretient de la prochaine Assemblée générale. 



SEANCE DU 26 JANVIER 1920 
Présidence de M. E. de Goldschmidt, trésorier. 

Le Conseil fixe la date et l'ordre du jour de la prochaine Assem- 
blée générale. Elle aura lieu le 7 mars. Une conférence y sera faite 
par M. Théodore Reinach sur le Judaïsme prophétique et les espé- 
rances actuelles de l'humanité. Il sera pourvu au renouvellement total 
des membres du Conseil, tous les mandats étant venus à expiration. 
Le Conseil décide de proposer le nom de M. le grand rabbin Israël 
Lévi pour la présidence de la Société en 1920. 

Sont reçus membres de la Société : MM. Charles Baur, Eugène 
Fould, capitaine Raymond Weill, S. Poliakoff, Nahum Soko- 
low, présentés par MM. Israël Lévi et Julien Weill, M. B. Baum- 
garten (Baruch Hagani), présenté par MM. Liber et Julien Weill. 

Sont reçus membres adhérents : MM. A. Marx, de New-York, 
J. Rabbinowicz, de Manchester, et Joachimstahl d'Amsterdam, 
présentés par MM. I. Lévi et Julien Weill, et le D r Achille Nord- 
mann, de Bâle, présenté par MM. M. Liber et J. Weill. 



SÉANCE DU 19 AVRIL 1920 
Présidence de M, Israël Lévi, président. 

M. Israël Lévi remercie ses collègues de l'avoir appelé à la prési- 
dence. Il évoque ses quarante ans de collaboration à la Revue et 



PROCES-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL XXXI 

promet, malgré ses absorbantes fonctions, de lui continuer son con- 
cours actif. Il remercie M. Bickart-Sée d'avoir bien voulu suppléer 
le président lors de la récente assemblée générale et souhaite la 
bienvenue aux nouveaux membres du Conseil : MM. Jules Bauer, 
Eugène Fould, Emmanuel Weill et Raymond Weill. 

Le Conseil élit M. Emmanuel Weill comme vice-président et 
MM. Bauer et Liber comme secrétaires. Les autres membres du 
Conseil sont maintenus en fonctions. 

Le Conseil décide d'adhérer à la Fédération des Sciences philoso- 
phiques, historiques, etc., dont les statuts lui ont été communiqués. 

M. Maurice Liber, sollicité par le président de faire une confé- 
rence, propose de parler de Napoléon I er et les Juifs d'après des 
documents inédits. La conférence aura lieu le dimanche 16 mai. 

Sont reçus membres de la Société : MM. Joseph Sagks, présenté 
par MM. Israël Lévi et Julien Weill, Paul Raphaël, présenté 
par MM. Salomon Reinach et Maurice Liber, et Joseph Cohen, 
présenté par MM. I. Lévi et J. Bauer. 

Les Secrétaires, 
M. Liber et J. Weill. 



Versailles. — Imprimeries Cerf, 59, rue du Markchal-Foch. 



DS Revue des etude3 juives; 
101 historia judaica 

R45 
t. 70 



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